‹ La colonisation scientifique et les colonies françaisesChapitre 93 sur 122 · HYGIÈNE. — TRAVAUX PUBLICS · texte numérisé non relu

HYGIÈNE. — TRAVAUX PUBLICS

conp de matières organiques ; Valunage est donc très utile : Talun précipite en effet ces matières organiques : au bout de quelques heur^ une eau d'abord louche et jaunâtre devient claire et limpide; elle prend même un petit goût, quon ne trouve pas désagréable. Le procédé consiste à mettre au bout d*un bâton un morceau d*alun de la grosseur d'une noix, enve* loppé dans un linge et à s'en servir pour agiter à 3 ou 4 reprises en 1 heure 70 ou 80 litres d'eau. On laisse reposer pendant 6-8 heures et on décante ensuite.

Il est également très utile d'essayer l'eau avec le nitrate d'argent. Comme celle que les indigènes vendent à nos postes doit avoir été puisée dans les sources au pied des montagnes et qu'il est beaucoup plus simple pour eux de prendre celle de la rivière, ce réactif est indispensable, car il précipite le chlorure, que contient toujours l'eau de rivière mêlée d'eau de mer et décèle ainsi sa présence en même temps qu'il lui permet de se déposer au fond du vase.

§ 2. Travaux d* irrigation, — Il semble étrange d'avoir à recommander Tirrigation dans un pays aussi inondé que l'est la Cochinchine par ses nombreux arroyos. Cependant l'eau n*abonde que pendant six mois de l'année; si, ainsi que l'a demandé M. Taillefer, on avait des machines à irriguer, cela pormettrait non seulement de faire deux récoltes de riz par an, mais en outre de cultiver cette céréale même sur les points relativement élevés. M. Taillefer a donc conseillé l'emploi de machines à élever l'eau, comme il en existe en Cornouailles |)our répuisement des eaux de drainage. Notre colonie, penset-il, arriverait alors à produire 15-20 millions d'hectolitres «le riz, f|u*elle vendrait facilement aux 400 millions d'Asiatiques, qui l'entourent et qui en vivent.

îij .'^ Chemins de fer. Télégraphes, — Les travaux publics ont été conduits beaucoup plus rapidement qu en Algérie. D'ailleurs les Annamites en apprécient toute la valeur et

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récemment encore ils ont envoyé une adresse au gouverneur pour le remercier de la construction d'un chemin de fer. Actuellement les travaux exécutés forment un total de plus de 3 000 kilomètres de route, 6 kilomètres de ponts, 70 kilomètres de chemins de fer et de plus de 400 kilomètres de ligne télégraphique.

Il est juste d'ajouter à tous ces travaux un bassin de radoub de 53 mètres de long sur 4n>,50 de profondeur; de nombreux canaux creusés ou rendus plus profonds ; un hôpital annamite; des écoles; un collège d'interprètes, etc

A côté des travaux publics de la Cochinchine doit enfin prendre place le percement du canal maritime de Malacca, qui donnera à Saigon l'importance, que Singapoor possède jusqu'à ce jour.

IV. Le Yunnan. — La Cochinchine est destinée à s'étendre et ce n'est pas sans fondement, qu'on a prédit à Tlndo-Chine une situation, qui lui mériterait le nom de Nouvelles Indes françaises. Or, parmi tous les éléments qui contribuent à faire do cette contrée une des plus riches du monde, il faut placer le voisinage du Yunnan.

î:^ 1. Richesse du Yunnan. — Le Yunnan est Un massif montagneux, qui constitue la province la plus méridionale de la ('hine; c est également sa plus riche : on y trouve en abondance le fer, le cuivre, l'êtain, qui est à Kuo-Chiu près de Lui-An l'objet d'une exploitation importante; le sol renferme (les saphirs, des topazes,"" des rubis et une foule d'autres pierres précieuses.

ji 2. Pffpidation. — La population est nombreuse, très (l('nse et très commerçante; les mariages se contractent à 17 ans et chaque famille élève de nombreux enfants. On estime le nombre des habitants à 10 millions, dont 5 millions sont musulmans. L*existence de ces musulmans dans le Yunnan a été (lu reste le point de déjmrt de graves complica-

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lions : les Chinois, peuple sceptique chez lequel les préoccupations mystiques tiennent peu de place, ne sont pas gens à se battre pour la question religieuse; mais ici, comme ail* leurs, le zèle des fidèles ne dédaigne pas le temporel et les musulmans notamment soulevèrent des difficultés au sujet de filons de mines argentifères. En 1855 une véritable insurrection éclata; en 1856 un massacre des musulmans acheva de mettre aux prises les deux camps; la guerre dura 16 ans et, pendant ce temps, elle épuisa les ressources et la population du Yunnan.

