ACCLIMATATION DES POISSONS
temps, grAoe i Tépaisseur de leur coquille, on en fait au Cap des gitMux.
A Tinstigation de M. Chéri Liénard l'autruche fut introduite à Maurice en 1877 ; elle s*y est fort bien acclimatée et les fermes à autruche semblent devoir donner d'excellents résultats dans ce pays.
L'Australie a fait venir à son tour des autruches du Cap et chaque année un commerce important de plumes d'autruches australiennes a lieu à Londres ; on a également recours dans la colonie de Victoria à l'incubation artificielle.
L'Amérique du sud tente la même culture avec le nandou.
Oiseaux divers. On s'est en outre préoccupé en Australie de l'absence de petits oiseaux. Les chenilles étaient devenues très abondantes ; les agriculteurs apprécièrent alors le vide fait dans cet étrange continent par l'absence d'oiseaux ; on résolut de le combler et on fit venir tout ce que l'Europe posî>«tie : granivores, inseciiyores, chanteurs^ alouctles , pi ns(fns, moineaux^ chardonnerets^ bouvreidls, rouge-gorgcs^ nièsanr/esy sans compter les perdrix et les /aisans, L'Australie n'avait rien, elle a voulu tout avoir et elle a réussi.
S 6. Acclimatation des poissons. — Nulle part cette science, qui consiste à cultiver leau comme on cultive le sol, VntjuicuUure^ qui sème le poisson dans leau, comme on sème le grain dans la terre, n'a reçu plus d'encouragements qu'en France. Dès 1818 M. <le Quatrefages a montré quelle source de richesses les eaux bien cultivées pouvaient devenir pour un pays, mais nulle part la pratique n'a été faite avec autant de persévérance et de succès qu'en Australie.
Saunwn. Le saumon devait préoccuper à bon droit les pisciculteurs australiens et néo-zélandais, car son rule dans l'alimentation et dans la richt^se publi(|ue8 est considérable. La |»éche de ce poisson ne rapporte pas moins de 7 500 000 à rirlande, de 20 000 000 à l'Kcosse et de 1^5 (KM) OiH) francs à la Norvège, au prix moyen de 1 fr. CK) le kilogramme
140 HYGIENB PUBLIQUE.
environ. Il y avait d'ailleurs d'autant plus de raisons de chercher à acclimater le saumon, que les rivières de la Nouvelle- Zélande, de la Tasmanie et même du sud de Victoria semblent par le climat de la région devoir convenir à ce poisson. En 1852 M. Boccius fut chargé par le duc de Newcastle, secrétaire d'État pour les colonies, d'expédier 50 000 œufs ; l'éclosion se fit hâtivement, tout périt. En 1858, sur l'initiative de M. E. Wilson, une souscription publique ouverte en Australie pour l'acclimatation du saumon donna 16250 francs, qui furent confiés à M. Youl. Il apporta de Liverpool 30000 œufs dans la glace, mais l'opération avait été mal conduite, la mortalité des alevins fut considérable. Une troisième tentative fut alors faite aux frais des gouvernements de Tasmanie, de Victoria et de Southland ; nouvel insuccès. Mais les Australiens et les Tasraaniens ne se découragent pas facilement ! M. Youl, à qui les insuccès précédents avaient donné l'expérience dans Tart de maintenir les œufs au milieu de la glace, étudia avec soin l'action des glacières et leur installation ; il vit que, lorsqu'on prend certaines précautions, les œufs peuvent conserver leur vitalité latente pendant un séjour de 45 à 1 14 jours dans la glace. Il embarqua alors à Londres 100 000 œufs de saumon ; il en arriva 30 000 en bon état: l'éclosion commença 96 jours après la ponte et 91 jours après le départ de Londres ; on obtint plus de 7 000 alevins ! Le saumon est aujourd'hui acclimaté grâce à cette persévérance tout anglo-saxonne. Il est également acclimaté en Néo- /élande ; de beaux échantillons du saumon de Californie, salmo quinnat, ont été péchés dans l'Opihi.
J'ai tenu à donner quelques détails sur ces faits, car ils sont d'un bon exemple ; ils montrent en outre, que la colonisation scientifique ne doit rien dédaigner.
