‹ La colonisation scientifique et les colonies françaisesChapitre 57 sur 122 · AGRICULTURE · texte numérisé non relu

AGRICULTURE

qa'il soit créé en Algérie un certain nombre à'écoles prati" ques d'agriculture et de stations agronomiques.

Ces écoles ne seraient pas moins utiles aux colons, car, si les indigènes cultivent moins bien qu'eux, les colons cultivent ie leur côté moins bien que les Français ne le font en France. [Is ne labourent souvent qu'une fois, sans assolements, sans ^umure; les indigènes écx)rchent à peine le sol et ne fument ^uère. Aussi, là où l'indigène a 5-6 quintaux de blé par lectare, le colon en a peut-être 8-10, mais le Français en a Il en France. D'ailleurs le bétail est la base de l'agriculture l>ar l'engrais, qu'il fournit; or les indigènes n'avaient en 1878 {ue 27 kilos de bétail par hectare, alors que les colpns Européens en ont 42. Les indigènes avaient en 1881 10 478 943 tètes de bétail; les Européens, qui bien moins nombreux en avaient 529660, étaient donc relativement plus riches.

La tlore algérienne offre par elle-même de nombreuses ressources. D'après M. Hardy elle contient 2 600 espèces, parmi lesquelles 195 à peine sont ligneuses. Le reste se compose d'herbes vivaces, bisannuelles et annuelles, qui constituent les pâturages et les prairies. Deux familles jouent en Algérie un rôle important : ce sont les légumineuses et les graminées. Parmi les grands arbres figurent le cèdre^ le chcnr zcen, dont le bois a l'inconvénient de se fendre, ce qui Tempôche d'être employé aussi bien que les autres chênes, le pin pignon^ le pin (VAlep^ le frêne^ Vorme^ le peuf/lier hlanc.

Un des arbres les plus dignes d'intérêt, en Algérie, est Volivicr : les Kabyles le cultivent avec grand soin; aux environs de Tlemcen surtout les oliviers sont cultivés en plantations régulières et convenablement irrigués. Dans les 3asis du sud et sous les palmiers existe un autre olivier, iont les fruits ont un volume considérable; mais, malgré les »oins dont il est l'objet, le rendement de cet arbre n'est pas ce qu'il devrait être, si l'on savait, dit M. Hardy, faire un

choix des meilleures variétés et si Ton savait tirer de û greffe un parti avantageux. Il pense que jadis cette columl était mieux conduite qu'aujourd'hui ; c'est du moins ce q::' ; lui font supposer les nombreux débris de moulins, de prcs- 1 soirs, de celliers, do jarres qu'on trouve dans les raica i romaines comme témoins du grand rôle, que la production U [ rhuile jouait alors en Algérie.

Sur le même rang que Tolivier il convient de placer x chêne-lièye puis le caroubier ^ qui fournit un bois précieu pour rébénisterie et dont les gousses sucrées contiennent ss aliment pour les bestiaux ou de l'alcool pour rindostne. M. Hardy est d avis que la culture du caroubier, qui ttti à s'amoindrir, devrait être encouragée.

Le chêne à glands doux joue, dans certaines régions^ u rôle assez considérable pour l'alimentation de rhomme et pour celle des animaux. Mais au-dessus de tout, dans U région saharienne, il faut placer le dattier (Phœnix dad^ li/era), qui est la culture indispensable de ces régions nos seulement par son fruit très nourrissant, mais par toutes sei parties : la partie centrale de sa jeune pousse ou chou de palmier est alimentaire; la sève, qui découle par incision, donne le vin de palmier, en même temps que le tronc fournit du bois de construction, que les feuilles servent à faire des nattes, des paniers et que les fibres des spathes font des cordages. S'il aime à avoir la tête dans le feu, il veut av(Hr les pieds dans Teau ; on ne saurait donc trop augmenter les moyens d'irrigation. 11 y aurait également lieu, disait M. d'Escayrac de Lauture, d'acclimater dans le sud de TAlgérie une variété de dattiers très estimée dans la Tunisie. le inonakiiir.

Le figuier occupe également une grande place dans U culture du Kabyle; puis viennent V oranger célèbre dans U Mitidja, Vabricotier, le grenadier, le figuier de Barbarie, le cédratier, les pêchers, coignassiers, poiriers t\ pommiers.

