ACCLIMATEMENT
a donc demandé an gouvernement de la République d'inter- Tenir i Lisbonne pour faire étendre à la Réunion le privilège dont Mayotte et Nossi-Bé sont seules à jouir jusqu'ici. Rien n'est plus juste.
§ 4. Acclimatement. — Les races, qui se sont rencontrées sur le sol de la Réunion, même la race blanche, peuvent passer pour acclimatées. Un recensement fait en 1847 portait le nombre des blancs à 31 818, dont 16 182 du sexe masculin et 15636 du sexe féminin. Cette proportion, qui est normale, indique en général la situation prospère d*un groupe ethnique et son acclimatement au milieu où il vit. D'autres documents puisés par le Ministère de la marine, à une autre époque, indiquaient pour la population blanche, de 1843 i 1847, une proportion annuelle de 68 décès pour 100 naissances; elle allait donc en augmentant par elle-même et en dehors de toute importation nouvelle. Les mêmes documents nous montrent, il est vrai, pour la population esclave, 155 décès pour 100 naissances; mais cela tient aux conditions sociales mêmes de Tesclavage et non à faction défavorable du climat sur la race noire, car cette race prospère dans ces régions et la même statistique nous apprend, que la population noire libre avait, à la même époque, 68 décès pour 100 naissances. L'acclimatement des races est donc un fait acquis.
La Réunion présente, en effet, par Taccès facile de ses altitudes à proximité des centres de population, un avantage précieux pour Tacclimatation des coIods :
Les habitants de Saint-Denis échappent aux chaleurs de rhivemage en allant à 400-600-1 000 mètres sur la montagne de Brûlé.
Les hauteurs de Salazie, à 019 mètres, près du Piton des Neiges, sont célèbres : elles ont Tavantage de posséder une source thermale de -f* 32^« ^'"° débit de 1 000 litres par heure et dont la minéralisation riche (bicarbonate de soude 0^,535 et acide carbonique Ubre 1«',0782 par litre) peut
vir d'une manière salutaire aux personnes qui revienneatii Madagascar atteintes de la fièvre ou de lésions dn foie et àt l'estomac. «
Les hauteurs de Cilaos, à 1 250 mètres, plus saines qn celles de Salazie, dit le D' Delteil, mais moins recherdiées. parce qu'elles ne présentent pas de local installé pour les valétudinaires, possèdent également une source d*nne température constante de + 30<> et d'une minéralisation analogw à celle de l'eau de Salazie.
Les hauteurs de Mafat, à 682 mètres, sont pourmes d*iue eau sulfureuse, minéralisée par le sulfure de sodinm et l'acide sulfhydrique, d'une température de + 30<^ qui rappelle la Raillière, Saint-Sauveur, Cauterets et Âmélie-les-Bains.
D'autres sources, celle du Bras-Rouge qui présente use température de + 38^, les eaux bicarbonatées ferrugineuses de Saint-Gilles, de Goulfray et de Saint-François pourraient également rendre de grands services et favoriser singulièrement l'acclimatement des races.
Quant à l'acclimatement individuel il était lui-même excellent, jusqu'à une époque, qui n'est pas très éloignée de noos: de 1819 à 1827 la mortalité de la garnison était, à la Réonion, d'après Dutrouleau, de 1,72 pour 100, à peine supérieure à ce qu'elle était en France dans le même temps (1,10 pour 100).
Nous verrons tout à l'heure dans quelle mesure, pour quelle cause les conditions de milieu ont changé et comment Tantique réputation de salubrité de notre jolie colonie est i la veille de se perdre.
