‹ La colonisation scientifique et les colonies françaisesChapitre 63 sur 122 · III. Population. — Notre colonie comprend, d*apr«s le · texte numérisé non relu

III. Population. — Notre colonie comprend, d*apr«s le

recensement de 1880, 197 000 habitants. La population de U

Sén< imbie est extrêmement compliquée : originairemeot

f)lé par des noirs Yoloffs, Sereres, Soi4SotiSj Bogoi.

TOLOFFS. 263

le pays a été envahi par d'antres noirs Mandingues et SarracoletSy qui ont repoussé les premiers vers la cAte et snr lesquels se sont pressés de nouveaux flots d'envahisseurs moins noirs, presque caucasiques, les PeulSj puis enfin les blancs. En mettant de côté pour le moment les blancs européens, au nombre de 2 300 environ, on voit que ceux, que nous pourrions nommer les indigènes, se composent euxmémos de noirs Yoloffs^ Mandingues^ SarraColets^ de cau- CiOsiqucs Pculs et Maures plus ou moins mélangés comme les ToticoulorSj et que tous ces éléments superposés par une marée humaine d est à ouest se sont mêlés les uns aux autres, sur certains points, dans des proportions extrêmement variées. Os indigènes sont donc loin d*être tous autochtones. Sous ces réserves nous étudierons successivement les Indigènes^ les l'Juropéens,

A. — Indigènes.

^ 1. Yido/fs, — Le Portugais Ca da Masto, qui le visita «n 1155, dit du royaume de Sénégal, que € le pays de ces noirs do la basse Ethiopie et les peuples qui habitent aux rivai^^os d'Icolui s'appellent Jalofs... Et ce royaume du Sénégal confine du côté du Levant avec un pays nommé Toucousor ou Ttfuhourol; devers midi avec le royaume de Gambra; de la partie de Ponant avec la mer Océane et du côté de Tramontane so joint avec le fleuve sus-nommé, qui sépare les basanés iTavrc ces premiers noirs. » Ces basanés sont les Maures séparés dos Voloffs encore aujourd'hui par le fleuve du Sénégal «t ce T<fukournl a donné son nom aux Toukolars et non Tourouletivs actuels, comme les nomment ceux, qui voient •ians leur nom Timage d*un mélange de couleurs! Ce% Jaloffs oivupaioot, comme font encore aujourd'hui les Yoloffs, le Cavor, le Djolof, le (Jualo, sous l'autorité, comme maintenant, d'un roi électif ou Daniel, L'un d'eux vint i la cour <lo Portugal, se fit baptiser et s'en retourna avec le nom de Jean dans ses États, où il fut assassiné.

Les Yolofis, qui sont nos voisins riverains à comme à Gorée, s'étendent au nord jusqu'au Sénégal, à IV. jusqu'au Fouta, au sud ils touchent les Sérères et Mandingn«< de la Gambie. Ce sont les peuples les plus immédiatement en rapport avec nous. Ils abondent dans les rues de Saint-Loais. où, lorsqu'ils ont de l'argent, ils s'empressent de faire faraud. se pavanant dans des costumes voyants et de mauvais goût chargés de bagues, les pieds dans des souliers dont les takm sont d'or. Ce sont les mêmes hommes qui, le lendemain, quand leur argent sera dépensé, mendieront un cigare.

Ce sont les plus grands, les plus noirs et les plus beaux (k tous les nègres ; leur peau est d'un noir bleu, leur front est large et haut, le nez modérément épaté, les lèvres épaisses. sensuellement charnues chez la femme mais non retroussées. les pommettes peu saillantes, la face presque droite, Toreilk bien faite. Les femmes, qui sont coquettes, se couvrent de ' bijoux; leur bassin oblique en arrière leur donne une désiavoiture toute spéciale, quelque peu provocante. Mais k» Yoloffs sont vains et légers, bruyants et amis du plaisir.

Au sud des Yoloffs, comme eux sur la côte, se trouveot d'autres nègres, qui leur sont très inférieurs : les Serères, les Sousous, les Bogos, qui semblent être les plus anciens habitants de ces régions et avoir été acculés à la côte par <les envahisseurs, qui les compriment de l'est à l'ouest.

