CONDITION SOCIALE. — ETAT MORAL
par Tonique pensée de s*enrichir et d'exploiter le pays et ses habitants indigènes autant que colons , conspirait et mettait à mal les finances de la colonie; derrière tout cela un fond de citadins déclassés, incapables de mettre une terre en valeur et d'aventuriers, gens de cape et d*épée, plus souvent encore de sac et de corde, ne songeant qu'à emplir leurs poches.
La France n*a pas d'ailleurs eu la main plus heureuse dans plus d'une circonstance : ce furent également des gentilshommes qui en 1763, sous le ministère Choiseul, partirent pour la Guyane, qu'ils allaient coloniser au nom de Louis XV. Ils s'embarquèrent pour le Kourou, comme on montait en coche pour aller à Trianon. Instruments de musique et Champagne, des filles, des robes et de jolies épées, on n'avait rien oublié : on arriva à la Guyane, à peu près comme arrivèrent récemment les naïfs colons de Port-Breton, dans l'eldorado catholique qui était censé les attendre. Ce fut cependant d'abord plus gai; on y dansa le menuet, on fit des salles de verdure, on dressa des théâtres, mais on avait oublié les pelles, les pioches et les charrues; les mains étaient d'ailleurs trop blanches pour servir et ces 14 000 colons élégants périrent de faim, sans que les 33 000 000 de francs, qu'ils avaient mangés, aient pu les préserver.
Nos colons du Canada avaient été mieux choisis, mais les aventuriers, les voyageurs téméraires y dominaient encore. On cherchait des fleuves nouveaux, au lieu d'arroser les champs quon posèdait avec la rivière qu'on connaissait.
Les misérables, les pauvres et les mendiants ne valent souvent guère mieux pour coloniser que les jolis seigneurs de la cour de Louis XV. Il suffît, pour apprécier leur valeur, devoir comment ils sont cot^Vs dans les œlonies mêmes : il v a quelques années la Suisse avait fait un chargement de tous M*« infirmes, aveugles, manchots A mendiants; toute une cour des Miracles avait été expédiée aux Ktats-Tnis; mais les Yankee, qui n'apprécient que le travail, réexjMMiièrent les infirmes, aveugles, manchots et mendiants avec la mention :
travailleuî's insuffisants. Notre colonie d'Algérie a été de même souvent encombrée de non-valeurs, qu*il a fallu rapatrier aux frais de la société.
Il faut aussi se méfier de ces cerveaux fêlés, qui donnent volontiers dans toutes les aventures, mais qui ne sauraient prêter à aucune entreprise le moindre appui sérieux : on dit que parmi les colons de la Nouvelle-Zélande, on compte 1 fou sur 509 habitants.
Combien valaient mieux que tous ces déclassés, ces irréguliers du siècle dernier qui avaient nom les Boucaniers^ gens équivoques peut-être, mais travailleurs à coup sur; combien valaient mieux surtout, et ils Tout bien prouvé, ces véritables artisans, qui partirent d'Angleterre et fondèrent les États-Unis ! Ceux-là n'emportaient pas, comme le dit Leroy-Beaulieu, le chimérique espoir de fonder une société vieille dans un pays neuf; ils partaient lassés de la vieille routine et résolus à bâtir à neuf sur un sol neuf. « Les Anglo-Américains, dit Michel Chevalier, ne quittèrent le vieux monde, qu'après qu'il eut été tout entier labouré par la révolution intellectuelle. Ce grand événement avait déjà semé dans l'esprit humain les germes que les siècles suivants devaient voir éclore. L'Angleterre était déjà grosse des habitudes de travail, de méthode et de légalité, qui devaient en faire la première nation industrielle et politique de l'ancien monde. Ils s'embarquèrent après avoir subi les épreuves de l'eau et du feu, après &Toir été sept fois essayés entre le marteau de la persécution et l'enclume de l'exil. Ils arrivèrent, las des querelles politiques et résolos à appliquer leur énergique volonté à un usage pacifique et productif. » Voilà les bons matériaux qui fondent les cola* nies durables. Ce sont les mêmes sentiments qui animèrent les Hollandais partant pour le Cap et qui les ont fait réussir.
