‹ La colonisation scientifique et les colonies françaisesChapitre 74 sur 122 · CHAPITRE V Obock · texte numérisé non relu

CHAPITRE V Obock

I. Tbrr:toirb. — Obock et son territoire se trouvent situés sur la rive africaine du détroit de Bab-el-Mandeb, au fond du golfe d'Aden, à l'entrée de la mer Rouge, par 11*57' lat. N. et 42^ lat. £., sur les confins du pays des Çomalis et de TAbyssinie.

C'est en 1849, que M. Rolland, consul de France à Massahoua, entrevit la nécessité pour la France d'occuper ce point, auquel le percement de l'isthme de Suez devait plus tard donner tant d'importance. En 1856 Henry Lambert, lAchemcnt assassiné depuis dans le golfe de Toujourra, en prépara l'acquisition, qui fut faite définitivement en 1862 au sultan de Zeilha Abou-Becker pour la somme de 50000 francs.

II. Climat. — Bien que sa température soit très élevée, le pays est sain; l'eau de la rivière Anazo est abondante et saine ; on y trouve en outre une source sulfureuse, des mines de charbon de terre, des forêts à proximité ; le sol se prête bien i la culture maraîchère.

III. Utilité. — Les lignes, qui précèdent, d< samment l'idée de Tutilité, qu'il y a pour la F; à

ce point. Cependant ce n*est que tout récemment^ ce n*est qu'hier même, que ïln/emet a été envoyé dans ces paragei où nous n*ayons encore, depuis plus de vingt ans, tiré ancon parti de notre possession.

Si pourtant il plaisait à TAngleterre de nous empêcher de relâcher sur la route du Tonkin, à Aden, à Cejlan oa i Singapoor, nous ne saurions où prendre du charbon et de Teau, alors que chez nous, à Obock, nous pouvons avoir Tan et Tautre. D'ailleurs le charbon coûte très cher à Aden, 60 ou 65 francs la tonne, parce qu'il vient d'Angleterre, tandis qu'à Obock nous le possédons à fleur de terre et de qualité excellente. Aden n'a pas plus d'eau que de charbon: dans ce pays torride, aride et rôti, l'eau potable coûte 22 fr.50 la tonne; on ne trouve pas de végétation, pas de bob de construction par conséquent, comme il en existe à Obock. La rade d'Obock présente, en outre, une profondeur pins grande que celle d'Aden et recevra des navires d'an plus fort tonnage.

A tous ces avantages il convient d'ajouter réoonomîe, que ferait la France, par Tusage de notre possession jiisqu*ici négligée, des droits de port et de pilotage, que nous parons actuellement à l'Angleterre.

Les populations, qui nous entourent, n*y trouveraient pas moins d'avantages : actuellement les caravanes dWbjssînie viennent i Zeilha, où elles payent des droits de douane^ qui s'élèvent jusqu'à 11 • ^; elles en payent d autres i Aden. En outre œ petit trajet de Zeilah à Aden, qui pourrait se faire en 24 heures, les petits lougres non pontés mettent parfois 1 AJOUTS à Texécuter, lorsque la mousson est mauraise.

Nous gagnerions en somme ce que perdrait Aden ; nctnellement le commence d'Aden atteint SO millions dont 30 aJhons avtv TAbyssinie et le pays des Çonulis; tont ie coomerce. qui correspond i œs 20 millions, passerait i Oicck el nos voisins trouveraient des facâlitâs, qui ancnMsteffmxs.; considérablement son importance. Cest hkn œ que oottjrv^

naît l*mfortané ▼ojageur Arnonx, assassiné lui aussi : il Toolait faire d'Obock la route de tout le commerce de l'Afrique centrale et se proposait de créer une colonie française au Choa, en Abyssinie, où une concession lui avait été faite; cette colonie du Choa serait devenue le grand entrepôt du commerce et aurait été reliée à Obock par un chemin de fer, en même temps qu'une autre voie, celle-là non ferrée à cause des rampes formidables, qui sont inévitables dans cette partie de TAbyssinie, serait partie également d'Obock et aurait été chercher à Gondar les marchandises qu*y apportent les caravanes. Obock, dans ce projet, devenait une véritable tête de ligne africaine.

Il n'est pas nécessaire de se complaire dans de si belles espérances, pour apprécier les avantages de ce point pour le trafic de nos colonies de la Réunion, de Nossi-Bé et de Mayotte : ils sont dès aujourd'hui de toute évidence. Tout cela a d'ailleurs été bien compris et les chambres syndicales parisiennes ont émis le vobu, < que le projet de fonder des comptoirs commerciaux à Obock soit réalisé promptement par le concours de l'initiative privée et du gouvernement ».

IV. Population. — La population de ce pays, ainsi que celle de la zone voisine, mérite ^ plusieurs égards de fixer notre attention.