Truite, En même temps que le saumon on avait acclimaté la truite en Australie, en Tasmanie et en Néo-Zélande. Au bout de trois ans, on prenait déjà en Tasmanie des truites de 9 livres.
ACCLUIATATIOK llE6 l.NbL'.TKfe. HJ
Les Anglais ont mis la même perbév«^rauf>; à ap)iurU*r Att œafs de truite dans l'Inde, dauh leh ^i\^iit'ri»fh, J>•^ (j?ufi< ont été transportes dant^ la j[:iac« . o a]tre^ la invUiofii- di- M. YouU à Madras, puis ponét par à<fb oooil>'^ a O'^l'^uttijuu^l, mais les alevins sont morU:.
Gourami. Il n'en nevt pa^ dfr lu^iu*- <iu ^.''juraini. <jui apporté de Maurice dani!> l'Indu- a parlaïu-riii-iit k^umi J>t tfourami de Maurice, de la CLiiif- k 'ï* Ja\a eis' uu lUt tm-ii leurs poissons d'eau douce et ivh pavh «iiau'Jh lu vjiiw«*fiiti*ii' liien. Il a été de même traiife:}»or> u M*ivjuMi<
Poissons et UiolhiSfj*»*/^ Otr^-rè. ]>et /.uN'.?ai»i-iif .^ r,oifi également procuré de* rnrjt*.a e: a••^ ton' h' i-
Ils n'ont même pa* ouMi*: j*r '.vv. «jt i^ '-^n'. ^'z/t'-Mn leurs cdtes.
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A^nûUcs, M. E. \\':*'^ •:. a ii'fy-;» !.•>•' .« •'• •. «■ « dans certaine?* parti'-* du '/".w. t.t-^'•^. *•■: -^î ••• • . •'.• d'hui le ini«*l par t ■^!i«•^ Li •^'#' . > .• .•% ■/.. •!*■ . • i-, dtut à son t'.»ur VnK'tli*: 't-j-' * , t.*
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à égrener le coton, sans qu*il y ait lieu de les dévider.
M. Graves a apporté de Chine le ver à soie du ricin. Le ricin croit en effet en Australie comme une mauvaise herbe.
Un des plus intéressants exemples du pouvoir de Thomme a été fourni à la Jamaïque : en 1838 le ver à soie du mûrier y fut apporté ; on plaçii les chenilles sur les feuilles du Ramoon tree (Trophis ainericanà) arbre indigène, très rustique, dont les rameaux nourrissent le bétail. Les vers se firent très bien à cette nourriture ; leur soie était blanche et d*une excellente qualité. On ne semble pas s*ètre assez occupé depuis de mettre à profit cette utile découverte, qui avait vain cependant à son auteur une récompense de 625 francs de ht part de la législature de la Jamaïque.
On pourrait, sans doute, utiliser de même au Cap un borabycidé, la gonotneta postica^ qui vit sur V acacia horrida et dont la soie envoyée à Londres y fut cotée 5 schillings 2 pence la livre.
Cochenille, Une espèce de cochenille du Cap, le coccus cnctij a été importé avec le cactus opuntia ; on pense qu'on pourrait la cultiver sur les terrains impropres à la culture agricole.
L'acclimatation de la cochenille a d'ailleurs été introduite dans l'Inde, avec la plante sur laquelle elle vit, en 1847.
§ 8. Acclimatation des végétaux. — Le citwhona. Il serait difficile de trouver un plus beau succès, que celui que nous représente Tacclimatation des cific/ionas eo dehors de leur patrie originelle.