Cette population diffère d'ailleurs, au point de vue ethnique, de colle de la Chine. Les indigènes de cette contrée sont connus sous le nom de Miachisé ou Man-tsé. Us occupaient la vallée du Yang-tsé-Kiang, avant que les Chinois ne descendissent des hauts plateaux du nord-ouest. Ces Miao-tsé ont flu reste plus d*affinité avec les populations de Tlndo-Chine qu*avoc celles de la Chine; ils regardent les Chinois comme dos envahisseurs : on les divise, d*après le P. Fenouil, en Y'DJin montagnards soumis qui payent un tribut à la Chine et en Men-tsé encore indépendants, réfugiés dans leurs montagnes inaccessibles. € Nous savons bien, disent-ils aux Chinois, que vous nous appelez voleurs et brigands; mais c'est vous qui êtes les voleurs. Toutes ces terres ont appar- U*nu à nos pères, ils en avaient toujours été les maîtres et les paisibles possesseurs, quand les Chinois vinrent les en chasser injustement. Nous étions les plus faibles, il fallut cétler : retirez-vous sur vos terres et vous verrez que nous n'irons pas vous y poursuivre. »

f^ 3. Commerce, — Le commerce du Yunnan et celui «l'une frrande partie de Timmense empire, dont dépend cette province, n ont d*autre débouché que le grand fleuve chinois Yang-ts4!Kiang, qui aboutit à Shang-Kaï; mais le trajet ne ilernande pas moins de 80 jours et le prix du transport revient à plus de 1 franc par kilogramme (((5 francs pour

60 kilogr.). Le commerce peut, il est vrai, prendre également la voie chinoise du fleuve Si-Kiang, qui aboutit à Cantoo. mais le trajet est aussi cher et exige 90 jours. Or la Chine est le plus grand marché du monde et l'Europe ne vient, dans ces ports considérables, qu'après l'Amérique : en effet, depuis rétablissement du Transcontinental américain, qui a relit New-York à San-Francisco, le commerce de Shang-Kaï ei celui de Canton aiment mieux traverser le Pacifique, l'Amérique du Nord et l'Océan à peu près en ligne droite pour arriver sur la côte occidentale de l'Europe, que de contourner les presqu'îles indo-chinoise et indienne pour arriver en Europe par Suez. L'Europe ramènerait donc à elle le courant. qui dévie actuellement vers l'Amérique si, dans ses possessions de l'Indo-Chine, elle avait une route, sur laquelle le Yunnan et la Chine derrière lui s'ouvrissent directement.

î^ 1. Les débouchés du Yunnan. — Pour comprendre la question du Yunnan, il suffit de jeter les yeux sur la disposition rayonnante, déjà rappelée plus haut, des fleuves, qui partis du Yunnan et traversant l'Indo-Chine s'embouchent à la mer sur ses côt<?s : le Brahmapoutra, l'Iraouaddy, le Salouem, le Mo-Niam, le Mé-Kong et le Song-Koï.

VAiufleterrc a do bonne heure apprécié toute Timportance d'une route commerciale, qui relierait le Yunnan a ses possessions. Des échanges n'ont-ils pas eu lieu dès longtemps entre la Chine et l'Inde? Renouer ces anciennes relations, dont un précieux portulan grec, connu sous le nom de Périple, (lo la mer Erythrt*e, fait mention au premier siècle de notre èro, était une idée qui devait tenter les Anglais! En 1867 le général Arthur Cotton, du corps royal des ingénieurs, proposa do faire un chemin de for, qui partirait du grand coudo du IJrahmapoutra par 28" lat. N. et irait aboutir au Yanptsé-Kiang supérieur, après un parcours de 400 kilomètres. M. Mac (\)sh fit observer avec raison, que le pays était oxtrèrnenient montai^neux et qu'il faudrait traverser des

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tribus hostiles; il proposa donc un tracé plus long, mais plus méridional. Le D' Williams, reprenant le projet, fut d'avis do ne pas commencer par faire un chemin de fer entre le Yunnan et Bamo sur le haut Iraouaddy, mais il admit le chemin de fer entre Bamo et le Bengale; les conseils, qu'il donnait à ses compatriotes en cette circonstance, sont bons à recueillir de la bouche d*un Anglais, c'est-à-dire d'un homme à la fois hardi et pratique : < Procédez, leur dit-il, en gens prudents et ménagers des deniers de vos actionnaires, quand vous aurez des actionnaires. » Au lieu du mot actionnaire et de ridée d'initiative individuelle un Français n'eAt parlé que de TEtat! c Ouvrez d'abord une bonne route; elle suffira aux premiers temps, puis, quand la position sera bien connue, on fera un chemin de fer, si la nécessité en est démontrée. »

Les Anglais ont d'ailleurs mieux à faire que de prendre la route de Rrahmapoutra, car ils s'étendent dans cette partie du littoral occidental de Tlndo-Chine, qui borde, à l'orient, le golfe du Bengale, sur un développement de IS"» du nord au sud, depuis l'angle oriental du delta du Gange jusqu'au milieu de la presqu'île de Malacca. Cette longue bande, qui continuo pour ainsi dire l'Inde anglaise, comprend l'Arrakan avec Akyab, le Pégu avec Kangoun, le Ténasserim avec Moulmoin comme ailles principales; depuis 1862 ces trois territoires forment la Birmanie anglaise (Bp^itish Bunnah); les Anglais ont donc songé à l'Iraouaddy. Ce chemin leur était d'ailleurs tracé d'avance par les Chinois eux-mêmes, qui apportent à dos de bétes jusqu'à Bamo, sur Tlraouaddy, la soie, le thé, le cuivre, les tapis, le mercure, le vermillon, les drogues de leur riche matière médicale, des fruits et qui remportent en échange du coton, de Tivoire, de la cire, des cornes, des pierres prt'cieuses, des nids d'hirondelles et des plumes. Ce commerce atti'int chaque année plus de 12 millions.

