VENTILATION
nuité et se résolveat, pour tout le pays, en un vent d*est moyen, continu, qui, là comme au bord de la mer, donne aux arbres, d'ailleurs rares, de la pampa Taspect rabougri qui les caractérise. Bonpland, qui a passé de nombreuses années à San-Borja, écrivait en 1849 : € Quoique cette petite ville se trouve bâtie entre TUruguay et d'immenses marais, elle est très saine. Depuis 1831 je connais cette ville, dont la latitude est de 28o 40' et, pendant ces 18 années, je n'ai vu que 2 cas de fièvre intermittente, qui ont cédé facilement à l'usage de la quinine. > Une des conséquences de la salubrité extrême de toute la vallée de la Plata, c'est le chifTe élevé de la natalité, qui est à la mortalité comme 2,50 est à 1. Les familles européennes y sont si bien acclimatées, qu'elles y ont de nombreux enfants : le nombre moyen des enfants par chaque ménage est en effet de 5,50 à Montevideo, de 5,25 à Buenos-Ayres, de 5,10 à Catamarca, de 6,10 à Tucuman, à Cordava de 7 chez les Hispano-Américains et de 8,75 chez les métis. On ne saurait donc trop recommander ce vaste et magnifique pays à l'émigration européenne. Du reste sa réputation ne saurait être mieux établie, que par les lettres que les émigrants ne manquent pas d'envoyer dans leur pays d'origine ; l'influence de ces rapports favorables se fait sentir chaque année davantage, car le nombre des Kuropéens débarqués en 1872 à Montevideo et X Huenos-Ayres s'élevait à ,17 000. Déjà les Basques fran(;ais ont choisi cette voie et sont entraînés vers la Plata, comme par un courant naturel ; il serait à plusieurs points de vue préférable pour la France, que ce courant d'émigration de nos compatriotes se détournât à notre profit et vint grossir notre colonie d'Algérie, mais ces sortes de courants humains ne sauraient être détournés par voie administrative; ce qu'il y a <le mieux à faire c'est (le les utiliser, de les régler et, puis«jue l'instinct de nos populations pyrénéennes les pousse dans cet immense et ft-rtile bassin, pourquoi les capitaux fran«;ais ne trouveraientils pas leur emploi dans ce riche pays, qu'il ne s'agit que de
mettre en Taleor? Ce sont là des conquêtes {ttdfiqnes, qoi ne demandent qœ des eosimeixAnts, des propriétaires et point d'armées, qui n*excitent point la jaloo:^ des peoples Toisios et qni ne lenr portent anciin préjudice. Notre commerce trouTerait là pi os de 60 espèces d*arbres de construction, d'ébénisterie on de teinture, des matières filamenteuses végétales, des huiles, le caoutchouc, le coton, le cacao« le café, le riz, llndigo, le girofle, la muscade, le tabac, le sucre, etc..., sans parler des cheranx et des bcrafs.
Le jy Paulj signale d*ailleurs une entreprise, qui serait de nature à t^iter un peuple comm^^çant : la plus grande partie de TAmérique du Sud, depuis les Llanos de rOrénoque jusque dans les plaines de la Patagonie ou au moins jusqu'à l'embouchure de la Plata, constitue, en réalité, une seule et unique yallée de 60" de longueur, au milieu de laquelle on ne rencontre d'autre relief du sol que le plateau des Parécis, dont l'altitude ne dépasse pas 300". C'est de ce plateau que sort le Paraguay. Sur un de ses contreforts se fait la ligne de partage des eaux, qui se rendent les unes au Midi par le Paraguay et la Plata jusqu'au %» lat. Sud, les autres au Nord, par le R. Madeira, dans le fleuve des Amazones, presque sous l'équateur même. Or, précisénfent à ce point de séparation, à 38 lieues de Guaporé, par 16« 31' lat. S. et 16"' 18' long. 0., deux sources jaillissent à irais mètres de distance l'une de l'autre : l'une forme le Rio-Alegre, qui va se jeter dans le Jauru affluent du Paraguay, Tautre forme le Rio Aguapey, qui va se jeter dans le Guaporé affluent de la Madeira, laquelle va se jeter à son tour dans l'Amazone. D'ailleurs le Rio-Alegre et le Rio- Aguapey sont navigables dès leur naissance et, au point où tous deux commencent à l'être, ils ne sont séparés que par une bande de terre de 6 470 mètres. Il suffirait donc de couper ce petit isthme, pour faire en réalité roramuniquer les eaux de F Amazone avec celles de la Plata et, corarae les eaux de rOrénoque communiquent elles-mêmes avec celles de TAmazone, il suffirait de percer ces 6000 mè-
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très, pour permettre à un bateau à vapeur d'entrer dans rOréaoque et de sortir par l'embouchure de la Plata, après avoir parcouru pendant 3000 lieues le pays le plus riche et le plus fertile du monde. Il y aurait là, pour le commerce de TAmerique du Sud et de la nation dont les enfants accapareraient pacifiquement, par une loyale concurrence, l'exploitation de ces magnifiques régions, une source de richesses incalculable! Cette idée avait du reste déjà tenté, en 1773, le gouverneur de la province Matto-Grosso, Âlbuquerque; il se proposait de creuser un canal, mais Tentreprise ne réussit pas.
