‹ La colonisation scientifique et les colonies françaisesChapitre 38 sur 122 · ALIMENTATION · texte numérisé non relu

ALIMENTATION

i être d^ors, poisftent jeter sur leurs épaules el par-dessus leurs autres vêtements une étoffe de laine. Le D' Nielly^ à qui j'emprunte tous ces détails, les confirme d'ailleurs par son expérience personnelle des pays chauds. Au surplus les Arabes, les Indous se conforment à ces principes sans en avoir la théorie. Néanmoins, en raison de Teffet désagréable produit sur la peau par la flanelle, le D^ Nielly s'accommodait sur la peau d'un gilet et d'un caleçon de coton ; la chemise elle-même doit être en coton, jamais en toile.

La couleur complique encore ici la question : ainsi les thermomètres que Coulier habillait de drap marquaient, je viens de le dire, 7* de plus que les autres en moyenne, mais le drap garance élevait moins la température que le drap gris-fer bleuté pour capote. On peut, en somme, sous le rapport de l'absorption de la chaleur, toutes choses égales d*ailleurs, relativement à la nature du tissu, classer les couleurs dans l'ordre suivant : noir, bleu, brun, vert, rouge, jaune, gris, blanc. Il est bon do remarquer que le bleu et le rouge, mais surtout le bleu, sont les couleurs les plus usitées dans notre armée; il importe donc, pour uneexi>édition dans les pays chauds, de mettre do côté cet uniforme absolument mal approprié aux circonstances.

§ 4. Alimentation, — C'est en semblable matière, qu'il importe de se débarrasser des habitudes qu'on avait dans le pays qu'on vient de quitter. « Quand Tu mangeais comme moi, Tu bien portant, disait ua nè«;re du Sénégal à un de nos officiers; à la place do Tu jo mangerais [as aliments d'Europe. » Il importe surtout de ne jamais boire que de Teau préalablement filtrée; c'est en efTot dans l'eau que se trouvent les germesd'un grand nombre de maladies des [uiys chauds (1), la filaire, la diarrhée de Cochinchine, la dysenterie et bien d'autres encore. Le D*^ Catrin raconte qu'en Tunisie, sur

<1) J«* r«nTui<* le lt^:U>ur pc»ur tuut c«t ileUilt à uion livr«: la fiev^raphi^ fnédictiUy par \e D'A. Boniier. Paru, Heiu>%al<i, lSr*l.

un des côtés d*une ligne de chemin de fer, où Ton réassit à procurer aux ouvriers et aux employés de bonne eau potable, les cas de dysenterie observés précédemment diminuèrent immédiatement, tandis que la maladie persista du côté opposé de la ligne, où Ton continuait à boire de Teau mauvaise. Les eaux minérales de table , bien captées, sont très précieuses à ce point de vue dans les colonies. L'usage des décoctions diverses qu'emploient les indigènes est également excellent, moins par la nature même de la décoction que par le fait même de TébuUition de Teau. On ne saurait cependant trop recommander, dans l'Amérique du Sud, Tusage de la yerba mate (Jlexparaguaiensis)^ de la, cocsi{En/throxylnmcocn), ainsi que dans les Indes celui du Piper methysiicutrij qui entre avec de nombreux ingrédients dans la composition du bétel et dont on pourrait faire, avec le noix d'arec et le cachou, la base d'une préparation qui serait très utile en Cochinchine à nos colons ainsi qu'à nos troupes, pour tonifier la muqueuse digestive et agir sur son contenu comme parasiticide. Le thé, le café, sont, le dernier surtout, des breuvages excellents.

Un des écueils delà vie oisive, qu'on mène souvent dans les pays chauds est \ alcoolisme. D'après le D^ Bolot, commandant d'une compagnie de discipline à Grand-Bassam, un dimanche met toujours plus d'hommes à l'hôpital, que trois journées de travail en plein soleil. Les Anglais ont, à leur grand préjudice, transporté dans l'Inde leurs habitudes de viande saignante et d'alcool , mais cette substance joue sous le climat torridc un rôle encore plus dangereux que dans les brouillards de Londres. Il est vrai que l'idée fixe de l'Anglo-Saxon c'est de se donner du ton ! L'habitude qu'on a dans les colonies de parler à chaque instant de la fièvre et du quinquina, le culte très légitime qu'on y professe pour Técorce du Pérou ont, en outre, donné naissance à une sorte d'alcoolisme pharmaceutique et pseudohygiénique, qui consiste à off'rir à tout venant un madère

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au quinquina oa un quinquina au ^nadère, selon qu*on croit avoir plus de chances de convaincre le buveur ou le fiévreux. G*est parce que Thygiène est très sévèrement imposée aux ouvriers, surtout en ce qui touche Talcoolisrae, que la mortalité des chantiers de Tisthme de Panama, qu'on perce actuellement, a diminué depuis le début de 25 pour 100 et a fini par se réduire à ce qu'elle est en Europe. A ceux qui seraient tentés de regarder comme puérils les préceptes que je viens d'exposer très sommairement, il me suffira du reste de répondre par l'exemple si instructif.de la guerre que flrentrécemment(1874) les Anglais au pays des Ashantis, sur la ci*>te occidentale d'Afrique, expédition modèle, dont le général en chef, avec une impartialité que les combattants n*ont pas toujours, dans l'armée, pour leurs auxiliaires, a pu dire : « C'est une guerre d'ingénieurs et de médecins. » Au début les Anglais n'avaient pas été heureux : un détachement de 110 hommes amenés d'Angleterre avait rapi<lement donné 12 décès et 77 rapatriements. Ce n'était pas encourageant ; mais nos voisins ne se dt'»couragent jamais : ils profitèrent de la leçon et se promirent do faire mieux. isr^S hommes furent alors envoyés tout habillés de serge grise avec peu do bagages: des ordres sévères furent donnés sur tout ce qui est relatif à Thygiène ; cha^iue hommo avait «ians sa poche un p<»tit filtre ; le service dos médicanionts l't dos ambulances, colui des évacuations étaient morvoillousoniont préparés. Gnice à ces précautions la maladie no tua (jue 7 ofliciers ot 'A\ soldats marins.

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