C'est donc le long de l'Iraouaddy, que le l)^ Williams proposait de faire un chemin de fer, qui apporterait les marchandises de la Chine jusqu'à Itangoun. En 1807 un Français,

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le p. Bigandet, écrivait à celte occasion au ministre : < II <• passe en ce moment un fait très important pour la Birman.-. et pour la Chine occidentale : une expédition anglaise ^i partir de Rangoun pour la capitale de la Birmanie; de là eWr remontera Tlraouaddy jusqu'à Bamo, puis tournant à l\< elle traversera une chaîne de montagnes; suivant ensuit* une direction un peu au nord elle se rendra à Monnien, ;! Laout-Chang et à Thaï-Phing, villes principales de la partioccidentale du Yunnan ». Un traité avait d'avance été conck entre l'Angleterre et le roi du Barmah indépendant pour autoriser le passage, mais les troubles du Yunnan arrêtèrent ces projets.

Dans un autre projet la route partant toujours de Bamo. dernier port du cours supérieur de l'Iraouaddy, atteigna:' Talifou, marché important du Yunnan occidental; un autrplan faisait aboutir la route à Kieng-Hong, port sur le Mékong, à la frontière méridionale du Yunnan.

En 1855 le lieutenant-colonel Phayre, gouverneur de Barma anglais, fit explorer le Salouen par le capitaim Yule, mais il fut démontré, que ce fleuve n'est pas navigable : c'est un énorme torrent, dont la largeur varie entr 100 et 1 000 pieds; en certains endroits l'eau couvre à pein» lo fond; ailleurs la profondeur est considérable, les crutatteignent parfois 24 mètres. Enfin l'Anglais Gibson avai: proposé d'établir un chemin de fer entre Ava, sur Tlraouadilv. dans la Birmanie indépendante et le Tonking, sur une loi>gueur de 170 lieues.

Toutes ces tentatives, toutes ces explorations, qui ne furent «railleurs pas sans profit pour la science, finirent par éveillor la jalousie des Chinois. En 1875 un agent consulaire anglais. M. Margarv, fut assassiné par les Chinois à Bamo; k-* Anirlais ont en effet contre eux, entre le Yunnan et la Birinanit», les mêmes préoccupations indigènes, que nous ronautrons en Afrique, lorsque nous tentons de traverser le Sahara pour aller (lu sud aljiérien à ïombouctou : les gens du pav>

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sont persuadés, que, si les Anglais construisent un chemin de fer entre Bamo et le Yunnan, c*en est fait des populations, qui servent actuellement d'intermédiaires entre le sud-ouest de la Chine et le nord de la Birmanie.

Les Tlaliens ont cherché à profiter du peu de sympathie qu*ont su éveiller les Anglais en Birmanie.

Il y a quelques années le commandeur Negri fut frappé de la rapidité, avec laquelle une lettre écrite dans le Yunnan par un missionnaire de Birmanie était parvenue à un prêtre de Turin; le trajet n*avait pas demandé plus de deux mois. On lui apprit, pour lui expliquer le fait} qu*il existe par le haut Iraouaddy un passage facile entre le Yunnan et la Birmanie. Les Anglais voudraient bien reconnaître ce passage, mais le souverain birman se montre méfiant à leur égard ; il affectionne au contraire les Italiens, qui sont assez nombreux et très bien vus en Birmanie. En 1873 plus de 80 navires italiens avaient remonté Tlraouaddy.

Les Français ont donc mille raisons pour se hâter : abandonnons rindeaux Anglais, d*accord; mais que Tlndo-Chine soit au moins Tobjet de nos préoccupations! D'ailleurs nous sommes au moins aussi bien placés que les Anglais pour communiquer avec le Yunnan; car sans doute T Iraouaddy est précieux pour rattacher la Birmanie anglaise au Yunnan, puisque de forts navires, qui avaient fait le tour du cap de Honne-Espérance, ont pu le remonter jus^iu'à Mendalé, où des han]ues transportent les marchandises jusqu'à Bamo; mais d'autres voies peuvent rattacher notre Cochinchine au Yunnan.

Lo Mékong a tout d'abord attiré Tattention : on a projeté do faire un canal entre l'Iraouaddy, le Salouem et le Mékong; ce canal serait fait dans le Laos tributaire des Birmans; il ny aurait plus qu'à descendre le Mékong |)our amener dans nos possessions les marchandises du Yunnan. Il fallait pour cola 80 rendre un compte exact du cours du Mékong; c'est l>uur satisfaire ce besoin, que fut organisée la mission du Mé*

kong en 1866. Doudart de Lagrée, Garnier, Joubert, Thorel, Delaporte et de Carné remontèrent le Mékong à plus <ie 1 500 milles de son embouchure et parcoururent, en In<lo- Cliine et en Chine, plus de 10000 kilomètres dont 6000 en barque et 4 000 à pied. Il fut malheureusement reconnu, quf la navigation du Mékong est le plus souvent impossible. K faudrait établir un chemin de fer, ce qui serait extrêmement coûteux.

Il est bon cependant de ne pas abandonner toute idée de transit par le Mékong; M. Taillefer a même proposé de faire un canal, qui rejoindrait le Mékong au Yang-tsé-Kiang, dans un point du Yunnan, où les deux fleuves ne sont éloignés l'un de l'autre que d'une quinzaine de lieues. On dit que ce canal existait autrefois; en tout cas il faudrait, que la Chine consentit à l'entreprise.

Il reste une autre route, c'est celle du Tonking.

