DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES
remarquables et s'accommode des terrains les plus secs. On peut d'ailleurs s*en rapporter aux colons du Cap, car cette colonie, dont retendue est plus grande que celle de la France, figure aujourd'hui parmi les pays agricoles les plus avancés. Soaproot. On pourrait acclimater dans les parties de rhémisphère austral, qui sont homologues de la Californie, le soaproot (Anlhericum pomeridianum)^ liliacée, dont le bulbe fournit une matière fibreuse excellente pour la confection des nattes et dos paillassons, en même temps que sa partie centrale contient un principe analogue à la saponaire, qui donne à Teau un aspect savonneux ; on Ta nommée racine de savon.
§ 9. Destruction des animaux nuisibles. — Il est au moins aussi important de débarrasser des animaux dangereux le pays qu'on veut coloniser que de le peupler d'êtres utiles. Ces deux opérations doivent marcher de pair, car c'est sans doute beaucoup de débarrasser l'atmosphère des germes de maladies, que les eaux stagnantes et les terrains marécageux y déversent à chaque instant, mais ce n'est pas tout.
J ai parlé déjà do la mouche Tsrtsc, qui rend l'élevage du bétail impossible dans certaines contrées et qui, par conséquent, est dans les pays agricoles un ennemi tout aussi terrible, que Test le phylloxéra vasiatrix dans les pays vignobles; je pourrais donner ici la nomenclature d'un grand nombre de parasites, mais cela m'entraînerait trop loin et je me borne à parler d'un insecte, qu'on croit seulement incommode, alors (ju'il est dangereux : c'est le moustique ou cxUex. Il est en effet aujourd'hui démontré, que, dans les pays chauds, les moustif^ues sont les agents de transmission de Velcphantiasis dos Arabes, cette maladie redoutable, qui est due à la présiMice, dans le sang, d'un grand nombre de petites filairos, que le culex charrie d'un individu malade, qu'il a piqu»», à un individu sain qu'il va piquer; or VtMrali/plus et plusieurs autres arbres résineux éloignent, dans
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une très grande mesure, ces redoutables agents de contagion. Ces arbres, qui par leurs racines combattent le malaria, qui purifient l'air par les vapeurs essentielles qu'ils émettent, ont donc encore lavantage de s'opposer indirectement à la propagation d'une maladie redoutable des pays chauds.
Au surplus la destruction des ennemis infiniment petits, dont le cercle s'agrandit chaque jour, est l'œuvre de Thygiène, telle qu'elle est aujourd'hui constituée, et le pouvoir sinon le nombre de ces infiniment petits ira sans cesse en s'amoindrissant dans l'avenir. S'il est au contraire un anachronisme choquant, aujourd'hui que nous disposons contre les hommes de moyens de destruction si violents, c'est de voir combien l'homme a encore de la peine, dans certaines contrées, à se débarrasser d'ennemis plus gros et plus faciles à attaquer que les infiniment petits, les tigres et les serpents. Liord Napier et M. Ettrick ont calculé, que, dans l'Inde, les tigres dévorent en moyenne 10 000 cultivateurs par an; dans certaines contrées de l'Inde ces fauves ont dépeuplé des villages entiers, non seulement en prélevant leurs victimes, mais en mettant en fuite le reste de la population. Une tigresse a mis en fuite les habitants de treize villages, qui laissèrent en friche un espace de 250 milles carrés. Dans le Hongale inférieur, d'après les documents mis en œuvre par le capitaine Rogers, 13400 individus ont été tués par les tigres en six ans. En 1869 une seule tigresse a fait 127 victimes et arrêté le trafic sur une route; un autre tigre, dans le Nayâunka, a tué en trois ans 108 personnes. Quant au bétail, les ravages que ces animaux exercent sur lui peuvent être estimés, dit M. A. Guichon, à 25 millions de francs par an.