§ 6. Convicts. — Il est cependant d'autres éléments, que les colonies peuvent utiliser, lorsqu'on sait les employer soi-
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Tint certaines indications voulues et, pour ainsi dire, à dose mesurée : ce sont les oonvicts.
Il n*est pas inutile de chercher à nous rendre compte du rôle qu'ils ont joué dans la colonisation. Le moment ne saurait d'ailleurs être mieux choisi, puisque, à Theure où j'écris, on se préoccupe beaucoup de ce qu'on fera des récidivistes et que celte fraction peu intéressante, mais très encombrante, de la société devient comme un parti avec lequel il faut compter.
Les Portugais semblent être les premiers colonisateurs, qui aient songé à construire avec ces matériaux de mauvaise qualité. Le pape venait de donner le Brésil au Portugal ; le cadeau était aussi beau à recevoir que peu ruineux à faire ; mais, bien que à pays donné il soit bien permis de ne pas regarder, les Portugais ne trouvèrent pas assez de métaux précieux dans cette magnifique contrée et la déclarèrent bonne pour les condamnés ou pour les Juifs, ce qui était tout un dans l'esprit d'un bon catholique. Les Juifs réussirent à merveille; on n'a pas à s'en étonner, d'après ce que j*ai dit plus haut. Les convicts réussirent également et les Paulistas sont en partie leurs descendants. Leroy-Beaulieu remarque d'ailleurs, avec raison, que les colonies, qui ont été peuplées à leur berceau d'éléments irréguliers, de dissidents et de criminels, ont toujours réussi plus vile que les autres.
Cromwell vendit les condamnés, et même les condamnés politiques, aux planteurs dos Indes occidentales. Jacques II vendit les mécontents qui avaient ét^» compromis dans la conspiration de Monmouth. L'Angleterre, dans tout le cours du xviii* siècle^ pratiqua très en grand lextradition des convicts, des récidivistes, comme nous disons aujounrhui; ainsi en 1750 le Maryland n'en possédait pas moins de 1 OSl. Mais 1«« niveau moral de la société de Maryland n'avait pas baissé pour cela; c'est, au contraire, ce pays travailleur qui avait moiiidé favorablement les criminels, qui les avait relevés et renfloués; aussi en 1774, les convicts eux-mêmes, devenus
honnêtes gens, s*indignaient-ils qu*on les confondit avec les nouveaux convicts ; cette habitude prise par l'Angleterre de se débarrasser de ses criminels au profit de l'Amérique fut même un des griefs mis en avant par la ligue de Tindépendance : « Que dirait l'Europe, demandait Franklin, si nous lui envoyions nos serpents à sonnettes? » Pour qui nous prenez-vous? demandaient les condamnés d'hier devenus honnêtes gens depuis la veille !
Cependant l'Angleterre s'encombrait de plus en plus de condamnés, dont elle ne savait que faire. En 1781 une recrudescence retentissante dans la criminalité passionna l'opinion publique, comme nous le voyons aujourd'hui en France; il y eut alors, comme aujourd'hui, la question des récidivistes y bien que le mot ne fût pas encore inventé; mais le Maryland refusa nettement de les recevoir.
Que ce fait nous serve d'exemple. Quand une colonie est naissante, tous les éléments sont bons ; il ne faut pas même y regarder de trop près ; la lutte pour l'existence se charge de niveler, de modeler, d'éliminer, d'équilibrer tout. Les criminels séparés d'une vieille société qu'ils gênaient et qui les gênait par sa discipline, par ses prohibitions nombreuses, se trouvent retrempés en pleine nature, repris en sous-œuvre par la concurrence naturelle livrée i elle-même; mais quand la colonie a grandi, qu'elle est devenue une société dense et compliquée comme la mère patrie, elle est alors pour les condamnés un milieu aussi peu régénérateur que l'était la vieille société et sa résolution bien arrêtée de n'en plus recevoir devient aussi énergique et aussi légitime, que l'était le besoin de s'en débarrasser ressenti par la métropole; c'est ce qu'ont méconnu chez nous les membres du parlement, qui ont proposé l'envoi des condamnés récidivistes dans notre colonie d'Algérie. Elle n'aurait rien pu faire de bon avec eux; ils n'auraient fait que la gêner et elle aurait certainement dit, comme Franklin : gardez vos serpents.
