MÉTHODES DE COLONISATION
gènes, ont été prévenus à temps par eux et ont pu *. On no saurait donc trop rendre fréquent les raplire lËuropéen et Tindigène : le général Chanzy Kirfaitonient compris, lors(|U*il eut Tidée excellente or, dans» les oasis du sud, des foires périodiques, qui
nous mettre en rapport avec les grands marchands va ot du Soudan; la foire principale devait avoir lieu isis d*Ouargla ; j*ignore si le projet de l'ancien goua éti' mis à exécution.
l'iiioile de refoulement n*a abouti jusqu'ici qu*à la ion do l'indigène. Dans les quarante-deux premières lo la conquête il on avait disparu 874 910, soit ar an; de ls<;(> à ls72 la famino, que notro admin a ôté impuissante à om|)écher, et ses conséquonces ilisparaitro .VJTU'Jl indig«*noa, soit 87 (XH) par an!
dit, que dans la population arabe les naissances ne :iirnt pas lr> dt^cvs : rt cepiMuIant il no s'agit pas là allons ln*s o|»jh)sôos, commo sont les Australions on
AnL'Iais; rtux-ci «li'vaimt ('vidcmmenl disparailro ♦•iix-i.i. «ornnu- 1rs I\>lvnr>ii'ns, oomuio tous b-s sausparaisM-nt dovanl loscivilisôs, quilour pronnontlour b»urs plaiiios ri b'urs fon-ts, par consr*4|Uonl leur
qui leur apporlrnl des mala<iios nouvoUos. Mais \rs t if** Kabvli-s n'ont rien à roo^voir dr nous rn fait do
au ron train*; ils s^nl nvili.s»'*s aulr(*ni«-nt qu»-
ai^ o* n«' -•»nt pa^ «i«'s in«'i\ ili>fs; ils n«» dt>vrairnt
<lt>Iiarailr<', >i noln> adniini>tralion «'tait itonne. pari't- ^ont pa*^ lian^ 1«> «'onlitions, qui rliiniiirnt o«'rtain«*s •n^ y 'fir laMf d«' la plao* a rrrt.unrs aiilros.
lii.HJ.' .{•• /'//wiw alM)iitir.iit ('«'rtaitH-nii'nt à il'autros
: • !!• .oij^-^î'- .1 ÎJI-. lîin» r 1rs inlfi«"*l> i-n lu>ionnant ip'.|ii.- .i..^ iii ..\.i;i«.. i'V^l la niêliio-l*' •!«•> » roisennnU, >ti.li :i;i:.t -i'inni r.iil •1«> rnt*ti^ facibniiMil aivliinau'*>, •U'ir.i.t l» > r.ipjMjrl^ ••ntn* 1«'> in-li^t-n* > «l b^ Kuro- • la .«'[iir.iL»»!! prcM'nU*. ('**n cn»iM'm«'nUs auraient
bien de la peine à se faire entre Européens et Arabes : 1^ ' mœurs, la religion seraient des obstacles sérieux ; mais .. n'en est pas de même pour les Kabyles : la situation de L femme kabyle diffère en effet de celle de la femme arabe: bien que musulman, le Kabyle n*est pas fanatique comm^ TArabe. J'ajoute que cette union, plus en rapport avec nof ^ mœurs, serait physiologiquement plus heureuse que TuoioL avec l'Arabe, puisque le Kabyle possède déjà dans ses veine> une bonne partie de sang européen ; le Kabyle est notre i allié naturel en Algérie; la femme kabyle peut encore conso- . lider cette union. Malheureusement ces unions, je parle de celles qui sont légitimes, n*ayant pas de document sur les i autres, sont peu fréquentes : dans Tespace de 47 ans on ne compte que 120 mariages entre Européens et femmes musulmanes, dont 53 seulement contractés par des Français. L'union des Français avec des femmes juives est relativement j plus fréquente, puisque depuis la conquête on a constaté 30 de ces unions, alors que la population juive est beaucoup moins nombreuse que la population berbère-arabe, i^n doit souhaiter, que les unions entre Français et femmes kabyles (lovionnent de plus en plus fréquentes, car elles seront à la fois lo meilleur symptôme et la cause la plus puissante de la fusion. Mais il faut reconnaître, que l'esprit de fusion est encore pou développé do part et d'autre : depuis la conquête \ 02[) indigènes seulement se sont fait naturaliser; sur onombre G2S Font fait depuis 1873.
§ 2. hcoles. — L'instruction qu'on donnera aux indigènes. oollr qu'on donnera aux filles surtout ne feront que rendre ces unions plus fréquentes. Malheureusement autant rinstniction dos Européens on Algérie est développée, autant celU* dis indigènes eux-mêmes l'est peu. Nous avons très peu fait pour leur instruction. En 1880, d'après Leroy-Beaulieu, le budget colonial sur une somme de 27 ou 28 millions n'affectait que 74000 francs à l'instruction des indigènes. Il impor-
LENTEURS DE IJi COLONISATION. 191
i contraire de multiplier les écoles pratiques, profiles, les real Schulen^ et de multiplier sur les bancs î le contact entre les enfants des indigènes et ceux içais, de répandre enfin, comme je Tai dit plus haut, lu Berbère. Il serait utile de donner Tenseignericole, que les indigènes sont aussi aptes à recevoir colons : car les colons laissent en friche environ
0 leurs terres, tandis que les indigènes en laissent 59 0/0. Qu*on crée des musées cantonaïuv pour S l'agriculture, les sciences et les arts, ainsi qu'il
déjà un à Sidi-bel-Abbès.
ie politique. — On a trop oublié, que TAlgérie était nie spéciale et que nous n*avions pas devant nous les races, qui n*ont qu*à disparaître, parce qu'elles lais su sVîlovor et qu'elles sont incapables de le faire! >es et HerlKîrfS mélangés ont, il me semble, montré ils étaient ca|)ables en fait de civilisation. Qu*on [ic se déveIop|»er cette civilisation indigène, dirigée
plus écrase^' par la nôtre ; qu on habitue les indifaire eux-mêmes leurs affaires : les Kabyles nous it des lm)ns sous ce rapport. Pourquoi les indigènes 'ut-ils pas envoyés par leurs corréligionnairi'S à la
(.>t au StMiat ^
régulariM» lassiette de Timpôt chez les indigènes, se disparaître compU'teinenl VnchoHP\ imjx'^t établi onibn* do charru(\s, la charrue étant la superficie ►aire di» bœufs |H-ut mettre» en culture dans une a zrkkat, taxe d*-s bestiaux ; la lezma. impôt de
1 di*s pays kalivles. Mais surtout qu'on ne spolie pas nés, sous le prétexte «le fonder des centres de coloni-
i, l^n rolniiisatinn ct 1rs Euvojtèens. Cfitrttrs tir la colonisnlion. — Il y a déjà long-
temps que nous occupons l'Algérie, mais il n y a pas lon|:tomps que nous y faisons de la colonisation. Au début on nV-n voulait pas faire : c'est qu'en effet, on Ta dit très justomoiii. la colonie algérienne n'est pas née d'un besoin d expansion do notre population : nous n'avons pas trouvé l'Algérie ^-n cherchant une satisfaction à nos appétits coloniaux; au contraire, Tappétit colonial a dû nous venir, après que DOuseùme< la colonie. Et quelle colonie? non un pays vide et neuf comme l'Australie, mais un pays plein déjà et portant les empreinte^ de plusieurs civilisations. Nous n'étions pas prêts et le gouvernement craignait lui-même l'émigration ; on était alors tellement ignorant de la valeur et des conséquences de ce [>htnomène démographique, qu'en 1832 une décision ministérielit contient ces paroles, qu'aucun administrateur n'oserait plus signer aujourd'hui : « Afin d'arrêter une immigration trop nombreuse... pour empêcher l'immigration spontanée de p»^ nôtror en Algérie. » Que pouvions-nous cependant souhaiUT (le mieux ? Ce désir de modérer, de régulariser, de façonuor à son gré Tinimigration dura longtemps, je crois même qu'il n'est pas mort complètement. En 1853 une com{)agnie génoisevoulut organiser une colonie suisse à Sétif; on exigea de cliaqu(» colon la possession d'une somme de 3000 francs en es|MM('s. — Mais si je les avais, je ne quitterais pas mon pays! répondirent les colons. A un simple ouvrier on demandait plus tard <lo posséder 400 francs en espèces. Ces garanties éloiirnt'nt les nécessiteux intéressants, qui ne demandent qu'à employer leurs liras: elles laissent immigrer tous les pare>senx, (jui se procurent des certificats et ne savent rien faire. Auvsi le colonel de Ribourt dé<'lare-l-il, qu'en IST)? on compta soooo passairers gratuits à l'aller et TOOfK) pour le retour 'l'Al^'érie. I/Anirl<*terre pro(*è(le tout autrementen Australie: l;"i l'oint «i'Mial-l'rovidenre ne laissant passer les immigrant^ (lu'après mille t'ormalitês bureaucratiques et, quand ils soûl atimis, ne se relâchant jamais d'une surveillance minutieuse et tracassière de tous ses actes; le gouvernement anglais n'in-
ACCUMATIMSIIT DM TtUMCAlB. 183
tenrient que poar la propagande, qo'il fait large et povr le transport, qu*il rend facile. Une fois qii*on a mis rinstmiDeiit outre les mains du colon, i lai de se tirer d'affaires. Aussi voyez quelle différence dans la progression : en Algérie, 11561 Européens de 1836 deviennent 151712 en 1854 et SG22ôeu 1866. En Australie, aux mêmes dates, 117 Européens sont devenus 236 776 et 633 000 !
