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CHAPITRE XII Taiti

MILIEU COLONIAL Territoire. — Climat. — Population.

I. Situation. Territoire. — Talti, la principale des îles de la Société, est située dans Tocéan Pacifique, entre 17o29'30" lat. S. et 17*» 47' lat. S. d'une part et de l'autre entre 151» 29^53" et 151*56' long. 0. ; elle appartenait autrefois au groupe des Iles du Protectorat. Les lies sous le Vent, dont Huahiue, Raiatea et Boraborasont les principales, ont été reconnues indépendantes par une déclaration signée le 19 juin entre la France et 1* Angleterre. Chacune de ces Iles est maintenant régie par un gouverneur et possède des règlements particuliers. Seule de l'archipel la petite lie de Moorea ou Eimeo a suivi les destinées de Taïti, dont elle n'est séparée que par un étroit canal. Lies petits Ilots de Teturoa, l'Ile de Matea, l'archipel de Tubuai relèvent aussi de Taïti. Le 21) juin 1880 Pomaré V, roi de Taiti, s'est déclaré citoyen français et a annexé tout son royaume à la République. L'Ile (lo Taiti se compose de deux parties : Taïti proprement dit et Tiararapu réunies par un isthme de 22000 mètres de long et de 14 mètres d'altitude maxima. La superficie totale est (lo 101215 hectares. La capitale est Papeete. La nature (lu terrain est volcanique; il se compose d'un squelette basaltique, soulevé au milieu de productions madréporiques anciennes, sur lesquelles se sont éboulés des terrains d'allovions, qui forment autour du massif montagneux, abrupt et central une ceinture de 25000 hectares ouverts à lagricul-

ture. Le centre renferme des pics élevés, tels que celu: d'Aorai (2064 mètres), d^Orohena (2236 mètres) et ceiu; de Nin dans Taiarapu (1 324 mètres). Ce massif est riche ti sources ferrugineuses et en lacs, dont le principal est le h' Waïpiri au centre de Tile.

Constitiction générale des îles océaniennes. — L» structure des iles océaniennes est d'ailleurs partout la même depuis les Sandwich par 23® lat. N. jusqu'à la Nouvellr- Zélande par 23^ lat. S. L'hypothèse de Dumont d'Urville, qu. voyait dans toutes ces iles les sommets émergeants d*Q:. grand continent englouti sous les eaux, n'est plus aujourd'hui admise par personne. Toutes ces iles appartiennent i deux modes de formation : la formation ignée et la madréporique. 350 environ sont basaltiques et trachytiques ; elles ont étc produites par une éjaculation volcanique; 290 ont été formées par la lente superposition des débris des coraux qui. vivant dans une eau dont la température ne s'abaisse pas audessous de +20<», s'emparant des carbonates de la mer e: servant de point d'appui à de nouvelles générations de coraux. ont fini par former une surface émergeante. Les oiseaux. les plantes marines qu'ils apportent formèrent un mélan^* d humus et de guano, qui devint de plus en plus fertile o: qui s*éieva de plus en plus au-dessus de l'eau, jusqu'au jour où la végétation fut assez importante pour permettre .. l'homme d'y vivre.

Souvent, à Taïti par exemple, les deux formations se su** cèdent : sur un cône volcanique, qui émerge lentement, s'instiillent les coraux : ils forment une plate-forme traversée à $<.':• contre par l*éjacuIation volcanique, qui a formé les monta giies.

II. Climat. — Le climat de Taïti a toujours eu le doo J' charmer les navigateurs. Il est caractérisé par deux saison? lu saison sèche, tempérée, de mai à septembre ; la saiso: chaude, pluvieuse, ou hivernage, d'octobre à avril. La lem-

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pérature moyenne de Tannée est de -f- 24o,79 ; le maximum absolu -}-3&> et le minimum -|- 14^-

Absence d'impaludisme. Ce qui caractérise les Iles de la Polynésie, comme celles de TOcéanie, c*est Tabsence d*impaludisme. Dans toute la couronne alluvionnaire, qui entoure le centre montagneux, existent cependapt des dépôts d*eau, auxquels on donne le nom de marais; mais le sous-sol est ici formé par des récifs de coraux, qui rendent le fond perméable. Ces marais sont en réalité des sources, qui forment de charmants ruisseaux; Teau n'est nulle part stagnante, aussi n*y trouve-t-on aucune des plantes des marais, charas, palétuviers, sphagnum, etc.; les mélaleuca contribuent en outre à assainir l'air.