L'Angleterre se le tint pour dit et, comprenant qu'il
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faUait
die acwig» à rAmtnfir : «s ITdB dk de la NonTeUe-GàDes « sud im hammt pieui c'iiilB!Ii£«Doe«t d*êiiergie, Pliil^ €Cle 13 lun IT^. onse ntrires p&ruieet pcmr TAvitrilie arec SOO oofi-rkos de§ drax eexei^ et des m»gasins dlBStruMsU. fish mai» afre^, le 18 janricr 17SS. oo arrÎTaît à BoUfij-BiT €C six jann pm» taid. Ptùlipp fardait Sjdnej. De 17g7-lS36. KciST conrkls furent sivement enTorés per TAncleierre. D eA bon de qMr que cet égovt ooslimi d'm&e vieille scciéiê n'eapêcha pas d*aiBiMr le oosts pfau limpide des émigrés Tokmtaires. D en Tint dans le même leoq»» 6DO00. Cest i la même êpoqne (1771) qoe, pour penpler la colonie da liississipi fondée par Law, la France enTorait en Amérique ses criminels, ses filles et ses dadasM», entieprise dont il ne noos reste qne rhistoire pins on moins embellie par labbê PréTost d*iine de ces transportées, la célèbre Manon Lescaut.
n est intéressant, afin d'apprécier les résultats du peuplement de l'Australie par les oonvicts. de voir quelle fut la méthode employée par Philipp et par ses successeurs : il eut poor principe la respofisabilité des coodamnés. U ne compta, pour les diriger^ dans la roîe de l'amendc^mcnt, que sur le développement cbes eux du respect de la justice et de la loi. La première maison qu'il fit construire ne fut ni une pnson monumentale, ni une caserne à effet, ni un hôpital somptueux, comme cela se fut fait ailleurs, mats un temple de la justice, un tribunal, une maison d'arbitrage. A qui, dans ce tribunal, son successeur Macquarie confiera-t*il le poste suprême de chef de la magistrature \ à un ancien convict libéré pour sa bonne conduite. Ce ne fut pas le seul juge ainsi choisi et ces magistrats d'un nouveau genre furent toujours, parait-il, les plus sévères. Un jour une révolte éclata parmi les oonvicts : tout autre que Philipp eût renoncé à son système «le la liberté et de la responsabilité ; un bon régime de cornl»ression eut vite terrifié les meneurs. Philipp s'adressa à ceua
des convicts qai n'étaient pas encore dans la révolte ; il leur parla, comme à d'honnêtes gens, de leur loyauté, de leur respect de la loi, de leur amour du bien public et, plein de confiance, leur donna des armes pour combattre eux-mêmes Tinsurrection. Elle fut vaincue facilement, tant il est vrai que ce n'est pas par la force mais par la justice et par l'appel aux nobles sentiments qu'on conduit le mieux les hommes, même ceux qui sembleraient à nos vieux autoritaires d'Europe les moins propre au self govemement.
La liberté était relativement grande en Australie. Lie pénitencier ne contenait qu'un petit nombre de condamnés, généralement les nouveau- venus ou quelques rebelles. Ceuxlà étaient employés aux travaux publics et c'était à eux qu'incombait la charge de cette œuvre, que les Anglais ne négligent jamais dans leurs colonisation, la préparation coloniale. Au lieu de planter des villages d'après le plan capricieusement élaboré dans une administration centrale, dussent ces villages rester des culs-de-sac inhabités, les Anglais font d'abord des routes et des canaux et s'en remettent à l'intérêt particulier pour faire naitre les villages au point voulu, le long de ces artères. La plupart des convicts étaient assignés^ c'est-à-dire placés comme serviteurs chez uù colon libre ou parfois libéré lui-même, qui devait les entretenir et adresser un rapport sur leur conduite et leur travail. Au bout d'uD certain stage les assignés devenaient propriétaires^ puis étaient libérés.