§ l?. Condition cC acclimatement des Français. »- Nous avons vu que les Espagnols, les Italiens, les Maltais sont spontanément acclimatés en Algérie : leur acclimatement est un fait acquis. 11 n*en est pas de même des Français : ceux du Midi rentrent dans les conditions des Espagnols et des Italiens , mais ceux du Nord rentrent dans celles des Anglais et des Allemands, dont Tacclimatement n*a jamais été constate.
Los Kasques sont tous acclimatés en Algérie, comme dans l'Amérique du Sud; ce sont donc des colons excellents. Il en o>t tout autrement des Alsaciens-Lorrains : il semble d*aill«*urs. qup leur instinct, mieux inspiré que notre patriotisme n'était éclairé, les ait détournés spontanément de l'Algérie, car Asjiozat. sur l.VJOOO optants, n'en compta que ^^261 embarqués à Marseille pour TAlgérie, et encore appritril depuis (|ue, plusii*urs années après, M. Guynomer visitant les colonies alsaciennos en Algérie pour le compte de la Société di* protection dos Alsaciens -Lorrains n*on trouva plus quo LMHM), dont un grand nombre ne savaient pasrultivor! Nos infortunés compatriotes avaient trop compté sur la compens.ttii)n, quo Taltitudo dos* lioux, qu'on avait rlioisis pour eux, |H)urriiit apporter à leur latitude bion inférieure à celle qu'ils <|Uittaiont. r*ost on i*flét dans la province do ("onstantine, t|u'ils M* sont rondus vn plus grand nombre; or Constantine, à TîH)"» d'altitude, présente uno tem|>ératuro moyenne ot annuollode-f 17*, tindis que StrasiMurg à 144" d'altitude ne présente une température annuollo et moyenne que de +0*.
Entre ces deux extrêmes les méridionaux et les- Alsaciens, et sous réserve des conditions climatériques locales, il esi donc bon de connaître au nord la latitude française, au nor*i de laquelle les Français feront bien de ne pas partir pour TAlgérie et de savoir quelle est au sud la latitude africaine, au sud de laquelle ils feront bien de ne pas chercher à coloniser. M. Ricoux tenant compte de Taltitude et de la latitude, qui se compensent Tune lautre dans une certaine mesure, engage les Provençaux, les Languedociens, les Béarnais à aller dans le Tell, les Lyonnais, les Dauphinois à se rendre dans le haut du Tell; les Auvergnats et les Francs-Comtois feront bien d^aller jusque sur les hauts plateaux; les Dauphinois et les Francs-Comtois émigrent d'ailleurs en assez grand nombre en Algérie.
Mais le savant directeur de la statistique algérienne a cherché à préciser davantage. Considérant avec Reclus que la France, depuis le massif central de TAuvergne jusqu'à la Méditerranée, s'incline vers le midi et que l'Afrique, depuis le point des hauts plateaux où commence le Sahara jusqu'à la Méditerranée, s'incline vers le nord, M. Ricoux représente ces deux pentes, Tune française, l'autre algérienne, qui se font vis-a-vis, comme les deux pentes opposées d*une dépretision centrale dont la Méditerranée occupe le fond et il constate, que c'est dans les limites de ces deux versants en reganl Tun de l'autre, que se fait Tacclimatation du Français. Il mdoit pas être originaire d'un point plus septentrional que lo massif central de la France; il ne doit pas être, en un mot, de ce versant opposé, qui, du massif central vers la Mauche. s'incline vers le non!. D'un autre côté il ne s'acclimate pas en Afrique, si, dépas.saiit l(>s hauts phiteaux, il pénètre ilans le Sahara.
Pour s'assurer des liniiles exactes de cette zone, M. Ricoux chercha à suivre le tracé des lignes isathcres (Hi^z^ êt«*), c'est-à-dire th'S lignes qui réunissent hs points, qui ont la même temj)érature moyenne d'él»'»: c'est en effet Tété, qui
ACCUMATATION DBS FRANÇAIS. 195
est la saison redoutable pour raocUmatation ; c'est donc la ligne isothère, qui importe ici, tandis que ce serait la ligne isochimène (yu\k%Hiç hiver) indiquant la température moyenne d*hiver, qu*il faudrait consulter, s*il s'agissait de l'acdimatement dans un pays froid.
Or la ligne isothère de + 20* part de l'embouchure de la (lironde, passe à Moulins, coupe la Loire, puis la Saône i son confluent avec le Doubs, enfin le Rhin près de Mulhouse. En Algérie la zone d'acclimatement serait limitée au sud parPisothère de + 25*, qui pénètre en Afrique au-dessous d*()ran, passe aux environs de Mascara, atteint Chelata dans la province d'Alger, pénètre dans la province de CJonstantine, coupe le Hodna, passe en dessous de Batna, au nord de l'Aurez, pour attendre Aïn-BeKda et pénétrer en Tunisie audessous du 30* parallèle (Ricoux).
Tes résultat» dos recherches du D' Ricoux doivent être sous les yeux de ceux, qui prétendent à diriger le mouvement rolonial. Il stTait bon de n'envoyer en Algérie que des troupes compo8<>es de soldats appartenant a la zone française acclimatahle. Il ne faut pas non plus perdre de vue ces conditions, lorsqu'on voudra coloniser l'Algérie avec les enfants assistés de Paris. I^ 1)*^ Thulié, dans le rapport qu'il a fait au conseil pWiéral (le la Seine sur l'envoi en Algérie des enfants abandonnés de Paris, a rappelé avec raison, que ceux qui étudieront l«*s hases de cette colonie auront i se pénétrer des travaux fie M. Ricoux sur l'Algérie et à ne pas perdre de vue, que tous les Français ne s'y acclimatent pas également.