§ 2. Soninkés. — Les Soninkés ou Sonrhaï ou Sarraco" lets se trouvent derrière les Yoloffs, dans le Fouta sénégalais et s'étendent disséminés, tantôt par groupes compacts, tantôt par noyaux moins volumineux de population, au milieu d'aatrès populations, jusqu'au Niger. Ils ne sont pas là chez eux: rhassés de leur patrie au xv« siècle, ils sont venus de Test à l'ouest, envahisseurs pacifiques, se soumettant aux coutumes des nouveaux peuples au milieu desquels ils allaient se trouver; ils ne se sont maintenus et imposés que par leur ice et leur amour de la paix; leur patrie était le

SONINKBS. 265

vaste empire da Sonhrai, sur le Niger, dont les premiers rois étaient, dit Léon TAfricain, d'origine lybienne.

Jusqu'au xiv« siècle le royaume de Sonhraï fut un des plus puissants et des plus riches du Soudan; c'est i cette époque que son roi, le cruel Sonni-Âli, s'empara de la ville touarègue de Tombouctou. Mais sous ses successeurs et descendants la guerre civile éclata, la décadence du Sonhrai commença ; au xv siècle les partisans de la dynastie des Sonni f^âi.^rèrent sous le nom de Sopini-Nkés^ d'où est venu le nom do Sf^ninkrs. Quand ils arrivèrent, ils reflétaient tellement l*origine lybienne ou berbère, qui était celle des anciennes familles aristocratiques du Sonhrai, que les noirs du Sénégal les recevant chez eux les appelèrent les hommes blancs (Séré- Khollc)^ d'où l'appellation de Sarracolei^ qui est devenue hvnonvme de Soninké.

Mais si les descendants et partisans de l'ancienne dynastie dos Sonni ont gardé la tradition et le souvenir légendaires do leur grandeur passée, ils ont depuis longtemps, par leurs rroisomonts avec les noirs, perdu les droits à l'épithète de S*}rèkhollés, d'hommes blancs. Cela dépend d'ailleurs des rôtrions et de l'intensité du croisement avec les noirs ou avec d'autres populations non noires comme celle des Peuls^ qui les ont envahis plus tard à leur tour.

Quoi qu'il en soit, d'une manière générale les Soninkés ont la poau d'un brun assez foncé : leur front est fuyant, k*ur profrnathisme très accusé; le nez est épaté, écrasé à sa rarine, les lèvres sont moyennes mais renversées en dehors, les dents obliques on avant ; à a'jté de ces caractères négroïdes leur barbe est assez fournie, les pommettes sont peu saillantes, leurs cheveux assez longs sont plutôt laineux que rrêpus; moins nègres que les Yolofls par la peau, ils le sont davantage par les traits de la face. Ils sont d'ailleurs beauoonp moins grands et beaucoup moins forts qu'eux; les Soninkés, selon la région qu'ils habitent, selon leur plus ou moins de pureté et selon la nature des races avec lesquelles ils

266 SÉNÉOAL.

se sont le plus mélangés, se divisent d'ailleurs en SarracoleU. qui sont les Soninkés les plus purs, en KassonkéSj Soninkè 1 dont le métissage a eu lieu surtout avec les Maures aio^i j qu*avec les Peuls, et en Djalonkès métis principalement de | Soninkés et de Mandingues ou de Bambarras. I

Si les Soninkés sont inférieurs aux Yolofis en beautés ils leur sont très supérieurs sous le rapport de Tintelligence. lii se font partout remarquer par leurs mœurs donces, pacifiques, par rélasticité avec laquelle ils se plient aux contâmes des populations qui les entourent, pourvu qu'ils puissent ex€^ car librement leurs facultés pour le commerce et pour l'agrculture. Au Sénégal ce sont eux surtout, qui cultivent les arachides ; nés colporteurs, car ils aiment beaucoup à voyager. ils sont les entrepreneurs de caravanes et, comme ils savent que nous amenons dans leur pays la sécurité des relations commerciales, ils sont avec nous. Beaucoup d'entre enx parlent très bien le français; quelques-uns ont acquis des richesses considérables. En somme, de l'avis de tous ceux qui les. ont étudiés, ce sont pour nous d'utiles auxiliaires et. comme le dit le D"^ Bérenger-Feraud, ils méritent, à tous égards, notre sympathie et notre protection.