Le gouvernement s'est préoccupé de ces faits, mais cette fois il a mal compris son devoir : depuis la révolte des Cipayes toute la population a été désarmée, si bien qu'elle ne peut se défendre contre les tigres, qui ont redoublé d'audace. II se produit en outre un fait curieux, qui montre comment une mesure excellente en soi peut être gâtée par le désir de la
OBSTRUCTION DES ANlliAUX NUISIBLES. 155
rendre meilleure. Il existe dans les localités, où les tigres abondent, une corporation de chasseurs soldée par le gouvernement, qui donne une prime pour chaque béte abattue. Voilà qui est parfait! Mais, pour stimuler le zèle, ie gouvernement augmente la prime, en raison de la célébrité que Tanimal s*est acquise dans la contrée, si bien qu'on ne tue le tigre, que lorsqu'il a par de sanglants exploits considérablement augmenté la valeur de sa peau, calcul ingénieux, qui rappelle celui que faisaient les mariniers, à une époque où, pour encourager la recherche des noyés, même quand tout espoir de les sauver était perdu, la police accordait pour un mort retiré de l*eau une prime plus forte que pour un vivant: les sauveteurs, qui savaient compter, laissaient le noyé sous Teau pendant le temps voulu pour assurer sa valeur. Il serait utile, dans rinde, de modifier d'abord le règlement et d'armer les habitants; il serait surtout désirable d*y amener ces chiens sauvages de la Plata, qui, issus de chiens jadis amenés d'Europe par les Espagnols, sont connus sous le nom de Perros Cnnarroncs ou de tigreros^ en raison de leur robe généralement rayée comme celle du tigre. Le comte d'Esterno, qui a fait connaître ces chiens en Europe, a proposé de même leur introduction en Algérie, pour assurer la destruction des fauves. De forte taille ils rappellent un peu le chien danois et chassent en effet courageusement le tigre et le jaguar.
Les ravages causés par les serpents dans beaucoup de pays chauds sont comparables à ceux qu'exerce le tigre; les serpents ont fait périr dans l'Inde, en 1865, 14 259 personnes et le D' Fayrer assure que, si la statistique de ces accidents était bien tenue, elle accuserait une moyenne annuelle de 20000 victimes. Sans être toujours aussi fréquents dans la pIupaK de nos colonies, les accidents semblables ne sont pas rares. Il serait donc utile d'acclimater certains animaux, qui [lossent pour détruire les serpents et de se bien garder de les dt'truire, lorsque ces destructeurs de reptiles existent
On sait que la mangouste {Vi verra ichneumon) était chère aux Égyptiens, qui voyaient dans cet animal rennemi juré des serpents et des crocodiles; sa réputation était exagérée, surtout en ce qui touche le crocodile, cependant la mangouste semble en réalité attaquer les serpents et résister mieux que tout autre animal à Taction du venin. M. Hayes, commissaire de la marine, chef de service à Chandernagor. rapporte, qu'il a plusieurs fois fait combattre le Coliiber Najn et la mangouste sans accidents pour le mammifère, qui, cepeDdaut, recevait force morsures, alors que les chiens mordus par le Naja meurent rapidement. Il est probable, que la foorrure épaisse et grasse de la mangouste lui tient lieu de cuirasse; M. Hayes a donc proposé son introduction à la Martinique.
On attribue la même immunité au cochon et au pécari, mais le fait ne me semble pas bien prouvé.
Un grand nombre d'oiseaux devraient également, dans le but de détruire les serpents, être respectés ou introduits dans les pays qui ne les possèdent pas. Ramel a cité les services rendus contre les serpents, en Australie, par le King's fischer^ Laughing Jacass, sorte de martin-pêcheur, qae les indigènes nomment gogobera et qui fait la guerre aux reptiles; il a trouvé leurs débris nombreux dans son estomac.
On peut citer, comme rendant des services analogues, le secrétaire {Sagiitarius secretarins) dans l'Afrique australe; deux milans {Milvus migrans et M. Forshalii) qui détruisent les termites; la cigogne, que J. Cloquet a proposé d'introduire dans ce but aux Antilles. M. Chabrillac a signalé, à la Société d'acclimatation, les services du même genre, qui sont rendus au Brésil par un vautour et par un autre oiseau, qui porte le nom de Ciriemina {Cariama des naturalistes). Ces oiseaux marchent toujours en petite troupe et il leur faut, dit-il, peu de temps pour venir à bout d'un serpent de 2 mètres de long.