S 'A. Afvittnotfiiion des Français. — Si tous les Fran- «; lis n«* sont |»as é|.Mlement susceptibles d'acclimatement en Alj^érie. il existe un inovon iVarrlhnntatitm de notre population, sur lequel on ne saurait trop compter, ce sont les croi* soments entre les Français et les Européennes originaires des pays, dont K*s habitants ont l'acclimatement assuré, Espa- ^Miolc'S, Italiennt^s, Maltaises. Nous ne trouvons plus, d'ail-
196 ALOERIE.
leurs, ici les mêmes obstacles qu*au croisement avec les indigènes et la fusion n'en est pas moins de nature à donner une race acclimatée, puisque les Espagnoles ont dans les veines du sang ibérien, syro-arabe et maure, que les Italiennes généralement originaires des Deux-Siciles ont par les Ligures, les Carthaginois et les Sarrasins les mêmes origines mixtes que les Espagnoles, et que les Maltaises sont voisines des Arabes à ce point, qu'on nomme en Algérie les Maltais les Arabes chrétiens. Le courrier d'Oran a constaté l'état prospère des enfants nés de pères allemands, belges, hollandais et russes, sortis de la légion étrangère et de mères espagnoles.
Les mariages croisés sont pour les Français du nord le seul moyen &' acclùnatation de leur descendance. Le D** Ricoux, qui les encourage, constate, qu'ils deviennent de plus en plus fréquents non seulement entre Français et étrangers mais entre toutes les nationalités représentées en Algérie. Ainsi, dans Tannée 1882, sur 2332 mariages 481 sont des mariages croisés.
Une objection a été faite à ces mariages croisés : on a craint que les enfants, qui en naîtront, perdent la nationalité française. Or le plus souvent (57 fois sur 100) le père est Français ; les enfants sont donc le plus souvent Français. lu fois sur 100 le père est Italien ; 10 fois sur 100 il est Espagnol; 7 fois Maltais; 2 fois il est Allemand.
La proportion n'est plus la même, si l'on considère la fonune : pour 100 unions mixtes on trouve 19 Françaises Si'ulemont, 41 Espagnoles, 21 Italiennes, 9 Maltaises, 4 Allemandes. La nationalité française gagne donc au croisement. puis(ine les Français sont très recherchés par les femmes étrantrèros, tandis i|uo los Françaises recherchent peu les époux étrangers. Lt'S Français, dit M. Kicoux, à qui jo prends tous ers (locuin«*nts, épousent les Espagnoles 52 fois pour 0 0, les Italiennes 20 fois 0/0, les Maltaises 9 fois 0/0. les Allemandes 0 fois 0 0.
rOLONISATIOn OPPICIELLB. 197
§ 4. Colonisation officielle, — Mais les metllaom eoB-'
(litions d'acclimatation, les plus physiologiques Tiennent souvent échouer devant les conditions, qui sont faites au rolon par une administration centralisante à outrance. Ces ronditions découlent de la méthode de colonisation généralenH>nt adoptée par le gouvernement français, la colonisation officielle , qui tend toujours à réaliser la conception idéale »*laborée, dans les bureaux innombrables de la métropole, par la plume tranquille de régiments d employés. Au surplus rHte méthode est jugée par les chiffres : M. Ballue a établi, d'après les statistiques officielles, ce que valait cette méthode, qui consiste «-l placer les colons, où cela plaît a Tadministratioii, aux conditions que sa sagesse infaillible a cru devoir leur imposer; il a montré, que Tadministration n*a pu conserver comme colons que 5H27 familles dont 2000 d'immi- L'rants et que ce maigre résultat a coûté 59 millions. L*idéal «lu sans-p»»ne, avec lequel Tadministration croit pouvoir disl»oser du colon, comme un caporal prussien dispose de ses hommes, w» trouve «lans une lettre de l'empereur Napoii'on m au maréchal Mac-Mahoii alors gouverneur de l'Ait:êri<» : < On donne, dit l'empereur, trop d'importance à Oéryville et à Lairhouat : il faut rappeler de ces lieux tous les «Niions, > c'est-ânlire qu'il faut par ordre du souverain arra- < htT Tarbre qu'on vient de replanter, au moment où il refait s4*s racines. Ces colons, dont on décrétait lo déplacement, comme s'il se fût agi d'un bataillon de tirailleurs, on n'était même pas toujours en mesure de leur préparer une caserne! guant aux colons qui venaient volontairement et qui n'atten- •laieiit pas qu'on les embauchât pour l'Algérie, les meilleurs, l»;ir conséquent, ceux-là étaient sûrs de ne rien trouver. Il est souvent arrivé, dit une circulaire du gouverneur, qui .tait alors le maréchal Pélissier, que, par suite du défaut ■le terres disponibles, des émitrrants ap[)ortant leurs capitaux en Algérie, avec Tintention d'y fonder des établissemenU agricoles, n'ont pu être placé? av.^ toute la diligenci»
leurs, ici les mêmes obstacles qu*au croisement arec les indigènes et la fusion n*en est pas moins de natare à donner une race acclimatée, puisque les Espagnoles ont dans les veines do sang ibérien, syro-arabe et maure, que les Italiennes généralement originaires des Deux-Siciles ont par les Ligures, les Carthaginois et les Sarrasins les mêmes origines mixtes que le> Espagnoles, et que les Maltaises sont voisines des Arabes à ce point, qu'on nomme en Algérie les Maltais les Arabes chrétiens. Le courrier d'Oran a constaté Tétat prospère des enfants nés de pères allemands, belges, hollandais et russes, sortis de la légion étrangère et de mères espagnoles.
Les mariages croisés sont pour les Français du nord le seul moyen d'acclimatation de leur descendance. Le D' Kicoux, qui les encourage, constate, qu'ils deviennent de plus en plus fréquents non seulement entre Français et étrangers mais entre toutes les nationalités représentées en Algérie. Ainsi, dans Tannée 1882, sur 2332 mariages 481 sont des mariages croisés.
Une objection a été faite à ces mariages croisés : on a craint que les enfants, qui en naîtront, perdent la nationalité française. Or le plus souvent (57 fois sur 100) le père est Français ; les enfants sont donc le plus souvent Français. lu fois sur 100 le fève est Italien ; 10 fois sur 100 il est Espagnol; 7 fois Maltais; 2 fois il est Allemand.
La proportion n'est plus la même, si Ton considère la fonune : pour 1(X) unions mixtes on trouve 19 Françaises seulement, 41 Es{)a<rnoles, 21 Italiennes, 9 Maltaises, 4 Ailemamlos. La nationalité française gîipne donc au croisement. puisque les FraïKjais sont très recherchés par les femmc-s étrangères, tandis que l«'s Françaises recherchent peu les époux étrangers. Lrs Français, dit M. Kicoux, à qui je prends tous ces documents, épousent les Espagnoles 52 fois pour 0 0, les Italiennes 20 fois 0/0, les Maltaises 9 fois 0/0, les Allemandes 0 fois 0 0.