§ 3. Mandingues, — Les Mandingues ou Malinkés se sont, par une invasion analogue à la précédente, superposes aux Soninkés; comme eux ils s'échappaient des mines écroulées do leur patrie, sujets dispersés par la conquête du puissant empire dont Mali était la capitale, ce qui leur valut, par un mécanisme phonétique analogue à celui qui avait formé le nom de Sonni-nkés, le nom de Mali-nkés^ d'où nous avons fait Malinkés. Le centre de leur royaume était le pays de Manding^ petite contrée située de chaque côté du Niger, au sud du Ségou. Jusqu'aux temps derniers, avant les succès d'Oraar-El-Hadji, ils étaient encore maîtres du Kaarta; en.^ore actuellement le pays de Kita est occupée par eux, te leur région a été dépeuplée par les musulmans.

BAMBARRA8. — LAHOBES. 267

Ce sont les nègres les plus laids qa*on paisse rencontrer : rien n*accuse chez eux une origine blanche, au moins d'un côté, comme chez les Soninkés; ils sont très noirs, leurs cheveux sont très crépus.

Ils sont pacifiques, vont toujours sans armes. Sans avoir les aptitudes commerciales des Soninkés, ils se distinguent par une extrême cupidité. Ce sont encore là des éléments, qui peuvent nous être utiles, qui sont susceptibles de rendre des services à la colonisation pacifique et que nous devons ménager.

§ 4. Bambarras. — Les Bambarras sont originaires des monts Kongs; c*est au xviP siècle, que du sud au nord et non (le i*est à louest, comme les autres populations, ils ont envahi les Malinkés à peine installés sur leur nouveau domaine. C'est qu'ils étaient eux-mêmes chassés par les Peuls, qui venaient de détruire leur empire.

Leur peau est foncée, leur prognathisme très prononcé, liur front très fuyant, le nez très écrasé, les dents sont très (>liliqu<s; comme signe caractéristique ils portent sur les joues, depuis la tempe jusqu'au bord inférieur du maxillaire inférieur, trois cicatrices parallèles, plus grosses au milieu qu'aux extrémités. Moins indépendants de caractère que les peuples précédents, ils servent volontiers comme mercenain*s.

Ils n'ont pas oublié, que ce sont les Peuls, qui les ont chassés de chez eux et transformés, malgré eux, en envahisseurs; aussi les détestent-ils et représentent-ils, avant tout, l'élément anti-musulman. C'est donc sur eux, que nous devons nous appuyer, pour faire contrepoids à Tinfluence des Peuls et des Toukolors.

i^i 5. A/ï/i'A'jf. — Les Lahobés sont des nègres, qui vivent tout :i fait en dehors des autres. Nomades, misérables, en iiaillons ils rappellent, par leurs mœurs, les Bohémiens d*Ëu-

268 SENEGAL.

rope ; ce sont eux, qui fabriquent les calebasses et les mortiers | à piler le mil. Ils vont de village en village s*établissant i rentrée pour travailler.

Petits, très noirs, crépus, ils constituent une exception a: milieu des Yoloffs, Mandingues, Soninkés et Peuls, et wd*. ; regardés comme des parias.

§ 6. Moké-Forés, — Au Rio-Nunez se trouvent les Moi- Forés, ce qui veut dire gens du dehors. Ce sont d'anciens esclaves échappés du Fouta-Djalon; ils font aux Peuls, qu'ildétestent, une guerre sans merci et peuvent, à ce point dr vue, être utilisés par nous.

§ 7. Maures. — Tandis que tous les peuples, que non* , venons de passer en revue, sont des nègres plus ou moins . purs et habitent la rive gauche du Sénégal, les Maures son: | surtout un mélange de Berbères, d'Arabes, même de nègres et habitent la rive droite. Leurs incursions, leurs razzias sur la rive gauche étaient fréquentes; le général Faidherbe les a mis à la raison et ils ne viennent plus dans notre colonie qu'on commerçants pacifiques.

Cette rive droite du Sénégal était habitée primitivement par des Berbères, c'est-à-dire par des hommes de race blanche, les Azounoiig^ (\\iQ les Portugais, qui les connurent de bonne houre, nommaient les Azenagues. Ils furent plus tard envahis par les Arabes, qui les nommèrent les Zenegà et. comme ce peuple moitié Berbère, moitié Arabe des Zenega était celui qu'on rencontrait alors de chaque coté du grand fleuve, on a donné à ce fleuve le nom du peuple et on Ta nommé, par altération, Sénégal.