§ 1. Les Çomalis^ habitants de l'ancienne région des aromates, ont dans les veines, d'après les recherches de M. Revoil, du sang grec et du sang romain, peut-être même du sang égyptien; l'élément arabe domine actuellement. Il y a là, dans tous les cas, des éléments intelligents, dont nous pouvons tirer parti, non, certes, pour une colonisation de conquête, mais pour ouvrir des débouchés à notre commerce et offrir une place sur notre marché à toutes les richesses de cette contrée.

§ 2. Les Bogos chrétiens, catholiques ont une

tion identique à celle des patriciens et de lean clients i Rose. Ils s'étaient, il y a quelques années, placés soas le protectoni de la France, mais en 1872 nous ayons laissé TÉgypte occuper leur pays.

§ 3. Les Baréa. — Une petite colonie française ayaiték fondée par M. Raoul du Bisson, en 1864, dans le pays des | Baréa, à Kouffit, un peu à Touest du pays des Bogos, également sur la frontière d'Âbyssinie.

§ 4. Les Abyssins proprement dits sont un mélange d'une population négroïde autochtone et d*une race sans doute caocasique, au nez aquilin, à la figure droite, au front large, aux cheveux longs et tressés. Larrey, le père, trouvait qoe cette population offrait la plus grande ressemblance atec les momies d'Egypte; ChampoUion lui attribuait du reste U colonisation de ce pays. 11 est certain, qu'un croisement a ec lieu avec les Arabes au viP siècle et il paraît probable, qu*Qn autre croisement a eu lieu avec les Berbères.

Les Gallas^ qui occupent surtout Test et le sud-est de i'Abyssinie, sont ceux qui répondent le mieux au type précédemment décrit; la plupart sont chrétiens, quelques-uni sont mahométans.

Les Felachas occupent surtout le centre de rAbyssinie: ils sont juifs de religion, mais n*ont rien du type sémite. leur teint est foncé, d'un noir rougeâtre; leur type est asse; négroïde.

Les Abyssins doivent être pour nous des alliés précieux. A rheure où le mahométisme soulève une dernière fois les populations du Soudan oriental contre TEgypte et contre l'Europe représentée par l'Angleterre, notre rôle est de protéger cette nation intelligente et non mahométane de l'Abyssinie. Le roi de Choa, Ménélick, est un homme intelligent: il aime la France; son conseiller, son ami intime est un Français, le D' Hamon, à qui il a donné tout on territoire

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i pour 7 foire raoclimatation du quinquina. Le roi Ménélick ■ éeriyait dernièrement an directeur du Jardin d'acclimatation . pour lui annoncer Tenvoi d*animaax d*Abyssinie; il ne demande qu*à aider les Français à faire chez lui de la sériciculture, à cultiver la vigne, Tolivier. C'est lui-même, qui s'occupe actuellement de la construction d'un chemin de fer, qui irait de Choa àObock.

M. David, dans une récente étude sur Obock port français^ n'hésite pas à dire que € la vraie route de l'Afrique centrale c'est l'Abyssinie; c'est en s'appuyant, ajoute-t-il, sur ce brave peuple abyssin, que Ton pourra faire pénétrer la civilisation et le commerce dans les régions centrales du continent mystérieux ». Le roi Johannes Kassa, le négus qui règne dans le Tigré à Âdoua et dans TAmbara à Grondar, comme le roi Ménélick règne à Ankober dans le Choa, la troisième des divisions de l'Abyssinie, se montre tout aussi favorable aux Français que ce dernier.

V. La France sur la mer Rougb. — § 1. Possessions françaises. — M. Romanet du Caillaud faisait dernièrement à la Société de géographie une communication importante, qui avait pour but de montrer combien la France, au milieu (les événements considérables dont le Soudan oriental est actuellement le théâtre, aurait tort d'oublier, que du temps (le nos anciennes relations avec les Bogos et les habitants de KoufBt nous avions reçu jadis du roi du Tigré la cession do la province de Hamazen ; qu'à peu près à la même époque, vers 1835, une compagnie nanto-bordelaise avait acheté le port (lËdd, sur le littoral abyssin, par 14* lat. N.; qu'enfin en 1859 la France avait acheté du Tigré les Iles d*Ouda et de Dessi, ainsi que le port de Zoulla, l'ancienne Adulis. L'Ile de Dessi, à l'entrée de la baie d' Adulis, possède de bonnes eaux, des pâturages capables de nourrir 500 ou 600 bétes à cornes et trois rades bien abritées ; aucun de ces points n'a encore été occupé. En outre, en face de l'île anglaise de Périm, sur la côte ara*

bique, nous possédons, dit M. Romanet du Caillaud, la baie di Cheick-Saïd ; une maison de Marseille l'a achetée en 1869.

§ 2. Commerce. — Le pays des Çomalis pourrait apporter à Obock la gomme, Tenœns, la myrrhe, la nacre, des bœufs, des moutons et des chevaux. Nous pourrions apporter du riz, des étoffes, de la quincaillerie; nous pourrions surtout faire par la côte orientale de l'Afrique une grande partie du commerce du centre.

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