CHAPITRE IV
Le Gabon.
MILIBU COLONIAL
Territoire. — Climat. — Population. — Acclimatement.
Faune et flore.
I. Tbrritoire. — Nous possédons, depuis 1862, tout le territoire compris entre Testuaire du Gabon et le cap Lopez; nous exerçons même notre protectorat sur plusieurs chefs de rOgowé. Depuis 1868 enfin nous sommes suzerains des chefs du Camma et du Rhamboe affluents du Fernand-Vas. Notre action s'étend donc, en réalité, depuis l'estuaire du Gabon par O>30' lat. N. et même plus au nord sur sa rive droite, par environ l^N., jusqu'au Fernand-Vas au-dessous de réquateur par environ 2® S. Le centre politique de notre colonie est Libreville sur la rive droite de l'estuaire.
L'estuaire du Gabon lui-même est la réunion de trois grands fleuves : le Como, le Bokoe et le Ramboe; il sert en outre de réservoir à un grand nombre de cours d'eau, qui descendent des montagnes de Cristal.
II. Climat. — Pays plat, fleuves nombreux, débordants, marigots pestilentiels, humidité extrême, le tout sous l'équateur; ces renseignements suffisent pour permettre de penser, que le climat est détestable. La température moyenne est de
- 2>>'*J>, Pendant la saison la plus chaude elle est déjà de
- 2<>« ou -f 29" A 6 heures du matin et de ~f 32* dans l'après-midi. On y divise Tannée en quatre saisons :
15 janvier-15 février. Petite saison sèche;
15 février-15 mai. Petite saison des pluies;
15 mai-15 septembre. Grande saison sèche;
15 septembre-15 janvier. Grande saison des pluies.
Mais la sécheresse n*est ici que relative; les plaies sont toujours fréquentes et Thumidité extrême. Le caractère spécial de ce climat, c'est sa langueur énervante. Il importe de répéter ici ce que j*ai déjà dit au sujet du Sénégal et de laoJU de Guinée, ce qu'on peut répéter pour toutes nos colonies dans les pays chauds : nous avons le tort de ne connaître que les embouchures des fleuves. C'est toujours dans ces régions for cément basses et souvent submergées, c'est-à-dire exposées i présenter des mares croupissantes ou marigots, que nous noos fixons. Il en serait tout autrement, si, remontant les fleuves. nous nous élevions sur les hauteurs : alors l'altitude tempérerait la chaleur due à la latitude et les effets désastreux du marais sous un ciel torride ne seraient plus à craindre, puisque le marais n'existerait plus.
III. Population. — Dans ce pays éminemment boise les hommes sont pou nombreux. Tandis qu'à la Côte-d*Or, ai Dahomey, on trouve de véritables peuples, des Nations^ ici on ne rencontre plus que de petites tribus sans lien avec leurs voisins. Depuis 2" Nord jusqu'à 2* Sud on rencontre sur les côtes 9 tribus, qui parlent 6 langues distinctes; aucune ni plus de 400 ou 500 habitants. Sur le seul estuaire du Gabon se trouvent 4 tribus. C est là un grand obstacle : chacaoe s'imagine, qu'on porte des armes, des secours ou des richesses à sa voisine et, autant pour l'en priver que pour s'approprier h»s trésors qu'elle suppose dans les bagages des Européens, elle empêche ceux-ci de passer. Toutes ces tribus politiquement et socialement séparées ou ennemies appartiennent, en somme, à un petit nombre de races. M. Griffon du Bellay a fait d'ailleurs, au sujet des mœurs de ces diverses tribus, cette remarque, que celles, qui sont le plus probes et le moins cor-
M'PONOUBS. — CâMMâB. BOULOrS, BAKELLBS. 303
mpii68, sont celles qui ont ea le moins de relations aTec les iropéens marchands d'eselaTes et de liqneors fortes.