COLONISATION OFFICIELLB. 197
§ 4. Colonisation officielle. — Mais les meilleares coib> (liiions d'acclimatation, les plus physiologiques viennent souvent échouer devant les conditions, qui sont faites au colon par une administration centralisante à outrance. Ces conditions découlent de la méthode de colonisation généralemont adoptée par le gouvernement français, la colonisation officielle , qui tend toujours à réaliser la conception idéale ^•laborée, dans les bureaux innombrables de la métropole, par la plume tranquille de régiments demplojrés. Au surplus rotto méthode est jugée par les chiffres : M. Ballue a établi, d*après les statistiques officielles, ce que valait cette méthode, qui consiste à placer les colons, où cela plait à Tadministration, aux conditions que sa sagesse infaillible a cru devoir lour im])oser; il a montré, que Tadministration n*a pu con* server comme colons que 5827 familles dont 2000 d'immiirrants et que ce maigre résultat a coûté 59 millions. L*idéal du sans-pt»ne, avec lequel Tadministration croit pouvoir dis- {(oser du colon, comme un caporal prussien dispose de ses liommos, sp trouve dans une lettre de l'empereur Napol*'*on 111 au maréchal Mac-Mahon alors gouverneur de TAlp**rie : < On donne, dit l'empereur, trop d'importance à Géryville o{ à Laphouat; il faut rappeler de ces lieux tous les «•olons, > c'est-à-dire qu'il faut par ordre du souverain arra- ( Ikt l'arbre qu'on vient de replanter, au moment où il refait ^c's racines, ("es colons, dont on décrétait le déplacement, comme s*il se fût agi d'un bataillon de tirailleurs, on n'était même pas toujours en mesure de leur préparer une caserne! Quant aux colons qui venaient volontairement et qui n'attendaient pas qu'on les embauchât pour l'Algérie, les meilleurs, [Kir conséquent, ceux-là étaient sûrs de ne rien trouver. Il est souvent arrivé, dit une circulaire du gouverneur, qui «'tait alors le maréchal Pélissier, que, par suite du défaut «le terres disponibles, des émii:rants apportant leurs capitaux en Algérie, avec Tintention d'y fonder des établissements agricoles, n'ont pu être placés av«H: toute la diligenc«*
198 ALGÉRIB.
désirable, ou ne Tont été que dans de fâcheuses conditions d*isolement. Mais plusieurs difficultés locales et notamment Tinsuffisance du personnel des géomètres ont longtemps empêché, qu on se départit à cet égard, aussi complètement qu'il Teût fallu, des errements du passé. »
Il est vrai que les colons, pour lesquels l'administration avait eu le temps de préparer quelque chose, étaient ceux-là comblés, en apparence au moins ; on leur donnait et on veut encore donner des concessions. Or rien n'est déplorable comme le système des concessions gratuites; le sol échoit alors à ceux, qui courbent leur échine moins vers lui pour le labourer que dans les antichambres des fonctionnaires. Les concessionnaires sont en général de détestables colons, qui ne tardent pas, d'ailleurs, à apprendre à leurs dépens» que rien n'est plus cher, que ce qui semble gratuit : il faut construire ici et non là, de cette manière-ci et non de celle-là; il faut remplir les maintes obligations d'une sorte de cahier de charges et oublier pour toujours ce proverbe : Charbonnier est maître chez soi. Aussi beaucoup de concessionnaires vendent-ils plus tard le sol , sur lequel ils réalisent ainsi un bénéfice considérable, à des étrangers, dont ils augmentent ainsi le nombre dans notre colonie.
Voici d'ailleurs ce qu'il advient des concessions : Â ATo- Yagout, sur 28 lots concédés, on a trouvé 4 concessionnaires; à Fontaine-Claude, sur 29 lots, 9 propriétaures ; à Aïn-Zsar il n'y en avait plus un seul. M. liabourdin, un des courageux compagnons de Flatters à sa première expédition, donne une idée, de ce que vaut la méthode des concessions dans certains villages, où on avait installé des Alsaciens- Lorrains : les colons avaient mangé leurs poules, leurs brebis, s'étaient chauffés avec les portes et les fenêtres et s'en étaient allés ! Un de ces villages sur la route de Constantine A Biskra n'est plus qu'une ruine. Les Arabes l'achevaient en venant voler les quelques portes et les quelques volets, qui restaient encore.
Déjà, cependant, au siècle dernier Malhouet s'élevait, au
COLONISATION UBRE. Ï99
jet de la Gajane, contre le système des oonoessions gralies et montrait quels avantages 1* Amérique avait retirés un système complètement opposé. Malgré les enseignements ' roxpériencc n'est-ce pas encore au système des conces* )ns qu'aurait abouti Tachât aux indigènes de 299689 beci*es ])our 50 millions, si la Chambre n'avait eu la sagesse
ne pas encourager ce retour à la colonisation officielle, qui lait commencer par créer 175 villages! D'ailleurs, toutes ces rres ont aujourd'hui des propriétaires indigènes, individuels 1 collectifs, qui, dans les deux cas, mais surtout dans le emier, ne se soucient pas d'être expropriés pour cause utilité officielle. On indemnise le propriêtiire : comment? *()utons M. (ruy de Maupassant : « Kn Kabylie la terre a (|ui8 une valeur considérable. Elle atteint dans les meilleurs idroits 1 TKK) francs l'hectare et elle se vend communément H) francs. Les Kabyles, propriétaires, vivent tranquillement ir leurs exploitations. La Kabvlie e^t le plus beau pays de Vljrérie. Kh bien, on exproprie les Kabyles au profit de colons connus. Mais comment les exproprie-t-on ? On leur paye ) francs l'hectare, ce qui vaut au minimum 800 francs. Et
chef (le famille s'en va sans rien dire (c'est la loi) n'im- )rte où, avec son monde, les hommes désœuvrés, les femmes
l(*s enfants. »
ji ."). Coio/nsfitton Uhvt*. — Nous aurions d'autant plus rt (le ne pas renoncer complètement à la colonisation offleilr. i{ue le ( anada, l'Australie nous montrent tout le succès * la vente des ternes, soit à prix débattu, soit aux enchères, n Al^'érie même les acheteurs de terre savent tt>u jours ieux choisir leur emplacement, que l'administration le sait ire |>our les concessionnaires; d'ailleurs, même aux é|>oques 1 on a accordé le plus de concessions, les colons ont toujours ontré une assez (grande tendance à ticheter des terres directeent aux indi^^ènt's : (*n \Hiu\ il >'t*st fait VX\ ventes à prix fixe
:^0 ventes aux encluTe>, qui ont produit 1 01I7LM1 francs;
200 ALGÉRIB.
de 1875-1878, malgré la concession de 95 000 hectares, rachil fait aux indigènes s*est monté à 82640 francs. Lie dernier rapport de M. Tirman constate, que, en 1882, les Européens ont acheté aux indigènes ou aux Israélites 30174 hectares de terres, tandis qu*ils ne leur en ont vendu que 3246. Dans le courant des cinq derniers exercices, de 1877 à 1882, les achats faits par les Européens montent i 185 629 hectares, tandis que les ventes des Européens aux Arabes s'élèvent seulement à 29000 hectares; diflërence 156355 hectares eo faveur des Européens. Il y a donc progrès constant dans la colonisation européenne. Pourquoi alors ne pas continuer à laisser le jeu des intérêts privés régler de lui-même la question, que Ton veut résoudre par l'arbitraire? Les terres les mieux cultivées sont celles qu'on a payées.
Quand l'administration consentira-t-elle i s*iDspirer des idées libérales en vertu desquelles, sans abandonner la colonie, la métropole la livre à sa libre évolution f La jeunesse est une force pour les pays comme pour les hommes; pourquoi vouloir en paralyser les effets ? M. J. Duval était bien mieux dans le sentiment naturel des choses, lorsqu'il disait : « L'Algérie nous offre une rare et précieuse occasion de prendre sur le fait la naissance des fermes, des hameaux, des villages, des bourgades, des sociétés, de scruter les éléments qui les suscitent et ceux qui les secondent ou les contrarient. Dans ce mouvement de création tantôt officiel, tantôt spontané, on recommence l'histoire primitive de rhumanité ; les linéaments de la formation des familles, des cultures et des sociétés se dessinent avec une précision et une régularité, qui révèlent l'action de lois naturelles. » Mais pour cela il faut renoncer à assimiler le pays jeune au pays vieux et à Vasstmtlation chère à quelques politiciens substituer VautO' nomie^ conséquence d'une sage décentralisation. M. G. Renaud, au congrès d'Alger, et la plupart des membres de la section d'économie politique se sont du reste prononcés en faveur de l'autonomie coloniale: la majorité est tombée d*
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cord sur la nécessité d'augmenter les attributions du conseil supérieur, d*en éliminer les fonctionnaires ou de leur donner simplement voix consultative ou, au besoin d*en faire une assemblée spéciale, sorte de conseil d*Ëtat, de faire créer par le suffrage universel un parlement algérien , devant lo<|uel le ^'ouverneur serait responsable, tout en maintenant la (léputation algérienne au parlement de la métropole, dont elle a le droit et le devoir de contrôler la politique générale on ce qui concerne la colonie. Telles sont les idées émises par M. G. Renaud, idées qui, dans leurs détails, peuvent être discutées, mais dont Tensemble s*inspire de l'esprit d'indépendance et d*autonomie, ce qui n*est pas synonyme de séparation, qui anime un grand nombre des amis de 1* Algérie.