Salubrité. — % \. La fièvre. — Le changement, qui s'est opéré depuis quelque temps dans la salubrité de la Réunion, tient à la présence d*une maladie nouvelle, qui est venue se joindre à Y hématurie^ à la lèpre^ i la phtisie^ i
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la diairbée des enfants on tambave^ à l'alcoolisme; cette maladie nonvelle dans notre colonie est la fièvre intermittente palustre. Depuis ce temps elle étend chaque année ses ravages et Saint-Denis, yille de 3000 habitants, dont la mortalité était autrefois de 3,15 pour 100, moindre que celle de Brest qui est de 3,28 pour 100, présente aujourd'hui une mortalité de 4,02 pour 100. Les Indous sont souvent atteints. La fièvre paludéenne était presque inconnue à la Réunion, lorsqu'elle se déclara en 1869 dans plusieurs points, notamment dans les communes de Saint-André et de Sainte-Suzanne. L'explosion était plus apparente que réelle, attendu que, depuis plusieurs années, on voyait, de temps en temps, apparaître des cas de fièvre isolés. La première idée, qui vint à l'esprit des habitants, fut que la fièvre paludéenne avait été apportée de Maurice ; mais la fièvre des marais ne voyage, qu'autant qu'on fait voyager l'eau même du marais, qui en recèle les germes. Il n'y a donc pas eu d*importation.
§ 2. Déboisement. — L'origine de la fièvre a été attribuée, non sans raison, à certains travaux : I*irrigation des champs de canne a pris depuis plusieurs années un développement inusité et les rigoles mal entretenues forment des flaques d*eau croupissante; mais le véritable producteur des conditions nouvelles si favorables à la malaria c'est le déboisement.
Autrefois Tîle était couverte de forêts; les pluies étaient plus régulières qu'aujourd'hui, où les 3/5 dos forêts ont été incendiées : on ne voyait point ces alternatives de sécheresse et d'humidité, qu'on remarque aujourd'hui. Les sources étaient abondantes; certaines rivières, aujourd'hui dormantes et fangeuses, qui changent volontiers leurs méandres prt^sque immobiles en marais plus ou moins stagnants, portaient à la mer un volume d'eau considérable et déblayaient elles-mêmes, par la propulsion de leurs eaux rapides, leur embouchure aujourd'hui obstruée par les galets.
Bory de SaintrVincent avait admirablement décrit
avance ce qui se passe aujourd'hui, quand il ayait dit : cLofécondité de Bourbon, grâce au déboisement et à la rareté des pluies qui en sera la conséquence, sera un jour coniDe Taridité de TÂrabie, de TÉgypte, de la Perse et de tut d*autres déserts, la preuve indiscutable de l'ancienne possession de l'homme Lorsqu'il a longtemps abusé de ses oo&-
quêtes et qu'il est enfin obligé d'abandonner le sol qui li nourri, il ne le quitte qu'après avoir tout épuisé et quasd rien ne peut plus y vivre. »
En attendant que la prédiction de Bory de Saint-VinceDi se réalise, le sol arable dépourvu d'arbres, sur des pentes souvent inclinées à 45o, n'est plus retenu par les racines; la plak l'entraine vers la mer et, en même temps que sa disparitioii produit la stérilité sur la montagne d'où il a été arraché, il forme au bas des pentes des alluvions, qui retiennent l'ean et amènent toutes les conséquences de la malaria. La dislocation même des terrains peut être la conséquence du débois^ ment : la catastrophe du 26 novembre 1875 n'est pas due. comme on Ta cru et comme cela avait eu lieu en 1772, i Taction volcanique directe; il n'y a pas eu le moindre tremblement de terre précurseur. Le phénomène a été dû à l'action des eaux pluviales et de l'air sur un sol déboisé, compose de roches perméables dont les masses étaient mal équilibrées C'est par un mouvement de glissement que, sur les su heures du soir, une partie du Piton des Neiges et du Gros- Morne s'écroula dans le cirque de Salazie, recouvrant de se? décombres 150 hectares de terre, sur une épaisseur de 40 î 00 mètres.
§ 3. Travaux d'assainissement. Reboisement. — Quo n'a-t-on pas proposé pour empêcher le pays de prendre et de garder cette physionomie paludéenne, qu'il n'avait pas autrefois! On a conseillé de combler les lagunes avec les galets, sans songer que cela coûterait des millions et que la mer recommencerait à apporter d'autres galets puis i creuser
d'antres lagunes. On a profosé de i ifier le cours des flenves à leur emboachore ; maiso c erait nne dépense aussi oonsidérable qu*inatile, car iuvions, entraînées par le
ooorant, ne tarderaient pas à barrer de nouveau Tembou* ohure.
