‹ La colonisation scientifique et les colonies françaisesChapitre 40 sur 122 · CULTURE DU SOL · texte numérisé non relu

CULTURE DU SOL

point d*ane administration, qni veut développer la spontanéité on se garder d*exercer une tutelle quelque peu tracassière, que de dresser d*abord des maisons, des églises et des écoles, pour amener ensuite les colons dans le lit qu elle s'est mêlée de leur préparer, comme on conduirait des soldats munis d*un billet de logement.

§ 2. Disparition de la malaria (leta)it la culture. — De toutes les mesures qui peuvent améliorer l'hygiène publique, il n'y en a pas de plus importante, que celles qui consistent à encourager l'agriculture. La terre, qu'on ne travaille pas, est toujours malsaine et cotte nécessité du travail s'impose tellement, que certains pays, après avoir été le théâtre d'une civilisation avancée, sont devenus des marais malsains, depuis que la civilisation les a quittés et que leurs habitants de moins en moins nonihroux ont laisse la nature détruire ce que Tindustrie do Thomnio avait fait. La plaine do la Miti<lja, que nous avons trouvée dôs^Tte et malsaine, a rontenu jadis une population numide, qui était donsoot active. Ik>uffarick au momont de la oonquôto n'était qu'un marais, la mortalité dos défriohours y fut do 50 0 0 : aujourd'hui le pays est sain. Ortainos vallées de la Grèeo jadis peuph'*es sont aujourd'hui inhahitablos ; la l)oml>r était au xiv» sitvlo un |>ays riche et pros|KTe ; les guerres féodales ont fait disparaître les villages, l'agriculture s'est n»tirét\ la nialaria l'a remplacée. 11 en est de même do la Sologne, qui, sous Henri IV, était un pays fertih»; il en est de mémo du Yucatan. Le voyageur, qui ne le traverse aujourd'liui qu'on tremblant, y rencontre à chaque pas les ruines d'un temple, d'une ville, des débris de statues, des restes d'atiuoducs et de canaux, seuls témoins des efforts au moyen (lesquels une population civdisée avait fini par vaincre la nature, qui a repris son empire, depuis (jue le> Eurojx*H'ns,au mépris île leurs intérêts, ont abandonné le sol pour le sous-sol, l'agriculture |H)ur la recherche des richesses minières.

118 HYGIÈNE PUBLIQUB.

Au contraire il suffit que Tagriculture apparaisse ou qu'elle reparaisse, mâine après une éclipse plus ou moins prolongée, pour que la salubrité d'un pays s'accroisse immédiatement. Alors même qu'on ne peut encore faire disparaître un marais, on en diminue dans une certaine mesure les effets pernicieux, on le rend au moins utile à la fortune publique par une culture appropriée : c'est ainsi que, comme l'a judicieusement conseillé le D^ Sacc, les marais du nord de l'Europe septentrionale pourraient être rendus plus inofiensifs et plus utiles, si l'on ensemençait les terres presque constamment submergées, qui les constituent, avec le riz d'eau des Etats- Unis, la Zizanie aquatique^ qui diminuerait les dangers de rinfluence tellurique et serait en même temps une ressource alimentaire, car il contient une grande quantité d'amidon et ses feuilles sont excellentes pour le bétail. On pourrait même ajouter l'acclimatation de certains animaux : il y a quelques années la Société d'agriculture de Suède, préoccupée de cette question, avait conseillé l'élève en grand des oies dans les immenses marais, qui couvrent une grande partie du royaume; le D"" Sacc, reprenant cette étude, a conseillé de peupler ces eaux avec le castor. Il est certain, dit-il, qu'on pourrait lui faire produire dix ou douze fois autant qu'à l'oie et que, si on l'y importait, ce mammifère s'y multiplierait si bien, qu'en peu d'années déjà il pourrait faire concurrence aux importations du Canada et fournir à l'Europe une partie des précieuses pelleteries que les Américains lui vendent si cher.

Le plus sûr est encore, lorsqu'on le peut, de faire disparaître le marais, soit en y plantant des espèces végétales, dont les racines sont avides d'humidité, soit en le comblant an moyen de terrains éboulés ou apportés, soit, ce qui est plus dangereux pour les populations riveraines, en creusant des canaux d'écoulement. Le plus souvent tous ces procédés sont employés simultanément sur des points divers, selon les circonstances. Depuis qu'on a desséché le lac Fetzara dans la province de Constantine, c'est 15 000 hectares, qu'on a

l'eucalyptus. 119

donnés i ragriculture et la fièvre a disparu ; la plaine du Forez a été, en France, assainie par lo drainage et dans rinde les travaux de ce genre, qui ont été exécutés à Calcutta depuis plusieurs années, ainsi que le capUige d*eau potable qui a été effectué, ont diminué précisément de moitié lechifTre des décès de cette ville jadis très insalubre.

De tous les végétaux propres a combattre la malaria, le plus précieux est, assurément, Ythicalyptiis^ dont Ramel a fait, avec raison, valoir en Kurope les précieuses qualités. Cet arbre précieux agit de plusieurs façons contre la malaria: la principale est peut-être la faculté qu'il possède d*absorber par ses racines des quantités considérables d'eau, qu'il élimine ensuite par ses feuilles. Quelques expériences dues à M. Trottier donnent une idée exacte de l'intensité de cette absorption d eau : une branche deucalyptus du poids de H(M> ^rrammes plongée pondant une journée, par une température de :- •!.>, dans un vase rem[>li d'eau, avait absorbé ^iiiïO grammes de li(|uide. Pondant lo même temps la même quantité d*eau, dans un vase identique, avait pordu par la soûle évaporation 208 K^ammos ; la branche d'oucalyptus avait donc absorbé '2'^\yZ grammes. Or elle no pesait à la tin de rexp<'*rience quo 825 grammos; elle n'avait donc emmagasiné que 25 grammes et elle avait émis dans Tatmosphèro, sous forme de vapur, 2^iG7 grammes, soit plus de 2 fois son poids d*eau.

