‹ La colonisation scientifique et les colonies françaisesChapitre 91 sur 122 · POPULATION DB L'INDO-CHINE · texte numérisé non relu

POPULATION DB L'INDO-CHINE

Comme le Chinois TAnnamite est sans religion, aussi ne sont-ce pas les hommes les plus intelligents, que les missionnaires catholiques amènent à eux. Ce qui caractérise Torganisation annamite et ce qui fait sa valeur et sa force, c'est ce que M. Le Myre de Villers a nommé, avec raison, le coHeolivisme familial. L^Ânnamite comme le Chinois est éminemment laïque et civil : il est ainsi également à Tabri du militarisme et de la religiosité.

§ 9. Chinois. — Les Chinois sont nombreux en Indo- Chine. Dans la Cochinchine seule ils sont au nombre de 60000 environ. Cholen, sur 50000 habitants, compte 10000 Chinois. Partout ils servent d'intermédiaires entre les Européens et les indigènes, qui, eux, n'ont aucune aptitude pour les affaires. Le commerce est tout entier dans leurs mains : laborieux, industrieux, constants, économes, Après au gain, sachant parfois se contenter d'un mince bénéfice, ils vendent le plus souvent meilleur marché que les commerçants européens.

§ 10. Métis. — Les Annamites, les Chinois, les Cambodjiens et les Européens sont trop souvent en contact, pour que de nombreux métis n'aient pas pris naissance.

Les métis de Chinois et de femme annamite portent le nom de Minhoung. Ils sont nombreux et passent pour supérieurs aux deux races, qui leur ont donné naissance. Us parlent Tannamile avec accent chinois; ils se rasent la tête sur le sommet, mais ne portent pas de natte comme les Chinois; ils roulent leurs cheveux et les relèvent i la façon d'un chignon. On rencontre également des métis ChinoiS'Cam' hodjiens : les métis de Cambodjien et d'Annamite sont rares, car les deux races sont toujours en hostilité; on voit cependant à Chaudoc un certain nombre de métis d'Annamite et de Cambodjienne; on voit encore quelques métis de Portugais et de Cambodjienne; les métis de Français et d'Annamite sont fréquents à Saigon; les femmes sont jolies.

396 COCHINCHINB.

Les Indous de Malabar sont nombreux en Cochinchine. Ils font surtout le commerce de l'argent, des chevaux, des voitures, du lait, des étoffes et des liqueurs.

§ 11. Acclimatement des diverses races. — Les animaiix^ que nous avons apportés en Ck)chinchine, sont loin d'avoir tous obtenu leur acclimatement : les moutons^ qu^on fait venir de Chine, résistent beaucoup moins bien que ceux qui viennent d*Âden; aussi la viande de mouton est-elle assez rare à Saigon.

Les chevaux d'Egypte et ceux d'Australie, qui sont d'origine anglaise, se fatiguent vite et ne résistent pas, comme le font ceux de la petite race annamite. Le meilleur cheval du pays est le petit cheval cambodjien : son allure est l'amble. Les ânes ne résistent pas non plus.

Le chien d'Europe perd lui-même la plupart de ses qualités, notamment le flair. Ses métis avec les chiennes indigènes sont cependant bons : leur oreille est d'un type intermédiaire entre l'oreille droite du chien indigène et l'oreille tombante du chien européen.

Les Européeyis et notamment les Français ne sont pas encore acclimatés : leur système nerveux devient irritable, l'œil apparaît vif et brillant. Le D^ Morice et le D' Mondièro ont constaté, combien était frappant le changement de caractère, qui devient violent ; le travail intellectuel est diflScile, la mémoire se perd. Sans doute on évite un certain nombre des inconvénients du pays en gagnant les faibles altitudes qu'il présente; les malades atteints de diarrhée et de dysenterie se trouvent bien d'un séjour à Tai-Ning ou au cap Saint-Jacques, mais, quoi qu'on fasse, il est di£5cile de prolonger son séjour en Cochinchine pendant plus de trois ans consécutifs. Les Européens, qui n'ont pas quitté la colonie ïlepuis 0 ans, 9 ans, 10 ans et qu'on montre avec orgueil aux nouveaux débarqués, sont des exceptions rares et la plupart des Européens ne peuvent se dispenser de revenir en