Il n'existe en réalité qu'un remède, c'est le reboisement ^ |tii r^ularisera les saisons et les pluies, qui augmentera le 9oars des fleuves, diminuera leur puissance alluvionnaire et empêchera Tlle d'envoyer tout son sol arable à la mer ou sur les côtes, o4 il devient l'occasion de la formation de lagunes »t de marigots, qui pendant la saison sèche sont pestilentiels.
Le reboisement sera d'ailleurs secondé favorablement par une canalisation bien faite des terres submersibles et par la plantation de rideaux d'arbres de chaque côte des marais formés.
II. Acclimatation. Culture. — § 1. Facilité de Vacclimatation à la Réunion. Son histoire. — Par la diversité de son climat la Réunion se prêtait à merveille à l'accli* matation ; aussi à peu près tout ce qu'elle possède a-t-il été importé. Le passé peut donc faire préjuger de l'avenir et nous devons chercher à développer l'acclimatation dans cette colonie.
Les chèvres et \es porcs ont été laissés dans l'ile par les premiers Portugais qui l'ont abordée. Ils multiplièrent tellement, que lorsqu'elle fut visitée plus tard, on trouva des bandes nombreuses de ces animaux dans les forêts; quelques chèvres sauvages ou cabris marrofis existent encore dans les lieux retirés.
L'espèce bovitie a été importée par Flacourt, qui, en 1649, envoya 4 génisses et 1 taureau de Madagascar. A la fin du siècle dernier des troupeaux de ces animaux sauvages exis* talent encore, notamment aux environs du quartier Saint- Paul, où les créoles s'amusaient à les chasser. La race bovine de Madagascar est entretenue par des importations de chaque
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jour. Les vaches bretonnes et normandes, qti*on importe, loit bien supérieures comme laitières, mais à la troisième gêné ration la vache créole, d'origine normande, devient auss sèche que celle de Madagascar. Le cerf a été importé, mn a été rapidement détruit, tandis qu'il est encore commui dans les plaines immenses de Maurice.
Le lapin importé n'a pas réussi : les terriers se rempLssaient d'eau pendant les grandes pluies. Le lièvre au contraire est devenu abondant.
Un lémurien, le Tnaki vari {Lemur mococo)^ a éw importé de Madagascar ; sa chair est fort estimée.
Les chevaux apportés par les premiers colons étaient redevenus sauvages, s*il faut en croire Bory de Saint-Vincent. Le Di" Vinson constate, qu'actuellement il existe à la Réunion une race spéciale, qui paraît descendre de la race d'Abrssinic. Ces chevaux sont assez laids, maigres, mais ardents, sobres et ont le pied très sûr; un grand nombre ont les jeui vairons. Ce savant confrère fait à ce propos une remarque fort curieuse : « Quelques autres espèces d'animaux présentent, dit-il, ce phénomène, que j'ai rencontré même chez des femmes créoles, que cette originalité ne dépare point. »
Le croisement de \di jument du pays avec Tâne de Mascate ou de Poitou a donné des mulets du pays fort estimés dans
nie.
Les tortues étaient jadis très abondantes à la Réunion; elles ont disparu. On en consomme encore dans l'alimentation un grand nombre, qu'on fait venir de Madagascar.
L'île n'avait pas de serpents; une couleuvre ^ henreasement inofTensive, a été apportée fortuitement de Madagascar, il y a une quinzaine d'années, dans les sacs remplis d'os qu'on amène à la Réunion pour la fabrication du noir animal. Ce reptile a eu pour effet de faire diminuer considérablement le nombre des souris et de détruire le beau gecko de là Réunion (Platydactylus cepedianus) : nouvel exemple de l'intime solidarité des êtres d'un même pays.
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Le coq de Sanghal, le coq de Cafrerie aux os noirs, celui du Japon an plnmage cotonneux et frisé, le dindon^ la pintade de rinde ont été acclimatés; la pintade de Madagascar et celle d'Afrique n'ont pu Tétre encore.