L'arbre qui nous occupe agit encore par sa hauteur, en formant un rideau, qui peut mettre à l'abri du vont du marai» ; il agit par les vapeurs ossentiollos (ju'il n'îjiand, vapeurs \\m sembh^nt être toxiques pour les organismes inférieurs, auxquels est <lû l'empoisonnement paludéen. I^e mona.«tèro de Notre-l)ame de la Trapp«* des Trois-Fonlaines, ilans la campagne romaine, est un exemple de ce t|ue |)eut l'euralyptus ;ce monastère est situé dans la partie jadis la plus malsaine de celle région ; K*s terres ne |»n>duisaif'iit rirn. Dans la première anntio de la réoccupation (18GS) dore couvent, qui

avait été fondé en 626 par Honorius !«', une dizaine de religieux moururent ; des graines d'eucalyptus furent alors envoyées de Melbourne. Après quelques difficultés surmontées ces arbres ont parfaitement réussi et la fièvre a cessé d'exister dans le pays. Il en est de même de la plaine de la Mitidja : elle était jadis si malsaine, que je ne sais plus quel général du premier temps de la conquête avait proposé de Tentourer d'une grille, pour empêcher les Européens d'y entrer. Les Trappistes de Staoueli aidés de quelques colons et des hommes des compagnies de discipline l'ont défrichée, irriguée ; ils ont planté des platanes et des eucalyptus : c'est aujourd'hui une plaine riche et fertile.

Mais, en dehors de ces plantations dictées par la nécessité qui ont sensiblement amélioré certains climats, les colonies, comme d'ailleurs les vieux pays continentaux qui leur ont donné naissance, obéissent avec une sorte de rage à la manie du déboisement. On déboise aveuglément, oubliant ce vieux proverbe : « Tout arbre de cinq ans sauve la vie d'un homme >. On déboise, sans se préoccuper des changements que l'absence de forêts amène dans le climat d'un pays. M. Raveret-Wattel cite le Khanat de Bokhara comme un exemple de ce que peut le déboisement: «Il y a une trentaine d'années, dit-il, le Khanat était une des régions les plus fertiles de l'Asie; ce pays boisé et bien arrosé par de nombreux cours d'eau était un véritable paradis terrestre. Mais, depuis vingt-cinq ans, la manie du déboisement s*est emparée des habitants; on a abattu toutes les futaies et le peu de bois qui restait fut dévoré par le feu pendant une guerre civile. Les conséquences ne s'en sont pas fait longtemps attendre : on a assisté à la transformation du pays en une sorte (le désert aride. Les cours d'eau se sont tiris ; les canaux creusés jadis pour les irrigations sont complètement à sec; li's sables mouvants du désert, n'étant plus retenus par les barrières de forêts, gagnent du terrain chaque jour et finiront par tout envahir, transformant le Khanat en un désert aussi

ACCUMATATION BT D0MB8TICATI0N. I:i2l

désolé que les solitades qui le séparent de Kiva. » Dans llnde on commence même à se préoccuper des déboisements qui ont été pratiqués pour faire place aux plantations espacées de caféiers, d*arbres à thé et de cinchonas. â Rio-de-Janeiro le déboisement, auquel on s*est livré, a amené une saison sèche^ qui n'existait pas auparavant ; depuis que les forêts n*existent plus, les orages ont considérablement diminué de nombre dans le pays et la formation d ozone est par conséquent devenue beaucoup moins considérable. Il en est de même en France, où Ton méconnaît cet axiome : « Pas d*eau, pas de plantes; pas de plantes, pas d*animaux; pas d'animaux, pas d*hommes. » On a tellement déboisé chez nous que, d'après M. Lesbazeilles, la France n'occupe plus aujourd'hui que le huitième rang parmi les nations européennes classées d après le rapport de leur surface boisée à retendue totale de leur territoire.

III. Acclimatation des animaux et des végétaux. îii 1. I)e V acclimatation en (féncrnl. — Lîi colonisation n'est complète et utile, que lorsrpio l'homme a songé non seulement à l'assainissement du sol, non seulement à son propre acclimatement, mais à celui des animaux et dos végétaux qu'il apporte avec lui, autrement dit à cotte science d'une importance sociale si utile, qui a nom Tacclimatation. J'entends par ce mot, outre le fait d'halûtuor les animaux à un milieu climatérique nouveau, relui de les habituer à notre milieu social à nous, dernier point de l'acclimatation qui se nomme la fiomestication. Partout nos animaux et nos vêgétiiux domestiques sont en efl'et la hase de nos sociétés. < Autrefois, a dit Hutfon, ils faisaient touto la rirhesse des hommes et aujourd'hui ils sont en«-ore la base de l'opulenre d«*s États, qui ne [leuvent se soutenir et fleurir que par la culture des tem»s et par Tahondaure du bétail. » Nulle |>arl •*fda n'est plus vrai que dans un pays nouveau t*t dans une MKriété naissante. C'est là qu'on doit s'attacher d'aliord à

détruire les animaux et les végétaux nuisibles, ensuite à i les remplacer par tous ceux qui peuvent être utiles à un titre quelconque. < Le don d*une plante utile est plus utile i rhumanité que la découverte d'un trésor ; » la découvert* de la pomme de terre, son importation et son acclimatation ne valent-elles pas plus en effet pour la population d*un pays que la conquête d'une colonie nouvelle? Combien pourtant nous sommes peu avancés dans la voie de la domestication et de Tacclimatation ! Isidore Geoffrov Saint-Hilaire calculait que sur 40000 espèces animales connues, un pea plus de 40, pas davantage, ont été domestiquées ! Il en est de même des végétaux. Quant à Tacclimatation, malgré les efforts de la Société d'acclimatation, la notion de sa valeur ne se répand pas encore assez dans nos campagnes. Le coté curieux, amusant de cette science a bien séduit les grandes villes, mais les campagnes, qui sont, après tout, la majorité du pays, ne se sont pas encore assimilé, comme il convient, ces paroles par lesquelles Isidore Geoffroy Saint-Hilaire définissait en 1854 l'œuvre de la Société qui se fondait alors : (( Nous voulons fonder, messieurs, une association jusqu'à ce jour sans exemple d'agriculteurs, de naturalistes, de propriétaires, d'hommes éclairés, non seulement en France, mais dans tous les pays civilisés, pour poursuivre tous ensemble une œuvre qui, en effet, exige le concours de tous, comme elle doit tourner à l'avantage de tous. Il ne s'agit de rien moins que de peupler nos étangs, nos forêts, nos rivières d'hôtes nouveaux ; d'augmenter le nombre de nos animaux domestiques, cette richesse première du cultivateur ; d'accroître ot de varier les ressources alimentaires si insuffisantes dont nous disposons aujourd'hui ; de créer d'autres produits économiques ou industriels et par là même de doter notre agriculture, notre industrie, notre commerce et la société tout entière de biens jusqu'à présent inconnus ou négligés, non moins précieux un jour que ceux dont les générations antérieures nous ont légué les bienfaits. » L*illustre fondateur

