‹ La colonisation scientifique et les colonies françaisesChapitre 58 sur 122 · REBOISEMENT · texte numérisé non relu

REBOISEMENT

Barope. » C'était répondre à la question posée par M. Trottiw : Partout où le sol est désagrégeable, il sera possible d*y faire Dftre un arbre; il 8*agira seulement de rechercher les pèces les mieux appropriées aux diverses conditions du sol. lels seront les arbres à choisir ? L'Australie doit posséder t essences les plus propres à cette œuvre, en raison de la ande analogie des climats et des propriétés particulières

SOS végétaux, eucalyptus^ cetsuartnaSj acacias^ etc. LUS la province de Queensland, sur laquelle passe le 20* gré de latitude australe, tous ces arbres existent; il n'est ne pas impossible, qu'ils réussissent au Touàt et même jus- ;à Ghàt. »

M. Mueller s*occupait même de la manière la plus pra- |ue de planter ces arbres et il était d'avis, que le meilleur >yen était d'en confier les graines aux caravanes, qui les tueraient à la volée le long de leur chemin. On arriverait isi â boiser le Sahara et à changer notablement non seule- »nt le climat de cette région mais aussi celui des régions isines.

Parmi les espèces australiennes, qui semblent s'adapter r lours mœurs au climat saharien, M. Raveret-Watel cite ^onre acncin, qui occupe d'immenses espaces dans l'Ausilie. Choz la plupart de ces végétaux les organes foliacés nt on effet à Tétat do pht/llodes ou feuilles rudimentaires, li leur pormottont de résister à Taction des vents et aux usquos transitions atmosphériques; les acacias pennés sont

contraire moins rustiques. M. Trottier recommande de son t/», pour le reboisement de l'Algérie, les acacias tmplexa Irïophylla. M. Mueller indique d'ailleurs un curieux proilé pour hâter la germination des graines : il suffit, avant de ( semor. de les tremper dans l'eau modérément chaude, jus> l'îi co qu'elles se ramollissent et se gonflent. Uacacia fJifintn est, d'après lui, < l'espèce la plus apte à donner x terrains arides, rapidement et d'une manière étendue, jr première couverture végétale. » MM. Rivière, Ramel et

Raveret-Wattel assignent à ces arbres le rôle de c pionnier de la végétation future du Sahara ». C'est celui qa*ils ont pieu Australie, où de véritables déserts ont été transformés n bois d*acacias par un simple semage à la volée. Une pandu Sahara pourrait donc de la même manière être reodcd*abord à la végétation, puis, plus tard, à la culture. Il reçoismande également V acacia homalophylla, qui a renda It mêmes services en Australie : son bois exhale une agréable odeur de violette ; c'est avec ses racines, que les indigène! fabriquent leur boomerang. Il recommande égalemefit Vacacia acuminata à odeur de framboise, qui produit iik gomme de belle qualité ; Vacacia pycnantha dont réoor» peut être employée par les tanneurs; Vacacia decurrens employé pour la fabrication des douves de tonneau.

Après les acacias M. Mueller recommande, comme destinés à vivifier le désert, les Casuarinas^ C. guadrivalcis, C siiberosa; aucun arbre n'est mieux fait pour donner de ii solidité aux dunes de sable. Il sert à la charpente, i la fabrication de papiers d'emballage et à la tannerie.

M. Raveret-Wattel recommande également les Calib^ de la Nouvelle-Hollande, conifères élégants que les Anglais nomment désert cypress Pine et dont le bois possède une odeur prononcée de camphre (CampAor wood); une mrrticée, le Lcptospermum lœvtgaluniy très utile pour retenir les sables.

Dans les endroits moins secs M. Mueller recommande le Melaleiica crucifblia, qui donne de l'huile en abondance, le Pinus insignis et le robuste palmier de la Nouvelle-Zélande, Cordyline australis. 11 recommande également de couvrir les endroits secs et rocheux avec le Mesembryapiihemum rampant de l'Australie, qui, en se propageant peu à peu, conserverait au sol sa fraîcheur et empêcherait l'évaporation.

M. liamel a de son coté recommandé le Fabricia^ arbw d'une hauteur moyenne, en buisson toujours vert, qui croit admirablement dans le sable au bord de la mer; son emploi

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est indiqué dans les landes de la Gascogne aussi bien que le long de la Méditerranée, au bord des lacs salés et de la future mer intérieure, comme sur les terrains que traverse Tisthme de Suez.