J*ai déjà dit, que Timpaludisme était dans les pays chauds le principal obstacle A racclimatement. Les Européens vivent en effet très facilement à Taïti ; d'après le D^* Aze, la mortalité de l'effectif de garnison, qui se composait de 239 hommes, a été pendant 28 mois qu'il a pu Tobserver de 0,42 <>/o. D'après Dutrouleau, de 1848 à 1855 la mortalité de la garnison française était de 0,98 ""/o d'abord, puis de 0,30 ^/o. Le pays est donc sain.

III. Population. — Les Ta'itiens appartiennent à la race polynésienne, qui est elle-même une race mixte, dans laquelle entrent A dose variable des éléments de la race blanche, de la race jaune, de la race noire océanienne et de la race malaise elle-même complexe.

§ 1. Polynésiens en général. — Quelque complexe (qu'elle soit, la race polynésienne est une; c'est même une (les meilleures preuves, que les Iles de l'Océanie ne sont pas \vs sommets d'un continent englouti, car un continent aussi vaste qu'eût été celui-là, eût contenu plus d'une race. Or partout le type est le même, la langue est la mémo, les usages sont les mêmes.

Les éléments divers, qui la composent, apparaissent néacmoins par atavisme, chez quelques individus, à l*état f\u< isolé, que dans le gros de la population. En 1606 Quin'> trouva à Taïti un chef, qui avait les cheveux rouges; WallL«. en 1767, remarqua que les chefs étaient souvent blonds. L^ sang d'une race blanche avait donc déjà pénétré là; il en fut de même, en 1560, aux iles Salomon et, en 1772, à Tile Je Pâques.

C'est par voie de migration, que les Polynésiens ont successivement peuplé de Touest à l'est toutes les iles de TOcéanie et de la Polynésie. Au xii« siècle, en même temps qu'an mouvement de Test à Touest poussait les Mongols vers TEurope, un mouvement jpresque symétrique poussait de Touesi à Test ceux qui devaient devenir les Polynésiens. Cette projection des futurs Polynésiens vers Test se faisait par les Malais. Ce peuple éminemment traçant^ comme on dit des végétaux, expansif Qi colonisateur représente en effet le je: initial des populations parties du Tibet. Le jet de populations immigrantes se faisait d'ailleurs au travers de peuples dêji rix('>s, avec lesquels les Malais se croisaient en les traversant, donnant ainsi naissance à des populations mixtes. Les Malais rencontrent d'abord dans Tlndo-Chine des jaunes, de* noirs et des blancs, tous déjà mêlés; l'adjonction de Téléroen: malais produit les Annamites. Poussant plus loin les Malais arrivent sur les cotes de l'Indo-Chine et dans Tarchipel voisin : ils rencontrent les Négritos avec lesquels ils forment le I Malais de la Malaisie. Plus loin, dans la Nouvelle-Guinée et dans la Polynésie occidentale, ils rencontrent les Papous; au nord l'union do ci« émigrants avec les jaunes et avec les Ainos forme les Japonais. Se prolongeant vers Test la pou*sôe arrive dans des îles inhabitées, où le Polynésien se dégai.'e plus pur.