MIGRATIONS HUMAINES BT ACCUMATATION. 123

mrait pa 8*iiispirer de la pensée de Linnée pour qui l'agri- ;altiire n*était € que la connaissance des trois règnes de la lature appliquée à rendre l'existence humaine plus douce à traverser. »

§ 2. Influence des migrations humaines sur la faune et la flore. — Du reste, même à une époque où la notion de i*utilité de Tacclimatation était encore moins comprise qu'aujourd'hui, la nécessité, la sélection inconsciente de Tutile ont tqujours fait suivre les invasions humaines d'une invasion de plantes ou d'animaux. C'est de même qu'en 1870 les fourrages de l'ennemi laissèrent en France diverses graines, qui »*y trouvaient mêlées et qui germèrent l'année suivante sur notre sol envahi. On désigna cette flore du nom de flore obsiiionale; mais, comme elle ne présentait aucune utilité, qu'elle évoquait mémo de tristes souvenirs, on ne l'entretint pas, on la détruisit plutôt, sans quoi certaines plantes originaires de la Poraéranie auraient facilement pu s'implanter sur notre sol.

Les envahisseurs, qui, à Tépoque préhistorique, au début le ce qu'on nomme la période robonhausionne, apportèrent l'Orient, au milieu de notre {M)pul2tion dolicocéphale ou à a tête allongée, leur tête ronde ou brachycéphale et, avec leur type, leur industrie, leur religion, leurs usages, apportèrent aussi leur agriculture et leurs animaux domestiques. Ils apportèrent leur chien issu, d'après G. de Mortillet, du [^4ilsun (Conis Dukkuncnsis) et du Huansu {C. primrrnts) |ui habitent encore aujourd'hui Tlndo, entre le basHymalaya ^t la cote de Coromandel ; leur cheval, sans doute le même jue le tarpan actuel des plaines situées onirv la mer d'.Vzov •t le versant sud des montagnes de la haute Asie. Ses dessoudants civilisés se retrouvent encore aujourd'hui le h>ng lu chemin parcouru par cette invasion depuis l'Asie, par a liohêmt», la Hongrie, la Pologne, le M orvan, jusqu'au centre |o Tancii^nno Armori^ue. Ils apportÎTent la chèvre dômesique, sans doute tille de l'Egagre (C/i//ra egiujrus) de Crète,

du sud du Caucase, de l'Arménie et de la Perse ; le mouton, issu de TArgali {Miisùnon Argali) ou moufflon de la grande Tartarie ; leurs cochons, sus scrofa et sus palustris^ ce dernier issu du sus cristatus de Tlnde. Ce sont les mêmes envahisseurs, qui ont apporté en France le blé {Triticum vulgaré) ; cette précieuse plante formait même déjà à cette époque plusieurs variétés {Triticum vulgare antiquorum, T, compaclum, T. hybernum) (G. de Mortillet). Ce sont eux, qui ont apporté Forge {Hordeum distichon et H. hexastichon). Le seigle {Secale céréale) semble être venu plus tard, à Tépoque du bronze. La même population cultivait déjà le lin {linum angiistifolitim)^ dont elle faisait des tissus, ainsi qu'elle en faisait avec Técorce du tilleul {Tilia grandifolia et T, pai*vi folio) \ elle cultivait la noisette {Conjlus avelland)y la prunelle {Prunus spinosa), la merise à grappes {Cerasus padus)j la fraise {Fragaria vcsca), la cornouille {Corutis mas)y le fruit de l'if {Taxus baccaià)^ Tamande du pin {Pinus sylvestris)^ la faîne ou fruit du hêtre {Fagus sylvaticà)^ la poire {Pyrus commi*nis), la pomme {Pyrus malus). Ce fruit même, que nous retrouvons dans les palaffîtes, porte les traces d*une culture déjà ancienne. Ces mêmes peuples faisaient de Talcool avec les graines de framboise {Rubus idœus) et de mûre {Rubus fruiicosus). D'après tous ces renseignements, empruntés à G. de Mortillet, on voit que ces envahisseurs peuvent passer pour avoir été dans notre pays les précurseurs de la Société d*acclimatation.

5i 3. Histoire de V acclimatation. — Mais nul peuple mieux que le peuple chinois n'a compris Timportance de Tacclimatation. A une époque où les nations européennes étaient encore dans la barbarie, où la Grèce même était encore dans Tenfance, la Chine avait déjà commencé méthodiquement, otticiellement, savamment, comme tout ce qu'elle fait, à acclimater chez elle les produits les plus divers. Ce