En 1839 le docteur J. Forber Rovle avait recommandé l'introduction des cinchonas dans l'Inde et avait désigné les monts Nilgherics et Silhet comme propices à cette culture, mais ce n'est qu'en 1852, que, sur un rapport du docteur Falconer, surintendant du jardin botanique de la Compagnie des Indes à Calcutta, la question fut vraiment étudiée. A la même époque Java recevait son premier plant de Ciu-
ACCLIMATATION DE VEGETAUX. 143
chona ealisaya : ce plant provenait de graines rapportées en France par M. Weddell, qui, semées dans les serres du Muséum avaient levé et donné les premiers pieds de quinquina, qu'on ait vus en Europe. Enfin, en 1859, le gouvernement anglais se décida à organiser une expédition sous la direction de M. Clément Robert Markham, dans le but d'aller chercher dans l'Amérique tropicale les graines et les plants des divers cinchonas. On envoya quatre troupes de chercheurs : la première, confiée à M. Markham, devait explorer la Bolivie et la province péruvienne de Caravaya pour se procurer le Cinchona calisaya et le C. mtcf^antha ; la seconde, confiée à M. Pritchett, devait se rendre dans les forêts de Huanuco et de Huamalies, à 250 milles de Lima, à la recherche du Cinchona nittdaetdu C. glandult/era. M. Spruce devait parcourir les forêts de Cucnca et de Loxa dans la République de Téquateur et rapporter les C. chahuarffuera^ C. Vvitusinfja^C.condaminea ; enfin une quatrième devait aller chercher dans la Nouvelle-Grenade le C. piiagn et C lancifolia. Je donne ces détails pour montrer une fois de plus, comment les Anglais comprennent la tolunisation scientifique et quels soins minutieux ils donnent à toutes les tentatives (|u'ils font dans cette voie.
Chacune de ces expéditions parcourut les forêts de TAmérique du sud, se» frayant un chemin avec le machete^ sorte d«* couteau, et se mit en devoir de faire des caisses. Mais les autorités locaU*s ne voulait^nt pas laisser sortir les pr(H!ieux plants; il fallut parlementer; on arriva enfin tant bien que mal dans Tlnde et à Cevlan.
Une telle |>ers*3vérance n'avait pas été vaine : les plants avaient été confiés à un savant des plus habiles, M. Mac lyor, directeur des planUitions de quin({uina dans la présidence cle Mailras. C'est au printemps de 1S(>1 que M. Mac Ivor commen^'a ses transplantations en plein air et se mit à faire des boutures ; grâce à ses soins, tandis qu en janvier \M2 il y avait H(il3 cinchonas aux Niigheries, on en comptait en janvier
1863 jusqu'à 127 671. En 1866 on comptait déjà dans le goovernement de Madras 1 123 625 pieds de cinchonas en pleine terre et, en ajoutant les plantations déjà établies dans le Wynaad, dans le Coory, sur les monts Pulney, dans leTravancore, dans le Sikkim britannique, dans la présidence du Bengale, dans le Penjab et à Ceylan, on arrivait alors au mois d avril 1866, d'après MM. Soubeiran et Delondre, au chiffre de plus de 2 000 000 de plants de cinchona.
L'œuvre des Anglais ne s'est pas bornée à acclimater le cinchona dans l'Inde ; ils sont arrivés à régler méthodiquement une culture et une récolte, dans lesquelles les cascarilleros de la Bolivie n'apportaient que gaspillage et empirisme. Les observations de M. Mac Ivor, les recherches chimiques de Broughton ont montré, que la teneur des écorces en alcaloïdes varie avec les saisons, parce que les alcaloïdes se métamorphosent l'un dans l'autre sous l'action de la lumière. L'alcaloïde, qui se présente le premier dans l'écorce, possède toutes les propriétés de la quinine, mais il est amorphe ; cet alcaloïde acquiert peu à peu la propriété de cristalliser et se transforme en quinine. La cinchonidine ne se rencontrerait et, par conséquent, ne se formerait que plus tard, peut-être par l'action de la lumière solaire sur In quinine.
Les savants cultivateurs ont été ainsi amenés à ce qu'on nomme le moussage, procédé qui consiste à entourer de mousse le tronc des cinchonas, afin de le garantir d*un excès de lumière. D'après M. Mac Ivor il suffirait d'empêcher l'oxydation des alcaloïdes à la surface de l'écorce, pour que la quantité de quinine ainsi mise à l'abri d'une transformation s'acproisse considérablement. Les feuilles seraient, d'après lui, le laboratoire, où se produit le quinine, tandis que l'écorce serait le magasin, où elle s accumule et se détruit, si on ne la présorve. On est arrivé, en somme, à augmenter la proportion des alcaloïdes dans le rapport de 2 et même de 3, comparativement à la richesse des écorces de Bolivie. Au lieu du
AGCLIlfATATION DB9 VEGETAUX. 145
prooUé barbare employé dans rÂmérique, lee Anglais en ont on, qui consiste à détacher Técorce de Tarbre comme on le fait, dans le Midi, pour Texploitation du chéne-liège, ce qui permet à Técorce de se reproduire de nouveau. Le produit d'un lot de terre ainsi cultivé pourrait, dit-on, s'élever à trente fois ce qu*il serait, si Ton suivait le mode ordinaire d*exploitation.