Le mélange des Berbères et des Arabes n'a jamais été toutefois bien intime; une sorte de tassement de tribus s'est opéré : d'une part on rencontre les Trarzas et les Braknas. dont les chefs seuls sont arabes, le peuple étant berbère; de Tai ' A Dotiaïchy qui sont des Berbères intransigeants.

PEUL8. 269

laissent croître leurs cheTeux, ce qui est barbare et non 3; tons sont monogames; les mœurs des prolétaires ou a sont celles des Berbères Mzabites.

sléroent nègre a bien laissé sa trace dans quelques points : ainsi qu'à côté du type berbère on voit des cheveux is, des lèvres grosses, des dents obliques, parfois même ciellement déformées par la saillie en avant volontaire-

obtenue dos deux incisives supérieures, une peau plus oins noire, mais tout dénote un mélange instable : les idus dont la peau est la plus noire ne sont pas toujours , qui, par leurs traits ou par les proportions du corps, ?llcnt le plus le nègre; la majorité tient surtout du Béret de TArabe, de ce dernier surtout par les tendances vies et razziantes. Le général Faidherbe a rendu à la lie un véritable service en les maintenant pour toujours, it lespérer, sur la rive droite du Sénégal*

8. Peuls, — Sous les noms divers de Peuls^ Poiils^ !sy Foulis, Fellah^ Fcllaiah s*étend à letat de disnation au milieu des autres races, car c*est actuellement opre (le toutes ces races, au Sénégal, d'être mêlées d'une I inextricable les unes au milieu des autres, une race an te, qui «lomine actuellement du cap Vert au lac Tchad, K)** «le longueur, entre le 10* degrt» latitude Nord et le degré latitude Nord, dans une zone de 80000 à K) litMies carrées.

>s IVuls sont essentiellement pasteurs; le plus souvent ides« ils se rapprochent des rivières pendant la saison ï et remontent sur les hauteurs pendant la saison hu- ; un certain nombre sont fixés. Toujours armés d'un il sahre et d*un lonf: fusil à pierre, mahoi ms fanas, au moins au point de vue politique, d*ai u intelli- ; et énergiques, ils sont, avant tout, envahi rs et, prétexte d*accroitre Tinfluence de la religit \vl* lée, étendent surtout leur empire temporel. Ils t

rope ; ce sont eux, qui fabriquent les calebasses et les mortiers à piler le mil. Ils vont de village en village s*établissant à j l'entrée pour travailler.

Petits, très noirs, crépus, ils constituent une exception au * milieu des Yoloifs, Mandingues, Soninkés et Peuls, et sont | regardés comme des parias.

§ 6. Moké'Forés. — Au Rio-Nunez se trouvent les Mokè- Forés, ce qui veut dire gens du dehors. Ce sont d^ancieos esclaves échappés du Fouta-Djalon ; ils font aux Peuls, qu'ils détestent, une guerre sans merci et peuvent, à ce point de vue, être utilisés par nous.

§ 7. Maures. — Tandis que tous les peuples, que nous , venons de passer en revue, sont des nègres plus ou moios purs et habitent la rive gauche du Sénégal, les Maures soDt | surtout un mélange de Berbères, d'Arabes, même de nègres et habitent la rive droite. Leurs incursions, leurs razzias sur la rive gauche étaient fréquentes; le général Faidherbe les a mis à la raison et ils ne viennent plus dans notre colonie qu'on commerçants pacifiques.

Cette rive droite du Sénégal était habitée primitivement par des Berbères, c'est-à-dire par des hommes de race blanche, les Azounoug;(\\ïQ les Portugais, qui les connurent de bonne heure, nommaient les Azenagues. Ils furent plus tard envahis par les Arabes, qui les nommèrent les Zenegà et. comme ce peuple moitié Berbère, moitié Arabe des Zenega était celui qu'on rencontrait alors de chaque côté du grmnd fleuve, on a donné à ce fleuve le nom du peuple et on l'a nommé, par altération, Sénégal,

Le mélange des Berbères et des Arabes n'a jamais été toutefois bien intime; une sorte de tassement de tribus s*est opéré : d'une part on rencontre les Trarzas et les Brahnas. dont les chefs seuls sont arabes, le peuple étant berbère; de l'autre les Douaïchy qui sont des Berbères intransigeants.

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Toas laissent croître leurs cheyeux, ce qui est berbàre et non arabe; tons sont monogames; les mœurs des prolétaires ou Tnlha sont celles des Berbères Mzabites.