SOLIDAEiri DANS LA TIB. 157
0. Solidarité de tous les êtres d'un même pays. ^ saurait attacher une trop grande importance à toutes estions de destruction de certains êtres, d'acclimatation tains autres. Outre leurs conséquences immédiates, qui acilement appréciées, les modifications de la faune et Sore ont sur un pays un retentissement beaucoup plus gé, qu*on le pense : il semble que les êtres vivants ays constituent un tout, sorte de bloc unique, véritable lide vivante, dont on ne peut retrancher une pierre ou elle on n*en peut ajouter aucune, sans que Tensemble lifice ne ressente le contre-coup dans toutes ses parties, n a merveilleusement déduit ces conditions d'adaptation >que, qui font comme une nation tiaturelle de tous ^ vivant dans un même pays. Quelques exemples feront endre toute retendue de cette union, xisto certaines régions du Paraguay, où Ton ne peut ni bœufs, ni chevaux, parce que ces animaux périssent ^s piqûres réitérées de certaines mouches : qu'on importe raguay un grand nombre d oiseaux inseclivon?s ; ils ront les mouches ; le bœuf et le cheval pourront alors rer. La situation de Thomme lui-même, aujourd'hui en échec par une mouche, sera donc améliorée par un •
s un firand nombre des lies des Archipels Polynésiens nier est tout pour la vie des habitants : alimentation, ents, habitation, engins divers, cet arbre précieux pro- »ut et suffit à tout. La fécondation des palmiers arbres es a lieu par l'intermédiaire des insectes, qui, vohant làle sur une fomollo, portent avec leurs pattes le pollen I sur le pistil ilo Tautre. Qu'on acclimate, dans ces Iles, 'au insoctivor<\(lit Darwin ; il détruira l'insecte, qui opén« udation du palmier; cet arbrt' disparaîtra donc et av«v 'ira ce qui sert à ralinientation comme ik l'industrie do ne dans ces pays. Qu'on acclimate alors un oiseau rajiace : uira le petit oiseau insectivore; l'insecte ainsi débarrassé
de son ennemi deviendra plus abondant, il recommenoen à féconder les palmiers, qui permettront aux hommes un plus grand bien-être. Mais que survienne un acarus, qui fera mourir les rapaces de cette sorte dephtiriase des oiseaux, alors, le rapace étant détruit, Tinsectivore reprendra ses avantages ; Tinsect^ et avec lui le palmier décroîtront de nouveau. Supposons, pour terminer, la survenue de ces champignons, dont le mjceliam envahit certains insectes, comme Yantomophtora^ Tacarus périra ; le rapace se multipliera à nouveau ; l'insectivore diminuera de nombre ; la mouche, qui féconde les palmiers*, débarrassée de son ennemi, remplira plus que jamais sa fonction et les palmiers de plus en plus beaux et nombreux rendront les hommes de plus en plus forts et prospères. Aucun d*eux ne se doutera, qu'il doit son bonheur à Tintroduction fortuite dans Tile du mycélium qui a tué Tacarus.
Les peuples les plus civilisés ne sont pas affranchis plus que les autres de cette étroite intimité avec les êtres les plus inférieurs. Darwin montre, en effet, que la grandeur de 1* Angleterre repose, plus que le pensent les politiciens, sur l'existence (lu chat. Suivez plutôt ce raisonnement : les belles prairies de TAngleterre sont ensemencées d'un trèfle rouge, qui entre pour une part énorme dans le rendement de ce pays agricole: la fécondation de ce trèfle a lieu par l'entremise des frelons, qui, butinant de corolle en corolle, transportent le pollen et assurent la fécondation d'un pied de trèfle à l'autre, procédé beaucoup plus sûr, même chez les végétaux hermaphrodites, que celui de l'autofécondation d'un même pied par lui-même, sans croisement. Mais le frelon a un ennemi, qui le détruit avec acharnement, c'est le campagnol; si donc une contrée est habitée par beaucoup de campagnols, elle aura peu de fre- Ions et par conséquent pou de trèfle. Le campagnol, à son tour, a pour ennemi le chat. Beaucoup de chats, peu de campagnols, beaucoup de frelons, beaucoup de trèfle sont donc quatre phénomènes connexes. Or l'abondance du trèfle est la cause de l'abondance de ces beaux bœufs, qui contribuent pour
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une si large part à la fortune de l'Angleterre et qui, sons forme de rossbeaf donnent aux Anglais ou entretiennent an moins chez eux cette vigueur, dont ils donnent tant de preuves dans le monde entier ; donc le chat est la source indirecte de la grandeur de TAngleterre, q. e. d.
