ESCLAVES
car en 1849 on importait encore 50000 noirs; Cuba en recevait encore 30 000 en 1860.
Les gouvernements se préoccupaient beaucoup de la transition entre l'esclavage et la liberté ; on cherchait à rendre cette transition douce et insensible, comme si, pour empêcher une chaîne de retenir un esclave, il y avait d'autre moyen que de la briser. L'Angleterre imagina de transformer les esclaves en apprentis laboureurs {apprenticed labourers) qui devaient travailler, pour 6 ans encore, au profit des mêmes maitros. C'était, comme le dit Lcroy-Beaulieu, promettre la liberté sans la donner et les noirs, insensibles au nouveau titre, obtinrent ou prirent leur émancipation définitive avant son échéance.
Les conséquences de Témancipation furent du reste tout autres que le pensaient les colons : les colonies ne furent pas ruinées le moins du monde ; elles gagnèrent au contraire une modification importante de la propriété, qui devint plus divisée : la culture de la canne devint moins générale; avec la petite propriété la culture vivrière prit naissance et répandit dans les colonies un bien-étre, que son absence avait rendu jusqu'alors incomplet. Il se produisit surtout un phénomène, qu'il eût été aisé de prévoir, si Ton se fût plus tôt rendu compte de l'influence atrophiante de l'esclave sur le maiire : Tinduslrie agricole prit un essor inconnu; forc<*s de ne plus compter sur les bras de Tesclavc, h'S propriétaires eurent recours aux machines. On am»*liora les routes, on construisit dcn» canaux ; des chemins de fer sillonnèrent la Jamaïque, la liarbade, la Guyane, la Trinité ; la l>esogne, (|ui était mal fait4^ |>ar trois hommes, fut exécutée par un seul et mieux que par le passé.
Quant aux esclaves, la consétjuenre de la liberté fut |)0ur eux tout autre aussi qu'on K* pensait: il ne manquait pas de propriétaires d'esclaves, qui gémissaient sur le sort qui allait être ré.»i«*rvé à ces pauvres noirs, incapables de se sutlire euxmêmes et de se pxs.ser de la tutelle ainsi que di*s coups.
A supposer que la tutelle fût aussi indispensable qa*on le disait, raisonner ainsi c'était méconnaître que l'espèce humaine, comme Ta dit Voltaire, < aime mieux se pourvoir que dépendre et que les chevaux nés dans les forêts (?) les préfèrent aux écuries. » Ceux qui craignaient pour les noirs libres se trompaient en outre sur Taptitude de la race noire : les esclaves de la veille sont devenus dès le lendemain propriétaires. On comptait en 1838, à la Jamaïque, 2114 propriétaires de couleur; ils étaient 7 340 en 1840. A la Guyane on a vu Ta^^ocia/ton, encore aujourd'hui si mal appréciée par les blancs, mise en pratique par les nègres : 150 ou 200 noirs s'associent pour acheter et exploiter en commun un domaine de 200 000 à 400 000 francs. En somme à la Guyane anglaise, déjà en 1840, de nombreuses familles nègres représentant un total de 15 906 individus libres avaient construit 3 322 maisons. Le nègre se trouve d'ailleurs tellement bien de la liberté, que la population noire augmente aux Etats-Unis et que même, dans certains Etats , elle dépasse numériquement celle des blancs. La population totale des Etats-Unis est de 50 000 000 de sujets. Or, parmi eux, on comptait, en 1870, 4 880 000 noirs libres et 6 577 151 en 1880 ; la population noire a donc augmenté de 35 % en 10 ans. Où sont d'ailleurs ces noirs ? Dans les Etats mêmes où ils travaillaient jadis comme esclaves, à la Louisiane, au Mississipi, dans la Caroline du Sud. Aux Antilles françaises les nègres sont aujourd'hui cinq ou six fois plus nombreux que les blancs ; ils se forment à la vie politique. Il y a là de quoi réjouir tous ceux qui s'intéressent aux colonies et je m'étonne de voir Leroy- Beaulieu, dont le livre sur la colonisation est si riche de matériaux, que j'ai d'ailleurs souvent mis à profit, se prendre à s'effrayer des progrès do la race noire dans les colonies. La vie politique, avec le suffrage universel, avec le jury, peut cependant seule effacer la vieille division des couleurs plus absurde encore que celle des castes. L'intelligence de la race e se développe tellement sous l'action de la liberté, le fono-
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tionnament cérébral s'élève tellement, que, par une oonséqaenoe forcée de cette loi qui vent qne, plus on se sert d*un organe, plus les chances de maladie sont nombreuses pour lui, le cerveau des nègres libres est plus souvent malade que celui des nègres esclaves : Taliénation mentale est chez les premiers beaucoup plus fréquente que chez les seconds. Ainsi tandis que la fréquence de l'aliénation mentale est de 0,76 pour 1000 chez les blancs, elle était de 0,10 pour 1000 chez les noirs esclaves et elle est de 0,71 chez les noirs libres.