L'élément nègre a bien laissé sa trace dans quelques points : cest ainsi qu*à coté du type berbère on voit des cheveux crépus, dos lèvres grosses, des dents obliques, parfois même artlHciellement déformées par la saillie en avant volontairement obtenue des deux incisives supérieures, une peau plus ou moins noire, mais tout dénote un mélange instable : les individus dont la peau est la plus noire ne sont pas toujours ceux, qui, par leurs traits ou par les proportions du corps, rappellent le plus le nègre; la majorité tient surtout du Berl>êre et de TArabe, de ce dernier surtout par les tendances pillardes et razziantes. Le général Faidherbe a rendu à la colonie un véritable service en les maintenant pour toujours, il faut Tespéror, sur la rive droite du Sénégal,

S 8. Pculs. — Sous les noms divers de Peuls^ PoulSj Fouis, Foulis, Fellahy Fellaiah s'étend à Tétat de dissémination au milieu des autres races, car c*est actuellement le propre de toutes ces races, au Sénégal, d*ètre mêlées d'une faf'on inextricable les unes au milieu des autres, une race puissante, qui domine actuellement du cap Vert au lac Tchad, sur 'M*" «le longueur, entre le 10* deprtî latitude Nord et le l.V depré latitude Nord, dans une zone de 80000 à ÎKXHX) lieues carrt»es.

Les Feuls sont essentiellement pasteurs; le plus souvent nomades, ils se ra[)prochent des rivières [>endant la saison s«Vhe et remonti^nt sur les hauteurs pendant la saison humide; un certain nombre sont fixés. Toujours armés d*un pran«l sabre et d*un long fusil à pierre, mahométans fanatiques, au moins au point de vue politique, d'ailleurs intelligents ot énergiques, ils sont, avant tout, envahisseurs et, sous prétexte d'accroître Tinfluence de la religion qu'ils ont adoptée, étendent surtout leur empire temporel. Ib ont des

écoles nombreuses, où ils attirent la jeunesse à convertir* sachant que lorsqu'on a élevé les enfants, on aura plus tard i-:? hommes pour soi; ce sont, en un mot, de redoutables envahisseurs, qui apportent au Sénégal un esprit tout difierei:: du nôtre et qui ne tendent qu'à substituer à tout ce qu. existe la froide mais inébranlable influence de la religion ti du gouvernement féodal. Nous devons donc les combattiv On dit, cependant, que le peuple aussi peu religieux afond que ses chefs, mais moins passionné d'étendre I'îlfluence politique de sa race, pourrait être facilement détours de suivre les vieilles familles aristocratiques qui le mènent.

Les Peuls se distinguent de tous leurs voisins par des traits fins et réguliers; les yeux sont grands et noirs, le ne: aquilin, la face droite, les cheveux longs, non crépus, iêextrémités petites, le corps élégant, bien découplé ; aucun caractère n'est négroïde. La peau brune, bronze florentin clair, varie d'ailleurs de couleur selon leur mélange plus ou moir> grand avec les populations nègres. Les plus purs portent !• nom de Pouls rouges; les autres, mélangés de noir, sont li'> Pouls noirs^ dont les principaux sont les Tortxlos et k* Toliolors; la langue do ces peuples est le foulfoudé« langU' spéciale où les deux genres masculin et féminin sont remplacés par un genre pour Yhomme et un genre pour it> hrulcs.

Leur histoire est mystérieuse : ils sont venus de l'est a uni époque fort éloignée; le D^ Thaly croit que ce sont dos luganos analogues aux Bohémiens <rEurope, qui, fuyant Tin^asion mongole, sont venus en Egypte et se sont avancê>. . pt'tit à petit, jusqu'en Sénéiramhie; il se fonde sur leurs mœurs pastorales et Tusage exclusif du lait comme nourriture, qu'où retrouve chez certaines tribus de l'Inde, ainsi que sur le type physique; mais ces preuves ne sont pas suffisantes. D*autre> i vciient en eux des Malais; d'autres des Cafres; Frédéric Millier semble avoir trouvé leur véritable origine, lorsqu'il les plaA i dans le mémo groupe que les Nubiens, avec qui ils ont le plu^