sont aoaTent les empereurs qui se sont mis à la tête de ces conquêtes regardées comme trop pacifiques et pas assez bril* lantes par leurs collègues d'Occident. < Dans Tantiquité, dit un TÎeux document chinois, le peuple mangeait crus les fruits des plantes et des arbres, il se nourrissait de la chair des animaux, il ne savait ni labourer ni semer. L'empereur Chin-nong étudia les saisons du ciel; il observa les pro* priétés des terrains ; il tailla le bois et fit une herse, il la courba et fit une charrue ; il commença à enseigner au peuple la manière de cultiver les grains et rugriculluro devint florissante. » C'est un empereur Thin-chi-hoang-ti, qui cultiva lui-même le bambou acclimaté en Chine depuis plus de 2 000 ans ; c*est une impératrice, qui cultiva les premiers vers à soie du mûrier. Lorsqu'à Tépoque protohistorique les Argonautes entreprirent leur expédition sur les bords de la mer Noire, à la recherche de la toison d or, ils rapportèrent la belle soie dorée que le commerce de la (Miine envoyait déjà dans ces contrées ; le ver à soie du chêne ét^iit <lôj;i connu en Chine VM ans avant Jésus-Christ. La politique chinoise a d'ailleurs depuis longtemps |)our principe dv so renseigner sur toutes les productions étranp»rrs et «U» 1rs introduire chez elles. Toutes les fois que les empereurs ont >oulu acclimater un animal ou un véirétal, ils ont assi^Mié à cet essai la province qui leur semblait le plus con>enahle et. p*jur forcer la bonne volonté des acclimateurs, décrété que '•••tle province devait payiT ses im|M*»ts avec le pnxluit de la nouvelle culture. C*(*st ainsi que les Chinois retiraient du >ucn* de la canne 20<N)an8 avant nous et qu'ils ont depuis K»nf:temps le |)almier {rhnmœrttpa r.rrclsn)^ le tan> {rnlaffium escnlrniu/n), le yack du Tibrt et le clianu'au. lisent depuis des siècles cultivé en .Mon^'oli<' la pomme de terre, le riz hâtif et. qui plus est, acclimaté à Ta^Ticulturt» les Mongols non)adt*s. Les Chinois manpMit )M'aucou|> de poissons frais et conservés; ils ont donc de l)onne heure consiicré leurs soins à Taquicultun*. iK^s quantités énormes de |H>issons sont

produites artificiellement et transportées dans les parties de l'empire, qui en ont le plus besoin. Ils pratiquent également, depuis très longtemps, Tincubation artificielle des oiseaux; aussi trouve-t-on dans chaque village des troupeaux de poulets, de canards et d*oies, troupeaux qui comptent jusqu a 500 tètes et sont conduits par un enfant armé d*UD bambou. Il en résulte que la volaille est d'un prix peu élevé : on s*y procure, paraît-il, 10 bons poulets pour 1 000 pièces de cuivre (5 fr. environ) et Ton peut acheter les œufs à peu près sur le pied de 1 centime pièce.

L'Inde nous a de bonne heure appris à domestiquer le coq {gallus bankivà). Le Zend-Avesia fait déjà allusion aux habitudes matinales de cet animal et, le donnant comme emblème de Tactivité, conseille à tout homme, qui veut vivre honnêtement, d'avoir dans sa maison un coq, qui le réveille le matin par sou chant. De l'Inde le coq et la poule sont passés en Perse et de là en Grèce, où ils semblent avoir été connus à répoque d'Homère. Le blé était cultivé en Asie du temps de Zoroastre. Il en est de même du pigeon, qui semble avoir été élevé en Perse de très bonne heure.

Nous devons à Tantiquité grecque la domestication de loie d'Europe, de labeille ligurienne, de l^oiseau du Phase ou faisan, du paon rapporté d*Âsie par les soldais d'Alexandre, de la pintade de Numidie {Meleagris), De l'époque romaine date la domestication du lapin, celle du canard ordinaire et du furet.

Los Arabes, qui ont joué un si grand rôle dans la dispersion et dans le transport de la civilisation, doivent naturellement occuper une place importante dans l'histoire de Tacclimatation. Cependant on oublie souvent le rôle qu'ils ont joué dans rextension d*une plante, qui fait aujourd'hui la richesse de nos colonies, la canne à sucre {sacchatmm officiuarum).

Celte plante est originaire de l'Inde ; c'est même du mot sanscrit sharkara que semblent dérivés les mots shakar en

persan, shougar en arabe, saccharon en grec, zucchero et sucre en italien et en français. J'ai dit que de Tlnde elle passa de bonne heure en Chine. Les Européens ne la connurent que, lorsqu'au iv« siècle Alexandre conquit Tlnde ; Théophraste parle d'une substance douce comme le miel, qu*on tire des roseaux. De Tlude la canne passe en Perse et en Arabie ; elle était cultivée, dans la première moitié du x« siècle, dans la province de Khouzistan, l'ancienne Susiane. Un historien persan du xv« siècle Khondemir raconte, qu'en 1807 le khalif de Bagdad, Moktadi Biamrillah, épousa la fille du schah et que pour fêter le mariage on consomma une quantité de sucre considérable, dont M. Viennot traduit l'estimation par le chiffre de 40 000 kilogrammes ! La culture de la canne s'étendit ensuite par la mer Rouge au Caire ; un Florentin qui visita TÉgypte en 1384 Nicolo Frescobaldi raconte, que la ville du Caire possède des entrep4*)ts de sucre considérables, où les négociants de l'Europe viennent s'approvisionner ; mais à cette é[KX|ue la religion n'était pas plus tolérante qu'aujourd'hui et les idées, <|ui régnaient en outre sur les échangeas, étaient tellement fausses* qu'on souhaitait la ruine de son voisin |)Our s'enrichir, sans songer qu'en pareille matière les intérêts des peuples sont solidaires les uns des autres; aussi en 13:^1, un moine du nom de Marino Sanuto était-il assez insensé, pour enjoimlre au pa]>e et aux princes chrétiens de ne pas c^ncourager le commiTce du sucre, afin de n«f pas enrichir les hérétiques et d'arriviT plus sûrement à les ruinor. Au xv** siècle Daniii^lte n'en fabriquait pas moins de graiidc*s quantités de sucre et les champs de canne s'étendaient juit'iue dans la haute Egypte. La canne et le sucre avaient d'ailleurs suivi K'S Arabis jusqu'au MariK' ; au xr siÎHrle le sucre et la soie se réct»llaient en grand sur la côte «le (iabès et aux environs de Kairouan ; les sucres bruts du Maroc s'ex- [lortaient même à Venise et dans les Flandres ; enfin avec les Arabes la canne était pass«'*e en Espagne, comme le cotonnier, comme le mûrier : le sucre en j)oudre s'exportait même

encore du royaume de Grenade au xv« siècle et cette industrie n'a pas disparu depuis, car en 1870 on comptait encore à Murcie 14 sucreries. Les Arabes avaient également porté la canne on Sicile, pays qui, pendant longtemps, exporta du sucre aux pays voisins. Chypre était également au xn« siècle un centre considérable de culture de la canne et plus tard Guy de Lusignan donna à ce produit une extension plus considérable encore, car, d'après Viennot, l'île de Chypre, au pouvoir de Venise, exportait encore 500 000 kilogrammes de sucre. Actuellement on n'y trouverait pas un seul pied de canne ; les nouveaux maîtres de cette île ne manqueront sans doute pas de relever cette culture.

