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S 2. I^s BerfnWs. — Cette population mérite, à tous les points de vue, notre attention : elle est la plus nombreuse ; elle
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est la plus intelligente, la plus disposée à recevoir notre ciTilisation ; c*est sur elle que nous pouvons le plus compter dans notre œuvre de colonisation et elle doit constituer notre meilleur point d'appui en Algérie. Malheureusement Vadmifiistration^ nom toujours magique en France d'une institution qui se croit généralement infaillible, n*a pas su distinguer le Berbère de TArabe : méconnaissant tout ce qu'elle pouvait trouver dans l'un de supériorité sur l'autre, elle les englobe tous les deux sous la rubrique indigènes^ bien heureux quand elle ne dédaigne pas les qualités modestes du cultivateur berbère et quand elle ne leur préfère pas les vices brillants du cavalier arabe. C'est cependant sur la différence de ces races, le Berbère et l'Arabe, que repose la question algérienne.
La race berbère jadis étendue sans doute dans toute l'Afrique septentrionale, aujourd'hui refoulée dans les montagnes et dans le Sahara occidental par l'invasion arabe, est représentée par les Chellouh dans les montagnes du Maroc, par les Kabyles ou Kebails dans l'Atlas algérien, par les Mozabites entre Ei-Ghouat et Ouargla, en Tunisie par les Kroumirs. aux environs de Kairouan par les Djelac, entre le Fezzan et K» Nil par les Tibbou, les plus dégradés par leur mélange avec les races négroïdes, enfin dans le Sahara par les Touarogs ou Imochagh ou Amazch ou Tamaheck les plus purs (le tous les Berbères.
Dans notre Algérie, sur 2800000 indigènes, les Berbères figurent pour 2200 000, approximativement, et les Arabes pour 500000. Plus de 1200000 de ces Berbères parlent l'arabe, ce sont les Berl>ères arabisants; 1 000000 ont gardt* leur hmgue berbère encore souvent mélangée d'arabe, car 1«' Borl)ère pur ne se trouve plus que chez les Touaregs. C4*tte langue, toute diflrrenlo de l'arabe et apparentée avec un grand nombre des dialectes <le l'Afrique, a pour nous bien plus d'intérêt que l'arabe; rependant la langue arabe est la seule langue indigène qu'on cultive en Algérie, alors que nous devrions donner tous nos soins à répandre le berbère, avec
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IVspoir d'augmenter Tinfluence berbère et de nous attirer la faveur et ramitié de tout ce qui, en Afrique, est berbère.
Le Kabvle se distingue surtout de TArabe par ses mœurs et SOS aptitudes sociales, tout à fait spéciales. 11 est monogame, il aime et comprend la propriété individuelle, il aime la culture, il est travailleur, industrieux, fier, esclave de la parole donnét^ Anaya ; il s'agglomère dans des villages composés de maisons en pierre ou en chaume et, dans ces villages, il jouit d'une organisation démocratique, que plus d'un peuple européen pourrait lui envier : « 11 y a une société au monde, dit M. Renan, où le peuple est tout et suffit à tout, où le gouvernement, la police, l'administration de la justice ne coûtent rien A la communauté : le mon<le berbère nous offre ce spectacle singulier d'un onlre social très réel, maintenu sans une ombre de gouvernement distinct du j)Ouple lui-même. C'est l'idéal de la <lémocratie, le gouvernement direct du peuple par le j>euple. »
I^s Berbères présentent à un haut degré l'amour de l'indépendance, (le la liberté et surtout, comme le dit M. Fournel, l'amour *h* la lilMTté de jK'nser. Lors(|u'ils furent convertis au rhristianisme, ils devinrent rapidement scliismatiques; aujourd'iiui musulmans, sans beaucoup de conviction, ils portant la reli«;ion \\\\ |»eu comme un collier de servitude iinpoM» par l'Arabe fanati<|ue et ils ont en grand nombre • l»*M'rté l'orllioloxie musulmane. Les Mozabites. les plus iiit«llig« nts (i'fntn* eux, sont (|uel«|ue chose comme les protestants du niahoméii>mi* et h» Mzab nous donne le sjmh'î;4tli' <!«' l'autonomii' communale, dans ce (ju'elle a de plus .•i»\«**. L«' connnandant Covne n'a pu nt^air son admiration irvaiit »*«• pa\N. < .«Il piTsonnr. dit M. «iiiyde Maupassant. n'a h' droit clr n >trr maetit*, où riiifaiit. de> (ju'il |Mnit marr\\vv «*t port'T «jUidque clio^^»', aidr son |)«*re à larro.sage drs jardins, ijiii forme la constante et la plus grandt'occupatioii des liabitant.v. I)u matin au soir h» uïulet ou le chanh-au lire l'eau dans le S4*au de cuir dé\ersé msuite dans une rigole
ingénieusement organisée, de façon que pas une goutte do précieux liquide ne soit perdue. Le Mzab compte, en ouln-. un grand nombre de barrages pour emmagasiner les pluies, il est donc infiniment plus avancé que notre Algérie. Ces gens-là, ajoute-t-il, par leur travail constant, leur industrie et leur sagesse, ont fait de la partie la plus sauvage et la plus désolée du Sahara un pays vivant, planté, cultivé, où sepî villes prospères s'étalent au soleil. Aussi le Mozabite esl-ii jaloux de sa patrie; il en défend autant que possible l'entra aux Européens : dans certaines villes, comme Benilsguem. nul étranger n'a le droit de coucher même une seule nuit. La police est faite par tout le monde. Personne ne refuserait de prêter main forte en cas de besoin. Il n*y a en ce pays ni pauvres ni mendiants; les nécessiteux sont nourris par leur tribu. Presque tout le monde sait lire et écrire. On voit partout des écoles, des établissements communaux considérables. Beaucoup de Mozabites, après avoir passé quelque temps dans nos villes, reviennent chez eux sachant le français, l'italien et l'espagnol. »