L'Angleterre sut, on le voit, s'inspirer, en Australie, dans sa manière de faire avec les condamnés, de cette maxime formulée plus tard par H. Spencer : « Diminuer la contrainte et augmenter la responsabilité. » < L'affaire de la société, dit ailleurs ce grand penseur,* c*est de se protéger contre le coupable et c'est affaire à lui seul de trouver sa vie de son mieux au milieu des entraves que la société a dû lui imposer. Tout ce qu'il a le droit de demander, c'est qu'on le mette à même
ivoir de l'ouvrage et d'échanger son travail contre les
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objets iiéoetsaires à la vie ». Â Tile Norfolk et à la terre de Van-Diemen le capitaine Maconochie avait complètement réalisé cet idéal : il avait imaginé, dans la prison même, un sjstème de bons, qui étaient la monnaie, le numéraire du condamné ; tout travail était payé en bons, toute bonne conduite récompensée d*un bon; toute mauvaise action devait an contraire être payée par le condamné, qui rendait un bon. Rien ne lui était donné gratuitement : effets, aliments, instmctton même, faveur, tout, le condamné devait Tacheter et le payer avec ses bons ; il ne se libérait même qu'en achetant sa liberté avec les bons qu*il avait gagnés et économisés. < Cela rapproche, dit Spencer, la discipline imposée aux prisonniers de la discipline de la vie courante : on ne lear fait porter en fait de maux et de biens, que le résultat natu* rel de leur conduite. »
Les résultats, que TAngleterre retira de bonne heure et retire encore aujourd'hui du système qu'elle avait inauguré en Aastralie, doivent encourager les autres peuples à imiter •on exemple, qui mérite d'être médité par les hommes politiques : huit ans après la fondation de Sydney, à une époque où la jeune colonie comptait déjà 4 000 condamnés, tous assassins, voleurs, faux-monnayeurs, il n'y avait pas encore eu un seul meurtre commis ! Quelques années plus tard un gouverneur écrivait en Angleterre au ministre des colonies : € Il y a maintenant 3 000 convicts libérés, qui sont dispersés à travers ma province et j'affirme que la vie et la propriété sont aussi bien en sûreté ici que dans toute autre partie de l'empire britannique. » En vain alléguerait-on les atrocités commises par les convicts en Tasmanie sur les malheureux indigènes. Tous les blancs et non les seuls convicts furent ici également coupables.
Un fait digne d'être noté : ces hommes naguère indisciplinables ont trouvé, dans les nouvelles conditions qui leur étaient faites, un tel élément de force, que nulle part la vie municipale, qui est leur œuvre de char|ue jour, n'est plus
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florissante qa*en Australie. Ceux qu'une excessive centralisation eût réduits au rôle d*ilotes, sont devenus par la décentralisation, qui développe la responsabilité, des citoyens libres et respectueux de leurs devoirs. En 1802 le quart du revenu de la colonie était déjà consacré à Tinstruction publique ; en 1815, sur 40000 habiUnts, 20 000 étaient d'anciens convicts ; les deux tiers étaient d*honnétes gens dans tonte Tacoeption du mot; un tiers était, il est vrai, détestable, mais la majorité honnête fondait des maisons d'école, des orphelinats, des journaux, etc.
La vie agricole n'était pas moins active que la vie municipale. En 1790 James Ruse arrivé comme convict venait d*étre libéré ; il s'unit à quelques camarades, libérés comme lui, pour élever un certain nombre de moutons envoyés par un officier irlandais Mac Arthur. Ce fut là l'origine de la grandeur de TAustralie, aujourd'hui le premier marché du monde pour les laines. En 1807 on exporte de Sydney 245 livres de laine mérinos; en 1820 on en exportait 100000 livres; ce chiffre devient 3564 532 en 1830 et plus de 7 000000 en 1840. A la même époque, le commerce d*imp«rtation d'Angleterre en Australie s'élevait déjà i 1 176000 livres sterling de marchandises.
11 en fut de même à Melbourne, dans la colonie de Victoria. C'est en 1803 que le colonel Collins y débarqua avec un détachement de convicts ; c'est en 1835 qu'on convict échappé en 1803 du convoi de Collins, William Buckley, après avoir vécu 33 ans parmi les noirs et être devenu chef d'une tribu, se joignit à une troupe de nouveaux émigrants et J donna à la colonie une impulsion que la découverte de mines d'or, en 1851, ne fit qu'augmenter. Aujourd'hui on trouve à Melbourne les institutions politiques et sociales les plus élevées ; une bibliothèque de plus de cent mille volumes est mise gratuitement, et sans aucune de ces formalités bureaucratiques de la vieille Europe, à la disposition d'un public, qui, dit Désire Charnay, «entre sans billet, se sert
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on lai semble, remet le livre é sa place ou le laisse sur Bible. » La colonie de Victoria affectait, en 1878, plus de OOOOO de francs à son budget scolaire, ce qui, pour sa ilation de moins de 900000 habitants, équivaut, pour la nce, à un budget de 900 000 000.