Nous ne devons pas seulement le sucre aux Arabes ; nous leurs devons nos meilleures races de chevaux. Le cheval africain est en effet un cheval d'Asie, que les Arabes ont amené avec eux. Sismondi rapporte que, lorsque les Maures furent défaits par Charles Martel, ils laissèrent en France une grande quantité de chevaux. Ce sont ces animaux, qui sont devenus nos chevaux du Limousin.

Ce que les Arabes avaient fait pour la canne dans le pourtour de la Méditerranée et dans l'Europe occidentale, nous l'avons fait à notre tour dans l'Amérique. En 1420 le prince Henri de Portugal introduisit la plante à Madère, d'où elle s*étendit aux Canaries, qui pendant longtemps approvisionnèrent l'Europe. En 1506 Pedro d'Esienca porte la canne à sucre des Canaries à Saint-Domingue, et Miguel Ballestro aidé de Gonzalez de Veloso la cultive et la répand avec tant de succès, qu'en 1518 il y avait déjà 18 sucreries dans cette Ile. Elle fut cultivée au Brésil au commencement du xvi« siècle, au Mexique en 1520, à la Guyane en 1600, à la Guadeloupe en 1044, à la Martinique en 1560, à Maurice en 1750. Le sacchnron^ que Pline regardait jadis comme un objet de curiosité, est aujourd'hui une des premières branches du commerce : en 1872 Cuba produit 712 millions de kilogrammes de sucre, Porto-Kico 89 millions, les Philippines 92 millions.

ACCUlfATATION. — HISTOIRE. I2d

D'une manière générale la production totale dn sacre de canne, qni était de 1 200 millions de kilogrammes en 1853, était devenue de 1 500 millions en 1863 et de 1800 millions en 1872. Que Ton ajoute à ces chiffres ceux qui représentent la production du sucre de betterave, qui était de 200 millions de kilogrammes en 1853, de 450 millions de kilogs en 1863 et de 1143 millions de kilogs en 1872 et on arrive au chiffre de près de 3 milliards de hilogrammes pour la production totale du sucre en 1872. Si l'acclimatation peut se vanter d'un beau succès, c'est bien de celui-là !

Les Européens n'ont pas seulement porté la canne à sucre en Amérique, ils y ont porté le blé. Humboldt raconte, qu'un esclave nègre de Fernand Cortez fut le premier, qui cultiva le froment dans la Nouvelle-Espagne; il en trouva trois grains parmi du riz, qu'on avait apporté d'Espagne pour Tapprovisionnement de l'armée et les sema ; telle est une des origines des quantités de blés, qui reviennent aujourd'hui d'Amérique en Europe. Le nom de Cortoz, qui fit périr tant d'Indiens, est a jamais célèbre; celui du pauvre nègre, qui a enrichi l'Amérique, est i jamais perdu. Le blé vint du reste on Amérique de plusieurs càtés, car dans un couvent de franciscains, à Quito, dit encore Humboldt, on conserve précieusement le vase de terre, qui renfermait les quelques grains de froment, que Fra Jodoco Ricci de Gante, moine franciscain, natif de Gand, apporta et cultiva dans la ville.

O sont encore les EurojHÎons, (jui ont importé en Amérique la chèvre et le mouton : c'est du Pérou, où Tacclimatation avait réussi, que, en \Zx^), Nuflo Clavès amena quelques-uns de cc*8 animaux au Paraguay, qui en était encore dépourvu, l/acclimatation dans ces plaines réussit d'autant mieux, qu'elles sont tout imprégmVes de sel ; à l'heure qu'il est, les provinces de la Plata importent en Europe plus de X) millions df kilogrammes de laine et l'industrie zootiHîhnique se perfectionne chaque jour gn\oe :\ l'importation des meilleurs béliers de Rambouillet ou de Saxe. Un reproducteur de bonne race,

rendu en parfait état sur les lieux, n*y vaut en effet pas moins de 2000 francs.

La colonisation européenne n*a pas été moins heureuse, en ce qui concerne le gros bétail : amené d*Europe au Brésil, le bœuf fut conduit de ce dernier pays dans le bassin de la Plata, où il devait prendre un si grand développement, par les frères Goës, qui arrivèrent en 1558 avec 8 vaches et 7 taureaux; la race y a tellement prospéré, qu*on exporte aujourd'hui de ce pays plus de 2 millions de cuirs secs ou salés et plus de 500000 quintaux de viande.

Il en est de même des chevaux, qui sont des chevaux espagnols rendus à la liberté et qui vivent dans Timmense plaine des pampas.

En somme, alors qu'aucun de ces animaux n*existait en Amérique avant la conquête, car le cheval, qui y a vécu à répoque préhistorique, avait depuis longtemps disparu et était tellement inconnu, que les Indiens ne pouvaient croire que, nouveaux centaures, les cavaliers ne fissent pas avec leur monture un seul et môme animal, TUruguay nourrit aujourd'hui 554 000 chevaux, 6 400 mulets, 6 327 000 bœufs, 13000000 de moutons et 50000 chèvres; la République argentine compte 13 000 000 de bétes à cornes et, d après Martin de Moussy, elle en pourrait nourrir 250000000; elle possède 57000000 de moutons.