L'abolition de l'esclavage n*a donc pas été seulement un acte de justice, elle a été un acte de bonne politique ; cette institution était non seulement une honte, mais de plus un anachronisme. La traite a-t-elle à Theure actuelle complètement cessé? on dit que non. Un médecin distingué de la marine, le D*' Corre (1) s'exprime ainsi : < Il ne faudrait point se hAter d*admirer la conduite des Anglais, en ce qui concerne le traite et Tesclavage des noirs. C*est à tort qu'on a prétendu que le nègre était mieux traité dans les colonies anglaises que chez les Espagnols et chez les Français. » Quant au ro\e des croiseurs, protecteurs de V Africain^ voici ce qu'en dit un autre de nos confrères de la marine (2), cité par le D»" Corre, qui ajoute : < J*ai pu vérifier par moimême, à Xossi-Hé, sous quel mobile n'n»! et de quelle façon îiVxécutelasurveillanco des officiers britanniques.» « L'Angleterre, dit M. Caries, entretient sur la C4*»te de Loango et du Congo un nombre considérable de croiseurs... Ces croiseurs, le plus onlinain»ment de marche rapide, sont parr.'iit4*ment instruits «le toutes les opérations qui se font en rivière et quand un n«'*gri«T parvient à s'échapper à travers la croisière, av<»c son cliarj^'iMuent humain, c'est (ju'ils veulent liieii le laisser passer, |K)ur ne pas décourager un commerce auquel s'attache pour eux un intérêt qui n'est pas minime. Mais malheur au navire qui doit être pris par eux! il n'a pas
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plutôt fait quelques milles au large, qu*il soit passé de nuit ou de jour, qu'il voit à Thorizon un long panache de fumée : c*est le croiseur qui se précipite à tire d'aile, qui s*élance en vainqueur sur son pont, qui fait main-basse sur tout, mais principalement sur Targeut et les effets du capitaine et de l'équipage; puis, après avoir abandonné celui-ci et ses hommes dans une frêle embarcation, sans vivres, sans défense, exposés à mourir de faim sur le premier endroit de la côte où le jettera le vent ou le courant, reste possesseur de sa proie. Vous croyez peut-être qu'après ce trait de bravoure, jouissant du bonheur d'avoir fait tomber les fers de ces malheureux entassés péle-mèle dans le navire, il va prendre celui-ci à la remorque, remonter avec lui la rivière et rendre ces noirs qu'il vient de délivrer à leur pays, à leurs familles? Erreur. Le noir, pour la délivrance duquel l'Angleterre a armé ses croiseurs, elle le confisque au profit de ses colonies! Il a seulement change de destination : au lieu d'aller à la Havane ou dans l'Amérique du Sud, il a le droit d'aller travailler vingt
ans et plus dans une colonie anglaise Il est vrai que le
croiseur en tient un compte exact, car il touche par tête de noir ainsi délivré et acquis à son pays 5 livres sterling (125 fr.). Cette somme, partagée proportionnellement au grade, fait à ces officiers de la marine anglaise d'assez beaux bénéfices et explique parfaitement l'ardeur avec laquelle ils s'emparent des bâtiments... » J'ai tenu à citer les sources où j'a puisé ce document, tant il me paraissait grave et tant j'ai de peine à le croire exact; j'aurais même hésité à le reproduire sans l'autorité des noms, sous la responsabilité entière desquels je le laisse d'ailleurs. Aussi bien les efibrts de Samuel Baker et de Livingstone prouvent assez que, si ces faits sont vrais, ils sont exceptionnels.
Au surplus la traite subsiste d'une manière plus ouverte
non seulement dans le Soudan, mais dans toute la Mélanésie.
I lis le nom de Labour Trnde. Les Australiens l'encouragent
toutes les manières et ne se heurtent même pas au sujet