Tous les Berbères présentent d'ailleurs une organisation analogue : pour tous l'unité politique est la commune (fieclicra). Plusieurs dechora forment une fei^ka^ dont la confédération forme la kebaila. Le gouvernement est exercé par les citoyens réunis en une djcinmda^ où le pauvre a sa placi* comme le riche. Toutes les fonctions sont électives. Voici, au reste, ce que disent, dans une patiente étude de l'organisation sociale des Kabvles, MM. Ilanoteau et Letourneux: « L'organisation politirjue et administrative du peuple kabyle e>l une des plus (lrmocrati(|ues en même temps une des plus simples, qui se puiss^'ut imaginer. Jamais peut-êtn» lo système du srlf'fjoccr)imr/ti n'a été mis en pratique d'une manière plus complète et plus radicale; jamais l'administration n'a compté un nombre aussi restreint de foDCtionnain^s A n'a o<vasionné moins de dépenses à ses administrés. ^^'idéal du gouvernement libre et à bon marché, dont nos phi*
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losopbes cherchent encore la formule à travers mille ntopfes, est une réalité depuis des siècles dans les montagnes kabjles. Si, en effet, le peuple est tout et suffit à tout, le gouvernement, Tadministration, la justice ne coûtent absolument rien à la communauté. Cet état de choses n*est pas, comme on le devine sans peine, le résultat de combinaisons savantes, dont sont incapables les tribus à demi barbares ; il est U conséquence naturelle de Tesprit d*association et de solidarité, qui, à Tètat d'instinct, anime ces populations. Toute la société kabyle est constituée d*après les mêmes principes, qui émanent de cet esprit : partout on retrouve, à ses degrés divers, l'association solidaire, aussi bien dans les moindres intérêts de la vie privée que dans les relations de la famille, du village et de la tribu. »
îi'^ Les ArnfH*$, — Tout autre est l'Arabe : ennemi de tout projrrès, fanatique, il ne conçoit le bien et le mal que suivant le Coriin, ainsi que ledit avec l'expérience, qu'il a de cette race, M. Sahatier, ancien jujre de paix à Tizi-Ouzou; il est polyjjame, nomade, ne possède que collectivement: à peine cultivateur, il est paresseux, n'a aucune industrie; il est de inauvai>e foi et son arrogance n'a d'égale que son humilité, quand les circonstances lui font un devoir de changer Tune en l'autre. Il est évident, qu'il n'y a rien à faire avec l'Arabe ; t''<»st c«'pendant lui, que nous avons toujours flatté, alors que c'rst lui, que nous avons le moins d'intérêt à rechercher pour ass<x*ié et pour ami. Quand on parle des indit;ènes, on ne voit que IfS Arabes; c'est le contraire qui devrait être : le seul in«ii^'»»ne important c'est le IWbère.
ji 1. Ih'uuvirnrr fh\s indîtjrnrs. — Il importe d'autant plus lie r4»ss4T de confondre» le Herbère avec l'Arabe, que la population musulmane prise en bloc est en décadence : or il serait imiK)rtant d'établir une t^nnptnbilité humaine assex précise, p*jur êln» rens^Mgné sur la part respective, qui revient aux
Arabes et aux indigènes dans cette décadence. Il est perm> de penser, et c'est Topinion du chef de la statistique déni" graphique de TAlgérie M. Ricoux, que les Arabes seuls son: en décadence, bien qu'une plaie grave, Tinfanticide fréquent, attaque, dit-on, la société berbère; mais on ne peut encore préciser, chiffres en mains, la différence des deux races souce rapport.
On estimait le nombre des indigènes à 3000000 au début de la conquête; en 18GG il en manquait déjà 874 949. W 1866 à 1872 sévissent la famine, le typhus, rinsurrecut^u et surtout la répression. Cela coûta en six ans 527 021 indigènes ! La seule énumération de ces causes juge un système colonial. En 1868, sous notre administration, la famine fuî telle, que, dit le général Faidhorbe, on vit des cas d'anthropophagie. Cela devait fatalement amener une autre cauvdo dépeuplement, l'émigration des musulmans au Maroc, vu Tunisie et en Egypte.
Voilà qui explique suffisamment la diminution du nombredos indigènes; mais voici un fait plus grave, c'est la supériorité du chiirre des décès sur celui des naissances : en 1872, dans la oommuno do Kandon, ancien Ouad-Iiesbos, à 20kilomèln'> au sud d(» IJnno, dans la plaine de la Seybouse, il est mort 2T() muMilmans sur 21)53, tandis que sur 200 Européens i! on ost mort 1. En 1873, dans la province de Constantin^, lo> indigènes présentent 171 naissances pour 213 «lécès: tan»li> <luo, dans lo môme milieu, les Européens divers ont 147 naissanoos pour 115 décès. D'uno ùiron générale le D»" Valliii estime, qut» les naissances indigentes sont en Algérie aux déoès. coinmo KM) rst à 123. M. Uicoux p<»nse, <iue le rapport ist do UK) à 150. Les Maurvs d< s \iil('s, (|u'il no faut confon>lrt> ni avrc les K.ibylcs ni avoc 1rs Arabos, ont trois fois plu^ lif déoès (juo de naissaiicrs; onlin, <*onnno pour accélérer encore Cimouvi-mont d'uno population, qui tmd à disparaître, la mortalité do rrufanot' atloint chr/ los indigènes des pro{K>rtious effrayantes : ollo «\si do 50 pour 100 dans la première anuêi'