‹ La colonisation scientifique et les colonies françaisesChapitre 56 sur 122 · AGRICULTURE · texte numérisé non relu

AGRICULTURE

priétaires, que la culture du blé a pris en Algérie une si grande extension ; il est vrai encore, que les blés d'Algérie ont acquis une réputation immense et que cette culture a produit certains centres importants, notamment Bel-Abbès, dont rintéressante histoire a été racontée par M. L. Bastide, ancien maire de cette ville : dans un endroit où il n'existait pas il y a trente ans un Européen, où les seules demeures étaient la tente et le gourbi, où Ton ne trouvait ni route, ni pont, où régnaient Tignorance et la misère, on trouve aujourd'hui une population européenne de 17 800 personnes, \i() centres, au nombre desquels on compte une des plus grandes villes de la colonie; une culture européenne, qui possède pour 10 799280 francs de constructions rurales, 196247 arbres plantés, 23004 animaux, qui produit 311517 quintaux de céréales, fait un commerce annuel de plus de 100000 tonnes exportées ou importées grâce à un chemin de fer, à de nombreuses routes, de beaux ports, qui jouit enfin d*une instruction primaire très répandue et d'une certaine aisance. Mais !>i ces beaux résultats ont été obtenus, ils sont dus en grande i>artie à l'organisation domestique de Tatelier agricole, au système du métayage à mi- fruit qui y est mis en pratique. Le métayer tient du propriétaire la terre, les semences, les instruments, les bestiaux ; il apporte son industrie, son travail et, en retour, il reroit la moitié des produits; l'un a apporté son argent, l'autre apporte ses bras, son intelligence et son expérience : ce sont deux capitaux équivalents.

D'ailleurs il faut bien reconnaître, que la petite culture, comme celle de la vigne, est plus civilisatrice. C'est dans la culture de la petite propriét*^, que le Kabyle peut mettre en valeur les remarquables qualités d'agriculteur, dont il est doué. Il est essentiellement agriculteur et apporte dans l'agriculture les notions de solidarité, qui font la base de sa vie p(>liti(|ue. MM. Hannoteau et Letourneux, qui nous ont fait pénétrer, en quelque sorte, dans l'intimité de sa vie, nous

apprennent, que chez le Kabyle la charme est un objet sicre: on la fabrique gratuitement et ceux, qui remplissent ce qocc pourait nommer ce sacerdoce du culte de Cérès, jouissent i I Testime et de la considération de tous leurs concitojeos i Toutes les phases agricoles deviennent Forigine d'autant i |^ fêtes laïques. L*importance des récoltes n'est nulle partov-l connue, mais celle des fourrages est tellement appréciée a ^ raison de la fréquence des années de sécheresse, qoe, lorsqno / propriétaire veut réserver un terrain pour y faire du foin, i I n*a besoin que d*y planter soit des roseaux, soit des brancha 1 de laurier-rose, ou d*y disposer en tas les pierres qui couttoS r le sol; ces simples indications suffisent pour préserver Therh I de tout dommage. Les prairies sont très respectées et ki kanouns punissent d'une peine égale la dévastation d'ov prairie et les dégâts commis dans un champ de blé.

Ceux des Kabyles, qui savent greflTer les arbres froitiersJœt preuve du même sentiment de solidarité que les fabricants <k charrue et leurs services sont gratuits.

La culture pénètre partout, où il est matériellement posstbb de la pratiquer. Il n*est pas rare de voir des gens se sospendn par la ceinture à des cordes, pour cultiver des terrains d'tt accès difficile ou dangereux ; pratiquantlargementrassociatioD. les kabyles confient souvent leurs travaux d*ensemencenie&t (le moisson et de battage à certains d*entre eux, nomma krammes, qui prélèvent pour leur part un cinquième bnit dos récoltes. Malgré toutes ces qualités ils cultivent moins bien que TEuropéen : en 1878-1879, là où l'Européen recoKi 8 quintaux de céréales par hectare, les indigènes n*en prirent que 5. Pour la vigne, là où les Européens font 20 hectolitm de vin à Thectare, Tindigène en fait 3! Il fait 500 kilos de tabac, là ou TEuropéen en fait 1000; mais aussi le matérid agricole des indigènes est très inférieur à celui des Euro» péons! En 1881 le matériel des Européens était estime à L^^18529 francs et celui des indigènes à 3 271 614 francs. Aussi ne saurait-on trop insister avec M. Borgeaud^ po«r

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