V. Le Tonkino. — %\, Le fleuve, — Le chemin le plus court pour descendre du Yunnan, c'est le fleuve Son-Koï ou Houve Rouge ou Tonking, qui prend sa source dans le Yunnan et parcourt, en sortant de cette province, une vaste oontn'o annexe de TAnnara, à laquelle il donne son nom, le Tonking. Le Son-Koï devient navigable à Mang-Hao, dans le Vnnnan ot coule du nord-ouest au sud-est, en passant suc- (Mv^sivomont à Sing-Kaï ville chinoise, à Long-Pô premiên* \illr .uinainito, à LaivKaï, à Touen-Hin, à Houen-Ce, à \\^^\\ll Moa, à Son-Taï ot à Ha-Noï la capitale da Tonkini'. A partir d'IIa-Ncjï il se divise en 7 branches, qui forment un tMUi, dont la base à la mer mesure 30 lieues d'écart et dont \rs principaux bras sont le Day, le Traly, le Cua-Caro, le C'ua-Naiii-Trieu. D'après M. Rocher il ne faut que 35 jour?, <loiit K) (le voyagi» par terre, pour se rendre du oentrt^ du ^ nnuari à Ha-NVi; cette route est donc tout indiquée.

jïi J. I)t(j,uis, Le Boaraync. Garnier. — On assure, que

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les Chinois connaissent depuis le xiv* siècle les avantages de ce chemin du fleuve Rouge et que certains jésuites en eurent connaissance au xviii* siècle (1708-1718); on prétend même, que de 1790 à 1797 le P. Le Pavec remonta le fleuve Rouge de Ua-Nol au Yunnan ; ce qui est certain, c*est que c*est un négociant français, Dupuis, qui le remonta pour la première fois, on peut dire en connaissance de cause, en 1872-73.

L'insurrection musulmane du Yunnan venait de se rallumer; le gouvernement chinois promit 4 millions à M. Dupuis, s*il parvenait, comme il comptait le faire avec Taide de quelques volontaires français, à reprendre aux insurgés la ville de Tali-Fou. M. Dupuis devait se procurer des armes en Europe; il songea alors à la vallée du Son-Koï, tout en n*ignorant pas quelle était occupée par les bandes rebelles des Pavillons noirs; outre la rapidité, que ce fleuve assurait au transport <le8 armes impatiemment attendues, M. Dupuis voyait dans le Tonking une entreprise minière considérable. Il devait transporter par le Son-Koï tout le matériel de guerre, puis faire passer par le même chemin les marchandises du Yunnan en échange de celles de TEurope. Notre compatriote partit de Saigon pour le Tonking en 1872 et remonta le fleuve sur des bateaux chargés du matériel de guerre avec 12 Européens et 30 indigènes; le 16 mars 1873 il entrait dans la capitale du Vunnan'au milieu d'un immense concours d'habitants.

A peine arrivé au Yunnan M. Dupuis repartit pour le Tonking avec un chargement de cuivre et d*étain, suivi d*une escorte de 150 soldats. 11 fut assez mal reçu par les autorités annamites d'Ha-Noï et M. Millot son compagnon dut venir à Saigon implorer la protection de Tamiral Duperré. < Je devais en outre, ajoute M. Millot, demander à Tamiral ce qu'il comptait faire au sujet du Tonking, que M. Dupuis voulait donner à la France. En cas d'hésitation de sa part, nous devions nous-mêmes planter le drapeau français sur la citadelle d'Ha-Noï et proclamer, sous le protectorat de la France, la restauration de la dynastie des Lé, ancienne famille indi-

gène, qui avait laissé des souvenirs vivaces dans Tesprit des Tonkinois et dont les populations appelaient le rétablissement de leurs vœux. »

C'est alors, que Francis Gamier, qui déjà célèbre par sa part active à l'expédition du Mékong et par ses expéditions dans le Yunnan s'apprêtait à chercher la route depuis Ioiil'temps râvée par lui du Yunnan au Tonking, fut envoyé par Tamiral pour intervenir comme médiateur entre les Tonkinois et Dupuis.

Le pavillon français n'était pas du reste inconnu dans ces contrées : déjà, pendant que Dupuis entreprenait son premier départ, le Bourayne^ commandant Senez, s'était montré dans les eaux du golfe, pour faciliter les tentatives de notre compatriote et le faire respecter au besoin. Il est vrai, que le Bournyne n'était pas resté longtemps et M. Dupuis s'en aperrut assez ; cependant il avait relevé des ports et des abris ignorés sur la côte; ayant pénétré dans le Cua-Cam, il l'avait re monté; il avait combattu, coulé et brûlé 7 jonques pirates. portant ensemble 100 canons et 700 ou 800 hommes dont plus de 500 avaient péri ; ces démonstrations avaient du reste pour autre but d'ouvrir la voie à la mission Delaporte, que le gouvernement devait envoyer pour étudier le passage du Yunnan. Malgré tout le respect que le nom français, qui s*était ainsi fait connaître, devait lui attirer, la situation de M. Dupuis devenait critique.

Garnicr arriva et pour commencer s'empara d*Ha-Noï en •35 minutes. En moins de trois semaines une poignée de soldats commandés par lui et par ses intrépides compagnons Hiilny dWvricourt, le jeune aspirant de 21 ans Hautefeuillo qui sV»nïpara presque seul de la citadelle de Nim-Binb, de Trentinian, Harmand, liain et Perrin, prit successivement les places fortes de Phu-Ly, de IIung-Yen, Hal-Dsoung, Nam- Dinh ot de Ning-Hiiih.