§ 7. Géologie, — On ne saurait trop, avant de faire choix d*un point à coloniser, s'enquérir des conditions géologiques qu'il présente. C'est ainsi que le plus ou moins de perméabilité tlu sol et du sous sol décide du caract^^e marécageux ou non, que pourra présenter un pays; les sous-sols argileux, qui retiennent l'eau à une faible profondeur, sont particulièrement mauvais, surtout si l'argile est recouverte d'un sol perméable, qui laisse remonter les vapeurs de bas en haut.
Un grand nombre de voyageurs s accordent pour reconn.iitre aux sols très ferrugineux un caractère qui les rend, dans les pays chauds, propres à la malaria. Sir Ranald Martin, entre autres, signale, dans Tlnde, comme provoquant la malaria, la latérite i\Q M'Clelland , argile rouge très ferrugineuse, qui al>onde notamment dans les provinces d'Orissa, de Midnapour, de Sumbhulpour et au Mengale. La même remarque a été faite par Steyne à Ilong-Kong; Featherstonhaugh a signalé la même coïncidence aux Ktats -Tnis, dans l'.Vrkansas. La même remarque a été faite à Sierra-Leone, à Freetown et même en Algérie. On ne sVxplique guère comment agit ici le frr. Sans préjudice d« s autres modes d'action (juil peut pré- M*nter, il a. du moins, dans les pays chauds, rextrèiiie inci)nvèni<»nt d'être un excellent conducteur tle la chaleur, ce qui doit, pendant la nuit, augmenter l'intensité toujours dangi^ reuse du rayonnement tellurique.
104 CHOIX DES COLONIBS.
Mais les colons s'occupent peu de géologie et lorsqu'ils en font, c'est à la façon de M. Jourdain, sans le savoir mais alors avec excès. Si la recherche du charbon les occupait seule, cet excès ne serait pas à craindre ; mais, surtout autrefois où l'on méconnaissait toutes les qualités précieuses de cette pierre, les colons ne cherchaient que les autres pierres précieuses. Déjà cependant Bacon les en détournait : « Qu'on se méfie, disait-il, des métaux précieux, parce que l'appât de la loterie détourne le colon des longs et patients travaux. > Conseils peu écoutés ! Les colons modernes n'ont encore que trop de tendance à mettre tout ce qu'ils ont de force et d'épargne à cette loterie cependant toujours décevante; ainsi, lorsque près du Cap, chez les Griquas, on découvrit les mines de diamants de New-Rush et de Kimberley, les travailleurs se ruèrent positivement dans ce pays jusque-là désert; le colon laissa sa charrue, l'employé abandonna son bureau, tous voulaient du diamant du Cap. En quelques années il se forma une véritable ville avec six églises, deux salles de bal, un cirque équestre, tout ce qu'il faut, comme on le voit, pour répondre aux goûts des amateurs les plus divers ; mais, comme plus on trouvait de diamant et moins le diamant valait cher, Tenthousiasme croula. D'un autre côté il est difficile de reprendre la charrue dans les champs ou la plume au bureau, lorsqu'on a quitté l'une ou l'autre; les gisements aurifères de Leydenberg, dans leTransvaal, vinrent donc à point : même enthousiasme, suivi d'ailleurs d'une même déconvenue. Cependant le diamant avait eu le temps de remonter; on revient donc maintenant à Kimberley, mais les riches plantations, les belles cultures ont dégénéré, depuis que le laboureur a renoncé à faire produire des monceaux d'or à la terre fécondée par son travail, pour se borner à ramasser, sans autre effort que la peine de le faire, les quelques parcelles de ce métal qu'elle contient.
Partout, (lu reste, le désir immodéré d'une fortune rapidenient et facilement faite produit les mémos résultats regretta-