Sous une forme, où se reconnaît Thumour anglais, il y a là un profond enseignement, que ceux qui veulent fonder et développer des colonies feront bien de méditer et qui légitime les développements, dans lesquels j*ai cru devoir entrer au sujet de Tacclimatation.
La colonie doit être administrée par les colons. — Association ; initiative indiciduelU, — Dangers du monopole. — Le système colonial, — Le système libéral,
%\, La colonie doit être administrée par les colons, — Cette partie de Thygiène coloniale est celle, que la science éclaire encore aujourd'hui le moins et qu'elle guide le moins souvent. Il n en saurait être autrement, il en sera même ainsi, tant que Vhygiène sociale ne sera pas regardée comme une science, dont la base la plus large repose sur Tétude de V histoire naturelle des sociétés. Cependant, dans les colonies comme dans les métropoles, cette partie de Thygiène est aussi indispensable que losdeux autres, rhygiène individuelle et rhygiène publique, à la conservation et au développement des citoyens et des états : Humboldt allait jusqu'à attribuer rétat de mollesse et (rinsouciance, qui caractérise un grand nombre de créoles, moins au climat qu*au défaut des institutions sociales des colonies. Les colonies de TEspagne auraient eu certainement un sort plus brillant, quo celui qu'elles ont eu, si les premiers colons n'avaient été en général des nobles, propriétaires oisifs des majora ts, que la couronne leur octroyait iiaos le nouveau monde, où la terre ainsi devenue inaliénable
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était soustraite à Tagriculture, ou bien des congrégations religieuses élevant la main morte à 80 0/0 de la propriété foocière, et si ces colons détestables n'avaient en outre été tenus par la métropole avec un soin jaloux, avec une défiance méticuleuse, constamment éloignés des affaires publiques de la colonie. Mais la couronne craignait, que la gestion des affaires coloniales par les colons ne conduisit ceux-ci à l'indépendance; elle expédiait donc des fonctionnaires non colons, vivant en dehors du monde colon, ennemis-nés des colons et laissant ces derniers s'endormir dans Tinsouciance : « Apprenez à lire, à écrire et à dire vos prières, disait le vice-roi Gil de Lemos aux jeunes fils des nobles nés en Amérique, c'est tout ce qu*ao Américain doit savoir. » — Cette plaie du fonctionnarisme se retrouve encore dans les colonies modernes, où, malgré la tendance qui entraîne aujourd'hui tous les peuples vers le selfgovernment^ seule forme capable de susciter les capacités et de les mettre en valeur, l'ingérence centralisante de la mère-patrie tend toujours à transformer en chaînes les institutions, qu^elle ne présente d'abord, en bonne mère, que comme des lisières doucement préventives. Mais l'esprit centralisateur du vieux monde latin aura quelque peine à abandonner le dogme du fonctionnaire providentiel, qui n'a pas plutôt étudié et compris les besoins d'une colonie, qu'on s'empresse de le rappeler en Europe, à titre de récompense, pour le remplacer par un autre, qui viendra s'instruire à son tour.
§ 2. Utilité de ^association et de Vinitiatite individuelle, — Ce sont là des fautes de gouvernants ; mais les gouvernés commettent aussi les leurs : les colons envoyés par le vieux monde latin ne comprenaient pas sous l'ancien régime (les comprennent-ils mieux aujourd'hui?) les bienfaits de l'association. « Vous m'alléguez, disait un jour Colbert à un interlocuteur, les Anglais et les Hollandais, qui font dans le Levant pour 10 ou 1:;^ millions de commerce; ils le font avec de grands vaisseaux ; Messieurs de Marseille ne
INITIATIVB INDIVIDUELLE. 161
Yenlent que des barques, afin que chacun ait la sienne. » Récemment un Canadien, Garneau, donnait à la France ce conseil : € On ne saurait trop redire à la France, qui cherche aujourd'hui à répandre sa race, sa langue, ses institutions en Afrique, ce qui a ruiné son système colonial dans le nouveau monde, où elle aurait dû prédominer. » Il énumère alors € le défaut d'association dans la mère-patrie pour encourager une émigration agricole, Tabsence de liberté et la passion des armes répandue parmi les colons ». On trouvait jadis en effet au Canada plus d'aventuriers que d'agriculteurs.