ACCLIMATBMENT DBS DIVERSES RACES. 307

Europe oa d'aller au Japon. Les Français dn Midi sont plus nombreux que ceux du Nord, mais on n*a pas remarqué, que les premiers supportassent mieux le climat que les seconds; les uns et les autres, lorsqu'ils arrivent en bon état de santé, ont beaucoup plus de chances d'acclimatement que les créoles de la Réunion et des Antilles, qui commettent généralement Terreur de se croire pour ainsi dire acclimatés de droit dans les pays chauds.

Le seul espoir de V acclimatation des races européennes est donc dans le croisement avec les indigènes, les Chinois, les Laotiens, les Annamites, etc.

Les Annamites et les Chinois, tout en payant parfois un léger tribut à Tinfection palustre, acquièrent rapidement une véritable immunité marématique. Les Laotiens résistent bien à la fièvre des boiSy à la diarrhée des montagnes^ formes diverses de Timpaludisme, qui les atteignent dans les régions boisées et dont le sol n*est pas assaini par la culture; cependant Tavantage n*est pas toujours du côté des indigènes, car les épidémies de choléra frappent sur eux bien plus durement que sur les Chinois. Cela ne tient pas seulement à leur conditions d'hygiène inférieures à celles de l'Européen; il y a là aussi une aptitude de race.

Les Annamites n'habitent la basse Cochinchine que depuis 200 ans; ils y sont assurément acclimatés, cependant leur fécondité y est peu considérable. Le D'' Mondière estime son chiffre à 1 naissance par 56 habitants, tandis que la France compte 1 naissance sur 37 habitants et l'Europe 1 sur 29 habitants. Les conditions démographiques varient d'ailleurs suivant les régions : d'après Mondière, l'augmentation annuelle de la population indigène pour 1 000 habitants s'exprime ainsi dans les localités suivantes :

Vinh-Long 2.09

Mylho 3,72

Bassac . . . 3,89

SaïgOD 5,96

Les Annamites déclarent d'ailleurs eax-mémes, que le dima: de la basse Cochinchine est débilitant pour eux. Aussi pln5 au nord, au Tonking par exemple, leur race est-elle beaccoup plus forte. Toutefois le rapport des décès aux naissances est moindre qu*en France. Tandis que nous avons 89,85 décès pour 100 naissances, les Annamites ont eu d'après Hondière. de 1872 à 1878, seulement 81,38 décès pour 100 naissances. C*est là un chiffre moyen, car pour 100 naissances on trouve :

Saïgon 75,760

Mytho 78,672

Bassac 81,853

Vinh-Long 92.895

La mortalité des indigènes et beaucoup plus faible i Chaudoc (1,50 par 1 000 habitants), à Bentré(l,40), Tra-Vinh(l,13), Cholen (1,07), Mytho (1,02), Tanan (0,90), que dans les territoires de Co-gong (2,40), Tay-ninh (2,26) et Hatien (2,00).

.\,tntiniMtra(ion. — Culture et acclimctUition. — Hygiène^ trataux publics. — Le Yunnan. — Le Tomking.

t Administration. — M. de Camé, on des infortunés Liinij. lignons de Garnier, écrivait avec infiniment de raison à Q..ii retour en Europe : € La Louisiane et le Canada nous «•ht, A deux époques néfastes pour notre puissance maritime, lii. happé malgré Teffort de nos armes. La Cochinchine, au i.Hiilr.iire, a vécu et prospéré en dépit de toutes les hé*ilaiiofis <le la inétro|>oIe et Ton peut dire que, de toutes nos en trei.riôt.-ï au dehors, celle-là est la moins calculée et la plus heuivu;^t•, la plus détlaignée et la plus féconde, la plus obscure 1 1 1*4 plus utile. C'est Toeuvre de notre fortune ploi que de iimIu- Volonté. »