PEUL8. 271

grand rapport. Ce sont eux qui, déjà grands ileTeun de bétail, ont amené au Sénégal le bœuf à bosse d'Egypte; ils étaient déjà dans le Soudan oriental, lorsque les Arabes et les Berbères y introduisirent le mahométisme; cette invasion les chassa, mais les fuyards se convertirent en route et, comme cela arrive souvent, les opprimés devinrent oppresseurs, les persécutés persécuteurs. Ils mirent au service de leur ambition la religion, dont ils avaient apprécié la force, à l'époque où c'était eux qui en recevaient les coups au nom de Mahomet, au lieu de les donner. Dès le xiv« siècle ils s'étaient établis déjà dans le Fouta-Djalon et en avaient chassé les peuples, que nous avons énumérés plus haut; au xviii« siècle

ils commencent de ce nouveau centre un mouvement d*ex-

pansion et fondent le premier des sept Etats, qu'ils finirent par créer, cette fois de louest à Test, depuis le Fouta-Djalon jus(|u au lac Tchad. Les Yoloffs, qui se sont longtemps opposés à leur extension vers Touest, n*ont été délivrés d*eux que par nous, lorsque le général Faidherbe infligea à Témir KMIadji une sanglante défaite. I^s Peuls cherchent, en ce moment, à s'étendro sur le Rio-Nunez, où notre poste de Boké les tient en res|)ect. Leur empire est, d'ailleurs, moins puissant qu'au siècle dernier; il est morcelé; mais il en reste d'importants débris, entre autres le rovaume de Haoussa.

Les Tokolors sont des Peuls mélangés avec les familles nohios (les races nègres voisines, les Yoloffs et les anciens hahitants du Tokon)r et du Toro. Ces Pouls noirs sont remuants, ils se donnent le nom d'A/ Puidai\ par opposition aux P«)uls rouj^es, qui seraient les FouUh'*, Les Tukolor Tor>xIos ont fondé, au xviii* siècle, un Ktat gouverné par un aimnmtj, qui prend le titre iV hmir-aUMoumcnim^ prince des croyants; l'un de ces émirs, Hl-IIadji-Umar, qui était un Toroiiti, Joua, dans le Soudan occidental, un rôle analogue à C4*lui, que joue actuellement le Madhi à Test du Soudan. Profitant d(' l'esprit religieux, qui est entretenu jusiju'en Afrique par des prupat/aicurs de la foi musulmane partis de Samar-

272 SÉNEOAL.

kand, qui sont plus remuants encore que leurs confrèm en propagation de foi catholiques et protestants, El-Haij; Omar fit le pèlerinage de la Mecque et entraîna à son retour toutes les populations du Niger au nom du Koran. Il régoa | à Ségou de 1857 à 186L .

A l'heure actuelle les Peuls sont trop pea nombreux 1 rétat pur, trop divisés pour pouvoir jamais reconstruire an empire foulah. Ils disparaissent, noyés par le grand nombre. au milieu des populations qu'ils ont d'abord soumises, mais qui ont de plus en plus noirci la peau jadis simplement cui- I vrée des Pouls rouges. Notre rôle n'est pas de les favoriser: ! nous devons cependant reconnaître, qu'ils auront servi à élever le niveau intellectuel des nègres, qu'ils avaient asservis, mais qui les ont absorbés. < A ce titre, dit le D' Bérenger- Féraud, ce sont des précurseurs de la grande civilisation, que les Français ont entrepris d'apporter dans la Sénégambie. Dans rhistoire de Thumanité ils auront joué le rôle de ce< corps spéciaux, qu'on appelle, en chimie, des ferments et qui. pénétrant dans une substance, s*y détruisent et disparaissent en produisant une modification profonde, qui a pour résultat do la transformer. »

En résumé la Sénégambie nous ofire le spectacle d*un pays, où une marée montante d*envahisseurs successifs a refouit* les premiers habitants sur les côtes et a, dans Tintérieur du pays, superposé ou mêlé ses flots humains. Cette stratification d*alluvions humaines nous présente trois grandes couches : au fond, c'est-à-dire ici à la c<>te, les BoffoSy SousoHS, Bagnous^ Feloupes^ SéréreSyYoloff's ; pai^essas ces noirs se rencontrent des hommes moins noirs d'abord, qui ont foncé leur couleur au fur et à mesure que la fusion se faisait, les Mandingues, les Sarracolets; enfin an-dessus de tous les Foulahs ou Pei(U\ soit purs {Pouls rouges). soit mélangés {Torodos-Tokolors).

