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CHAPITRE V CSioix des colons

Race. — Aptitude coloniale. — Age. — État civil. — Coadition sociale: État moral. — CooTicts. — ËsclaTes. — Coolies.

§ 1. Race, — .\lor8 même que les colons comprendraient qu'il y va de leur intérêt comme de celui de la colonie et par conséquent de celui de la mère patrie tout entière, de rendre les unions avec les femmes indigènes de plus en plus fréquentes, il n'en serait pas moins essentiel, pour que ce grand moyen d'acclimatement d'une race put avoir toute sa puissance, que l'acclimatement individuel de la génération même

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qui a Amigré fût le moins difficile qu*il est possible. H importe qae le colon appartienne i une race qui ne soit pas réfractaire i Tacclimatement.

Or tontes les races ne subissent pas avec une égale souplesse un changement considérable dans leur milieu extérieur. Le cbeYal s'acclimate moins bien que le bœuf dans les pays chauds ; mais toutes les races de chevaux ne présentent pas la même résistance : les chevaux de notre pays ne peuvent supporter le climat de la Cochinchine, ni celui de la Côted*Qr ; les moutons Leicesler n*ont jamais pu être acclimatés dans les monts Cheviot. Il en est de même des végétaux : parmi ceux qui vivaient dans notre pays à Tépoque glaciaire, la plupart ont disparu ; quelques espèces se sont cependant faites au nouveau climat et sont restées chez nous, semblables, comme le dit Martins, à des descendants des Goths ou des Huns que nous distinguerions aujourd'hui au milieu de nos populations celtiques, grecques ou latines; d'autres espèces, dont les congénères ont été témoins des périodes chaudes qu*a présentées notre climat, sont de même chez nous les représentants isolés d'une flore aujourd'hui purement exotique et tropicale ou subtropicale. Le palmier nain (Chamœrops humilis) en Espagne, en Italie, naguère à Nice, le laurier d'Apollon {SeHcuni oleander)^ l'arbre de Judée, sont pour le botaniste, comme dit encore Martins, ce que serait pour l'aiithropologiste, une famille de Nègres ou de Mongols établie dans un village du centre de la France.

11 en est absolument de même pour les races humaines. Toutes ne présentent pas la même souplesse.

La race blanche ne s'acclimate pas facilement dans les pays beaucoup plus chauds que ceux qu'elle habite normalement. L'Anglais ne s'acclimate pas dans l'Inde et le docteur Wîse, après trente années de pratique dans l'indoustan, déclare n'avoir jamais rencontré un seul individu issu du sang européen à la troisième génération ; aussi les Anglais peuvent-ils dominer l'Inde, mais ils ne la colonisent pas. Les

Hollandais ne sont pas acclimatés davantage à Malacca. 11 est bien peu resté en Italie et en Espagne des Goths et des Wisigoths, moins encore que des plantes qui, comme eux, étaient venues du Nord. Les Vandales se sont également fondus an soleil de l'Afrique. Cependant les pays chauds ont toujours pour les peuples du Nord un attrait irrésistible et, encore aujourd'hui, les peuples de l'Europe tendent toujours, dans leur expansion coloniale, à franchir les limites que la science et l'expérience leur imposent, pour aller chercher dans les pays tropicaux je ne sais quel Eldorado^ qui cependant les a toujours trompés.

Si les populations de race blanche s'acclimatent mal à la chaleur, il faut cependant reconnaître que cette inaptitude n'est pas également marquée chez toutes. Les populations blanches dont l'habitant est méridional se font plus facilement que les populations septentrionales au climat des régions tropicales ou subtropicales. Ainsi les Espagnols et les Italiens s'acclimatent mieux que les Français; parmi ces derniers, les Provençaux s'acclimatent mieux qae les Normands ou que les Picards ; enfin les Français euxmêmes s'acclimatent mieux que les Allemands ou que les Anglais. C'est même là une aptitude favorable, que nous ne savons pas assez mettre à profit : on envoie en Algérie des troupes quelconques, recrutées en Auvergne aussi bien que dans l'Artois ou dans la Flandre, alors qu'on n'y devrait envoyer que des hommes de nos départements méridionaux. Je sais qu'un pareil classement serait difScile; on m'objectera d'ailleurs que nos populations sont aujourd'hui bien mêlées et qu'un soldat né dans l'Artois est peut-être le descendant de Provençaux. Il serait cependant possible et peut-être utile d éliminer les blonds des contingents destinés à l'Afrique et de ne laisser que les bruns, car toutes les apparences font supposer chez les seconds un sang et des aptitudes méridionales plus marquées que chez les premiers.