A cette liste il faut ajouter Voie de Madagascar, les co* nards^ pigeons^ de nombreux oiseaux. En 1767 les sauterelles dévoraient les récoltes de la Héunion : Poivre introduisit le martin {Acridotheres trtstts)^ qui s'est tellement propagé, qu'il est devenu un fléau pour les fruits; le D^ Vinson a conseillé son introduction en Algérie. Le moùieau se propage de même aujourd'hui à la Réunion « avec une d&astreuse fécondité ».
Trois précieux poissons ont été acclimatés : le cyprin doré de la Chine a été d'abord apporté à l'tle de France par M. Géré, directeur du jardin des Pamplemousses ; il fut de là amené à Bourbon, où il est souvent désigné sous le nom de céré.
Le gonvami ou gouramier (Osphromenus olfax) est une des plus précieuses conquét<es de la pisciculture; Commerson, qui avait le premier signalé ce poisson, disait de lui : « Jamais, ni parmi les poissons de mer, ni parmi ceux de rivière, je n'ai goûté rien de plus exquis. » C'était en Chine qu*il Tavait rencontré. De là le gourami avait été porté à Java, à Madura, Punang, Bornéo, Sumatra, Malacca; il fut introduit, en 1761, par Surville à Tlle de France, où Commerson le vit en 1770. De là le gourami fut porté à Bourbon, t)ù, en 1795, Desmanières en tenta l'acclimatation dans des rivières, sur les hauteurs du quartier de Sainte-Suzanne. Il échoua pendant une vingtaine d'années et il ne réussit à les faire multiplier, que lorsqu'il eut transporté ses poissons dans un vivier placé sur le littoral. € Souvent, dit à ce propos le D' Vinson, qui a lui-même tant fait pour Tacclimatation i la Kéunion et à qui j'emprunte la plupart de ces renseignements, r acclimatation tient à des causes bien simples en apparence et qu on est longtemps à connaître. » Depuis cette époque le
gourami 8*est répandu à la Réanion ; il atteint ordinairenetf le poids de 8-10 kilos. Le B^ Vinson en a yu de 16 kilos! Le plus volumineux de ces poissons, qu*il ait rencontré, messrait 0"',92 de long et 0°',39 de large; mais Dn Petit-Thoun en a vu à Java de 2 mètres de long. Le gourami a été porte | de la Réunion aux Antilles et à Cayenne, en 1818, par Moreau de Jonnès. Les essais faits pour l'acclimatation de ce poisson en France et en Algérie ne semblent pas avoir encore réussi. L'Australie a été plus heureuse.
La carpe a été acclimatée, en 1830, par les soins de M. Lemarchand.
L'acclimatation des végétaux n*a pas été moins heureuse: elle se fait du reste quelquefois malgré la volonté de Thomme. Ainsi le D>^ Vinson signale l'apparition à la Réunion d'une plante vivace, aquatique, à fleurs jaunes, qui a été apportée par les coolies de l'Inde ; les graines de cette plante presque impercepli blés se son t attachées à leur pagne et à leurs vêtements, alors qu'ils les ont fait sécher aux bords des fleuves de Tlnde. Arrivés à la Réunion les coolies lavent leurs pagnes dans les cours d'eau et sèment les graines ainsi rapportées.
L'ile de la Réunion n'avait d'ailleurs originairement que des forêts et tout a été apporté : le blé est venu de France et de rinde, le riz et le maïs de Madagascar. Mahé de Labourdonnais a introduit le mayiioc du Brésil. Le café a été introduit de Moka en 1717; sa culture n'occupe plus aujourd'hui que 4163 hectares. Poivre en 1766 et Joseph Hubert en 1772 apportèrent les épices^ le muscadier^ le giroflier; pendant près de 60 ans cette culture fit la fortune de Bourbon. En 1806, en une seule nuit, Touragan détruisit presque tout; ce qu'il avait épargné fut emporté par un autre ouragan en
Le cacaoyer introduit à la même époque est encore prospère.