Dans rénumération des arbres australiens précieux pour les reboisements on ne saurait oublier Veucalyphis. Cet arbre, déjà légitimement apprécié en Algérie, n*a pas encore rendu à cette colonie tous les services, qu'elle est en droit d'en attendre : précieux pour les reboisements, par la rapidité de son accroissement et par ses qualités multiples, il est apprécié non seulement dans le midi de la France, en Corse, en Espagne, en Italie, en Egypte, mais encore dans Tlnde ; le Brésil, qui pourtant possède une flore singulièrement riche, a choisi Teucalyptus pour reboiser les vastes espaces, que les incendies avaient dénudés. La Californie en a déjà planté S- 10 millions de pieds le long des routes pour briser le vent. L'Algérie, grâce à MM. Ramel, Cordier, Trottier, Arlès-Dufour, etc., en a déjà de nombreux pieds; le D' Bertherand estimait en 1880 à 1 500 000 le nombre des pieds, qui avaient été plantés dans les 12 dernières années; ce nombre devrait être beaucoup plus considérable. En 1875, à Tuggurth, l'airha Mohamed-ben-Driz a fait une plantation, qui a pleinement réussi. Les avantages de Veucalyptus sonten eflet nombreux : j'ai dit plus haut, qu*il assainissait le sol en pompant uiK* grande quantité d>au, qu'il dégageait une essence, dont l'artion est salutaire dans les pays marécageux; j*ai montré quels services il avait rendus dans la campagne romaine; je ne parle ici (|ue de son importance comme agent de reboisement. Il pousse avec une extrême rapidité : la hauteur moyenne de l'eucalyptus, dans une plantation de 6 ans apparunant à M. Ferdinand-fkrrot, était de 15 mètres; la clrronference moyenne de 1 mètre. La plantation de Tuggurth, au U)ut (It* 1 an, avait une moyenne de 3 mètres de haut et d«* 0,11 de diamètre. Avantage précieux : les sauterelles /'parlaient les eucalyptus, de même que les termites res-

pectent les constructions, qui sont faites ayec son bois. Ci bois est d'ailleurs excellent. L'eucalyptus présente en ontn un avantage très précieux en Algérie, c'est de permettre p» dant les chaleurs le pâturage sous ses massifs : les troupani ne trouvent de l'herbe et de l'humidité que sous les gnnis arbres ; or sous les eucalyptus le sol est toujours net de broussailles et gazonné; les animaux peuvent être conduits li d'autant plus avantageusement, que les feuilles dépassent vile la hauteur que le bétail pourrait atteindre et que d'aillevR la plupart des animaux se refusent à manger la feuille odorante de cet arbre comme ils ne cherchent jamais à en roDg«; le tronc ; à tous ces points de vue, c'est bien là le Diamann des forêts. Les espèces, qui semblent le mieux réussir, sont E. globulus^ E. Colossea. En Californie les 9/10 des eaolyptus plantés appartiennent au genre E. globtdus; ks autres sont E. viminalis et E. rostrata.

Tel est le programme, que M. Mueller a mis en pratique en Australie et qu'il serait possible d'appliquer à l'Afrique septentrionale, y compris le Sahara qui disparaîtrait, comoie ont déjà disparu en partie et disparaitront complètement dans lavenir les déserts arides de l'Australie. € Si, dit*il. 1» mesures que j*indique étaient adoptées, en deux ans le sol destiné aux forêts serait couvert de verdure de façon à exercer une influence marquée sur le climat; en cinq ans on aurait de petits arbustes et en dix ans des arbres d'un développement remarquable. En employant les essences de l'Austrïdie ce moyen serait plus rapide et moins coûteux que la glorieuse mesure, qui, au commencement de ce siècle, a pourvu de plusieurs millions d'arbres les parties non boisées de TÉgi^pte, au grand avantage des contrées autrefois arides de ce pay^... »

Ce sont, en effet, les immenses plantations ordonnées par Méhémet-Ali dans la basse Egypte, qui ont procuré à cette contrée les pluies, dont elle était autrefois privée.