Nos colonies modernes ne pratiquent guère mieux l'association : M. de Foutpertuis signale cependant l'association à mi-fruit comme usitée dans la jeune république de la Plata: le propriétaire du terrain fournit un rancho et 200 hectares avec 1 000 brebis à un métayer, qui apporte de son côté 1 000 autres brebis et qui entre pour moitié dans les frais d'installation. Tous les produits se partagent par moitié, le métayer jouissant, en outre, du droit de tuer, sans en tenir coràpt#, tous les animaux nécessaires à sa consommation et à œlle (le sa famille.
L'initiative individuelle est un levain, qui manque encore dans nos colonies : les colons n'y sont pas encouragés; ils n'en ont d'ailleurs pas le goût. Beaucoup de propriétaires de riches domaines dans les colonies habitent même TEurope, pratiquant, au grand détriment des affaires coloniales, ce qu'on nomme dans les colonies Ynhscutcismc.
\lï\ des obstacles les plus pernicieux à Tinitiative individuelle, apn^ le social ishiv (Vrtat^ cVst le socialisme monasliqu*\ que les niis^sions d'F^patrne ont aux xvir et xviii* siècles inijK)sé dans certains points de r.Vmérique du Sud. Les ji»suites au Parairuay avaient nivelé, à la fa^on d'un couvent, la vie des iniligèn«*s et des colons, sous prétexte de répandre avec la foi la civilisation dans des villages uniformes, percés de rues uniformes et rectilignes autour d'une église comme centre. Les Indiens pansues devaient travailler à certaines
heures ; une heure de leur travail le matin, une heure le soir étaient au profit de la communauté ; le pasteur, despote théocratique, faisait la répartition égale entre les frais du culte et les Indiens ; le missionnaire servait seul d'intermédiaire entre ce couvent laïque et le reste du monde, comme cela se passe chez les trappistes ou chez les chartreux. Sous cette rigidité, image de la mort plus que de la vie, les individus perdaient toute initiative et retardaient pour longtemps révolution politique de leurs descendants.
Il en est tout autrement dans les colonies de la race anglosaxonne ; c'est l'initiative privée, qui a réalisé en Australie et en Nouvelle-Zélande les prodiges, qu'on y admire, lorsqu'on spnge que la Nouvelle-Zélande a grandi en 70 ans à peine: que fondée en 1814 par quelques missionnaires, elle est vivifiée depuis 18*34 par une presse libre, qui publie aujourd'hui plusieurs grands journaux dans plusieurs villes considérables et qu'elle a créé en 1867 une institut dit de la \ourelle-Zélanclc^ chargé de favoriser dans la colonie le développement des sciences, de la littérature et de la philosophie.
j;^ 3. Dangers du monopole, — Les colonies anglaises. malgré l'avantage qu'elles eurent de connaître de bonne heure les bienfaits du self-govcrmaeni^ ne purent échapper à l'envahissement stérilisant du monopole commercial. € Le seul usage des colonies, disait lord Sheffield, c'est le monopole de leur consommation et le transport de leurs produits; » hérésie d'égoïste, qu'Adam Smith caractérise de politique do honiiqiarr.^, disant du monopole : c De tous les expédients. dont on puisse s'aviser pour comprimer les progrès d'une nouvelle colonie, c'est sans doute là le plus efficace. > L'A»gh^torre ne fut pas seule coupable; à cette époque toutes les nations euroi>éennes suivaient dans la pratique commerciale les mômes errements : la Hollande, avant l'Angleterre, avait cré«'* la Compagnie des Indes, qui, comme celle que créa plus tard l'Angleterre, était tyrannique, vexatoire et oppres-
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sire; le Canada était également opprimé par une Compagnie exclusive, qui, dit Tabbé Raynal, se proposait moins de créer une puissance nationale, que de s*y enrichir par le commerce des pelleteries. « Pour guérir ce mal, ajoute*t-il, il n'eût fallu que substituer la liberté à ce monopole, mais le temps d'une théorie si simple n*était pas encore venu. » On préférait mettre la colonie aux mains de quelques privilégiés, qui, débarrassés de toute concurrence, faisaient payer très cher les objets de leur commerce et arrêtaient ainsi, dans la métropole aussi bien que dans la colonie, la consommation comme la production.
