‹ La colonneChapitre 7 sur 15 · GÉRAN · texte numérisé non relu

GÉRAN

Lacouture communiqua aussitôt cette lettre à Prophète étions deux convinrentd'en donner connaissance au comité d'initiative qu'ils avaient formé, comme un noyau de résistance plus facile à dissimuler qu'un attroupement compact.

Car ils en étaient réduits à se cacher pour délibérer. Non seulement ils n'avaient à attendre du commandement à tous les degrés, nul concours, nul encouragement ; mais ils devaient parer aux empêchements qu'on pouvait leur susciter, au nom de la discipline. Le général en second, grand manœuvrier électoral sous l'empire, et le colonel-major, se tenaient cois. Les officiers sous leurs ordres se contentaient d'écrire timidement aux journaux. Est-ce qu'un adjudant-major n'avaitpas été jusqu'à féliciter les Invalides delasagesse, de la résignation dont ils donnaient l'exemple ?

« Voyez-en les heureux effets, disait il. Le général de Martimprey, notre gouverneur, vient d'être transféré de la Conciergerie à la maison de santé Dubois. C'est un otage entre les mains de la Commune. Moins nous attirerons Tattention sur nous, mieux il sera traité. »

Aussi les adjudants et capitaines de service redoublaient-ils de vigilance. Les murs de la chambrée et des chauffoirs avaient des oreilles. Il fallait donc s'entourer de précautions, n'agir qu'à bon escient et emporter l'affaire d'emblée. L'impulsion qu'avaient reçue inutilement à deux reprises, les plus fougueux pensionnaires, ne les induisait déjà que trop en méfiance. C'était à peine, aujourd'hui, si un nouvel appel en entraînerait une centaine. Mais Prophète, depuis sa dernière promenade à Belleville, n'en demandait pas davantage

pour frapper cFliésitation Tadversaire. Il avait modifié son plan primitif; il se proposait maintenant de soumettre à ses camarades le projet d'une manifestation sans armes. Il était persuadé qu'une petite compagnie de vieux soldats se rangeant autour de la Colonne, suffirait pour disposer la foule en leur faveur et paralyser l'entreprise des démolisseurs. Enfin^ il envisageait l'éventualité d'un renfort auquel il se reprochait de navoir pas encore songé. Tout cela, sans parler d'une motion subsidiaire qu'il ruminait depuis deux jours, justifiait la réunion du conseil. Il se chargea donc de convoquer individuellement ceux qui le composaient, en parcourant sur l'heure les chambrées.

Le lieu de rendez-vous était une guinguette de l'avenue de La Motte-Piquet : An Voltigeur de la Garde. Tous les invalides la connaissaient. Une inscription : Lutzen, 2 mai /'^/jJ, semblait indiquer la provenance d'un boulet suspendu à une chaîne, au-dessus de la porte d'entrée. La façade de la maison, à un seul étage, s'ornait d'un voltigeur appuyé sur son fusil ; enfin, l'enseigne était complétée par cette facétie :

On ne passe pas sans entrer, On n'entre pas sans boire.

On ne sort pas sans payer.

Derrière la boutique, une double rangée de tonnelles garnies de tables et de bancs moisis, souriait aux épanchements que les règlements eussent contrariés, à la cantine de l'Hôtel. On y entendait souvent des refrains démodés, comme ^< C'est ma Pomponnette, c'est ma Pompadour... » ou bien : «Connais-tu pas les hussards de la garde? Connais-tu pas 1' trombone du régiment?... » chevrotes par des voix pareilles à ces serinettes où manquent des notes... Feuillette, dit Prêt-à- Boire, le camarade de chambrée de Prophète, était un des familiers de la maison, fameuxpar ses prouesses