Le vanillier a été introduit en 1819 par Philibert. Longtemps adonnée à la culture des épices et du café
cokmie de Bourbon ne songeait pas à la canne à sucre. i destruction de toutes les cultures d*épices fit adopter cette mte pour culture presque unique. La Réunion, qui achetait lis son sucre, vit pour la première fois la canne rouge ns les propriétés de M. Fréon, à Belle-Eau, en 1844; en 49 elle fabriquait 9800000 kilos de sucre; en 1860 la x>lte atteignait 38000000 de kilos. La canne aujourlui envahit tout et, en 1873, elle occupait 43 673 hectares, ile mourrait de faim, si elle devait se suffire elle-même, r la canne a tout envahi. Le régime social et économique iiè bouleversé par les nécessités spéciales de main-d'œuvre, *exige cette culture industrielle, et Tile est devenue une mense usine à sucre. Maintenant que la colonie est lan- ) dans cette voie, voilà la canne elle-même qui dépérit : sol semble épuisé par cette culture unique, qui nécessite iintenant Tachât de quantités considérables de guano. Le rasitisme l'envahit en outre : le borer ou procréas sacariphagus et \e pou à poche blanche^ les chenilles de rers lépidoptères, divers pucerons s'attaquent à la canne, ces parasites plus ou moios gros se joint enfin un champion microscopique, qui s'étend sur les feuilles sous forme me mousse blanche. Cette maladie des cannes à sucre de la lonie est analogue à celles qui ont envahi à des époques rérentes les végétaux d'autres contrées, non seulement en irope, mais en Amérique et dans les Iles de l'archipel des ttilles, où le maKs, par exemple, a été frappé par un chamfuon du genre sclerotium.
A toutes ces conquêtes de l'acclimatation il convient ijouter le iabac^ qui occupe actuellement 693 hectares; espèces ou variétés de fruits comestibles, qui marquent les iquétes des temps passés et surtout du siècle dernier; les mbreuses variétés de mangue, le mangoustan, le letchi iquis par Labillardière ; l'avocatier par de Lesquelin; la made, l'ananas, les dattes de Mascate, les oranges et les rons de toutes sortes, l'atle, la sapote, l'évi, la nèfle du
Japon, la pèche vulgarisée jusque dans les bois, la fraise, li pomme de France, Tabricot acclimaté à Orère par M. 0. Lemarchand, etc. Le mouvement se continuera, car il existe à la Réunion une Société d' acclimatation très active et, ce qui est indispensable, une pléiade d*acclimatatears riches, persévérants et habiles, en tète desquels il conyient de citer le Dr Vinson.
§ 2. L'avenir de Vacclimataiion à la Réunion. — D reste encore beaucoup à faire ; il reste des tentatives à poursuivre :
V Eucalyptus. L*existence, à la Réunion, de fièvres inte^ mittentes, qui, jusque il y a une quinzaine d'années, D*avaieDt pas été signalées, a rendu urgente Tintroduction de Veucalyptiis. Les E. gigantea^ E. robusta et E. globulus ont été introduits en 1854 par les soins de M. Richard. Des essais ont été faits à 900 mètres d'altitude, à Saint-Leu, par M. de Château vieux. Malheureusement un grand nombre ont ét^ détruits par Touragan. On a pu néanmoins constater, que 11 arbres plantés à Saint-Denis en 1866 et déracinés par 1 ouragan, en 1869, avaient atteint en moyenne une hauteur de 10 mètres sur une circonférence de0°»,65, à 1 mètre du sol. M. Desaifres, ancien chef du service des eaux et forêts, est d'avis, que c'est sous l'abri protecteur des futaies, qu'il faudrait tenter de nouveaux essais pour multiplier cette essence i la Réunion. Cet arbre pourrait alors être employé avec avantage pour le reboisement. M. Richard estime, que les localités les plus convenables ne doivent pas dépasser 1 000 ou 1 200 mètres d'altitude; il recommande surtout VE. robusta et il attribue les insuccès, qui ont jusqu'ici été constatés, à ce qa*on n*a pas su tenir compte de deux conditions essentielles : la profondeur du sol et l'abri suflSsant.
