CHAPITRE III Comptoirs de la côte de Guinée
MILIEU COLONIAL Nos comptoirs. — Climat, — Population,
I. Nos COMPTOIRS. — Nous ne possédons sur la côte de Guinée qu'un petit nombre de comptoirs : à la côte d'Ivoire Dnbon^ Grand-Bassam et Assinie à Touest de la 0'>ted'Or qui est tout anglaise ; à la côte des Esclaves, qui se trouve à Test de la précédente, nous possédons Kototiou et Porto- Nîiovo,
Daboti n'existe plus. Gra^id-Bassam et Assinie situés dans le pays des Quakas, entre la république de Libéria à l'ouest et les comptoirs anglais diEU-Mina et Cap-Coast i la Côle-d*Or, nous appartiennent encore; mais nous les avons abandonnés de fait, car le petit poste d'infanterie de marine, que nous y entretenions, a été supprimé en 1870.
Kotonoii nous a été cédé, en 1868, par le roi du Dahomey; nous ne l'occupons que depuis peu de temps. C'est un village situé sur une plage de 600 mètres de largeur. On y compte trois factoreries françaises.
PortO'Nuovo possède une population de 20000 &mes. On
j compte cinq maisons françaises. Cette ville était sous notre protectorat depuis 1864, mais nous n*en avons pris possession que récemment.
Liiile-PopOy Grand'PopOy Agoney sont également, depuis plusieurs mois, sous notre protectorat.
II. Climat. — Situés environ sous le5« lat. N., ces pays sont plats ; Thumidité y est excessive, les pluies fréquentes, la végétation exubérante; mais ces conditions donnent au poison paludéen une intensité redoutable, à laquelle vient encore se joindre Tendémicité de la fièvre jaune. L'Européen n y peut vivre : en 6 ans, à Lagos, sur 80 blancs on compta 46 décès. Le D^ Fonssagrives raconte, qu'étant médecin de r Abeille il vit 114 cas de fièvre se déclarer à bord; le navire longeait cependant d*assez loin les cotes de Guinée, mais la veille on s'était tenu pendant 10 minutes assez près de la côle pour sentir le vent de terre. La réputation de ce climat est détestable au Sénégal : les noirs mêmes de ce dernier pays ne peuvent supporter le climat de la Cote-d'Or et doivent, au bout de quelque temps, être rapatriés. Le climat serait tout autre, si on perdait Thabitude de ne pas quitter les côtes et si on s'avanrait au nord vers les altitudes du mont Kongs. D'après b» l)'' Lombard quelques commerçants et missionnaires brêmois ou bAlois réparent en effet les méfaits du climat brûlant de la Côte-d'Or en s'élovant sur les premières terrasses des monts Akua{)em. Certaines îles sont également beaucoup plus saines. A l'ile de l'Ascension les Anglais ont établi depuis longtemps un sanatorium; beaucoup plus près des côtes l'ile de FernandoPô serait, d'après M. Lanchier, un des courageux Français qui cherchent à mettre ces régions en valeur, beaucoup plus saine qu'elle a la réputation de l'être.
L'année se partage en quatre saisons, qui sont d'après leur ordre de succession : !<> la grande saison des pluies du ITi mars au 15 juillet environ; 2^ la petite saison sèche du 15 juillet au 20 septembre; [^ la petite saison des pluies du
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20 septembre au commencement de décembre; 4"* la grande saison sèche du commencement de décembre au 15 mars.
IIL Population. — § 1. Crowmen. — La race noire est représentée par plusieurs populations. Les Crowmen à la tête pointue, aux lèvres grosses, au prognatisme très prononcé, à la puissante musculature; cette population, d'ailleurs laide, est douce et honnête; elle est souvent utilisée à bord des navires. Elle supporte très bien le climat.
§ 2. Minas, Yorubas. Géjis. — Ces trois populations noires sont étendues sur une grande surface : les Minas se rencontrent sur les bords du Volta; les Yorubas habitent surtout Lagos; les Géjis sont établis entre Grand-Popo et Lagos ainsi que dans le Dahomey.
§ 3. Ashaniis, Les Ashantis sont des noirs venus de Test en envahisseurs, qui semblent avoir de grands rapports avec les Foulahs. Ils sont, comme eux, un nouvel exemple de cette marée humaine, qui partie du centre de l'Afrique envahit et repousse à la mer les populations autochtones de la côte.
§ 4. Métis. — Les métis de ces diverses races sont nombreux, mais nombreux sont également les métis de noires et de Portugais. Comme les Espagnols, les Portugais contractent partout et facilement union avec la négresse et cette union est souvent indéfiniment féconde. Les plus célèbres de ces métis sont les da Souza. Vers 1810 un créole portugais du Brésil, Francisco da Souza, vint faire à la côte de Guinée le commerce des esclaves; il y acquit une fortune considérable, mena grande vie et n'eut pas moins de 300 femmes noires dans son harem : lorsqu'il mourut en 1849, il avait 100 enfants sans compter les petits-enfants. Ces métis ne s'unirent pendant longtemps qu'entre eux; ils prospérèrent. Presque tous intelligents, ils sont aujourd'hui environ 800 portant tous avec fierté le nom de da Souza et accapa-
*ant le oommeroe. Les Earopéens, qui voudront fonder quel- |ue chose de durabl^ à la c6te de Guinée, devront compter %vec les da Souxa.
L*importance de ces comptoirs n'échappe pas aux Anglais : lia savent bien, que le delta du Niger est d'une importance :"apitale, soit qu*on veuille remonter le grand fleuve jusqu'à rombouctou, soit que, par le Bénoué dernier affluent de sa rive gauche, on veuille s'engager directement au cœur du Soudan.
Il y a quelques années nous avons failli céder à l'Angleterre nos comptoirs de Guinée en échange de la colonie de Bathurst sur la Gambie; cela eût été regrettable : notre colonie du Sénégal n'eût rien gagné et nous aurions perdu une des voies, qui peuvent nous mener au Soudan. Gardons lo peu de possessions, qui sont nôtres sur la côte de Guinée et sachons y défendre, à la faron anglaise, les intérêts français. Mais tout le monde ne comprend pas le patriotisme de la rnéme faron, car M. Lanchier affirme, que les missionnaires français, établis à la Côte-d'Or et à Agoney, donnent aux jeunes indigènes leur enseignement en anglais! On ne s*explique pas dans quel but ils nuisent ainsi aux intérêts de la langue française et par conséquent du commerce français.
Le commerce de ces régions pourrait cependant devenir considérable ; il existe déjà plusieurs factoreries importantes : à la cite des Esclaves on doit citer les maisons Verminck, Réi^is aîné, Cyprien Fabre et DaumasLartigue de Marseille, '|ui ont fondé de véritables principautés. Grand-Bassam est pour ainsi dire aux mains de la maison Verdier de la Rochelle ; la France compte encore les maisons Colonne à Lagos, Huchet ei Desprez sur le Niger et sur le Bénoué; mais les maisons anglaises sont bien plus nombreuses. M. Lanchier se fait en