bachiques et une vigueur à son âge peu commune. On montrait, dans un coin, la brouette où, plusieurs fois, il avait fallu le mettre, comme un paquet, pour le reconduire, ivre-mort, aux Invalides. Il était le seul à qui le patron fît crédit, non seulement parce que Feuillette avait une sœur, bouchère à Monlrouge, laquelle désintéressait le débitant à Tinsu du pochard ; mais encore parce que celui-ci, le dimanche, divertissait la clientèle en chantant : La baronne de Follebiche ou bien : Ils sont couchés chezla mère Picard, son triomphe. A midi, ce jour-là, arrivèrent, tous exacts, Lacouture avec Prophète, Chapelard avec Bibroqne, Feuillette et Cassavoix, Lapuchet guidant Archin, le doyen des aveugles, Clavquin enfin, que le cabaretier, complaisant, aidaà descendrede sa petite voiture et à atteindre les « bosquets », car Tataxique était aussi un habitué de Tendroit, mais on le servait le plus souvent dehors, pour qu'il n'eût pas la peine de se lever. Le mastroquet, obligé de le soutenir et presque de le porter, disait néanmoins, flagorneur :

— Eh bien! mais ça ne va pas trop mal, aujourd'hui...

A quoi Clavquin répondait, grognon :

— C'est pas mon avis... Je crois plutôt que j'ai les pieds aggravés.

Les neuf invalides commandèrent trois litres. Feuillette remplit les verres et, sans délai, vida le sien, en s'écriant :

— Fais-toi place ! Il y aura foule, ce soir...

Puis, bon camarade, il fit boire Cassavoix, le manchot parvenu, dont il se moquait parfois, pour fournir l'occasion d'un pari gagné d'avance. En effet, voulant prouver « qu'on n'a pas besoin dun bras pour lever le coude », Feuillette saisissait entre ses dents, comme font certains escamoteurs forains, un verre plein placé sur le comptoir et Tingurgitait aussi facilement qu'avec le secours de la main.

Mais on n'avait pas de temps à perdre aux baga-

telles; Prophète le témoigna par sa hâte à prendre la parole.

— J'ai à vous faire part^ dit-il, d"une nouvelle dont je me réjouirais avec vous, si la prudence ne me conseillait pas de ne m'y fier qu'à moitié. Un mot que Lacouture a reçu de son neveu, nous annonce que la Colonne ne sera pas renversée demain, ni même le 8.

— Mon neveu ne s'avance pas à la légère, fît Lacouture. Il doit être bien informé.

— Soit, continua Prophète: pourtant il faut toujours prévoir une ruse de Fennemi et se tenir sur ses gardes.

Cassavoix battit des ailes autan t que le lui permettaient ses deux manches flottantes repliées sous les aisselles, et dit :

— Ils ont peur, parbleu 1

— Peut-être ont ils peur, en effet, reprit Prophète ; dans ce cas, il ne dépend que de nous de changer leur hésitation en déroute.

— Comment? demanda Lapuchet, dont les deux dernières dents, écartant les lèvres, ressemblaient au fermoir détraqué d un vieux porte-monnaie.

— Voilà Taffaire. Je propose qu'une délégation d'invalides aille demain, comme tous les ans, déposer une couronne au pied de la Colonne.

— Bonne idée, opina le doyen des aveugles, dans sa barbe en chiendent.

— J'en suis ! ajouta Clavquin, qui poursuivaitFespérance d'une guérison miraculeuse par secousse électrique.

— Mais on ne vous laissera pas approcher, objecta Bibroque.

— C'est là que je vous attendais, répliqua Prophète. Qu'on nous laisse ou non approcher, je prétends, moi, que la manifestation aura le -même retentissement. Après-demain, les gazettes la raconteront à leurs lecteurs ; on saura ainsi que nous existons encore et que loin de prendreau sérieux lesmenaces de la Commune,