II. Action sur le pays. — La colonisation, dont nous venons do voir les tendances en ce qui regarde les habitants, doit songer également i modifier le pays par les travaux ptihlics^ par la culture et par V acclimatation.
A. — Travaux publics.
Ij» idées d'autonomie, que je viens dexposer, n*ont rien d'incompatible avec la participation maternelle de la métro- [>olo aux grands travaux publics, qui doivent favoriser le d«'veloppement de la colonie. C'est à elle qu*il appartient d'apprendre à la colonie, quel beau r&le la science doit jouer dans l'éducation des peuples jeunes. Aussi M. Paul Mares a-t-il eu raison, dans maintes circonstances, d'insister pour qu on créât en .Mgérie, dans ce pays neuf où tout est i étudier, un centre supérieur d'études scientifiques. La géodésie a déjà beaucoup fait pour l'Algérie ; la côte et le Tell ont été couverts de triangulations ; la marine a fait le relevé topoirraphiquo des côtes i 1 '25000; le commandant Perrier poursuit en ce moment l'exécution d*une carte revisée. On ne saurait trop continuer dans cette voie bien propre à montrer notre supériorité aux indigènes.
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M. Duval, dans son livre sur TAlgérie, a dit, sons un? forme quelque peu singulière, une parole bien vraie : « En I Algérie la politique devrait être une politique hydraulique. • û*une manière générale on peut dire, que la vraie politique doit être une politique réaliste et s*occuper d*actes plus que de théories, de réformes plus que de déclamations. Cela n*es: pas vrai seulement pour les colonies.
§ 1 . Cliemins de fer algériens. — Le premier devoir de la colonisation scientifique c*est de créer des chemins de fer: ce sont là des dépenses productives^ car, si les chemins d^ fer facilitent le transport des matières produites, ils servent encore plus à activer la production même de ces matières. que fabricants et acheteurs ont l'assurance de pouvoir transporter. Les chemins de fer algériens se composent de deux systèmes : une grande voie parallèle à la côte, des voies |>erpendiculaires à la a)te, qui vont de la mer sur les hauu plateaux.
Au mois de décembre 1881 la ligne parallèle allait d'Ura/: à Alger et d'Alger à Menerville. Le prolongement de Menerville à Tizi-Ouzou doit être livré dans trois ans. D'un auln* c<'»té, à Touest d'Oran, la ligne de la Sénia à Ain-Témouchent. à Tlemcen et à Sebdou a été déclarée d*utilité publique. A Test d'Alger la ligne parallèle reprend ensuite de Sétif à ('onstantine , à Guelma , Duvivier , Souk-Ahras , Sidi-el- Ileinessi en Tunisie, Tunis avec prolongement ultérieur jusqu'au Hamman-el-Lif. Ces deux tronçons de la ligne parallèle seront réunis par le prolongement intermédiaire : Sétif à Henimansour, Bouira, Palestro et Menerville, avec embranchement de Bouira par Berrouaghia, Médéah et Affreville.
Les lignes perpendiculaires vont les unes de la cote a U liirne parallèle, qu elles rejoignent seulement, les autres sur les plateaux en traversant la ligne parallèle. En tenant compte (les lignes concédées et de celles qui sont seulement classées comme d'intérêt général, on trouve parmi les pre-
CHBMINS DB FER AL0ÉRIBN8. 203
mièros une ligne de Tenès i Montenotte et OrléansvlUe, la li^^nc (le Bougie à Béni Mansour, celle de Phitippeville i Censtantiiio, de lione à Guelnia.
Les lignes, qui traversent ou qui traverseront la ligne parallèle allant perpendiculairement de la côte à la mer, sont celles «fOran à Sainte-Barbe du Tlelat, Sidi-Ifel- Ahbès, Magenta, Kas-el-Ma; celle d*Arzen à Saïda se prolon<reant jusqu*à Mécheria sur la limite du Sahara. Lo rhomin de fer de Saïda est celui, qui descend des hauts plateaux TAlfa (stijm irnacisstma), le Senrha (lygeum sfinrtiuii), ainsi que les moutons; il s'enfonce à 250 kilomètres et s'élève à 1 100 mètres. Viennent ensuite la ligne de Mo>taganem à Tiaret« celle de Philippeville, Constantine .t I>atna« qui sera prolongée jusqu'à Biskra, enfin la ligne de Souk-Ahras à Tél)essa.
guand toutes ces lignes seront terminées, cela fera un total «le iU).")! kilomètres de chemin de fer, dont près de 1 100 fonctionnent déjà ou fonctionneront d'ici une année ; iir rinde a plus di» liUXH) kilomètres de voie ferrée; le Tanada et IWustralie en ont plus de 10000.
<Vrtainc*s personnes ont été effrayées de la dépense que repnWntent île pareils travaux. Il est cependant certain, i|u*il fauilra multiplier encore ces voies de communication : •1rs lignes secondaires seront quel(|uefois ninressaires ; Tainculture l'exige, car, en .Mgérie, les céréales et les lannes représentent le 1/3 du produit des voies ferrées, tandis qu'en France elles en représentent à p<Mne le 1/15. Il y aura du reste une «'conomie œnsidérable à appliquer i ces lik'nes siHvtndairr^s le système de chemins à voie étroite ; déjà U* chemin de fer d'.Vr/en à Saida est à voie étroite. Le transl>or«lement des marchandist^s est évidemment un inconvénient, mais il est estimé comme équivalent à un très petit nombre de kdoroètres, qu*on ferait en plus sans transl>ordement. On |iourrait d'ailleurs, pour éviter tout transbordement, mettre* trois rmib sur les grandes lignes : le Gréai-
204 ALOÉRIB.
Western ainsi construit en Angleterre permet an petit matériel d^emprunter la voie centrale sans transbordement. Enfin on pourrait multiplier, autant que possible, suivant k plan proposé par M. Chabrier, les chemins de fa* agricoles^ en établissant simplement des rails sur les accotements des routes. MM. Chabrier, Lechatellier et d'autres ingéniean ont du reste entrepris, dans ces dernières années, en favear des chemins de fer économiques à la façon de ceux que font les Américains, une campagne, qu'on ne saurait, je crois, trop encourager. Les Russes adoptent les mêmes procédés dans l'Asie centrale. Ainsi qu'on Ta dit judicieusement, il est préférable de construire 4 kilomètres de chemins de fer à 60 000 francs le kilomètre, que 1 kilomètre de voie magistrale à 240000 francs. « Dût-on, au bout de vingt ans. quand la colonisation se serait développée, reconstruire intégralement une partie de ces kilomètres de voie légère et à bon marché, on aurait fait une excellente affaire. »
§ 2. La mer intérieure, — Au premier rang des grands travaux, que comporte la colonisation de TAlgérie, il faut placer ce qu*on a nommé la mer intérieure, ce qui serait plus justement nommé le golfe des chotts.