ACCLIMATBMENT. 273

B. — Européens.

Le troisième larron cest TEuropéen, mais il a pour excuse son but, qui est de supprimer toutes les tares ethniques, sociales ou religieuses, qui ont empêché le Sénégal de prosl>ériT et de substituer de la méthode scientifique au fanatisme.

Los Européens ne sont pas, d'ailleurs, nombreux au Sénégal ; en dehors des fonctionnaires on ne comptait, en 1872, que G55 colons portugais, anglais et surtout français.

Le Sénégal n*est pas du reste une colonie, qu'on puisse espérer peupler comme l'Algérie; ce doit être une colonie purement commerciale : la tête doit être européenne, mais les bras doivent être colorés, ainsi que nous le montre l'étude de lacclimatement des diverses races.

IV. Acclimatement des diverses races. — Avant li'étudier quels sont les résultats donnés par les chiffres, il ost bon (le ne pas oublier, que la plupart des observations ont él»* faites dans le bas et dans le moyen Sénégal et que leur résultat serait certainement différent dans le haut Sénégal, dans le haut Niger et dans tout le Fouta-Djalon.

l.l'AirojH'cn n'a pas lieu d être rassuré, lorsqu'il constate la statistique. La mortalité est en effet pour l'ensemble des fonctionnaires et colons de 7,7 o/»; pour les médecins elle

r^t (le 18,5 o/o.

Les statistiques de lHi;3-44-15-47 donnent pour les EuroptVns 391 décès pour ICX) naissances. Le D' Gestin affirme, (ju'il n'y a pas au Sénégal un seul blanc, qui ne souffre de rii.vjKxhon.ire droit. Le D' Bérenger-Féraud, qui a fait du Sénéi:al une étude si complète, estime que Tacclimatement ifS blancs est une chimère, qu'il est inutile de chercher. - giio ceux qui voudraient soutenir, dit-il, qu'on parvient à > ac hmater au Sénégal, regardent seulement ceux qui se lirtUindent acclimatés et je suis persuadé qu'ils ne conti-

nueront plus à discuter. » Il estime, qu'un fonctionnaire, qi vit sobrement, qui observe une bonne hygiène et qui iquitte pas Gorée ou Saint-Louis, peut conserver sa santr pendant 4-5-8 ans même; mais, si Ton remonte le fleuve. ;. ' ne faut pas compter résister plus longtemps que le troisième hivernage, parce que là on perd tout le bénéfice du clima: marin, sans que le sol soit assez élevé, pour qu'on ait eéchange les avantages que donnerait Taltitude, si elle n'éu:: pas presque insignifiante. Il a du reste remarqué, que It< fonctionnaires d'un grade supérieur résistent mieux, que k font souvent leurs inférieurs. Cela tient, pense-t-il, à ce que les fonctionnaires de cet ordre ne sont pas enyoyés dans te postes malsains, qu'ils ne quittent guère Saint-LiOuis eu Gorée, à ce que leurs appointements leur assurent un confon beaucoup plus indispensable dans les pays chauds, quoL serait tenté de le croire au premier abord, enfin à ce qu'ik font moins d'excès que ceux qui sont plus jeunes. C'est pour une raison analogue, et surtout parce que sortant très peo ils sont presque constamment à Tabri de la chaleur, que la religieux des deux sexes vivent assez bien au Sénégal.

On ne saurait donner une meilleure preuve de la difficalw de Tacclimatement au Sénégal, que le petit nombre de créoles blancs qui se sont formés depuis près de 400 ans que les Européens sont dans ce pays. Mais l'obstacle n*est pas venu uniquement du climat. Au surplus, bien qu*cn petit nombre, ces créoles existent : le l)^ Corre estime leur nombiv à Saint-Louis à 280. Ils prospèrent même, car en 8 ans iU ont présenté 73 naissances pour 42 décès; ils n'ont cependant que peu d*enfiints, 14,4 pour 100 adultes; néanmoins le créole blanc est, dit-il, le groupe ethnique le plus épargné par la maladie; il possède presque l'immunité du noir pour la fièvro jaune et l'assuétude aux agents météorologiques â amoindri sa réceptivité pour les accidents paludéens. Lo créole blanc est pou sujet à la phtisie; il sait d'ailleurs s*^ procurer assez de bien-ètro. Du reste, ainsi que l'a fait judi-

ACCLIMÀTBMENT. 275

ieusement remarquer le D^ Carbonnel dans un irayail sur e Sénégal, le fait seul de racclimatation est une excellente élection, car, pour s*implanter et se perpétuer dans ce pays, I faut qu'une famille soit exempte de toute tache originelle. Test là un point très important, qui permet de ne jamais ésospérer, même au Sénégal, d'obtenir dans un arenir ussi éloigné d'ailleurs qu'on voudra, un noyau toujours :rossi de créoles acclimatés.