§ 1 . M*Pongués ou Gabonais. — Les Gabonais sont une euvc à Tappui de Topinion de M. Griffon dn Bellar : ce al ceux qui nous connaissent le mieux ; or ils présentent nn semble remarquable de tons les vices et de tons les défauts; ir naturel est cependant doux. Le contact des traitants, rrognerie, les excès ont depuis plusieurs années diminué ir nombre de moitié. Autrefois puissants les indigènes du Lbon sont aujourd'hui sans avenir et sans valeur. On estime ir nombre au chiffre d'environ 3000 individus, groupés aujr de Testuaire du Gabon. Ils sont grands, bien faits, leurs kits sont r^uliers, leur nez est peu épaté ; leurs lèvres sont >ins épaisses que celles des indigènes de la Sénégambie et du ngo; leur peau est moins noire. Il y a peu i compter sur X et cette race semble destinée à disparaître.
§ 2. Cammas. — Les Cammas diffèrent du nègre clas- |ue généralement dolicocéphale, en ce qu'ils sont brachyphales : leur indice céphalique est de 80. Ils sont aux grès d'Afrique, ce que les Négritos sont aux nègres océaens; ils s étendent du Gabon à l'Ogowé. Souvent crois avec les M'Pongués, ils ont une grande ressemblance ec eux.
!i;^ 3. Boulous, Bnkcllés ou Bakalais. — Ces deux peuples nt «les nègres assez inférieurs : les premiers sont nomades; 5 seconds sont plus élevés; ils accompagnent partout les Paluins. Les Iloulous et les Bakellés sont, pour ainsi dire, intert'»diaires entre les Pahouins et les M'Pongués, qu'ils poussent rs l'ouest c'est-à-dire vers la mer, à mesure qu'ils sont euxêmes pressés de l'est à l'ouest par l'invasion des Pahouins. ►s Hakellés sont plus doux, plus pacifi(|ues et, sous certains p|)orts, plus sociables que les Pahouins. Leurs femmes sont tites, très négroiiles ; elles ont la face plate, le front bombé, t seins coniques. Les lk)ulous ont le type nègre très prononcé.
§ 4. Pahouins, — Les Pahouins ou Fans représentent évidemment la race supérieure parmi les races colorées ds Gabon. Ce sont des envahisseurs : comme les Ashantisàla côte de Guinée, comme les Peuls au Sénégal, ils s'ayancent de Test à Touest, mais depuis une quinzaine d'années seulement. « C'est, disait d'eux Tamiral Fleuriot de Langle, u:i déluge de Goths et de Vandales, avec cette différence qu'ils acceptent notre autorité, se soumettent à notre arbitrage et reconnaissent notre supériorité. > L*amiral avait pria quelques jeunes Pahouins comme mousses sur la Thisbé.
Les Pahouins sont refoulés du centre de l'Afrique par un mouvement de proche en proche, qui part des Sensoba an centre et se propage jusqu'à eux de Test à l'ouest par les Yefa. les Okama^ les Bâti. Ils disent du reste que dans leur chemin depuis Test jusqu'au point le plus occidental de leur cantonnement actuel, ils ont marché, pendant trois lunes consécutives, toujours au milieu des Pahouins. Ils se divisent en deux branches, qui, fusionnées au Gabon, auraient une origine quelque peu différente : les Makeis viendraient du nordest, les Batchis viendraient de TOkanda c'est-à-dire du sudest. Ils sont accompagnés dans leur migration par les Osiebas; ils sont actuellement sur le Como et sur ses affluents, c'està-dire dans le haut Gabon. Le mot Fans veut dire Hommes. Que de peuples se sont ainsi regardés comme les hommes par excellence, depuis los Ombres jusqu'aux Eskimos en passant par les Hermanns ou Germains! Ils ont peu le tvpe nègre, leur teint est clair, ils sont bien taillés, leur physionomie est douce, ils ont le type européen bronzé et, malgré leurs croisements avec les nègres, très peu se rapprochent autant du nègre que les M*Pongués et aucun autant que les indigènes du Congo. Leurs cheveux ne sont ni crépus, ni laineux, mais doux et fins; ceux des femmes tombent sur leurs épaules. Ils ne manquent pas de rapports avec les Monbouitous et les Nyam-Nyam décrits par Schweinfurth ; ils ont surtout une grande analogie avec les Peuls.