Le Cinchona. L'acclimatation des cinchonas est d'autant plus indiquée à la Réunion, que les âèvres d'accès de plus en plus fréquentes rendent la précieuse écorce de*plus en plot
ÀCGUMATÀTION. — CULTURB. 347
néoetnire. C'est en 1866, que, sur la demande du D^ Yinaon •t de M. Morin, des graines de quinquina fuient expédiées par le général Morin et par M. Decaisne. On fit lever ces graines sor la côte; des plants à'offtcinalis furent transportés A Salazie i 1 200 mètres d'altitude, A l'IUette A Guillaume A 1000 mètres; des plants de Calisaya furent placés au Brûlé à 1 200 mètres et A Saint-Leu A 1 200 mètres. Les plantations A Tombre réussissent mieux que celles qui sont exposées aux rayons du soleil; il est donc possible de planter les quinquinas A l'abri des forêts, ce qui les met, en outre, A l'abri des cjclones.
La venue d'un nouveau végétal dans une contrée est toujours une aubaine pour quelque animal ou quelque autre végétal, qui va ronger ses feuilles ou vivre sur lui en parasite : c'est ainsi que le D' Vinson a pu constater, que la chenille vert-bleu du spbynx du laurier-rose, le Deilephila nerii^ rongeait les feuilles de ses quinquinas.
Néanmoins la Réunion présente toutes les conditions voulues pour racclimatation du cùichona; elle est beaucoup mieux constituée pour recevoir cette culture que l'Ile Maurice, où ne se trouvent pas les altitudes favorables.
Les arbres à caoutchouc attirent, avec raison, l'attention de quelques colons : M. Frappier de Montbenoit, conducteur des ponts et chaussées, M. Delteil, pharmacien de la marine et M. Emile Trouette ont fait voir tout le parti que la colonie pourrait retirer du ficus elaslica; des graines de vahea ffummifera furent demandées A Madagascar et on fit venir (le la Guyane des graines à'hetea. M. Trouette songe, en outre, A utiliser une asclepiadée de la Réunion, le cryptoS" tegia madagascariensis^ dont les feuilles, les tiges et le fruit contiennent un suc analogue au caoutchouc. 2 000 plants de cette liane ont été mis en culture; ils peuvent être exploités dès la première année. M. Trouette a fait venir, enfin, (le Saigon, Yurceola elastica de la Sonde, Vecdysanthera glandulifera^ le thior (isonandra krantsii)^ arbre du
Cambodge, riche en gntta-percha, découTeri par M. Pient directeur du Jardin public de Saigon.
L'avenir n'a pas encore décidé de ce qu*il en sera de oei diverses cultures; il est permis d*espérer, qu'elles seront on jour une source de revenu considérable, car, du mois de joillet 1870 au mois d*août 1873, la quantité de caoatchoac de Madagascar vendu sur la place de Saint-Denis a attein; 331825 kilogrammes, soit une valeur de 1 172835 francs. Mais M. Trouette croit savoir, que, depuis cette époque, le produit du caoutchouc de Madagascar a diminué, parce que les Malgaches détruisent les lianes, afin d'échapper aux corvées, qui leur sont imposées pour sa récolte par la reine des Hovas. Il y a donc là, pour la Réunion, une place à prendre.
Le Téosinté, M. Trouette s'est également adonné à Tacclimatation à la Réunion de cette plante fourragère. C'est une graminée de haute taille, qui tient le milieu entre le mais et la canne. Originaire du Guatemala elle y est connue, par les botanistes, sous le nom de Reana luœurtans. Les mules, les chevaux, les bœufs se jettent sur elle et mangent tout, jusqu'aux tiges et aux racines, ce qui indique, pense M. Trouette, un végétal très saccharifère. Il croit qu'on pourrait en extraire du sucre et de Talcool. On dit qu'une seule touflfe suffit pour nourrir pendant 30 heures un couple de grands bœufs de charrue.
Il y aurait également lieu de cultiver à la Réunion To/ivïer^ la rainie^ Vigname de Madagascar.
Sériciculture. Les végétaux ne doivent pas exclusivement occuper les colons : la sériciculture mérite de fixer leur attention.