nous faisons comme si rien n'était. Mais notre démonstration pacifique peut avoir un résultat important. Elle réveillera le courage des vieux delà vieille, qui ne sont pas tous aux invalides, comme nous avons Fair de le croire. Il s'en trouve certainement ailleurs, que notre exemple engagera à se joindre à nous, si c'est nécessaire. Qui sait même si nous n'en rencontrerons pas demain, place Vendôme? Qui sait si nous n'allons pas voir surgir, à nos côtés, d'ancienscompagnons d'armes ayant endossé, pour la cérémonie^ leur uniforme de parade changé en uniforme de bataille? Vous n'avez pas pensé à ça... C'est cependant assez naturel que d'autres se souviennent. Notre tenue risque dépasser inaperçue dans la foule ; on la connaît, elle est dans la circulation... Mais les uniformes du premier empire et même du second, n'y sont plus. Qu'est-ce que vous diriez, si l'habit à la française, le plastron blanc et le bonnet à poil des grenadiers de la garde ; si le kurkaèt le schapska à plumet rouge des lanciers ; siles cuirassiers, en tunique bleu ciel à retroussis écartâtes, culotte de peau blanche, gants à crispin et casque à double crinière noire ; si le gros kolbach des guides, le shako à gland des voltigeurs et le turban des zouaves, apparaissaient tout à coup au tournant de la rue de la Paix? Qu'est-ce que vous diriez, hein?

— Vive l'Empereur! cria Lapuchet, son œil unique dilaté par l'enthousiasme.

— Le fait est que ce serait assez chocnosof, dit Ghapelard.

— On fraterniserait, on chasserait le brouillard ensemble, dit Feuillette, altéré par le pruneau de première classe qu'il roulait dans sa bouche.

— Les passants, les badauds, tout le monde enfin nous acclamerait, j'ensuis sûr, déclara Prophète.

— Ça donnerait à réfléchir aux rouges, c'est certain, dit Glavquin, escomptant également les bénéfices de l'ovation.

— Alors, il n'y a pas d'opposition au pèlerinage?

— Il n'y en a pas, répondit Lapuchet, pour tous. Lacouture observa seulement :

— C'est affaire entre nous, bien entendu. Si la chose s'ébruitait dans l'Hôtel, on préviendrait les chefs et ca ferait encore du micmac. Quand ils apprendront notre espédition, il sera trop tard pour l'empêcher. C'est ce qu'il faut. On sortira chacun de son côté pour ne pas donner l'éveil.

— A quelle heure? dit Bibroque.

— Après déjeuner, par exemple, proposa Feuillette.

— Est-il indispensable que nous marchions tous ks neuf ici présents ? fit Chapelard.

— Ma foi non, répondit Prophète. Nous pouvons n'envoyer place Yendùme que trois ou quatre délégués. Il est inutile de nous exposer tous aux punitions qui pleuvront, si l'affaire, par hasard, tournait mal. Constituons plutùt une réserve dont nous aurions besoin, si Ton fourrait les délégués au bloc.

— C'est juste, le Prophète pense à tout, approuva Lapuchet.

— Sans compter que les rouges pourraient bien jeter le grappin sur nous, si notre visite leur déplaisait, dit Clavquin.

— C'est ce qu'il faudrait voir! s'écria Cassavoix, dont une des manches s'était détachée, comme pour un simulacre de moulinet.

Mais Prophète ne croyait pas qu'on en vînt à ces extrémités.

— Quoi? Nous ne les provoquons pas. Nous avons 1 air de vivre à cent lieues de tout, de ne pas savoir ce qu'ds complotent contre la Colonne et d'apporter, comme tous les ans, notre hommage. Encore une fois c est pas tant à eux qu'aux anciens, rentrés dans le civil, qu'il s'agit de faire comprendre l'apologue.

Clavquin : — Nous leur adressons comme qui dirait des signaux...

Cassavoix : — Une couronne d'immortelles, ca parle! Chapelard : — Le langage des fleurs 1

Prophkte : — Eiifin, supposez qu'ils aient la même pensée que nous; qu'est-ce qu'ils diraient demain, en ne nous voyantpas autour de la Colonne ? Nous serions deshonorés.

Le doyen des aveugles : — Nous le serions.

Sur la question de la couronne, ils tombèrent bientôt d'accord.

— Versons chacun vingt sous, dit Lacouture. Pour neuf francs, on aura quelque chose de très agréable. L'un d'entre nous se chargera d'acheter la couronne et la fera porter ici, oi^inous la prendrons en passant.

— Qu'est-ce qu'on mettra dessus? demanda Lacouture.

— Souvenirs et regrets, dit Archin d'une voix profonde, qui sortait de sa barbe blanche, comme d'un sépulcre.

Prophète préférait : Soucpuir fidèlt'.