L'Amérique du nord elle-même n'est pas en retard sous le rapport de l'élevage du bétail : en 1853 les États-Unis exportaient en Angleterre 500 000 kilogrammes de fromage; en 1874 ce chiffre est monté à près de 5 millions de kilogrammes. L'Etat de New York seul possède aujourd'hui près de 1000 fabriques de fromage, qui emploient le lait de plus de 250 000 vaches, dont elles font 40 millions de kilogrammes de fromage, soit environ 500 kilos pour 3 vaches. La production de fromage de l'Union entière dépasse annuellement 125 millions de kilogrammes, dont 45 millions sont exportés. L'Angleterre en exporte à peine 1 200 000 kilo-

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grammes, tandis que la Hollande, bien petite comparativement, en exporte 30 millions. On peut prévoir, d*après les chiffres qui précèdent, ce que peut devenir aux États-Unis l'industrie du laitage. ,

Dans cette revue des services rendus par les peuples colonisateurs à Tacclimatation il semble qu*on doit avoir à parler longuement des Hollandais; il n*en est rien. Une des conséquences des compagnies à monopole a été, en effet, le silence que les possesseurs jaloux des épices désiraient garder sur Torigine de leur richesse ; ainsi la Compagnie commerciale (F Amsterdam^ dans Tespoir de mieux vendre les épices, avait décidé que la cannelle ne crottrait plus qu*à Ceylan, la muscade qu'à Banda, le giroflier qu'à Amboine, le camphre qu'à Bornéo et, pour assurer son monopole, elle poursuivait à main armée la destruction des précieux végétaux, qui donnaient ailleurs les mêmes produits. C*était, dit avec raison M. Viennot, une spéculation mal calculée; car, d après le comte de Hogenflorp, les frais annuels de surveillance et de contrainte se montaient souvent à 3 millions de florins, tandis que la vente des épices ne dépassait pas 2 millions. 11 fallut Toccupation de Java parles Anglais (181 1-1816) pour mettre un terme à ce régime.

Le génie anglo-saxon est, en effet, tout autre et, pour nous en convaincre, nous n'avons qu'à voir les efforts, que font, dans la voie de racclimatation, les colonies d* Australie et do Nouvelle-Zélande. Des sociétés tracclimatation se sont fondées, sur le modèle de celles de Paris, à M(*ll>ourne dans la colonie de Victoria, à Sydney <lans la Nouvelle-Galles du Sud, à Hobart-Town enTasmanie, à Auckland en Nouvelle-Z«'dande. Mais ce qui est propre à ces colonies, ci* qui malheureusement n'est plus à f instar fit* Paris, ni surtout à Tinstar de la France, c*est que le public se passionne pour racclimatation c*t comprend, qu'il s'agit là d'un problème social de premier onlre : les colons de la baie dX'tago (Nouvelle-Zélande) se enlisent et envoient 2tM) livres sterling pour Tintroduction du saumon en Australie. \ Melbourne la Société obtient près de

la ville un parc de 700 acres, dont 50 sont donnés à perpétaité par le gouvernement. Il a été accordé, en 1861, à la Société 1 500 livres sterling pour bâtiments, 2 000 livres pour stimuler Tintroduclion de Talpac^, 500 livres pour celle du saumon ; une autre année le budget donne 3 000 livres (75000 fr.) à titre d'encouragement. Un trait de mœurs australiennes : une certaine année le gouvernement avait accordé à je ne sais plus quel chapitre d'acclimatation un encouragement de 500 livres (12500 fr.). Le public juge la somme insuffisante; un meeting est tenu sur la place de la Bourse; on demande 2000 livres (50000 fr.), qui sont aussitôt accordées.

Voici d'ailleurs un exemple du zèle avec lequel les colons anglo-saxons se livrent à l'acclimatation : la Société d'acclimatation d'Auckland a eu la généreuse idée, en 1865, de disposer dans les petites îles inhabitées, qui sont près de la cote, des lapins, des porcs, des poules, des canards et des oies, dans le seul but de rendre service aux marins qui pourraient faire naufrage sur cet archipel. Cinq ans plus tard, dit M. Viennot, les passagers du Général-Grani^ qui échappèrent à la perte de ce navire, durent à la présence de ces animaux de pouvoir attendre qu'on vint les délivrer.

11 serait injuste, tout en faisant l'éloge de l'esprit scientifique qui guide la colonisation anglo>saxonne, de ne pas signaler comme les deux incarnations de ce sentiment collectif Ledger et Wilson, dont les noms resteront attachés a l'histoire des colonies modernes de la race anglo-saxonne dans l'hémisphère austral. Les faits qui vont suivre justifieront cette appréciation.

§ 4. Acclimatation des mammifères. — Lama. Parmi les mammifères qui ont été, en Australie, de la part des Anglais l'objet de la plus grande attention, il convient de citer les lamas^ alpacas et vigognes. Les naturalistes ne sont pas d'accord sur la situation occupée dans la classifi-

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oation des lamas (Auchenia), par le lama guanaco (Auchenia Ouanaco)^ le lama proprement dit {Atichenia Lama), le lama alpaca {Auchenia Paco) et la vigogne (Auchenia Victtnna). Il semble que Talpaca soit une variété domestique redevenue sauvage de la vigogne et que le lama soit une variété du guanaco.

Quoi qu'il en soit, en colons pratiques les Australiens ont compris toute la justesse de cette prédiction de Bufibn: c J'imagine que ces animaux seraient une excellente acquisition pour l'Europe et qu'ils produiraient plus de bien réel que tout Tor du Nouveau-Mondo. » Ce précieux animal vit en effet sur des terrains improductifs et qui ne conviendraient à aucun autre; sa patrie originaire se trouve sur les pentes arides et crevassées de la Cordillère des Andes, depuis le 45« lat. sud jusqu'au lO^ lat. nord par une altitude de 2000» à 3 000"», parfois 1 000™. Il peut être comparé au mouton, sur lequel il lomporte cependant, car il vit et prospère, là où nos races ovines ne pourraient résister. < Il n*v a pas de partie du monde, disait en 1511 Pedro de Cieza, où Ion trouve des moutons aussi extraordinaires qu*au Pérou, au Chili... ; les indigènes les nomment lamas ; ils ne pourraient vivre sans ces animaux, mais les invasions des Espagnols ont considérablement diminué leur nombre. » De son côté Xerez, qui raconte la conquête du Pérou par Pizarre, parle de grands moutons, qu'on utilisait comme liétes do somme.