Ces jeunes confjuérants organisaient le pays, levaient dt^ milices; le Tonking nous appartenait et la population était

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dans Tallégresse d*étre délivrée des Annamites. Tu-Duc demanda la paix. Les hostilités cessèrent, mais, pendant que les pourparlers étaient engagés, une attaque imprévue eut lieu sur Ha-Noï. C*est là que Garnier se montra, mit les assaillants en fuite et en rentrant fut lâchement assassiné par un petit groupe, qui s*était caché dans un fossé et qui prit aussitôt la fuite en emportant sa tète depuis longtemps mise à prix.

Le Tonking ne nous en appartenait pas moins et les compagnons de Garnier étaient de force à tenir tête à la situation, qui leur était faite par la mort de leur chef. Mais un beau jour arrive un bâtiment français; le lieutenant de vaisseau Philastre en descend : il a Tordre de faire évacuer la contrée. Nous rendons aux Annamites tout ce que nous leur avons pris ; les compagnons de Garnier et M. Dupnis quittent le Tonking; tout est à recommencer!

% 3. La possession du Tonkitig, — La reprise du Tonking par la France est devenue indispensable non seulement pour nos intérêts, mais pour Thonneur du pavillon ; seulement ce que Dupuis avait obtenu d'abord pacifiquement des Chinois, ce que Garnier avait pris presque sans coup férir dans le Tonking, il nous faut maintenant le reprendre par la diplomatie et le canon ! Au moment où Garnier a été assassiné les Chinois allaient fonder dans le Tonking une puissante association financière, dont Dupuis devait être le chef.

§ 4. Commerce, — On se fait une idée de l'importance do cotte voie commerciale, lorsqu'on songe que les Pavillons noit's, qui ont établi une douane à Lao-Kai, prélèvent sur los marchandises en transit une somme de 150000 francs l>ar mois. M. Dupuis pense que le commerce régulier, le long du fleuve, atteindrait 300 millions de francs. Pour donner une idée des bénéfices que le commerce pourrait réaliser, M. Millot rapporte que < Dupuis devait fournir 75 000 piculs

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de sel et recevoir en échange 75 000 piculs de cuivre (le poids du picul est de 60 kilogrammes). Le prix d*an picul de sel rendu au Yunnan n'était que de 3 francs, tandis que le picui de cuivre valait 45 francs. Ce marché produisait donc à lui seul un bénéfice de plusieurs millions de francs. Le maréchal Ma, désirant assurer la nouvelle voie de communication. voulait envoyer 10 000 hommes pour mettre les mandarins annamites à la raison; mais Dupuis, pour éviter Tintroduction des Chinois dans un pays qu*il espérait voir un jour à la France, se contenta de 150 hommes commandés par un des parents du maréchal Ma. »

§ 5. Productions du Tonking. — Les produits de ce pays sont aussi nombreux que variés :

Végétaux. Parmi les végétaux il faut citer le mûrier, le coton, le thé, le café, le tabac, Tindigo, l'arbre à vernis d'où se tire le laque, Topium, le caoutchouc.

Le riz est très abondant; on en fait deux récoltes par au. La production est susceptible d*étre augmentée ; on pourrait exporter des millions de tonnes chaque année. Cette céréale représente actuellement 39 <^/o dans l'exportation et son commerce est entre les mains des Chinois. On cultive également le maïs, Tigname, les patates douces. La canne i sucre est récoltée partout; le hoang-nan, strychnée qui croit dans les montagnes, est devenu célèbre comme remède de la lèpre.

Lo ricin, la sésame, larachide sont très estimés. Le lamwîi produit un suif végétal. Ajoutons lacardamone, la muscade, lo poivre, le bois odoriférant de Calembac, les bois de rose, de fer, d'ébène, le sapin, le santal.

Minéraux, La houille abonde. M. Fuchs estime la superficie du bassin houiller du Tonking à 1000 kilomètres carrés. Il est situé non loin de la mer, à 5 ou 6 kilomètres, au-dessus du niveau de la mer, dans langle nord est de la contrée. La quantité est estimée, au-dessus de la mer, à 1 million do tonnes et, si on voulait aller en profondeur, on arriverait, en

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comptant 45 000 tonnes par mètre de profondeur, i un rendement de 4 500 000 tonnes, à une profondeur de 100 mètres.

La houille du Tonking ressemble à celle de Charleroy : elle est sèche, à longue flamme; Tanalyse, qui en a été faite à récole des Mines, a montré que ce charbon contenait 80 ^/o de carbone pur. Sa dépense dans une locomotive serait, d*après M. Fuchs, de 2 kilogrammes par heure et par cheval-vapeur. Il estime que 14 kilomètres d*un chemin de fer industriel suffiraient pour centraliser tous les gisements; on pourrait ainsi amener le charbon à bord au prix de 15-17 francs la tonne. Or Singapour, Shang-Haï, Saigon et Hong-Kong consomment actuellement par an 400000 tonnes, à un prix qui varie entre 32 et 70 francs. Dans certaines contrées du Tonking la houille se paye aujourd'hui 5 francs la tonne et le coke coûte 10 francs. A la frontière du Laos la houille alterne souvent, dit M. SéruUas, avec Tanthracite et donne 72 Vo de carbone par sa transformation en un coke finement poreux.

Le minerai du Tonking contient de 50-55 •/© de fer.