De son côté, en 1852, la Hollande avait envoyé M. C. Hasskarl au Pérou et en Bolivie, avec mission de rapporter des jeunes plants et des semences de divers cinchonas. M. Hasskarl fit un voyage des plus pénibles, rapportant 400 plants d*une distance de 150 lieues, ayant à les protéger tour i tour du soleil, de Thumidité, du vent et du froid ; il arriva, après mille péripéties, le 13 décembre 1854, à Batavia et fut naturellement chargé de la culture des quinquinas. A la fin de 1859 la culture comprenait déjà 29 163 pieds de cinchonas en pleine croissance. Deux ans plus tard le chiffre total des arbres s*élcvait à 1 554 742. En 1878 Java comptait environ 2000000 de plants de quinquina et Tlnde en comptait 2 500 000.
Ces résultats encourageants eurent dans toutes les colonies britanniques un grand retentissement : on voulut des cinchonas à Maurice, à la Trinité, à la Nouvelle-Zélande ; ces essais ne semblent pas avoir réussi pour le moment, mais il nVn est pas de même en Australie et A la Jamaïque.
En Australie on a semé avec succès des cinchonas à Melliourne (1807) ; on garda les jeunes plants pondant quelque t<*mp8 dans les serres, après quoi on les mit en plein air. 11 4 II fj4t de même a Hrishano, dans le Queonsland.
I>es cinchonas ont été rap]>ortês par M. Markham à la Jamaïque. En 1S(>1 un certain nombre de plants avaient d('*j:i plus de (î centimètres de hauteur et, en 1SG7, ils continuait'nt à se bien |>orter : Tun des arbres, un cinchona sHi'Cié*i(hra avait atteint déjà G mètres de hauteur.
Des tentatives ont été faites au Brésil, au Mexique, aux
146 HYGIÈNE PUBLIQUB.
Açores, à Madère, aux iles du cap Vert ; en 1867, i Colmbre même des graines envoyées de Ceylan avaient fourni 50 jeunes plants, qu*il avait été possible de multiplier par boutures. Il fut question de tentatives semblables aux Philippines ; on affirme que la Russie a réussi dans le Caucase à proximité de Suchum-Chale ; la Turquie avait songé au Liban : Tavenir confirmera sans doute quelques-unes de ces vues. A rheure actuelle la Hollande et TAngleterre sont en tête des autres pays, non seulement par le succès, mais par la ténacité qui Ta assuré. La Société d*acclimatation de France Ta du reste reconnu en accordant un grand prix i M. Markham. C'est lui en efiet, qui a le plus fait pour Tacclimatation du quinquina dans Tlnde. Il a pu dire avec raison: € Je veux mentionner Tinestimable bénédiction que Tintro- «iuction de ces arbres à écorce fébrifuge a répandue sur Tlnde et je signalerai, pour exemple, certains districts, comme le Canara du Nord, où la population tout entière est décimée par la fièvre, sans pouvoir se procurer un seul grain de quinine. Comme entreprise d'utilité publique elle peut être comparée à toutes celles, qui ont été conçues dans Tlnde depuis plusieurs années; bien plus, on peut dire avec certitude, que le succès des autres dépend de celle-ci dans une certaine mesure... ; comme durée dans Tavenir elle n'est égalée par aucun autre usage. Longtemps après que nos routes seront détruites, nos canaux desséchés, nos constructions en ruines, les vertus du quinquina rappelleront à Tlndou Tépoque, on les étrangers de rOccident auront laissé ces bénédictions en quittant définitivement le thé^'itre de leurs travaux et de leurs triomphes. »
Opium. Après le quinquina l'opium devait avoir son tour. Un essai de culture du pavot à opium a été fait en Australie dans rÉtat de Victoria et les résultats en ont été heureux. Un petit nombre de plants ont été élevés en 1867 et les produits, examinés par des juges bons connaisseurs, ont été reconnus de première qualité. Les cultivateurs chinois
ACCLIMATATION DES VBQBTAUX. 147
de ces districts profitent eux-mêmes de cette expérience.