§ 4. /> régime colonial. — L'ensemble des mesures restrictives tristement célèbres, auxquelles étaient soumis les rapports des colonies avec leur mère-patrie, est connu sous le nom de réfjime colonial. Il n'est autre chose que rapplication à la colonie des principes, qui guidaient les rapports commerciaux des nations entre elles. Elles pensaient alors, que chacune d'elles avait intérêt à la ruine de ses voisines, comme si un commerçant j>ouvait avoir un intérêt à la ruine de s(»8 clients ! La colonie était la chose exploitable de la mère-patrie; chaque métropole, comme le dit Molinari, se réservait un marché colonial, qu'elle devait exploiter seule; elle empêchait les étrangers de .s'établir dans ses colonies, comme si c<*tte seule restriction \\qi\ diminuait pas déjà les forces productives; la colonie ainsi isolée du reste du monde ne pouvait exporter ses produits que dans la métro|>ole, ne pouvait recevoir d'impulsion que de la métropole, et encore a» mouvement d*éclian|/e était-il précisé jusque dans sa mturi' même : telle colonie ne pouvait pnxluire que du rafé; telle autre que du sucre; telle autre (jue du coton. La ni'tropolf se réservait d'importer le vin, l'huile, le chanvre, le lin, le sel et surtout la |)Oudre de guerre. L'extraction des métaux était grevée de 15 au profit de la couronne. La consé(|uence de ce régime était, dit Humtx)ldt, que l'appro-
visionnement des colonies espagnoles se faisait comme celui d'une place forte : deux caravanes régulières apportaient les articles d'Europe au Nouveau Monde espagnol : la Flotte desservait la Nouvelle Espagne; les Galions rAmérique moyenne et méridionale. On fixait un prix minimum et, d'après Ulloa, les bénéfices des marchandse spagnols en possession de ce monopole étaient de 300 0/0, excellent moyen pour appauvrir la colonie, sans enrichir dans la métropole d'autres personnes que quelques marchands priviligiés. Ce système accablait tellement les colonies, qu'Humboldt rapporte, qu'à Mexico le commerce n'était jamais si florissant qu'en temps de guerre, parce qu'alors la contrebande avait le jeu libre. L'Espagne ne fut pas seule à pratiquer ce système : l'Angleterre, d'abord plus libérale, décida en 1651 par le célèbre ac/^ de navigation^ qu'aucune marchandise coloniale ne pourrait être transportée ailleurs qu'en Angleterre et autrement que sur un navire construit en Angleterre, appartenant à des Anglais, commandé par un capitaine anglais et monté par un équipage, dont les trois quarts seraient Anglais. Elle fit plus : elle interdit aux colons d'avoir des manufactures ; il ne leur était pas permis de faire, dit Leroy-Beaulieu, un clou, un anneau, un for de cheval ; aussi tout était-il hors de prix pour les malheureux colons: cette restriction, qui défendait l'exportation des produits des colonies autre part que dans la mère-patrie, ne faisait à la métropole qu'un avantage illusoire, car, ainsi que le dit encore Leroy-Beaulieu, € la limitation de la vente de ces produits au seul marché métropolitain bornait leur production dans les colonies et en élevait par conséquent le prix; ainsi, au lieu que les restrictions à la liberté du trafic rendissent les denrées coloniales moins chères, du moins pour la métropole, elles avaient pour eftot de les renchérir, même pour cette dernière; en même temps elles arrêtaient le développement de la culture aux colonies, ce qui rendait les colons moins riches, c'est-à-dire moins capables d'acheter les produits des manufactures de la