La transition du froid au chaud semble du reste, dans la

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riM blanche, plus difficile à supporter que le déplacement inTerse du chaud vers le froid ; ainsi, dans la retraite de Russie, les méridionaux ont mieux résisté au froid que les septentrionaux eux-mêmes; enfin nulle part les colons ne se sont si bien acclimatés que dans la Nouvelle-Ecosse et au Canada. Un vieux proverbe disait dans ce pays de bûcherons € qa*im Français ne meurt qu*à coups de hache. »

Dans la race blanche, les Juifs jouissent, il faut le reconnaître, d*un précieux privilège : on les trouve partout également acclimatés, à Bornéo comme en Hollande, en Syrie comme en Suède ou en Algérie. Il est vrai que, presque nulle part le Juif n*est un colon cultivant la terre de ses mains et exposé par conséquent aux maladies propres aux hommes qui, dans les pays chauds, déchirent le sol du soc de leur charrue ; néanmoins partout, surtout dans les colonies, le Juif est un utile auxiliaire par le négoce dont il a le génie à un si haut degré.

Son acclimatement 8*accuse, en Algérie comme partout, par une grande vitalité : les ménages israélites ont, en moyenne, 13 enfants dans notre colonie, tandis que ce nombre est, dans le même pays, de 4,40 pour les ménages européens. Aux avantages d'une grande natalité, se joignent ceux d'une faible mortalité; aussi le rapport de leurs naissances à leurs décès s*exprime-t-il, en Algérie, par un chiffre bien différent de celui qui, dans Se même pays, exprime le mémo rapport chez les Français. Tandis que 1000 Français colons en Algérie présentfnt 37,58 naissances pour 30 décès, les Juifs pn'^ sentent 42,50 naissances pour 20,6 décès. C'est tlonc une excellente acquisition qu'a faite notre colonie, lorsque, sur la proposition de Crémioux, le décret du 24 octobre a naturalisé Français tous les Juifs nés en Algérie. Cela nous a valu un contingent précieux de 'M 000 natifs.

La racr noire nous intéresse ici d'une façon toute particulière par le rôle qu'elle a joué dans toutes les colonies fondées par les Européens dans les pays chauds. Il est

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malheureusement difficile de juger son aptitude plus ou moins grande à racclimatement ; Texpérimentation n*a certes pas manqué, mais elle a toujours été faite dans des conditions tellement défavorables, qu*on ne doit accorder qu'une confiance modérée aux résultats qu'elle a donnés. L*esclavage faisait, en efiet, aux nègres dans nos colonies une situation absolument artificielle; les mauvais résultats, qu*a donnés sa race là où Ton l'exploitait, ne prouvent donc absolument rien contre sa souplesse. A ne juger que par l'expérience des pays où Ton exploitait le nègre, où on en tirait ce qu'on pouvait, quitte à changer de nègre quand l'outil était usé, il parait certain que la race nègre ne s'acclimatait pas dans nos colonies, car ses décès étaient plus nombreux que ses naissances; aucun soin, beaucoup de travail, à ces conditions quelle autre espèce animale ou végétale se serait acclimatée dans aucun pays ? Mais les résultats sont déjà plus favorables dans les pays où le nègre n'a pas été seulement exploité, mais cultivé, dans les Etats de l'Amérique qui, ne faisant pas de coton, faisaient du nègre pour le vendre aux planteurs. Dans ces Etats le nègre cultivé jouissait des mêmes avantages que le bétail dans un pays d'élevage et sa race prospérait, parce que c'était l'intérêt des maîtres. L'acclimatement semble bien supérieur là où le nègre a été libéré, cependant la jouissance de la liberté n*est pas pour lui assez ancienne, le passage de l'esclavage à ce nouvel état est une transition assez brusque pour bouleverser momentanément les phénomènes démographiques. Enfin Tacclimatement semble complet là où le nègre devenu marron a repris depuis longtemps une liberté qu'on ne songeait pas encore à lui rendre : dans l'Amérique du Sud, dans le Haut-Maroni, Crevaux a vu des tribus nègres splendides de formes, de santé et d'agilité. Le nègre semble donc très acclimatable, même dans cette partie de la zone torride qui n'est pas la sienne.

11 possède d'ailleurs un caractère absolument spécial et qui fait de lui le travailleur par excellence dans les contrées

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