Un grand nombre de cours d*eau contiennent des paillettes iVor\ leurs alluvions boueuses sont tellement riches, qu'on élève au Tonking des canards uniquement pour ramasser dans leurs excréments l'or, qu'ils ont avalé en barbotant dans les ruisseaux. Ce métal est tellement abondant, que les femmes, qui sont passionnées pour le jeu comme tout Annamite, jouent parfois, dans les villages, des sommes considérables sous forme de poudre d'or.

Los quartz aurifères analysés à Técole des Mines ont donnn jusqu'à 40 grammes dor par tonne de quartz; or ceux de rOural, de la Tninsylvanio, du Colorado, de l'Inde ou de l'Australie ne produisent que 12-20 grammes par tonno. Les quartz du Venezuela seuls s'en approchent; ils donnent 36 grammes

Les mines d'argent, de cuivre et d'étain abondent; elles occupaient eo 1853 plus de 10000 Chinois. Quand le minerai

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de cuivre est mélangé de plomb, il renferme habituellement 700 grammes d'argent par tonne de minerai. Dans certaine? mines de plomb argentifère 800 kilogrammes de plomb fournissent plus de 1 kilogramme d'argent.

Anùnau^, L'animal de labour est le buffle; on emploie le bœuf pour la culture non immergée.

Les chevaux sont petits, ardents. Le porc est très abondant et joue dans Talimentation un rôle important.

Il n'existe pas de moutons, mais les chèvres sont abondantes.

Le tigre, la panthère. Tours, le rhinocéros, Téléphant sont nombreux et ne disparaîtront qu'avec l'extension de la culture. On trouve le chevrotin porte-musc.

Le ver à soie réussit très bien; les Tonkinois le nourrissent sur un mûrier nain, le Mordus indien^ qui se multiplie par boutures avec une grande facilité. Cet arbuste végète ordinairement dans les terrains d'alluvions, qui bordent les cours d'eau. Les Tonkinois ne savent pas bien dévider les cocons; aussi les soies grèges se vendent-elles à un prix relati vemont très bas. Les tissus de soie du Tonking ont paiement besoin (i\Hro perfectionnés; jusqu'à présent il n'y a guère quo quelques étoffes écrues de nuance crème, qui aient ét^ acceptées par l'Europe. L'industrie séricicole est très «léveloj)|>ée; on y remarque aussi, comme dans le Yunnan, la soie (lu chêne, qui est produite en grande abondance: c^est un textile moins brillant mais plus solide et beaucoup moins cher quo la soie du mûrier. Elle serait, parait-il, surtout précieu5<> pour la chaîne des étoffes mates et solides comme le pro5 grain et le drap de soie.

5:^ G. Travanj' jnihlirs. — Si le fleuve Ronge devient navij^'ablo sur tout son parcours entre le Yunnan et la mer, (•'( st-à-<lire si les rapides qui l'obstruent sont aménagés, si rirn»^'ularit<» de son débit est corrigée par l'art, c'est jusqu'à nouvel ordre le plus suret lo plus commode des chemins de

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transit; néanmoins plusieurs tracés ont été mis à Tétude dans le delta : MM. Henri Vienot et Albert Schroeder ont étudié celui d*Haï-Phong à Hanoï. Il aurait une seule voie de 45 kilomètres avec 10 stations en comptant les deux extrêmes.

Une communication télégraphique est aujourd'hui établie entre HaïPhong au Tonking et Saigon en Côchinchine.

§ 7. Climat. — On peut dire du climat du Tonking, qu'il est hybride, selon Texpression du D^ Maget : tempéré en hiver, il est tropical en été.

A la fin de janvier le soleil se cache pour 3 mois : d*abord voilé, le ciel devient de plus en plus couvert; la pluie arrive en mai et tombe à torrents en avril. Mai et juin sont caractérisés par des éclaircies et des averses alternantes; août, septembre et octobre deviennent de plus en plus secs. Novembre et décembre sont très secs.

L'hiver, de novembre à avril, est en somme sec, sain ; on fait souvent du feu; on voit la vapeur d*eau éliminée parla respiration se condenser en petit nuage; la température moyenne est de -f- ly*»; pendant Thiver elle s'abaisse jusqu'à -f~ 9**, même -f- 8° et -f- ^"^ » ''^^ ^^^ tropical ; sa température moyenne est.de -f- 28*^ : il est plus chaud que l'été de Saïgon. Grâce à l'hiver l'Européen peut vivre en bonne santé pendant 2 ans, dit le D<^ Maget, mais pendant 2 ans seulement; si on reste plus longtemps, une anémie grave se déclare. L'eau potable est mauvaise comme en Côchinchine : toutes les rivières sont saumàtres et leur eau donne aux bœufs de bouclierie un goût détestable. Depuis 1875 on a fait un marché av^H: un Chinois, qui approvisionne nos postes d'eau de source; r«'tte eau vient de Quang-Yen et est filtrée dans du grès. Il e:<t prudent de l'essayer par le nitrate d'argent. Elle coûte (11* 4 000 à 5 000 francs par an, mais grâce à elle on évite la dysenterie.