e noyau d'anciens convicts amenés par Philipp était mu une colonie d'honnêtes gens ; la société australienne t arrivée à cet âge et à cet état social, qui sont incompati-
avec le rôle d'égoût de la mère patrie; les convicts la lient et elle n'était déjà plus le milieu jeune, embryone, qui convient à la refonte sociale d'un homme; en 1864 titra nspor talion league de Melbourne menaça donc le révolte, si on continuait à envoyer les condamnés en tralie : l'Angleterre céda, comme elle avait dà le faire ; le Maryland en 1781 et, le 10 janvier 1868, le Hougueit débarqua le dernier convoi de convicts. L'aversion
les colonies devenues adultes, après avoir, dans leur .n<'e, Tv<]\\ des condamnés, ont pour les convicts, est »ment jrrande, que récemment le congrès des colonies traliennes, sortant d'ailleurs de la réserve qu'il aurait l'imposer, a cru devoir protester contre le projet avoué la France de transporter ses récidivistes dans le Pacie.
•rémie lientham avait donc tort, lorsqu'il se refusait a re, qu'on put, aver de mauvais bois, faire une maison le; les mauvais matériaux peuvent servir, mais c'est à la lition, qu'on les emploiera dans une colonie naissante; vieille colonie n'a pas plus besoin de récidivistes que la e patrie elle-même!
e serait donc, encore une fois, mal profiter des leoons de ;)érience, que d'envoyer en Algérie les criminels incorri- M qui encombn^nt noire société. (> serait nuire A l'Algésans profit [K>ur If^ criminels, qu'il ne faut jamais déses- T d'amender, au moins dans leur descendance, a plu|)art de ces criminels apportent, ainsi que je cn>is
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ravoir démontré dans un travail précédent (1), une organisation crânienne et cérébrale vicieuse; des mesures cràniométriques, auxquelles je me suis livré, il résulte pour moi, que les assassins sont nés avec des caractères, qui étaient propres aux races préhistoriques, caractères qui ont disparu chez les races actuelles, mais qui reviennent chez eux par une sorte d'atavisme. Le criminel, ainsi compris, est un anachronisme, un sauvage en pays civilisé, une sorte de monstre et quelque chose de comparable à un animal, qui, né de parents depuis longtemps domestiqués, apprivoisés, habitués au travail, apparaîtrait brusquement avec la sauvagerie indomptable de ses premiers ancêtres. On voit, parmi les animaux domestiques, des exemples de ce genre : ces animaux rétifs, indomptables, insoumis, ce sont les criminels. Évoquons, par la pensée, un de nos ancêtres préhistoriques et introduisons-le dans les rangs serrés et hiérarchisés de notre ordre social ; ce sera uu criminel. Le criminel actuel est venu trop tard : plus d*un, à répoque préhistorique, eût été un chef respecté de sa tribu.
L'expérience nous montre que c'est perdre son temps, le plus souvent, que de chercher à combattre ce funeste atavisme, cette force puissante, qui fait remonter le cours de tant de siècles et qui laisse son empreinte jusque dans la forme des os ; la société doit donc se débarrasser de cette note qui détonne dans rharmonie sociale, mais elle peut aussi Tutiliser. Le moyen de faire produire quelque chose à cet obstiné sauvageon, sur lequel la greffe civilisatrice n*a pas pris, c'est de le mettre dans un milieu en rapport avec son état rudimentaire, c'est de renoncer pour lui à la culture intensive de U civilisation et de le replacer en pleine terre, dans les conditions primordiales de la naissance et du début des sociétés.
Supposez une lie déserte, dans laquelle on déposerait tous I ces hommes, qui sont encore, au xix* siècle, des sauvages | préhistoriques; qu'arriverait-il? Placés dans leur milieu na-
(1) Étude anthropologique sur une série de crânes d*atsastins, p*r le D' A. Bordier. 0. MaMoo, Paris, 1S81, et Revue d* Anthropologie, ISTti.