Colon. Il me semble que ces détails sur Tacclimatation sont dignes d*ètre médités : c'est là, et non dans les élucubrations des bureaux, qu*est la vie d*une colonie. Réglementez peu, acclimatez beaucoup et vous aurez de belles colonies. Le coton va nous montrer une fois de plus, combien les productions du sol sont importantes dans la destinée des sociétés.
Cette malvacée est originaire de l'Arabie, où elle porte le nom de kûiun^ d*oùest venu le mot coton, mais on la trouve dans certaines parties de l'Afrique, au Cap par exemple comme en Chine; certaines variétés existent même à l'état sauvage dans le Nouveau-Monde, mais elles diffèrent entièrement du coton arabe comme de celui que nous avons porté et cultivé en Amérique. Les prêtres égyptiens avaient des vêtements de coton. C'est au xiv* siècle que les Vénitiens et les Génois apportèrent en Angleterre les premières balles pour faire des mèches à éclairer; en 1430 on fabriquait déjà à Lancastre des futaines grossières, mais la fabrication des tissus de coton, bientôt fixée à Manchester, n'avait pas une importance considérable, lorsqu'en 1767 elle prit un essor inattendu : un char{)entier de Hlackburn, John Hargreavos, invente la Spinning'Jenny, qui fait tourner d'abord huit ou dix broches, puis des centaines ; en 1779 Crompton, Cartwright inventent de nouveaux métiers, qui permettent de ne plus faire la chaîne de Tétoffe de coton en lin comme auparavant. L'industrie prend alors un essor inoui : il faut du coton. L'Anuv rique est là : le coton sea-islanfi est porté et cultivé jX)ur la première fois en Améri^iue en 1788.
L'extension fut rapi«le , car, en 17îU , IWmérique en envoyait déjà 180 'M(\ livres en An^detrrro, puis 1 i)i)\ IVA) livres en 171H, 5 L^7() :U)(J livres en ITiC) ; en 18IÎ> les Klats-Unis en export4^nt 1 (ïM ()02 2(>U livres, ("est que plus rAni/»rique produisait, plus l'.Xngleterre fabriquait et plus elle perfectionnait l'outillage ; la vapeur, le métier à la
148 HTOIÈNE PUBLIQUB.
Jacquart, la peigneuse Heilmann avaient créé une arraée de travailleurs spéciaux ; il fallait des monceaux de plus en plus gros de balles de coton pour jeter en pâture à Togre de l'industrie.
En 1860 éclate la guerre d'Amérique. Plus de coton, plus de travail ; c'est alors que stimulée par la nécessité l'Angleterre comprit, que l'Inde seule pouvait la sauver. Elle développa la culture de la précieuse malvacée dans sa riche colonie. L'Egypte, le Brésil augmentèrent leur production; l'Australie devint à son tour un centre considérable de culture : plusieurs riches compagnies s'y établirent pour y cultiver non le coton courte-soie de Surate, mais le longue-soie d'Amérique, qui prend dans ce pays un lustre et un brillant nouveaux. Au Sea-Island l'Australie ajoute avec le plus grand succès le cotonnier vivace de l'Amérique du Sud (Gossipium arboreum)^ qui a le mérite de pouvoir prospérer dans des régions trop froides pour les autres cotonniers. Enfin la colonie du Cap s'est mise à cultiver, dans le district d'Oudtshoorn, un cotonnier sauvage, dont le produit a paru de bonne qualité.
Thé. La culture du thé est aujourd'hui très florissante dans l'Assam et sur toute la ligne de l'Himalaya jusqu'aux frontières du Penjab. Cotte culture ne date que de 1826 : elle a débuté dans l'Assam, où une variété d'arbre à thé le Then assamica est indigène et d'où elle s'est étendue aux Nilgheries, où on l'a importée. En 1839 le gouvernement céda ses plantations à une société connue sous le nom à'Assam Tea Company; en 1841 quelques essais furent tentés à Darjecling, mais ce n'est qu'en 1850, que l'exploitation commença réellement. En 1855 l'arbre à thé fut découvert à l'état indigène dans la vallée de Katchar et, l'année suivante, on en commença la culture. D'après M. Lombard, consul de France à Calcutta, il y avait en Assam, en 1866, 8057 hectares plantés en thé ; ils avaient donné l'année précédente 974 518 kilogrammes de feuilles représentant une somme de 4750 000 francs.