De chaque coté du 34« parallèle, plus exactement de 34"* 30* lat. N. à 33'' 45' lat. N., depuis la région méridionale de la province de Constantine à 70 kilomètres de Biskra, 3*45' long. Ë., jusqu'au golfe de Gabès, s*étend une région d*une aridité extrême : elle est formée, dans sa moitié septentrionale, par des alluvions qui viennent de l'Aurès et, dans sa moitié méridionale, parles sables du Sahara. Visitée déjà par l'ingénieur Dubocq, en 1849, cette région lui avait semblé déprimée relativement au niveau de la mer. A son centre ft au fond de la dépression se trouvent des chotts^ c*e8t4» dire non des lacs, mais plutôt des marais boueux, mélange de sable et d'eau, dont le contenu ne devient vraiment liquide que dans une courte période de Tannée et qui présentent le
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»lu8 sonveDt une surface profonde déprimée et boueuse, dans aquelle on enfonce.
Ces chotts séparés les uns des autres par des isthmes Jus ou moins larges sont de Tonest i Test : le cliott Mel- {ir, le plus grand de tous, de 150 lieues carrées de supericio, communiquant avec le cliott Sellem, en Algérie; puis, *n Tunisie, séparés de ces chotts algériens par un isthme, 0 choit Ël-Rharsa et le chott El-Djerid, qui se trouve luinéme séparé du fond du golfe de Oabès par un isthme de '0 kilomètres. Une petite langue de terre sépare de même un de Tautre ces deux derniers chotts. Un grand nombre le petits chotts intermédiaires se relient aux principaux ur une longueur de 380 kilomètres.
C*est en 1H73 que M. le colonel Roudaire, alors commantant chargé d*opérations géodésiques aux environs de Biskra, on.stata que le lit du choit MeUKir est situé au fond l'unt* d»'*prossion, dont la paroi septentrionale, c*esi-Â-dire nclinée vers le midi, part de TAurès à la cote de -f- 100 mères et alioutii au choit même a — 27 mètres au-dessous du liveau de la mer avec une pente moyenne d environ 2 mètres »ar kilomètre. Il constata que Tinclinaison de ce lit est de *r> centimètres par mètre dans la direction de l'orient, ce qui n<*ttrait le choit S4»llem à — 40 mètres en contrebas. Tout lutour le terrain se n»lève, mais lentement; on trouve des <)i*»8 clo — 21 et — IS mètres, mais il faut aller fort loin K)ur trouver la cote 0, autrement dit, la surface qui serait nondée. si les chotts al^^ériens étaieni remplis deau, serait on^thlêrahle, do (HMJO kilomètres carrés environ, avec une »rofuii(lenr movenno de ir> mètres et un maximum de f7 métn ^ au centre. .Malheureusement Tisthme de 20 kiloiiètre^, qui sépan^ les chotts algériens des chotts tunisiens, \'v>[ nulle pari moins élevé que le niveau de la mer; on rouve cependant dans ses parties les plus liasses la cote • <i ou •- 7 et même (>.
Quant aux chotts tunisiens les mesures de M. Roudaire
lui ont montré, que les rives du choit El-Rharsa sont partout. sauf près de risthme qui le sépare des chotts algérieoi. à — 20 mètres au-dessous du niveau de la mer et :i — 40 mètres même dans la partie centrale de la dépression. Il y aurait encore là en Tunisie 6000 kilomètres carrés à inonder.
Le chott El-Djerid, qu'on trouve à Test du précédent, ei est séparé par un isthme de 3 ou 4 kilomètres de large. qui s*élève à 40 mètres d'altitude. 11 ne faut pas se dissimuler. (|ue sa surface est au-dessus du niveau de la mer, ce qui | causa d'abord une véritable déception à M. Roudaire; « mais. | ajoute-t-il, le chott Ei-Djerid se trouve dans des condition.* | toutes particulières. Les eaux, en s'accumulant dans soo lit, qui occupe le fond d*un immense bassin, y ont crée ni véritable lac souterrain. C'est un mélange très liquii d'eau et de sable recouvert d'une couche plus résistante donî répaisseur variable dépasse rarement 80 centimètres. Il e<t très peu de points, où cette croûte puisse supporter les homme* et les animaux. La route du Nifzaoua au Djerid, qai est li seule à peu près sûre, sur laquelle on puisse traverser k chott, n'est qu'une chaussée longue et étroite, qui domine k niveau général et qui devient elle-même dangereuse, lorsqu'il a plu. » Lors(iu'on a enlevé les 40 ou 80 centimètres d» croûte, il sufRt de laisser tomber, d'ans le mélange dVau et Ai sable mis à découvert, un bâton ou une pierre suspendus a une corde, pour qu'ils s'enfoncent de leur propre poids san$ qu'on puisse trouver le fond. Une eau limpide mais s^léf remplit alors le ])otit puits ainsi creusé par le passage du bâton ou (le la pierre dans le mélange de sable et d'eao M. Roudaire pense donc, que lorsque ces eaux souterraine» du choit El-I)jerid, aujourd'hui ensablées qïï quelque sort^. aujourd'hui saturées de sel et do sable, parce qu'elles D*ont pa< d'écoulement, pourront se déverser dans le récipient qui les attend et dont on leur ouvrira la porte en abattant les it ou 4 kilomètres d'isthme, (|ui séparent le chott Ël-Djerid du
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chott El-Rharsa ; lorsqu'elles seront poussées et attirées par les courants, qui se produiront dans leur sein, alors la sarfaœ s^otfondrera bien vite dans Tabimc insondable constate et les sables ne tarderont pas à se déposer. Le chott £1-Djerid devra itonc t'tre versé dans le creux du çhott Ël-Rharsa avant toute autro opération.
Lorsque le chott ËI-Djerid aura ainsi rempli le chott Elkharsa« il faudra alors déverser à son tour le grand lac lunision ainsi formé dans les chotts algériens Mel-Rir et N«*nom. Il sufdra de creuser d*abord une simple tranchée le 1 mètre seulement de largeur au plafond et 2 mètres aulo.^^sous do la marée basse au golfe, tranchée que le courant |ui la parcourra se chargera d*élargir en emportant ses bords. J*est ce qui a été fait pour la rectification du lit de la Meuse, \ la pointe de Hork von Holland, où en deux ans le travail les faux porta la largeur do 120 à 200 métros et la profonieur (lo :{ à 10 métros sur 5 kilomètres do long. <>n a calculé, {u'avor une tranchéo pou considérable il serait aisé d'obtenir mi l'ourant A\me vitesse movonno de 1™,14 par seconde >t qu ain!»i <>1 inillianis de mètres cubes d*eau entreraient en jiio annéo dans le liassin dos cliotts algériens. Réduisons cette |uantité do 7 milliards payés à réva|>oration, restent 54 mil* liants aiinuols, soit 108 milliards d'eau on deux ans.
Quant au sable dé|>osé par Toau, M. Houdairo, lostimant lu maximum à lOO millions de mètres cul>es, calrulo que cela surélèveniit h» foml «l'un pou plus do 0'",0l7, ce qui est insi^Miitiaut dans une profon<ltur movenno do ir> mètres.
I/i>thmo do fialtès partout plus haut qut* la mor, bien ent< nlu. a *J0 kilomètres <!«• lar^'t* ot son |M)int culminant, qui att**iiit i::if allitU'lc niniima (1«* l() mètri*s. ronferm«* di*s calr'ain-N l«'rtiain»s: ce serait le plu.s ^'n)s obstacle, obstacle co{M'nliant bien niinimo à cnté de celui do Tistbmo do Siio/. ; lo banc 'le i*alraire n\Kvu|H' d'aillours qu'une faible partie de l'isthme et le H'sle est un terrain tondre.
-M. koudaire estime à trois années le temps nécc*ssaire pour
le remplissage des bass(ns. Au bout de ce temps on aunit une mer de 350 kilomètres de longueur sur 60 kilomètres de largeur. •
Parmi les considérants sur lesquels se basent les parUsans de la mer intérieure, il en^eA un, qui me semble innlilii puisque assez d*autres argunients militei^t en faveur d^ Tentreprise : c'est celui qui montre dans le passé Texistenc^ dans la région actuelle des chotts d'une mer ancienne, devenue plus tard le lac Triton et qui représente l*opératioô comme une sorte de restauration archéologique.