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toFel, ib subiraient les rigaeurs de la lutte pour l'existence, qui éliminerait d*abord les plus mauvais. Les plus forts, les plus courageux, les plus violents, les moins bétes finiraient par remporter et par dominer. Sans doute ce ne serait pas une cité modèle le pays que je suppose, mais ce serait Timage exacte de toutes les sociétés au degré le plus bas de la civilisation, degré par lequel elles ont toutes passé, comme tous les êtres ont passé par Tétat d'embryon. Ce serait la reproduction des sociétés qui existaient sur notre sol même, à répoque préhistorique. Là tout serait livré au jeu des passions brutales et il n*y aurait d'autre droit que la force; mais, comme toutes les parties de cette société enfant seraient en harmonie entre elles et avec leur milieu, cette société infime bénéficierait de la loi commune à tous les êtres qui sont dans on milieu approprié, elle évoluerait; elle subirait les métamorphoses progressives que subissent tout être qui vit, toute société qai existe. Les nombreux archipels de TOcéanie, la Nouvelle-Calédonie, Tarchipel Gambier, peut-être un jour Madagascar, la Gayane même et surtout le Maroni (mais une Ile est préférable) offriraient un territoire suffisamment grand, salubre et producteur, pour permettre Tévolntion de la société ainsi semée. On trouverait là, sous le soleil ardent, assez de puissance et de chaleur pour faire, en quelque sorte, recuire à nouveau les parties manquées et restées informes de Targile dont sont pétries les sociétés civilisées et, dans deux cents ans, nos successeurs verraient sortir de TOcéanie, comme aujourd'hui de l'Australie, une civilisation nouvelle. De vieilles familles de l'archipel Gambier ou d'ailleurs se vanteraient peut-être de dater de la naissance de la colonie, oubliant que leur aieul avait passé plusieurs fois en cour d'assises pour ▼ioi, fausse-monnaie ou assassinat.
Au surplus Darwin, qui cependant se montre peu disposé i baser quelque confiance sur l'honorabilité des convicts, reconnaît lui-même que, € en vertu de ce qu'on pourrait appeler un progrès légal, il se passe dans cette [K>pulation
de convicts, bien peu de choses qui tombent sous Tapplication de la loi » et il reconnaît que la transportation € a réussi, dans une mesure plus grande qu'on pouvait peut-être l'espérer, comme moyen de donner à des criminels l'air d'honnêtes gens et comme moyen de convertir des vagabonds absolument inutiles dans un hémisphère en citoyens si actifs dans un autre hémisphère, qu'ils ont créé un pays magnifique et un grand centre de civilisation. »
§ 7. Esclaves. — Pour apprécier froidement quels ont été le rôle et l'influence de l'esclavage dans nos colonies, il faut, bien entendu, mettre de coté toute la rhétorique sentimentale qui roule sur la fraternité de l'homme noir et de l'homme blanc. La porte de l'émancipation étant toute grande ouverte, d'ailleurs, il est inutile de s'évertuer, comme si on voulait l'enfoncer. Ainsi étudié philosophiquement l'esclavage apparaît alors, lorsqu'on suit son évolution dans l'histoire, comme un véritable progrès social : le premier homme qui fut vaiqueur dans son premier combat avec un autre homme, traita son ennemi, comme il avait coutume de traiter le gibier ; il le mangea. On ne s'amuse pas à faire des prisonniers et à laisser perdre une jolie pièce, quand on est nomade et qu'on ne mange pas tous les jours. Ce ne fut donc que lorsqu'une * population fut devenue sédentaire et largement pourvue de réserves alimentaires, qu'elle put songer à employer l'ennemi vaincu à la satisfaction d'autres besoins que ceux de l'estomac. L'idée d'utiliser le travail du vaincu put naître alors dans l'esprit du vainqueur, qui prit le parti de le garder (servare) pour le faire travailler à sa place. Le mot serf, de serves, n'a pas d'autre origine. La guerre devint même une c basse à l'esclave ; elle n'avait pas d'autre but et, pendant longtemps encore, les armées s'approvisionnèrent de menottes et de chaînes avec autant de soin que d'armes de guerre; elles étaient suivies do marchands d'esclaves, prêts à se faire receleurs et trafiqueurs immédiats des captures trop nombreuses,