ACCLIMATATION DES VÉQBTAUX. 149
Tel était le résultat des dix premières années. Dans la vallée de Katchar la récolte annuelle du thé (1863) produisait déjà 1 190350 francs dans un espace de 7 037 hectares. A l'ouest, jusqu'à rindus, la culture du thé occupe environ 35 000 milles carrés, dont M. Lombard estime le rapport prochain à 930 millions de livres de thé, soit une quantité égale à l'exportation totale de la Chine.
Dans cette acclimatation du thé, comme dans celle des cinchonas, les Anglais ont d'ailleurs fait preuve d'une science profonde de la colonisation : le gouvernement des Indes a fait venir de Chine des cultivateurs compétents et des semences, il a établi pour son compte des pépinières, d'où sont sortis les plants et les graines, qu'elle distribue gratis; mais, fait digne médité en France, où l'on ne rêve que
l'Etat cultivateur, l'Ktat entrepreneur, l'Etat Providence, le gouvernement dos Indes a soin, dès qu'il a réussi à implanter l'industrie du thé dans une région, de vendre ses jardins, afin de ne pas faire obstacle à l'industrie privée.
On ne s'est pas borné à acclimater le thé dans une partie du Bengale, dans TAssam et dans le Penjab, on Ta également, par une culture toute spéciale qu'il a fallu étudier, acclimaté dans les Niigheries à une altitude de (iOOO pieds.
Café. Les Anglais ont admirablement réussi à acclimater le café dans leur belle colonie de Natal. C'est le moka qui y réussit le mieux. On recommande beaucoup aujounl'hui le rnfé de Libéria^ qui est plus rustique, dont les fleurs résistent mieux au vent et dont les feuilles ne sont pas abimées par Vllemtlcf/a i^astatrix. Il présente en outre l'avantage de se plaire dans les plaines autant que sur les collines et celui d'être précoce. Les Anglais l'ont déjà acclimaté à Ceylan et à la Dominique.
Vifjne. Dans cetto création de toutes pièces, que les Anglais ont faite en Australie, il man»juait le vin. La baguette de la science colonisatrice tit sounlre le jus bourguignon de cette terre propre à tout. La vigne était une rareté chez quelques
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colons australiens, qui vendaient leur raisin au poids de Tor, lorsqu'en 1856, M. E. Wilson , qu'on trouve toujours à la tête du mouvement colonisateur, montra par une série d'articles, dans son journal Melbourne Argus^ les avantages commerciaux, que le vin offrirait à la colonie et quelle influence favorable Tusage du bon vin aurait contre l'alcoolisme, cette plaie des colonies britanniques entretenue par les liqueurs distillées. M. Wilson visita la France et les pays vignobles de l'Europe, en même temps que son journal appliquait à la culture de la vigne la primé, qu*un généreux colon avait mise à sa disposition pendant cinq ans comme encouragement à l'agriculture : il offrait une prime de 2 500 francs à celui qui aurait planté le plus de vignes dans Tannée suivante. A son retour Wilson fonda un nouveau journal consacré spécialement à l'acclimatation, le Yeoman and australian aGclimaiiser^ et entreprit dans ses colonnes toute une campagne en faveur de la vigne. L'impulsion était donnée et de nombreux propriétaires se mirent à cultiver la vigne; des compagnies se formèrent pour planter à la fois jusqu'à 100 bectares.
C'est à peu près vers cette époque, ainsi que son président s'est plu à le reconnaître, que la Société d'acclimatation de Melbourne s'adressa au gouvernement français et lui demanda une série complète des boutures de la collection de vignes du jardin du Luxembourg, à Paris. La France s'empressa de répondre à cette demande et le professeur Decaisne, par l'intermédiaire de la Société d'acclimatation de Paris, joignit à cet envoi de nombreuses boutures des meilleurs vignobles de Bourgogne. Aujourd'hui l'Australie exporte des vins, qui ont été récompensés aux expositions de Paris. Ces vins viennent de l'Australie du Sud, de Victoria et de la Nouvelle-Galles du Sud. Le rendement moyen y est de 61 hectolitres à l'hectare.