On trouve à Madagascar une soie, que les indigènes appellent soie sauvage {landy-dy ou landy-bèy grande soie). Elle est recherchée par sa solidité. On voit des cocons, qui pèsent 8 grammes et quelques-uns 12 grammes. On les trouve suspendus aux arbres les plus élevés : ils ressemblent à des nids d'oiseaux. Ces cocons sont formés par plusieurs vers à soie.
qui 8*a880cieiit pour ce trayail. On a yaineroent essayé de les dévider par les procédés du tirage de la soie. Lorsqne les indigènes en ont ramassé nne certaine quantité, ils mettent le tout dans Teau, qu'ils font bouillir un moment (à Saint- Angustin, côte sud-ouest, ils les lavent à cinq eaux différentes); ensuite ils déchirent les cocons et les filent au fuseau.
Bombyx de Vambrevade. Il y a aussi à Madagascar, et particulièrement à Emirina, un autre ver à soie indigène, qui est noir et mesure de 8 à 11 centimètres de longueur sur 1 centimètre de grosseur : les Hovas élèvent ces vers en plein air. Ils les transportent, après Téclosion, sur un arbrisseau nommé ambretade^ qu'on plante dans ce but. Ils les laissent sur ces arbrisseaux, qu'ils ne visitent presque jamais que pour récolter les cocons. Au moment de la récolte ils choisissent quelques-uns des plus beaux cocons, ils les mettent sur un gros bouchon de foin, qu'ils suspendent sur la toiture de leur maison et, lorsque les œufs sont éclos, ils les portent sur les ambrevades. On ne peut pas non plus dévider ces cocons, qui produisent une soie très forte et de longue durée. Les Hovas ont rhabitude de couvrir leurs morts de cette soie : il y a même des familles riches qui les enveloppent dans vingt-cinq et quarante lambas de cette soie. Chaque lamba coûte, en moyenne, 75 francs. Plusieurs de ces lambas se sont conservés' plus de soixante ans dans les tombeaux. Or Vambrevade {cytisxis cajanus) se trouve à la Réunion. La chrysalide que renferme le cocon du bombvx de Tambrevade est en outre comestible; les Hovas la font frire.
Ijandy-antaneiy . Enfin, d'après le P. Jouen, supérieur de la mission de Madagascar, a qui j'emprunte ces renseignements, il y a aussi à Émirina des vers à soie nommés par les indigènes landy-antanety (vers de torro). Ces vers se nourrissent de rherbe des montagnes et des plaines. Ils font leurs cocons presque dans la terre; lorsque les gens du pays ne voient plus les chenilles serpenter sur la terre, ils mettent le feu aux herbes des montagnes, ils cherchent ensuite les cocons
avec une petite pièce de bois on de fer. On fait avec cetk soie des tissus très légers, qui n*ont pas la même valeur qite ceux fabriqués avec les soies précédentes.
IV. Travaux publics. — § 1 . Ports. — Il faut que not^ colonie se lance dans Texécution de grands trayaax publics, si elle ne veut, et pour toujours, être dépassée par Mauhœ Il faut qu'elle soit moins isolée; or actuellement elle esi inabordable : sur 435 navires qui Tout visitée en 1879, oc compte 30 étrangers seulement. Il faut que sa partie sous le veni^ à l'ouest, soit munie d'un bon port.
Jadis la Réunion n'avait que deux mauvaises rades, Saint- Paul et Saint-Denis ; Saint-Pierre s'est créé ensnite. Un projet de M. Pallu de la Barrière consiste à crenser la pointe aux galets et à faire un port magnifique.
§ 2. Chemin de fer. — Il faut qu'un chemin de fer fasse
le tour de l'île comme à Maurice.
§ 3. Câble sous-marin. — Si un câble sous-marin reliait la Réunion non seulement au reste du monde mais i Maurice, il y aurait d'abord pour les affaires de précieux avantages, il y aurait surtout une grande sécurité pour notre colonie. Les cyclones, dans leur trajet presque régulier, arrivent en effet presque toujours à Maurice 18 ou 24 heures plus tôt qu'à la Réunion : il serait donc aisé de prendre ses précautions, si Maurice pouvait prévenir sa voisine par télégraphe.
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