XII PREFACE
prend la laine, le lait, le travail et enfin la chair, on comprend, que pour ces empiriques la politique coloniale c'est Texploitation des pays, qui paraissent le moins capables de se défendre, au hasard, sans méthode et sans profit pour personne. Ces gens-là sont de la même école que les Indiens, qui exploitent les quinquinas des forêts de la Bolivie en abattant les arbres, dont ils aperçoivent de loin la cime au-dessus du massif de verdure, sans se soucier des lois de culture dont la connaissance permet de conserver l'arbre et d'en retirer une plus grande quantité d'un quinquina meilleur.
Pour d'autres la politique est un art, je le veux bien, mais un art basé sur une science : la sociologie est en effet aujourd'hui assez avancée, pour qu'on puisse dire, que les phénomènes sociaux, au lieu d'être, comme on le croyait, enchevêtrés au hasard les uns dans les autres, obéissent à des lois et que l'évolution des peuples est un phénomène aussi calculable et aussi expérimentalement modifiable que l'évolution d'un être vivant. Ainsi comprise la politique devient une science naturelle et aussi précise, que celle qui nous permet de connaître et de modifier le devenir des races, dont les éleveurs ont appris à diriger le développement; c'est une science expérimentale : le tout est d'apprendre à connaître ce que Cl. Bernard nommait le déterminisme de chaque phénomène, c'estk-^ire les conditions précises et sine gtid non^ qui lui donnent naissance. Ceux qui ont cette notion de la science sociale, voient dans les colonies autre chose
qu'un objet de jouissance et de lucre : la colonisation dans la vie des peuples adultes devient à leurs yeux : quelque chose de très comparable à la reproduction : dans l'existence des individus adultes; c'est une fonc- ' tion. La colonie devient un enfant, qu'il faut élever et qui, lorsqu'il sera grraûd, s'émancipera. Les liens, qui l'unissent à la mère patrie, deviennent alors des liens de parenté, un mode d'association pour la production et cessent d'être des chaînes rivant un esclave à un maître. Cest dans le but de développer ces idées que ce livre a été écrit.
A défaut d'autres qualités il a au moins celle de l'actualité : il Ta peut-être même à un trop haut degré, car les événements se succédant  mesure que les pages s'écrivaient, U est arrivé, que tel vœu émis hier est devenu ce matin un fait accompli, alors que le tirage était déjà terminé; mais cet inconvénient ne s'applique malheureusement qn'À des phénomènes secondaires, car, au fur et à mesure que j'écrivais, je sentais au contraire s'imposer davantage la nécessité de montrer, que ta politique coloniale doit être, comme toute politique, scientifique et que la colonisation ne peut se faire que par la science.
En général le hasard, la convoitise plus ou moins bien justifiée président au choix des colonies; l'empirisme, la routine décident de leur administration; la passion fait le reste. Mais arriver sur un point choisi à bon escient avec des idées arrêtées et motivées sur le climat, l'hygiène, les ressources du pays, sa faune, sa flore, la fJacilité qu'il peut offrir à l'acclimatation,