On ne se rend pas toujours compte exactement de Timpor-

'^ d'une végétation même faible sur le moindre cours d'eau :

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M. Cordier rapporte, que sa famille possédait un bois d'une trentaine d*hectares, au bas duquel se trouvait une fontaine; ce bois ayant été détruit, la source disparut. Marsch dit de son côté avoir observé, qu'après la coupe d*un bois, à Tombre duquel coulait un ruisseau, ce ruisseau se dessécha complàtemeni pour ne reparaître qu'une dizaine d'années plus tard, lorsque le bois eut repoussé. Enfin M. Mueller, en Australie, est arrivé à faire naître des ruisseaux au moyen de grandes plantations d'arbres : dans plusieurs endroits il a créé, sur des terres complètement nues, des bois et de petits cours d'eau. Il importe de profiter de ces exemples, de se hâter de pratiquer en Algérie le reboisement et dans le Sahara le boisemont ; car, ainsi que le dit M. Trottier, sans la forêt le Sahara f^rsL éternellement le désert, tandis qu'avec l'arbre comme avant-garde la colonisation européenne atteindra Tombouctou.

8 î>. Acclimaialion ou cuUure de certains végétaux. — Il est un certain nombre de végétaux, qu'il importe d acrlimater non plus au point de vue du reboisement mais au ]>oint de vue de leur rendement; il en est d'autres, comme Valfa par exemple, qui indigènes doivent devenir et sont d'ail- It^urs déjà devenus lobjet d'une culture assidue. Nous parlerons dans ce chapitre des uns et des autres.

Cinchonas, Leur acclimatation ne semble pas jusqu'ici avoir réussi en Algérie. En 1851 M. Hardy établit une culture dans les gorges de la Cbifia, au Ruisse.iu des Singes; les quinquinas abrités par les montagnes n'ont pas souffert ilu sirocco, mais ils ont soufl'ert du froid. En 1866-67-68 d'autres essais eurent le même insuccès. Le savant directeur iiu Jardin d'acclimatation avait bien compris, quel était l'inir4)nvéniont du climat algérien : c Dans la zone équatoriale, «itsait-il en 1868 dans un rapport au maréchal gouverneur (1(* l'Algérie, à l'altitude où croissent spontanément les quin- •{uinas en Amérique ou dans les contrées asiatiques où on les a naturalisés, les extrêmes de température ont lieu entre

le jour et la nuit et les écarts, que les plantes subissent n 24 heures, varient de 16« à 32®, c'est-à-dire de 0<» à 16* degr* et de 0 à 32<*. Ces alternatives de chaud et de froid, qui » renouvellent à d*aussi courtes distances, ne contrarient n aucune façon la végétation, qui est continue et régulière. E: Algérie, au contraire, la température, qui varie beanooc: entre Thiver et leté, reste à peu près la même entre le joz: et la nuit dans chaque saison : au lieu de subir ici les extrêmes de basse et de haute température en 24 heures, le quicquina reçoit Timpression de la basse température pendiat environ six mois continus et l'impression d'une température plus élevée pendant environ six autres mois. Il en résulte, qoe le développement des sujets est moins actif, qu'il ne l'est dins les régions, qui lui sont propres et où sa végétation est codtinue, sans temps d'arrêt. A Java et dans les Nilgherries U croissance des quinquinas en élévation est d'environ 10 centimètres par mois en moyenne ; pendant 16 mois, au Ruisseau des Singes, elle n'a été que de 48, 50 et 52 centimètres. » Il terminait en émettant l'avis, que Taltitude du Ruisseau des Singes était trop considérable sous le climat algérien pour le quinquina. Il espérait, qu'on serait plus heureux i 250 ou 300 mètres seulement.

Bambous, « Le bambou sera un jour à Tindustrie européenne, ce que la pomme de terre esta l'alimentatiou, > écrivait en 1869 M. Jules Cloquet. On doit d'autant plus chercher à acclimater quelques-unes des nombreuses espèces, qui forment la riche famille des bambusacées^ que toutes ne sont pas cantonnées dans la zone tropicale : les unes habitent le$ marécages torrides de la zone torride et y forment les jungles , d autres se plaisent volontiers dans le midi de la France, quelques-unes habitent l'Himalaya à 11 000 pieds au-dessus du niveau de la mer. La Chine, qui a su tirer un si bon parti de ces végétaux précieux, possède, après les avoir acclimatés, des bambous à Canton comme à Pékin. La plu- I t des espèces semblent acclimatables dans la zone du pal-

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