— C'est plus expressif. . liegrels, ça indiquerait que nous regrettons de voir démolir la Colonne... sans plus. Tandis que dans : Souvenir fidèle, il y a des intentions, pas vrai ?

L'inscription fut adoptée à l'unanimité. Alors Bibroque, se décoiffa'nt, tendit sa casquette :

— Pour les frais du culte, s'il vous plaît 1...

Les invalides, l'un après l'autre, làchèrentleursvingt sous.

— Fouille dans ma poche dit Cassavoix à Bibroque.

— Avancez-moi la médaille, dit Feuillette ; je suis raffalé. Mais je vais tantôt chez ma sœur ; j'aurai du style ce soir, sans faute.

Malgré cette assurance, ses camarades montraient peu d'empressement à lui faire crédit. Ils savaient l'ancien clairon de chasseurs phraseur et carottier, coutumier des poufs, bref, méritant les trois P en face de son nom : prêté, parti, perdu. A la fin pourtant, Lacouture, moins dur à la détente que ses compagnons, allongea deux pièces au lieu d'une. Bibroque compta l'argent et s'offrit à procurer la couronne, en s'adjoignant Chapelard. Restaient à désigner les délé-

LE PÈLERINAGE DU 5 MAI il3

gués. Avec autorité, le doyen des aveugles nomma Lacouture, Prophète, Lapuchet et Cassavoix. Ce choix ayant été à Tinstant ratifié, il n'y avait plus, avant de se séparer, qu"à payer les consommations.

— Trois litres à seize, deux francs quarante... C'est vingt-cinq centimes chacun, dit Prophète. Je mettrai le surplus.

Les invalides s'exécutèrent.

— Fouille encore dans ma poche, répéta Cassavoix. Mais comme Bibroque ramenait une pièce de cinquante centimes :

— C'est pour nous deux, dit Feuillette ; je rembourserai Cassavoix ce soir, en même temps que Lacouture.

Toutefois, entraîné par l'habitude de payer autrement son écot, il saisit par la taille, au passage, une petite servante courte et drue, qui se présentait pour recevoir l'argent, et l'ayant assise de force sur ses genoux, il chanta :

Mère Picard, autrefois si gentille, Se voit enfin remplacée à son tour :

Pommes d'amour, chez Hortense, sa fille, Sous le fichu s'agitent chaque jour.

Mais observez quelle différence!

Ces jolis fruits qui charment le regard, Ils sont debout, chez la jeune Hortense, Ils sont couchés, chez la mère Picard î

— En ta maboul! dit en riant Chapelard, qui avait, dans sa jeunesse, ainsi que Bibroque, « passé le grand étang » et servi aux zéphirs.

Le lendemain, après le repas du matin, la délégation, couronne au vent, s'acheminait vers la place Vendôme, lorsqu'elle s'entendit interpeller par Chapelard, qui se tenait sur le seuil d'une boutique de brocanteur, voisine du Voltigeur de la Garde, avenue de La Motte-Piquet.

— Eh ! les braves, repassez par ici, à votre retour... Je suis avec Bibroque à vous attendre...

— Ah! ça, dit Lacoiiture en traversant avec ses compagnons TEsplanade, pour gagner la rue de Bourgogne, Chapelard et Bibroque ont donc établi leur quartier général chez la Canapé ?

— Faut croire, répondit Prophète. On prétend qu'ils y font de fameuses noces, des parties carrées...

— Comment ça, carrées?

— La Canapé à une amie qu'on appelle La Flotte et qui est comme qui dirait en ménage avec Chapelard, pour le moment.

— Et le fils de la Canapé, Bibroque lui apprend-il toujours à faire l'exercice?

— Sais pas. Sans doute.