Los Algériens ont été regardés par l'administration omme devant former, au Sénégal, d'excellents soldats. Je e saurais dire, si la majorité des Algériens envoyés au énégal était berbère ou arabe; dans les turcos je crois que élément berbère dominait; or Tinfluence paludéenne s'est ixi sentir sur eux presque autant que sur les Français. les troupes coûtent beaucoup plus cher, que celles qui sont ecrutéos dans le pays même : sur 1 000 hommes d'effectif les européens ont, dans une période et dans un corps observé ar le D' Berger, *donné 1 789 entrées à l'hôpital et coûté 4 007 journées ; les Arabes ont pour 1 000 présenté 1 235 ntrées, 20 137 journées et, chose curieuse, plus de décès que 'S Européens, 170,4 pour 1 000 au lieu de 119, chiffre des luropéons.

Los Maures^ lorsqu'ils viennent à Saint-Louis, craignent i fièvre pour eux-mêmes comme pour leurs animaux.

L«»s Noirs oux-mêmos, tels que nous les employons ou uo nous les observons au Sénégal, ne fournissent pas d'ail- 'urs une statistique brillante. Un proverbe rappelle dans le ays, (juo la pousse des fouilles du boalmb (Xdansonia diçilin) au moment de Thivemage annonce la mort des blancs, mdis que la chute dos feuilles de cet arbre, i la saison LV*ho, annonce la mort dos noirs. C'est faire pressentir du loins, que los doux races ne meurent pas des mêmes malaios; lo noir entre, il est vrai, moins souvent à l'hàpital que Aral>o et que rEuro|>éon. D'après le travail du D' Berger, lors que les Européens avaient 1 789 entrées et les Arabes

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1 235, les Nègres n'en ont en que 612; mais tandis que les premiers ont coûté 34 007 journées, les seconds 26 137, eo: ont coûté 154 775 journées. C'est que, si le noir présente certaines immunités, grâce auxquelles il est moins souvent ma* j lade, telles que les immunités pour la fièvre jaune et, dansnoe certaine mesure pour la fièvre paludéenne, son organisme esi beaucoup moins résistant et qu'il lutte moins bien que le blanc contre une foule de causes banales de maladies. Li ou rèfme cette maladie, qui lui est propre et qu'on nomme la maladi' du sommeil, il disparait rapidement.

Le nègre présente d'ailleurs quelque chose de très corieiix: même au Sénégal il ne supporte pas le déplacement. Le D^ Berchon a montré, qu'un grand nombre de Gabooniis incorporés comme tirailleurs au Sénégal étaient morts de dysenterie et que beaucoup d'Yoloflfs transportés du Cajor à Bakel mouraient d'hépatite; ces renseignements soot dignes d'être médités. Mais le nègre, qui vit avec nous, se livre volontiers à l'alcoolisme, et le sangarra (décoction àt feuilles de tabac, de poivre et de piment dans 8 litres d*eto auxquels on ajoute 2 litres de mauvais alcool) a sa part dans plus d'un décès.

Quoi qu'il en soit, la population civile elle-même des noirs n'est pas acclimatée ; elle a contre elle non seulement le climat. mais nous-mêmes ! Les Peaux-Rouges sont, certes, aodb matés en Amérique, comme les Australiens le sont en Australie; cependant les uns et les autres disparaissent devant l'Européen. J'ai déjà montré par plusieurs exemples, que c*était là une loi fatale. Il faut'se souvenir de cette loi poor ne pas attribuer uniquement au climat l'état peu prospère de la population noire; toujours est-il, qu'en 1843-44«45-47eUei présenté 124 décès pour 100 naissances, chiffre moins défavorable que celui des blancs (391), mais qui constate encore un déchet considérable. D'après une statistique plus récente, faite à Saint-Louis par le D»" Carbonnel, les filles prédominent dans les naissances, ce qui n'est pas, on le sait, une

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