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Les Kabyles cultivent également avec amour les fèves^ les léfju))ies, les melons^ pastèques^ courges^ piments. Ils cultivent le chanvre^ surtout la variété noire qui sert à faire le haschisch, le tabac y le henné (tawsonia inermis) qui sert à teindro les ongles et les doigts des femmes.

}:5 4. Dcboisement des forêts. Reboisement. — Avant d*6tudier en particulier certaines cultures indigènes acclimatées ou à acclimater, que j'ai réunies les unes aux autres dans (les chapitres communs, il est utile de dire un mot d'une question déjà importante en France, mais plus capitale encore en Algérie, celle du déboisement.

11 fut un temps, dont parle M. Ardouin du Mazet dans ses Etudes aUjérienneSy où Tadministration était si bien en mesure des'occuper du déboisement et du reboisement, cqu'elle signala une forêt, qui n*existait pas. » Il est vrai, que par compensation « une immense forêt lui était absolument inconnue. » Ces temps ne sont plus fort heureusement; la question forestière a même été bien comprise : on estime à environ 2 04.*{00() hectares l'étendue des forêts algériennes; sur ce nombre 814 000 sont plantés de pins d*Alep, 603000 dt' chênes vert^, 277 000 de chénes-lièges, mais les beaux arbres sont, parait-il, rares; aussi le produit d*un hectare de forêt est il beaucoup moins considérable qu'en France.

Un fait domine dans la question forestière, c'est l'intensité du déboisement. Ce phénomène résulte de deux causes : le dt'boisement volontaire pratiqué par des colons, qui veulent faire de la culture; le déboisement, souvent lui-même volontaire, dû aux incendies. On estime, que, depuis 20 ans, plus .!♦• :i<MJ(XXJ hectares de forêts ont été brûlés. L'année 1881 a été particulièrement mauvaise : on n'a pas signalé moins de LM4 mrendies. Ils ont détruit 109057 hectares estimés îMjlJ no francs. Des mesures sévères ont alors été prises: 2 \ih\ postes- vigies composés chacun de 2 à 6 indigènes ont *'W ««lablis sur les points culminants; on a affecté à ce service

6516 hommes; des troupes ont été en outre détachées du* les forêts les plus importantes. Le résultat a été favorablf on n'a enregistré, en 1882, que 148 incendies au lieu de 214 leur étendue s'est bornée à 2 464 hectares ; leur dommage : 102 339 francs, ce qui est encore beaucoup trop. Il r i| donc lieu d'agir. La Syrie nous fournit du reste l'exerapk d'un pays autrefois fertile, complètement stérile et ièsoli aujourd'hui par suite de l'ignorance ou de la malyeillance d«$ habitants, qui ont déboisé les montagnes. Sous un climat tm semblable l'Algérie court les mêmes dangers. Il importe ioK d'interdire le pacage des troupeaux dans les régions qu'il est utile de reboiser, et de reboiser largement ; rhumiditf deviendrait ainsi plus grande, les pluies plus abondantes, k sirocco lui-même serait atténué par un bon régime forestier.

M. Raverel-Wattel a montré, devant la Société d*accUmatation, quel intérêt il y aurait à pratiquer le reboisement ec Algérie en acclimatant un certain nombre de végétaux ans^ traliens, qui sont doués d'une grande force de résistance à h sécheresse.

En dehors de Veucalt/ptus^ qui mérite une mention spéciale par l'importance de son action au point de vue de Thygiène, il cite un grand nombre d'arbres conseillés par Texpérience du l)^ MuoUer, qui s'est occupé avec tant de sagacité de la végétation d'Australie. « La végétation de ce pays, dit le savant australien, peut fournir les moyens de produire U pluie dans les régions du globe, qui en sont privées* et de

substituer des bois aux déserts En propageant quelque»»

unes de nos essences d'arbres, on parviendrait à Taincre Taridité séculaire de certaines parties de l'Afrique septeD* trionale et ces espaces désolés pourraient se couvrir de v^ê-

tation » « Nous possédons, ajoute-il, parmi les v^étaox

de l'Australie des essences, qui peuvent lutter contre la chaleur et l'aridité et qui arrivent avec une rapidité merTeilleuse à un grand développement. Elles présentent, en outre, une grande facilité de dissémination, supérieure à celle des arbres

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