‹ La colonisation scientifique et les colonies françaisesChapitre 96 sur 122 · AGRICULTURE. — ACCLIMATATION · texte numérisé non relu

AGRICULTURE. — ACCLIMATATION

fois déjà la découverte de mines d*or en Californie a dépeuplé Taïti de ses colons; ils ont laissé là lears exploitations naissantes, séduits par Tattrait toujours invincible des paillettes californiennes. lisent amèrement regretté leur illusion, mais leur exemple ne servirait peut-être pas de leçon, si une circonstance analogue se présentait.

Taiti peut cependant rivaliser quelque jour avec la Martinique : « Taïti produit peu, dit le général Ribourt, et pourrait tout produire. Toutes les plantes importées des différents continents se sont naturalisées là d'une manière surprenante. En moins d*un siècle elles se sont développées sans culture et reproduites au point de le disputer aujourd'hui aux végétaux indigènes. La fertilité du sol est extrême : d'innombrables ruisseaux entretiennent partout dans la plaine une fraîcheur délicieuse; d^abondantes rosées rendent à la terre, pondant la nuit, ce qu*ont pu lui enlever les ardeurs du soleil. Jusque sur leurs sommets les plus élevés les montagnes sont couvertes d'une végétation luxuriante; les vallées en sont obstruées.

€ S'il était possible d'employer d'une manière utile tous ros terrains incultes aujourd'hui, si une main intelligente et oxpiTimentée venait à tirer de ce sol fertile tout ce qu'il pout produire, Ta'ili, qui fournit à peine aujourd'hui des vivres à une population peu nombreuse, deviendrait une des colonies les plus riches du monde. Il est bien peu des produits si recherchés des Antilles ou des Indes, qui, disposés convenablement, suivant la nature du sol, l'exposition ou la hauteur, ne réussissent parfaitement à Taïti. Déjà le coton, l'indigo, le tabac croissent sans culture; Ik)urbon et les Antilles vont jusque-là chercher des plants nouveaux de canne à sucre; le roucou^ nouvellement importé, se multiplie rapidement. Le café, cultivé sur quelques points, donne des produits, que le Chili préfère à ceux du Brésil et qui Temporte- I aient, je crois, sur nos cafés de Bourbon même et de la Martinique. Mais, pour cette transformation, des bras sont

nécessaires. Le Taïtien, insouciant et paresseux, ne comprendra pas de bien longtemps la nécessité du travail. La nature a pourvu abondamment à ses besoins et l'avenir rinquièto peu : ce n'est pas lui qui viendra en aide à la civilisation de Taïti. Nos colons militaires n'ont pas non plus jusqu'ici produit des résultats remarquables. »

Aux colons civils de répondre à l'appel du général Ribourt. Aux produits que cite le général, on peut d'ailleurs en ajouter bien d'autres : le taro, Tigname, le beurre de coco, k-> fibres de pandanus avec lesquelles on fabrique du papier et des sacs à café, une urticacée qui sert à faire des filets de pèche. le jute si précieux dans l'industrie et qui aujourd'hui envahit l'île à l'état spontané, le goyavier introduiten 1815, l'oranger introduit par Coock en 1774 ; les oranges, qui valent 25 fran»'s les 1 000 à Taïti, sont expédiées à San-Francisco, ou elles valent 250 francs les 1000; avec elles on fabrique un vin d'orange. Citons encore le bananier, l'arbre à pain si utile dans l'alimentation des indigènes, la pomme de cythère {Spondias dulcis)^ le mapé (Fnocarpus adulis\ de nombreuses fougères, le jusseia pa Ubilietisis Sipporté du Pérou; enfin deux précieuses plantes tinctoriales étudiées par M. Livigerie, pharmacien de la marine, et qui pourraient être utilisées largement : le inoritida citrifolia^ rubiacée connue à Taïti sous le nom de yiono^ qui pousse sans culture et donne une matière colorante jaune, dont les Taltiens se servent pour teindre leurs étoffes et avec laquelle M. Lavigerie fait également une teinture rouge; le feï (Musa fehi)^ musacée dont les fruits sont comestibles et dont M. Lavigerie a pu fain* une teinture en bleu sur la soie et en vert, en violet et en gris sur la laine.

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