§ 8. Maladies. — La fièvre intermittente n'existe pas an Tonking, bien qu'il y ait quelques marais; on n'y observe

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pas non plus la diarrhée de Cochinchine, ni la fièvre typholk-. Chaque année le choléra fait son apparition au début de Vèù. Nous ne devons pas oublier, que la peste est endémi^ut dans le Yunnan et que, plus nos relations avec ce pays augmenteront, plus hous devrons veiller à ce que la malailie no soit pas importée au Tonking. Voici au surplus comment s'exprime le D^ Rochard sur ce point très important de h pathologie du Yunnan et par conséquent du Tonking : « !>:'> lettrés du pays affirment, que la peste a été importée de Birmanie à une époque qu'ils ne précisent pas; d*autres pretendent qu'elle y est entrée avec les Taï-Ping venus du nori de la Chine lors de la grande insurrection de 1856; ce qu; est certain, c'est qu'à cette époque elle acquit un redoublement d'activité et qu'elle ravagea toute la province. Depuis lors elle n'a pas cessé d'y régner. Quand elle ne fait quv traverser une localité, elle lui inflige une mortalité, qui dépasse à peine 4 a 5 «/o de sa population ; mais, lorsqu'elle s\v implante, les familles disparaissent les unes après les autres et l'on voit, dans quelques districts, les habitants abandonner leurs maisons et leurs récoltes, pour échapper au fléau et se réfugier sur les hauteurs, où l'épidémie les suit parfois. Dans le Yunnan les ravages de la peste sont encore aggravés par une croyance supcTstitieuse, qui interdit aux habitant> d'inhumer les victimes : ils pensent que les pestiférés sont possédés du démon et qu'on ne peut les enterrer sans sV\poser à troubler le repos des ancêtres ; aussi se bornent-ils à les placer dans des bières et à les laisser se putréfier au soleil. En général l'épidémie diminue d'intensité i>ondant Tété, qui dans le Yunnan est la saison des pluies. Ce n'est li qu'un temps d'arrêt, pendant lecjuel les cas sont moins nombreux et moins jrraves; mais, une fois cette saison passée, U* fl»»au redouble d'intensité jusqu'à l'année suivante. C'est U du moins ce qui eut lieu en 1871, en 1872 et en 1873. CelUmaladie est bien la peste avec son début brusque, son appareil fébrile intense, ses bubons d'un rouge sombre apparaifr-

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sant au bout de quelques jours aux aines, aux aisselles et au cou et atteignant le volume d*un œuf de poule ou d*un œut d*oie... J*ai extrait ces renseignements d'un rapport de fin de campagne de M. le médecin en chef Vauvray. Il les tenait lui-même d'un jeune Français, M. E. Rocher attaché à la douane chinoise d'Amoy, lequel les avait recueillis dans le cours d'un long voyage dans le Yunnan. Ils sont tellement précis, qu'ils paraissent mériter toute confiance. »

Le seul moyen de résister au climat de l'été c'est de gagner les hauteurs.

Il faut se méfier de l'ulcère de Cochinchinc et de l'insolation. Le ténia est général. La lèpre n'est pas rare, du reste on pratique l'isolement des lépreux. La variole est fréquente.

On a pensé à faire du Tonking le sanatorium de la Cochinchine; mais le D*" Foiret fait observer avec raison, que si on renvoie en Cochinchine les malades améliorés par le séjour momentané au Tonking, la récidive est assurée et qu'il faut ensuite les envoyer en France. Autant vaut donc prendre dès le début ce dernier parti.

§ 8. Population. — La population du Tonking est extrêmement dense; elle est à peu près trois fois plus considérable qu'en F'rance. Hanoï est une ville de 150000 habitants. Le Tonking tout entier mesure environ 150 000 kilomètres carrés, près du quart de la France. Les Tonkinois sont très intelligente; ils ont une grande aptitude au commerce, à Tindustrio et à Tagriculturc. Plus grands que les habitants de l'Annam ils leurs ressemblent cependant beaucoup. Le peuple est sale et vit mal, mais se livre cependant à un grand commerce.

Mnonf/s. Les plus anciens habitants du Tonking sont les Muongs. Ils habitent aujourd'hui, au nombre de 300000 à 4^)0 000, la province de Nin Kinh au sud-est du delta; alors qu'ils l'occupaient en maîtres, elle portiit le nomded'A1-I.#ao. Ix)r8(|ue les Annamites arrivèrent, les Muongs de l'Aï-Lao se liguèrent d'abord avec eux contre les Chinois ; cette lutte com-

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mune contre la Chine dura jusqu'au xi® siècle; mais, lorsqu'à cette époque les Annamites du Tonking se séparèrent de ceux de l*Annam sous la dynastie des Lé, les Muongs abandonnèrent alors leurs anciens alliés et gardèrent avec indépendano leurs mœurs féodales jusqu'au xvi* siècle. Cette indépendance. que les Lé souverains du Tonking avaient respectée, fut renversée par la dynastie annamite des Gia-Long, lorsqu'elle s empara du Tonking au xviii® siècle; l'Aï-Lao perdit son nom. On comprend que les Muongs détestent les Annamites; aussi furent-ils les premiers à se placer dans les milices, queGarnier et ses compagnons levèrent pendant leur courte mais brillante occupation du Tonking. Encore aujourd'hui ils forment un parti, qui nous est très favorable.