Les légendes polynésiennes ont du reste conserTé le souvt'nir d'une émigration en pirogue, qui, partie de l'ile Bounoo. «litre les CVlèbos et la Nouvelle-Guinée, a peuplé successive-

ment toute la Polynésie. Un premier essain gagna les lies Palaos, les Caroliiies; un autre toucha la pointe de la Louisiane et atteignit la côte orientale d*A.ustralie; un troisième aborda aux lies Salomon et poussa jusqu'à Tile Santa-Cruz, aux Nouvelles-Hébrides et en Néo-Calédonie; un quatrième gagna les lies Fidji; un cinquième peupla les lies Samoa et Vile Tonga. De Tonga part un noyau, qui va coloniser la Nouvelle-Zélande et rile Cbatam d*un côté, les Marquises de Tautre. De Samoa une colonie part pour Raiatra; une seconde pour Talti ; une troisième pour Raratonga, Râpa et Mangareva. De Ta'iti une colonie part pour les lies Havvaï.

Ces longues migrations ont pour elle Tocéan et l'atmosphère : le premier prête ses contre-courants d'ouest i est, qui, au-dessus comme au-dessous de l'équateur, poussent les barques vers l'Est; le second, dans toute la zone des calmes, protège les émigrants contre la tempête.

Grâce à cette communauté d'origine les Polynésiens ont partout la même langue, la même civilisation caractérisée par Tabsence de l'arc et des flèches, l'usage de la double pirogue, celui du kawa fait avec la racine mâchée du piper tnethisticumy par le tabou et la fréquence de l'infanticide. Partout ils ont les mêmes caractères anatomiques, généralement intermédiaires entre ceux de la race jaune et ceux des nègres océaniens, témoins Tindice nasal et l'indice céphalique.

Les Polynésiens constituent une race douce, intelligente et digne d'être soutenue. Les Iles Sandwich ne nous donnent-elles pas le spectacle d'une population hier sauvage, qui massacrait Cook il y a 104 ans, aujourd'hui en plein régime parlementaire, avec 2 chambres, le suffrage universel, l'instruction gratuite et obligatoire!

S 2. Polynésiens de Taïii, — Les Taïtiens présentent Ic^ caractères communs à tous les Polynésiens : la race est !M*lle, mais l'obésité est précoce chez elle; les pieds et les mains sont larges; le front est peu élevé; le nez épaté, par-

fois aquilin; la face ost grosse; les cheveux sont quelquefois crépus, quelquefois soyeux et d'un beau noir; les yeux sont grands et expressifs; les dents blanches; la bouche large: les lèvres épaisses ; la peau brune.

§ 3. Démographie. — La population taïtienne est depuis longtemps en décadence : depuis la première visite des Emopéens jusqu'à une époque récente le nombre des Taitiens a toujours été en décroissant. En 1774 on estimait leur nombre à 80 000, à 16000 en 1797, à 8568 en 1829, à 8 000 « 1838. Un recensement fait en 1848 portait la population aa chiffre de 8082 et accusait, par conséquent, si les chiffra antérieurs sont exacts, un léger accroissement ; mais de 1852> 1854 sévit une épidémie de rougeole, qui donna un excedeo: des décès sur les naissances de 821. Depuis lors la population se relève : elle avait de 1855-1860 un excédent de 3îU des naissances sur les décès; on comptait 7169 habitant^ en 1860 et 9086 en 1862; en 1877 la population s élevait .i 9500; on l'évalue actuellement à 10347. La race taïtienctr est-elle destinée à se relever? L'administration française do.; tout mettre en œuvre pour l'aider à le faire.

§ 4. Maladies, — On sait que cette décroissance présenté* par les Taïtiens est générale dans toute la Polynésie; partout cette belle race semble appelée à disparaître à notre contact aussi bien dans les colonies qui nous appartiennent que dans celles soumises à l'Angleterre, comme la Nouvell»^- Zélande, et dans celles qui sont indépendantes, comme It^ îles Sandwich.

La grande cause de décès chez ces insulaires est la phtisie tuberculeuse, (jui n'existait pas chez eux avant notre arriva et (jui prend dans leur race et sous le climat de leur pav> uni» allure particulièrement rapide. La maladie ne dure pa? plus de 3 à 4 mois. La preuve que la race polynésienne e>i bien par son essence même, plus apte à la phtisie pulmo-

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