Il ne me semble pas nécessaire d*étre certain que jadis la mer intérieure ait existé, pour désirer qu'elle existe dans l'avenir; en outre il est bon de ne pas insister sur cette ooosldération, car il semble probable, que les chotts ne sont point le fond desséché d une ancienne mer, au moins dans la période quaternaire. M. Lechatelier fait en efTet remarquer, que li cause de Thumidité des chotts ne réside pas dans Taffluencede cours d'eau, puisque le chott Mel-Rir seul en reçoit pendant la saison de la pluie, mais dans la nappe d'eau souterraine des terrains de sable avoisinants : il y a un chott partout, où, li nappe d'eau se rapprochant assez de la surface et étant assez abondante, l'eau peut monter par capillarité en quantité suffisante, pour ne pas disparaître immédiatement par évaporation. Quant au sel, que contiennent les chotts, ce n'est pas du sel marin pur mais un mélange de chlorure de sodium et de sulfate (le soude en proportions variables; on ne peut donc pas eonsidérer ces sels comme le résidu de Tévaporation d'une ancienne mer. I)'après M. Lechatelier leur origine est la même ici que dans les chotts de la région montagneuse de l'Algérie : ils proviennent de Tévaporation d'eaux, qui se sont cliarirêes de sels par leur circulation sur des terrains, où il en existe de grands amas naturels. On trouve d'ailleurs disséminées à tous les niveaux des coquilles terrestres, qui vivent encore dans la mon teigne {Bulmus deirioicaius^ Hélix itielanostohin, IL candidissimn, IL vermiculatà). Quant
c Cordium edule qa*OD y trooTe ideDtiqves à oeU ifm rit oiinl'hut dans les mers actaell€s. ils ne sont pas li.d*ap«s I^-chatelier, à leur place naturelle: ils ont êw apportés par eaux après avoir été arrachés à une couche fossilifère infé* un\ t|ui affleure aujourd'hui à une assez grande altitude. is plusieurs points de rAlgérie. où elle est le restigedan* lis lacs saumâtres. Enfin, d'après les recherches récentes du kouiro en Tunisie, l'ancienne mer intérieure, l'ancien lac [ton ne devraient pas être cherchés au fond du golfe de hès, mais plus au nord, au fond du golfe de Haromamet; il a découvert un grand fleuve, l'ancien Triton, qui descend Tobessa et se jette dans le ^olfe de Hammamet entre Sousa Krghola, après avoir traversé le lac Kelbiat (ancien lac iton). Au siurplus cela n'a rien à voir avec les avantages f^ nous p<»uvons retins de la grande dépression des chotts <i4* rutilitH «{u'il y aurait a créer une mer ou mieux un Ife l»eauc«iu|i plus irrand que ne fut jamais l'ancien golfe \\o\\ dtVoiivrTt par le D' Rouire.
l'a** «»lij«*«-ii«»n u'ravf a «*!•'• faite : on a prédit que IVvapolh»iiavMs.Kant avi-o iiit«M)sité sur une masse d'eau |>eu n»noulé«» limrail |>;ir chanirer la prétendue mer en un hloc de sel. rt-ti." oliu-rtîoii M. kt>udaire a répondu, que. tlés que les cou- ••s inlérifur*»s île la mer atteindrau'ut unt» certaine densité, quilihre statique serait rompu et que des contre courants r«n>lrai«*nt naissance*, qui entraîneraient dans la Méditerran<V s»'l abandon m* par ré\ajK)ralion. Kn efli-t, avaiït le peroe- •ni «if ri>thme di» Suez, li-s la^'s amers otlraii^nt |K)ur f«)nds 1 \<'nt.ildi* hanc d(* sel : depuis qu<* c«-s lars communiquent <v la nirr. !«' t"on<i salin, au litii \\v sVxhaussor, a baissé de '^)^^ v\ pourtant I éva|H>ration doit y produire annuelleent une masse d«* si*l d'4*nvin^n 1 1 millions de kilotrrammes. . do I>*ss<'ps attribu<* re fait inrontostabb* à IVxtsti'nce de urarits profonils. qui emmêm*nt l'eau dens4* vt*rs la mer et ruuraiils >n|M>rlir:i*ls, qui amenant l'eau moins dense de la ».T, Mennmt com|»enser réva|K)ration.
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On a également émis la crainte, que les eaux de la mer intérieure ne vinssent à corrompre les puits si utiles de la région : mais il a été reconnu, que tous sans exception s'alimentent à aïk nappe d'eau plus élevée que le niveau de la mer. Dans rOaeii- Rir quelques puits artésiens s'enfoncent au-dessous de o niveau, mais ils doivent traverser plusieurs couches de terrains imperméables, ce qui éloigne encore tout danger d'iùfiltration.
On a craint enfin pour les oasis du sud, mais elles ne seraieLt nullement entamées par la mer intérieure, puisque leur alti- i tude sera de 58 et de 80 mètres au-dessus de sa surface. Vu ' ne sacrifierait dans le Sahara algérien que 8000 palmiers pa» l plus. M. Cosson, au sujet des palmiers, a exprimé à son tour une crainte : il se demande, si cet arbre, qui aime à avoir, comme le dit le proverbe arabe, « le pied dans l'eau et la tét^ dans le feu », se trouverait bien du changement de climat et ne périrait pas. Le fait est possible; on pourrait cependani répondre, que le palmier croit parfaitement dans plusieurs parties moins arides de la zone torride. Si d'ailleurs il fallait se résigner à voir périr quelques palmiers, il ne manquerait pas d autres cultures aussi productives à installer sur un sol. dont la fécondité deviendrait considérable.
Les avantages de ce golfe seraient nombreux : le climat de la région serait d'abord considérablement modifié; le per cernent de l'ishme de Suez et Tinondation du bassin des iècs amers ont bien modifié le climat de Suez ! Les pluies j sont devenues beaucoup plus fréquentes, la végétation a pris naissance; cependant les lacs ont une surface de 258 million:^ de mètres carrés et donnent, en 21 heures, 773000 mètrts cu1m»s de vapeur d'eau, alors que la mer intérieure aura 15 niiliianls de mètres carrés de surface et donnera à Tévaporatiou 45 millions de mètres cubes d*eau par jour. Lorsque le vent sec et brûlant sud-ouest, le vent du désert soufflera sur la mer intérieure, il est permis de penser, qu'il doublera l'évâporation : c'est donc iX) millions de mètres cubes d*eau, qu'il
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transportera au-dessus des cimes de rAuris; qoelquea-ones ont plus de 2 000 mètres d*altitude et opéreront la condensation (le CCS énormes quantités d'eau, qui. sous forme de pluie, viendront fertiliser le pays: le sol de cette région n'est aride. tMi eflli*!, que parce qu'il ne pleut pas, car. pendant l\ coorte .saison des pluies, les Arabes l'ensemenoent et j prenn<»t >ies recuites magnifiques; ces aliuvions pauvres en arzilt» ec rjihoA «Ml sulfate de chaux présentent an contraire. lorst^TMi'^^aaiiHsr est donnéi*. une fertilité extrême et &Iiu de ^»> »>» 2iMrt;^nsi auji)uni*hui improductifs seraient Iirnsâ .& La rii.';.:?»