Le lama donne de 70 à 100 livres d'une chair excellente. .Son lait est savoureux, quoi(|ue peu épais. Il donne annuellement de 12 à M livres de laine; quelques animaux en produisent jus<{u'à :^0 livres. Le ruir du cou sert à faire des bottes fines et tout à fait im|)erméal)les; le S4}uelette fournit une plus grande quantité de matières pour la fabrication du noir animal, que celui du mouton ; enfin cet utile ruminant peut porter dc»s |K)ids de SO à U^O livn*s et cheminer tout le jour, mantreant et buvant |>eu. |>endant des mois entiers, «à la condition de prendre un peu de n^pos tous les huit ou dix jours.

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Le gouvernement colonial de Sydney avait compris combien cet animal pourrait être utile à l'Australie et il avait promis 10 000 livres sterling (250 000 fr.) à son premier introducteur. M. Ledger, dans les tentatives reitérées qu*il a faites avant de réussir à conduire un troupeau de lamas des Andes à la côte et de là en Australie, a dépensé plus que cette somme; enfin, le 20 septembre 1878, après de nombreuses péripéties et cinq ans d*efibrts, il débarqua en Australie avec 260 lamas: < Enfin, s*écria-t-il, 1* Australie possède son troupeau de ces précieux ruminants des Andes ; reste à savoir ce qu*on en fera! » M. Ledger avait apporté non seulement le lama, mais aussi la plante qu*il préfère, Vellala ou stccé. ou luzerne américaine; elle se cultive comme la luzerne d'Europe et convient aux mêmes usages. D'autres troupeaux furent introduits plus tard en Australie ; une compagnie de Lima s'engagea même à en envoyer 15 000 têtes à Melbourne. Ces animaux sont aujourd'hui acclimatés en Australie. Ce pays ne manque pas, en efiet, d'immenses territoires impropres au pacage du bétail européen, où le lama, moins exigeant pour l'herbe et pour l'eau, trouve à se sustenter. Les métis de lama et d'alpaca ont parfaitement réussi et les colons comptent sur cette race hybride, pour obtenir un rendement de laine plus abondant et d'une qualité meilleure : ces animaux rendent en somme le même service que le mérinos, dans des contrées où ce mouton ne pourrait pas réussir. On a même utilisé le lama à un autre point de vue: il suffit de placer cinq ou six lamas mâles dans un troupeau de moutons, pour le protéger de ses ennemis et en particulier, du dingo ou chien sauvage d'Australie.

Chameau. Le chameau, animal voisin du précédent, était tout indiqué dans les districts arides et sablonneux de r intérieur de l'Australie. Dans les nouveaux territoires c'est le seul moyen de locomotion possible et il est appelé à rendre pour les transports les mêmes services que l'alpaca pour la laine. M. Wilson, l'introducteur du chameau en Australie, a

ACCLIMATATION DES MAIUUFERBS. 135

(ait Tenir de l*Inde an petit tronpeaa, qui coûtait 120 livres (3000 fr.) par tète, mais qui a été très ntiie dans les voyages d exploration à Tintérieur. Cet animal s'est tellement bien acclimaté, qu*il existe dans le voisinage de Twofold-Bay des chameaux sauvages, qui se sont échappés et qui se multiplient en pleine liberté.

C*est dans la même pensée que le chameau, < ce navire du désert, ce pivot des sociétés humaines », disait Volney, a été introduit au Brésil.

Éléphant, L*éléphant ne devait pas échapper à l'attention des Anglais : ils savent trop quels services ce prodigieux animal leur rend dans Tlnde. Cependant il est juste de dire, que ce fut le roi des Belges, qui eut Tidée d'importer en Afrique rélépbant de l'Inde pour le service des missions d'exploration dans l'Afrique centrale, car, par une étrange anomalie, l'élé* phant de l'Inde est seul actuellement domestiqué ou plutôt suiiceptible d'éducation : l'éléphant d'Afrique semble jusqu'ici réfractaire. La tentative du roi des Belges a montré, que l'éléphant itéra l'auxiliaire indispensable des |)euples, qui voudront coloniser le centre de TAfriijue : à peine débarqués ces éléphants, chargés d'environ 500 kilogrammes chacun, ont ^ravi les montagnes, traversé les rivières, les marais, les ravins, tout en aidant leurs conducteurs à ouvrir une route au mili('U des jungles. Au |K)int de vue de l'acclimatation on a pu constater un phénomènt* im|>ortant, c'est que ces braves [Kichydermes se contenUiient de la nourriture du pays et de l'eau saumâtre qu'on rencontrait. Enfin, ce qui est plus précieux, ils résistent aux att^iques de la mouche tsé'tst\ qui, dans certaines régions de l'Afrique, est morti*lle pour les bœufs et {K>ur les chevaux. M. CarUT, leur habile conducteur, déclare qu'il leur est arrivé de rester sans boire pendant 42 heures et sans manger {Mandant M heun^s ; ils ont marché pi^ndant :^7 heures en abattant des arbn»s avec leur trom|)e : € Ces animaux, dit'il« constituent le moyen le plus efficace de civilisation de l'Afrique. » Les Anglais n'ont pas kissé perdre cet

136 HTOIÈNB PUBLIQUE.

enseignement ; déjà un grand nombre d*entre eux établis en Afrique ont fait dans Tlnde des demandes d'éléphants et s*occupent des moyens à employer pour capturer, dompter et éduquer l'éléphant africain.