Annayniles du Tonking. — Les Annamites sont venus du nord comme les Thaïs et les Birmans. Les annales chinoises du XV® siècle les désignent sous le nom de Lao-Tchi (hommes^ au i)ied fourchu), ce qui semble faire allusion à la disposition spéciale de leur gros orteil écarté des autres doigts. Ces annales semblent même faire mention des phénomènes géologiques, qui durent donner naissance aux terrains alluvionnaires; € les alluvions marécageuses, disent-elles, s*étant exhaussées, les Lao-Tchi descendirent des montagnes pour se livrer A la poche. »

ils luMèront d'abord contre la Chine; c*est cependant elle (jui leur donna ses institutions et son cachet spécial de civilisation. En 1010 le roi tonkinois Lé assura complèieroent l'indépendance du Tonking et, libre du côté de la Chine, il sVmpara du royaume de Chiampia. Sous la dynastie des Lé les Tonkinois dominaient donc une grande partie de Tlndo- Chiiie orientale, lorsqu'au xv*' siècle un des généraux que le roi Lé avait rharL'é d'administrer en son nom la Cochinchine et le Camhodje, le général Nguyen se révolta contre son souverain et victorieux proclama l'indépendance des provinces. qu'il avait ravies. 11 avait été secondé par la Chine heureus^t^ de saisir cette occasion de se venger de la dynastie des Lé, qui

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loi avait arraché le Tonking : aussi, comme signe d*alliance avec le Céleste-Empire, le nouveau royaume deNgujen prit-il le nom de Paix du midi (Annam).

La guerre s'engagea dès lors entre les deux royaumes de Tonking et d*Annam, entre les Lé et les Ngugen et ces deux royaumes réunis étaient sans cesse agités par la révolte du parti vaincu. Si la dynastie des Ngugen était populaire i Hué, celle des Lé avait ses partisans à Hanoï, car pour le Tonking les Lé représentent l'indépendance de la patrie : c'est la dynastie légitime. Malgré bien des différences on a pu sous ce rapport comparer le Tonking à la Vendée légitimiste. Les luttes dont ce pays a été le théâtre rappellent en effet, sous certains rapports, la guerre acharnée des Chouans. La comparaison n*est toutefois que superficielle, car les Lé ne représentent pas ici, comme leurs homologues de la Vendée franraise, la religion et le passé; ils représentent au contraire la civilisation, l'industrie et l'indépendance de la patrie.

Politique au Tonking. — A la fin du siècle dernier les Lé romiK)rtaient; un Nguyen, qui se nommait Gia-Long, décida M. de Behaine, évêque inpartibus d'Adran, à obtenir pour lui Tappui de la France. En échange du service rendu il devait nous donner la baie de Tourane et Tile de Poulo-Condor. Plusieurs officiers français apportèrent leur épée et leur talent à Gia-Long; ils l'aidèrent à reprendre Hué et Saïgon, fortifièrent les villes à la Vauban, ne se doutant pas que des Français auraient plus tard à reprendre ces citadelles construites par des Français. Nous n'avons été récompensés que par l'ingratitude de Mingh-Mang, de Thientri et de Tu-Duc, fils, petit-fils et arrière-petit-fils de Gia-Long; il a fallu envoyer en 1858 le Catinat devant Tourane et l'amiral Ri- ^^aud de Genouilly a dû reprendre les ouvrages construits par ses prédécesseurs français en Annam.

Le gouvernement avait compris, que nous avions été impolitiques en combattant les Lé et en soutenant les Nguyen ; l'occa.sion se présenta de changer de obiè : un Lé, béarnais de son

pays, s*était habilemont fait catholique; il avait été élevé ac séminaire et portait le nom de Pierre : en 1858 il lève rélosdard de la révolte; des mots français sont inscrits sur son «Ira peau; la France et l'Espagne attaquent Tu-Duc en même tonip> Le prétendant vole d*abord de succès en succès; il voit dtri. Tempire annamo-tonkinois reconstitué et comme récompeuv. il place son futur royaume sous le protectorat de la France: Tu-Duc prend peur. Il offre la paix et nous abandonno[i> notre malheureux protégé. Les revers commencent alors ]io.r lui. Son implacable ennemi le fait prendre et le condamne jl la peine du lang-trt, qui consiste à couper d'abord les quatre membres de la victime, puis à lui arracher les entrailles, après quoi on coupe la tête. Les missionnaires pleurèrent 1^ chrétien : « Ainsi mourut, dit l'un d'eux, ce prince vertueux et vaillant, qui promettait d'être le régénérateur de sa nation et qui eût été le Constantin du Tonking. » Les Tonkinois, qui n'ont aucunement le sentiment religieux, regrettèrent surtout l'homme, qui les aurait soustraits au jouj détesté de Nguyen. Ils ont aujourd'hui trouvé en nous le< libérateurs perdus, aussi nous accueillent-ils bien« mais nous ne savons pas assez profiter du sentiment vendéen du pays: mieux avisé était Dupuis, qui n'hésitait pas, il y a quelquc-s années, à déclarer qu'il voulait rétablir la dynastie des Lé.

Le gouvernement français était, il est vrai, lié. Après avoir soutenu les Nguyen contre les Lé avec M. Bebaine, nou$ avions en 1858 soutenu les Lé contre les Nguyen; cette fois notre traité avec Tu-Duc nous obligeait à changer encore une fois de parti et, lorsqu'en 1873 éclata une nouvelle insurrection des Lé, nous la combattîmes.

Il est probable, que si nous avions eu une politique suivitot favorable aux Lé comme aux Muongs, en même temps (priiostilo à Tu-Dur, nous aurions été plus tôt les maîtres oo îui in(Vins les protecteurs depuis le Tonking jusqu'au Cam-

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