< Ml a été plus loin : on a p»'n«é ''^cr > t^zi : i ^jU u^'^^'x^i ai^^i humide augmenterait sur .« A.f»^ :'.*i."..i^«»^ a yr-^ «lurtion des glaciers et on lou.^ a fa.: :ri.-:r- ■..■. r>v,ii* i^ ré|K>que glacière. Mais l'^po-Vi*: jia.:.-'?-' -i ? rt.v*' ***** : >» il est |H*rmis île \f p^-n^f-r. à •:« j.Lr:. ,r.'-<:îi>^ s v« v/-/. ; p.*.*» ••t notamment à lV.\.*î»-ri .v a* rc. . -'. i . * ..• > •--'.*-
lient a«'lui-l. -i»* îii#-r- a---r'rrr.-'.". v*:.* : -f* -> .^ *•• *•■•■« l.irn.'ii-^ il' i^olù- {•r'ji'tr.j'- >■ '/i'a-*.
Aux avaiita:.'»-^ •:'! ..•':.'*' •- ,:...•. .-■ •• v- v>f
aU»ri»r h'-n !■•::* ■!•• I;.-â.ri. .— .v.v.c«'U\ iwïii*' 'i* Tvi:*>^. '•.- .. /f'îM.
niarriMn'i;M-^ «-ri •-'.... r.,- Al:;»-r.«* •l'-v.»-:* :r.i .• . • . . lr•-••^. «l'ù* y .'L'.rrr, .' - ■ ■ .-■ '
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hectares de superficie, est aujourd'hui improductive ; la mer intérieure lui apporterait les deux choses essentielles, qui lu. manquent, la pluie et les débouchés.
§ 3. Puits artésieyis. IjCS Mahara. — La mer intérieure c'est Tamorce du désert; mais ce désert il faut en raccourcir le plus possible la largeur, dans la direction du Soudan, pays d'avenir vers lequel doivent tendre nos efforts et qui doii faire un jour la fortune de TAlgérie. Le seul moyen de raccourcir la distance dans le Sahara, en attendant le chemin de fer transsaharien, c'est de faire des puits artésiens. Ce € pays de la soif » appartient à ceux qui possèdent de l'eau. Dans les luttes interminables entre les Touaregs et le> Chaambas on a vu le même parti conserver l'avantage pendant des années, grâce à la connaissance d'une source ignorée de l'adversaire. Nous ne pouvons donc tenter quelque chose dans le Sahara, pour rapprocher le Soudan de l'Algérie, que lorsque nous aurons, par des puits artésiens, rendu plus faciles nos expéditions et nos entreprises. Du reste nou'^ avons déjà beaucoup fait : nous avons creusé déjà 40 puits outre le chott Mol-Rir et Tougourth, ce qui donne à peu près 1 puits tous les W kilomètres. Dans la province de Constantine nous en avons creusé 155 de 1856 à 1878. Dans toute la région de l'Oued-Rir on en pourrait creuser un très grand nombre ot on pourrait avoir, assure-t-on, des débits de •JOOOet 5 000 litres ; une surfiice do 1 800 hectares aujourd'hui inculte serait ainsi mise» on valeur et recevrait 540000 palmiers d'un rapport, qu'on estime annuellement à 8 000 tonnes de «lattes, sans compter 1 200 tonnes d'orge, qu*on pourrait récolter sous los palmiers.
11 importerait également d'assainir les puits des indigènes: rhaque annôo, on offot, dans la région des oasis les troncs de paliiiiors, «lui servent au coffrage do ces puits, fermentent et contribuent à auginontor los effets des eaux croupies, qui remplissent à demi les fossés creusés par les indigènes autour
PUITS ARTB8IBN8. — MAHARA. 213
des villages et les rigoles qu'ils font autour de chaque i»ed (le palmier, afin de faire profiter ses racines des trop rares pluies de la contrée ; cela crée des conditions telluriques (fune extrême insalubrité, qui donnent lieu à une endémie malarique. la fièvre du Tehem. Cette maladie fait périr rhaqae année, à Ouai^la, environ une cinquantaine d'indigènes. Il importerait donc de combler les fossés et de remplacer les puits des indigènes, qui sont d'ailleurs trop étroits ot sont exposés à s'ensabler, par de larges puits tubulaires.
L'autre mesure indispensable, que M. Rabourdin regarde avec raison comme urgente, c'est l'emploi du mahari ou dromadaire de course et sa substitution au chameau porteur. CVst en effet gràre à la rapidité de leurs nvahara que les indigènes nous échappent toujours et que nous sommes incapables de lutter de rapidité avec eux. Le chameau porteur fait de *M à \Vd kilomètres par jour, suivant la nature du sol et le nombre des puits ; le mahari en fait de 60 à 85. Le seul moyen de nous rendre maitres du désert serait donc, selon M. Kaliourdin. de former des escadrons de mahara, tentative fi«'jà faite à ( tuargla par le général de Ix>verdo a l'exemple •le Ik)naparte. I^ mahari aurait encore Tavantnge d'exiger un moins grand nombre de puits. En eff*et, dit encore M. Rabourdin, le chameau peut bien rester de 8-11 jours sans lM>irt*; mais, ilès qu'il arrive au puits, il lui faut (M) litres «r«>au d'un seul coup. Or il y a de^ puits, qui ne donnent pas .'•«MJ lilns |>ar lu-urr; il faut donc rester 2 jours pour abreuver :.Crf) chameaux ; il faudrait 10 jours pour abreuver une caravane lie 1 :^riU cliauit*aux et encore c les premiers servis oomni»*nceraient à mourir de soif, dès que les derniers auraient bu. Les mahara, au contraire, marchant trois fois plus vite, re(icontr(*nt dans le môme temps trois fois plus de puits; ils (M>ivent donc à chaque étape trois fois moins d'eau et, |>ar suite, il «'^t posMble dVn faire passer dans le même temps un numbn» triple de celui des chameaux de IMt. » (Kabourdin.)
§ 4. Chemin de fer tr ans saharien, — Lorsque le réseau des chemins de fer algériens sera terminé, que les navires apporteront les marchandises de l'Europe au fond du golfe des chotts, jusqu'au pied de TAurès, à quelques lieues de Biskra et que le désert sera de plus en plus parcouru par les caravanes, auxquelles il offrira ses puits de plus en plus nombreux, alors TAlgérie, déjà faite au rôle de trait d'union entre l'Afrique et l'Europe, pourra se rapprocher encore do Soudan et augmenter sa puissance par la construction d'une ligne, qui, aujourd'hui, semble à quelques esprits ne devoir jamais exister que dans le pays des utopies, le chemin de fer du Soudan ou transsaharien.
Le Soudan, Soudan ou Nigritie, pays des noirs, est le nom d'un territoire immense, qui s'étend de la côte occidentale do l'Afrique à la côte orientale et, de chaque côté de l'équatour, entre les deux parallèles 16, la moitié sus-équatoriale portant le nom do Nigritie supérieure, l'autre celle de Nigriiie inférieure; on donne plus spécialement le nom de Soudan à la Nigritie supérieure. Il comprend, à partir du pays des Gallaset (lu Sennaar à l'est, le Darfour et le Takrour, dont le lac Tchad forme le contre, et s'étend jusqu'à la Sénégambie. Entre le Nil ot le Niger, tout autour du lac Tchad, qui, à l'altitude de '21i\ mètres, occupe le point le plus haut de ce plateau élevé, se trouvent groupés les riches empires du Ouaddaï, où Léon l'africain au XV® siècle vit dans toute» sa puissance le royaume de Houlala, du Haghirmi, du Bournou et du Haoussa à l'ouest; il comprend enfin la grande ville du Soudan, Torobouctou sur lo Niger. C'est Tomhouctou, qui est le grand centre du Soudan; c'est là que convergent toutes les richesses de l'Afrique centrale. « tlxcopté ton père et ta mère, tu trouveras tout ce que tu voudras à Tombouctou », disait à M. liabourdin un Touareg, qui avait fait plusieurs fois le voyage à la grande cité; c'est bien ce que savent les Anglais, qui, depuis 7 ou 8 années, y apportent avec assiduité des étoffes fabriquées à Manchester. On trouve dans le Soudan, dit M. Rabourdin, des plumes d'au-