La Californie produit de son côté des vins, qui ne sont pas sans valeur ni du reste sans prétention ; les États de l'Ouest
ACCLIMATATION DBS VEGETAUX. 151
rimitent déjà et exportent comme elle leurs vins aux Sandwich, au Japon et même en Angleterre.
Houblon. Le vin ne suffit pas à la gloire australienne. Les colons veulent faire de la bière et la province de Victoria cultive maintenant le houblon ; sa qualité est considérée par les brasseurs comme supérieure à celle du houblon qui a été importé.
Canne à sucre. Les Anglais ont réussi à acclimater la canne à Natal depuis 1849 : au bout de vingt ans la colonie exportait déjà plus de 6 000 tonnes de sucre. Le succès a été le même à Maurice.
Le sorgho sucré ou irnphy^ qui résiste mieux que la canne aux froids et aux pluies et qui réussit dans les localités les plus arides, qui, enfin, ne demandant que cinq mois pour arriver à maturité, peut être alterné avec la canne, est maintenant cultivé avec le plus grand succès en Australie. Quand il n'est pas cultivé comme plante saccharifère, il fournit pour les bestiaux une nourriture abondante.
Tabac, Toujours à Taffût de toutes les occasions favoral)les à leurs colonies los Anglais ont profité de la présence A la Jamaïque de nombreux réfugiés de Cuba, experts dans la culture du tabac, pour acclimater cette plante. Ils ont réussi à faire, parait-il, un tabac exa^'llent.
Le tabac a été de même introduit dans la colonie de Natal ot deviendra bientôt un article important de son ex|)ortation.
Blé. Tout a réussi dans TAustralie, cette terre promise «le l'acclimatation, comme on l'a justement nommée. Le blé >'y est fortifié et a pris une fécondité inconnue, si bien que, assure M. Daresle, un agriculteur français ayant semé du blé australien dans les environs de Dunkerque a obtenu le rendement prodigieux de 0(3 hectolitres à l'hectare! I^ rendement moyen du blé en Australie, toujours d'après M. Darfste qui tient le renseignement d'un des agronomes les plus éminents de ce pays, est de 25 hectolitres par hectare ; or, •i'après la statistique officielle, ce rendement est en France de
11 hectolitres et n'atteint 19 et 20 que dans les terres bv bien cultivées du nord de la France. Le poids mojen du M* australien est de 79 kilogrammes l'hectolitre et il attant jusqu'à 83 kilogrammes, tandis qu'en France, d'après M. Boissingault, le poids de l'hectolitre est de 77 kilogrammes «'. n'atteint qu'exceptionnellement 80.
Les Anglais ont également acclimaté le blé à Natal; 0 pousse dans les hautes terres, mais pas assez pour les besoios de la colonie.
Vavoi)ie et Vorge ont réussi à Natal mieux que le blé.
Le maïs a très bien réussi à Natal et il est d'une grande ressource pour la colonie.
Jalap. Le succès de la culture des quinquinas dans te Indes britanniques et à Ceylan a encouragé les Anglais dans les tentatives d'acclimatation d'autres plantes médicinales: ils ont parfaitement réussi avec le jalap {Exogon iumpurga\ qu'on cultive depuis 1856 à Ootacamund. Le jalap ainsi obtenu est égal à celui de Mexico au point de vue du rendement en résine.
Ipécacuanha, Ils ont été moins heureux avec l'ipécacuanha : quelques plantes ont poussé mais sans vigueur à Calcutta et à Madras. Avec la persistance qui les caractérise les Anglais ne se découragent pas et comptent être plus heureux avec un nouvel approvisionnement de bonnes semences, qu'ils se procureront au Brésil.
Garance. La garance (/îi^ôta tvwtomm) introduite i Adélaïde a tellement prospéré dans le sud de l'Australie, qu'elle menace de devenir incommode, si l'on n'arrête ses progrès et, malgré la distance, la garance australienne fait déjà sur les marchés d'Europe une concurrence sérieuse à la garance indigène.
Le Brome de Se hr acier a été importé au Cap par les soins do la Société d'agriculture de Cape-Town, aussitôt qu'il a été question en Europe de cette plante. Uherbe de prairie d'Australie possède, dit-on, des propriétés nutritives très