INITIATIVE INDIVIDUBLLE. 309

§ 1 . Initiative individuelle. — M. de Carné avait parfaitement raison, mais il serait cependant injuste de méconnaître, que si nous avons été bien servis par la fortune, cela tient surtout à ce que nous avons été secondés par des hommes plus partisans de l'initiative individuelle, qu'on l'est généralement en France et que, profitant de l'expérience acquise i nos dépens, les administrateurs ont su éviter les fautes et les erreurs si souvent commises en Algérie. Il est au moins agréable et rassurant pour Tavenir de croire, que nous avons su nous inspirer de ces paroles profondément sages écrites en 1867 au sujet même de la Cochinchine par M. Siegfried, l'un des fondateurs de l'école supérieure de commerce de Mulhouse : < Il faudrait que les Français, renonçant un peu aux idées qu'ils caressent d'ordinaire pour leurs fils, pour qui ils ne voient rien de plus enviable qu'une place dans les bureaux de l'enregistrement, des douanes, ou en un mot de l'administration, finissent par comprendre, que le présent et l'avenir appartiennent maintenant à ceux qui font le plus preuve d*initiative individuelle. » Sadec, dans la Cochinchine même, peut servir de démonstration, si besoin était, à l'excellence de l'initiative individuelle : ce petit port de la basse Cochinchine, dépendant du poste de Vinh-Long, a été l'objet, de la part de M. Sylvestre, d'une sollicitude spéciale, qui l'a complètement transformé. Cet administrateur a fait faire des rues droites, des quais larges et plantés d'eucalyptus, de manguiers et de cocotiers; il a fait creuser des canaux et, avec leur terre, combler les mares, les fossés inutiles; les marais ont été assainis; les broussailles enlevées. Sadec est devenu un des postes les plus sains de l'ouest; malheureusement co n'est point un poste militaire.

M. Sylvestre a fait plus : il a inculqué aux indigènes des habitudes de propreté et, mieux encore, su vivifier chez eux l'initiative individuelle : sous son inspiration les riches commerçants annamites et chinois ont fondé une Société d'agriculture avec un jardin d'essai, grâce auquel aujourd'hui, le

marché de Sadec est le mieux approvisioimé de toute U

Cochinchine.

§ 2. Politique indigène. — On Ta dit justement, la Cochinchine est plus que soumise : elle est ralliée; graode différence avec l'Algérie. C'est qu'en CJochinchine nous avons amélioré la situation des indigènes : la propriété foncière n^était pas assurée, l'empereur d'Annam disposait des bieos de SCS sujets; sous notre sauvegarde la propriété est devenue sûre et absolue. Les mandarins chargés de lever les impôts s'enrichissaient par la spoliation et la concussion ; une multitude d'abus ruinaient le peuple et arrêtaient le progrès: toutes les taxes pesaient sur le cultivateur et sur le producteur : nous avons établi un impôt régulier, modéré, rationnel. Alors que l'exportation du riz était interdite et que cette précieuse céréale valait 2 francs Thectolitre, nous avons permis sa circulation, et sa valeur s'est élevée à 7 francs pour le riz avec ses enveloppes et à 10-12 pour le riz décortiqué; nous avons aboli les lois somptuaires et les châtiments corporels; voilà pourquoi les indigènes apprécient notre domination.

Nous avons en outre respecté l'autonomie communale, si précieuse pour l'Annamite, et c'a été un des mérites de l'amiral La Grandière de comprendre et de respecter l'organisation très démocratique de ce pays. L'Annamite a eu en somme cette bonne fortune, que nous l'avons compris en secondant ses tendances autonomistes et décentralisatrices, alors que le Kabyle, chez qui cependant les mêmes vertus existent à un bien plus haut degré, s'est toujours heurté à la rigidité de notre administration.