Ils se turent. On les remarquait à peine, dans ce quartier qui était le leur. Lacouture portait la couronne et souffrait des dents. Prophète avait une douleur rhumatismale dans les reins; quant au vieux Lapuchet, déshabitué de la marche, elle lui était d'autant plus pénible que des cors affligeaient ses pieds. C'était même une des raisons pour lesquelles il détestait Paris. Jamais, avant d'y venir, il n'avait eu les pieds sensibles. Tout de suite, une promenade d'une heure l'avait plus fatigué qu'auparavant ses courses d'un bout à l'autre de l'Europe. Depuis q.uarante ans, il maudissait le pavé de la capitale, bien qu'il ne s'y aventurât qu'une fois par an, le 5 mai. Il accomplissait régulièrement ce pèlerinage, à l'instar des matelots qui doublent le prix d'un ex-voto, en écrasant, pour aller le suspendre fort loin^ des pois secs répandus dans leurs souliers. De fait, on eût dit que Lapuchet marchait sur des clous. Ses camarades, sachant le supplice qu'il endurait, disaient entre eux : « Il pleure ses pieds... » Le souvenir des pieds de Lapuchet était inséparablement lié à cet anniversaire du 5 mai. On devait parler d'eux longtemps après la mort du vieillard. Ils procuraient un sujet de conversation pour la route, d'autant qu'en les plaignant, c'était aussi sur les leurs que s'apitoyaient beaucoup d'invalides.

Seul, Cassavoix conservait tous ses avantages, à

commencer par celui de n'avoir plus de bras. A chaque instant, il dépassait ses compagnons. 11 n'y en avait que pour lui. Manchot, il trouvait, par sa prestance, le moyen d'évoquer le tambour-major des anciens défilés, habile aux tours de canne qui enthousiasment la foule. On s'attendait à le voir récupérer tout à coup ses membres et sa canne, escamotés ensemble. Mais il jugeait aussi difficile à réaliser le miracle d'être salué par les fédérés, et il s'était promis de donner ce spectacle à ses amis, avant la fin de la journée.

En arrivant à la Seine, les quatre invalides découvrirent les travaux défensifs qu'avait entrepris la Commune en prévision d'une attaque par l'avenue des Champs-Elysées. Du Corps législatif, transformé on atelier, où douze à quinze cents femmes confectionnaient des sacs à terre, ces sacs n'avaient que la Seine à franchir pour compléter le double ouvrage qui menaçait le Palais et le pont de la Concorde. A l'angle de la rue de Rivoli et de la rue Saint-Florentin, appuyé d'un côté contre le mur du ministère de la Marine et, de l'autre côté, contre le mur d'enceinte des Tuileries, payait de mine le chef-d'œuvre du père Gaillard, une véritable redoute qui n'était plus l'improvisation ardente de l'émeute, mais félucubration présomptueuse d'un gardien de batterie émancipé. Enfin, devant la grille du jardin des Tuileries, des terres amoncelées, des pavés et des tonneaux, encore en désordre, ébauchaient un retranchement dont le feu devait enfiler l'avenue, jusqu'à l'Arc de Triomphe.

Sur chacun des piédestaux, qui encadrent la grille et portent des chevaux décoratifs, les inscriptions : Propnété nationale. Liberté. Egalité. Fraternité, dans leur fraîcheur, étaient soulignées par des affiches avisant le public, l'une qu'il pouvait visiter tous les jours, de midi à sept heures, les salons des Tuileries, moyennant 50 centimes pour les grandes personnes et 25 centimes pour les enfants; l'autre affiche, qu'un concert de bienfaisance au profit des ambulances serait donné le len-

demain dans le Palais des Tuileries, « servant pour la première fois à une œuvre patriotique. »

En face, la statue de Strasbourg était ornée de drapeaux et fleurie, comme un char funèbre arrêté devant la maison mortuaire.

Laissant à droite la barricade du père Gaillard et son corridor de communication, qu'il eût fallu traverser pour aborder la place Vendôme par la rue de Castiglione, les invalides suivirent la rue Royale et les boulevards jusqu'à la rue Neuve-des-Capucines.

Déjeunes vendeurs de journaux proposaient : La démission de M. lliiers, Le Bon Sens, Paris-Libre, La grande joie du Père Duchêne, le Journal des Honnêtes Gens ; et les badauds formaient un rassemblement, au coin de la rue Saint-Honoré, autour d'une potence en bois fichée dans des sacs à terre. A la potence, un rat mort était pendu; deux autres gisaient au pied. Et Tallégorie était élucidée par une pancarte sur laquelle on avait écrit :

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