Boeufs. Les Australiens n*ont pas négligé les autres mammifères ; ils ont voulu avoir de belles races bovifies. Ils ont introduit nos espèces européennes en même temps que les bœufs domestiques de Bail et Lombock, animaux de grande taille, à peau fine, à formes gracieuses, qui rappellent Tantilope. Ils ont en outre introduit une variété de bœuf sauvage de Malacca, le sapi, dont la chair est, disent les voyageurs, d'un goût exquis. Ils n*ont pas oublié Vyak.

Moutons. On se trouve bien en Australie d'une brebis chùioise introduite par Thomas Graves. C'est avec la même ardeur, que la colonie de Natal se livre à l'élève du mouton: on en compte plus de 200 000 têtes et il n'y en avait pas il y a vingt ans ; l'exportation de la laine dépasse 71 000 livres sterling.

Chèvres. La société d'acclimatation de Melbourne a fait venir d'Angora un troupeau de 900 individus et 70 jeunes boucs. Elle avait été du reste précédée dans cette voie par un riche négociant de Melbourne, M. Siebel. Ces animaux ont admirablement réussi ; ils prospèrent sur les terrains brûlés par le soleil et privés de verdure, où ne sauraient vivre ni les moutons ni les lamas. Le lait de la chèvre d'Angora donne un beurre, qui n'a pas l'odeur bien connue de celui de la chèvre commune et qui est, parait-il, très mangeable. Les métis présentent le même avantage ; la laine des chèvres métissées s'est également améliorée et aujourd'hui la laine des angoras de Victoria surpasse celle d'Asie Mineure. On a fait également venir des chèvres du Cachemire et pratiqué avec elles de nombreux croisements.

Chevaux. Les Anglais font dans l'Afrique australe des élèves considérables de chevaux, qu'ils expédient plus tard dans les Indes et qui supportent beaucoup mieux le climat de

VCriJMATATIoN DKS MAMMI l'K.KKS. 1;>7

'•0 pavs qiio les chovaiix clovés vu Ariixlctt^TO. ("est ainsi qu'une nation, (jui possède plusieurs colonies, peut utiliser l'une au profit de l'autre, en organisant, ce qui est le plus nécessaire dans racclimatation, des étapes, qui permettent d'obtenir k grand acclimatement par une série de petits acclimatements.

lÀètres. Les Australiens ont songé même au superflu : le docteur Sclater a envoyé i Melbourne deux couples de lièvres et lord Londesborough en a fait envoyer six paires. Ces ani« maux se sont rapidement multipliés et aujourd'hui les bulletins de la Société d'acclimatation de Melbourne affirment « que dans beaucoup de champs des alentours de Melbourne on peut toujours faire lever 12 à 14 lièvres ».

Lapins. La Société d'acclimatation de Victoria n'a jamais voulu mettre de lapins en liberté, dans la crainte de les voir devenir un fléau pour les cultivateurs, mais cet animal a été introduit par M. Austin de Barown-Park et il est actuellement devenu, comme le prévoyait la Société d'acclimatation de Melbourne, la plaie des cultivateurs : on cite un propriétaire, M. Roberteon, qui a dépensé plus de 125 000 francs, sans arriver à détruire dans ses domaines ce prolifique rongeur. Le lapin chinchilla a été introduit lui-même en Australie par M. K. Wilson et en Tasmanie par lady Trowcklyn, mais du moins sa peau d'un beau gris se vend en Angleterre 1 fr. 80 pièce.

Kangourou. Il n'est pas jusqu'au kangourou lui-mémo, ce naturel légendaire de l'Australie, <iui, pris aussi lui de la fièvre de peuplement, ne se soit considérablement multiplié. (V résultat est dû beaucoup moins à la destruction de l'Australien son ennemi, car ce dorni^T a été largement remplacé par l'Européen, qu'à la plus grande al)ondance des herbages (f/rasses) qui résultent de l'élève du bétail. On détruit aujourd'hui les kangourous le plus ({u'on peut, car on estime f|ue ces animaux consomment en ce moment la quantité d'herbe, qui pourrait suffire à un millier de bœufs.

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§ 5. Acclimatalion des oiseaux. — Autruche. La domestication de Tautruche en Afrique, son acclimatation à Maurice et en Australie sont une des belles conquêtes de Tacclimatation anglaise.

En 1874, dans la colonie du Cap, à Bloemfontaino, dans une localité où les autruches sauvages se montraient fréquemment, M. Bain prit des œufs, les apporta chez lui et les mit, dans le jour, au soleil, entre deux peaux de mouton et, la nuit, dans son propre lit, afin de les maintenir à une température constante. Au bout de cinq à huit jours il vit sortir de chaque œuf un autruchon. Lorsque ces oiseaux eureut dix-huit mois, M. Bain fit sur eux une première récolte de plumes s'élevant pour chaque sujet à une demi-livre environ. Plus tard la récolte fut d'une livre; or la livre vaut 30 livres sterling (650 fr.). Cet exemple eut des imitateurs nombreux.

Depuis lors le gouvernement du Cap interdit la destruction de Tautruche sauvage, il loue même à des éleveurs les terrains incultes et sans valeur, où les troupeaux d*autruches viennent nicher ; enfin il s'est créé de véritables fermes d' autruche ^ où les autruchons sont menés à la promenade par un enfant Hottentot ; les œufs sont couvés dans Tincubateur Douglas, qui rend les accidents beaucoup moins fréquents, que lorsque les œufs sont abandonnés aux parents. On regarde au Gip rélève de Tautruche comme aussi rémunérateur que celui du mouton mérinos. A coup sur c'est un joli rapport, que peuvent donner ces oiseaux, qui, dans leur première semaine, valent 10 livres sterling, dont la valeur augmente pendant le premier mois a raison d'un schilling par jour et qui finissent par donner 15 livres de plumes par an. Il est vrai, que la plume ilo l'autruche domestique perd 30 0/0 de sa valeur, lorsqu'on la compare à celle de l'autruche sauvage. J'ajoute que sa viande est comparable, assure-t-on, à celle du bœuf et certainement meilleure que celle du cheval, du buffle et du chameau. Quant aux œufs, qui peuvent se conserver fort long-

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