S 3. Comma^ce. — « Le gouvernement de la Cochinchine, écrivait M. Siegfried dans un rapport que je citais tout i rheure, s'est inspiré des doctrines les plus saines de Téconomie politique, et il a rendu le plus grand service au commerce en

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le déclarant entièrement libre. Il ny a, en Cochinchine, ni droits d'entrée, ni droits de sortie sor aucune marchandise, Topium excepté. Les formalités de douane y sont inconnues et les navires ne payent qa*un petit droit d'ancrage et de

phare Or le commerce ne doit demander et ne demande

aux gouvernants que trois choses : la sécurité politique, la justice et la liberté. En dehors de cela il doit marcher par lui-même et si, malheureusement, les négociants français jouent, même en Cochinchine, un rôle tout à fait secondaire, ce n*est pas à Tadministration qu'ils doivent s'en prendre, c'est à eux-mêmes. Si le commerce de Saigon est bien plus entre les mains étrangères que dans les nôtres, ce n'^t pas la faute du gouvernement, c'est celle de chaque Français en particulier. » Le fait est que le commerce entre Hong-Kong et Saigon se fait beaucoup plus par navires allemands et anglais que par navires français.

Il existe pourtant, en Cochinchine, les éléments d'un commerce considérable : à Cholen, ville de 60000 habitants, le capital du commerce chinois s'élève à 500 millions de francs. Le Cambodje est pour le coton, le tabac, la soie et le riz le théîitrc d'un commerce considérable. La ville principale, Penom-Penh (montagne d'abondance), située au confluent des bras nombreux du Mékong et des canaux, reçoit les produits du Laos, ivoire, cire, cornes, soie, fer, argent, ceux du ^rand lac, ceux de la Cochinchine et les envoie au port de Kampoot, d'où partent pour Singapoor des navires anglais chargés de riz, de coton, de peaux, de cornes, de gommela(|ue, de gomme-gutte, de tabac, de poisson sec. Ils reviennent rapportant des tissus, de l'opium, de la poudre et des armes.

Les Chinois de Penom-Penh, dont le nombre est considérable, sont presque tous agents des maisons de l'Inde, pour le compte desquelles ils écoulent le madapolam, la coutellerie et la quincaillerie anglaises.

Vieng-Chang, dans le Laos, vers 1&> latitude N. est éga-

lement le centre d'un commerce considérable. On s y sert, pour monnaie, de petits tuyaux de plume remplis de poussière d'or.

Dans le Siam, la ville de Luang-Pha-Bang avec sîs 14 000 habitants dont 600 Chinois, fait un commerce important avec le Birman anglais et c'est la roupie de Tlnde, qui est la monnaie courante.

En 1869 M. de Varannes estimait la valeur des importations et des exportations de la Cochinchine à 64 millions dv francs et la navigation à 500000 tonneaux dont 130000 nprésentés par les barques annamites.

Actuellement notre colonie de Cochinchine ne nous coût*^ rien. Il y a mieux : le budget provenant des ressources du pays était, en 1879, de 19657 000 francs; il n'a fait que s accroître depuis. A cette époque la colonie versait 2 200 000 francs dans la caisse de la métropole.

On commence du reste à se douter, en France, de toute la valeur de la Cochinchine en particulier et de l'Indo-Chino en général.

Il est temps : car en 1864 peu s'en est fallu, qu*on no l'abandonnât et qu'on ne rendît à Tu-Duc tout ce qu'il nous avait cédé. Un seul homme, parmi tous ceux qui géraient alors les affaires de la France, vit clair dans cette question ; c«* fut d'ailleurs le seul ministre de l'empire, qui ait vu autnchose dans les affaires de la nation que des intérêts dyna^^tiques, M. Duruy.

S 4. La Cochinchine et les convicts. — Il avait été question, à une certaine épocjue, d'utiliser l'ile volcanique de PoulO'Condo?* et l'île de Phu-Quoc^ qui est grande à peu près comme la Martinique, pour y déporter le« récidivistes. Je crois cju'on a renoncé à ce projet et on a bien fait; notri» colonie de la Cochinchine est trop proche de ces îles, pour qu'elles puissent servir de lieu de transportatiou ; d'ailleurs la culture par les Européens est dans ces contrées très meur-

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