‹ La comedia espagnole du 17e siecleChapitre 3 sur 5 · Clgarrales de Toledoy éd. de Barcelone, 1631, f · texte numérisé non relu

Clgarrales de Toledoy éd. de Barcelone, 1631, f

10. « La comedia 6 sea, como quieren, representacion » (El Passageroy alivio III). Je ne vois guère que Quevedo, dont la solide éducation classique répugnait à l'emploi de comedia am sens espagnol, qui se soit, au xvn® siècle, servi de ce mot representacion : il a intitulé un de ses drames representacion espanola (voir la liste des œuvres dramatiques de Quevedo par D. Aureliano Fernandez-Guerra dans La Barrera, Catdlogo del antiguo teatro espaiiol, p. 313). Dans le plus ancien théâtre espagnol, representacion s'applique souvent à des pièces de contenu profane ou religieux ; cf. l'italien rappresentazione.

1 1 . Ainsi El valiente Cespedes est dénommé tragicomedia ; d'autres pièces comme Roma abrasada, El marido mas firme portent le titre de tragedia ou tragedia famosa.

12. Dès la fin du xvii® siècle, ce nom de comedia nueva commence à se substituer à la traditionnelle comedia famosa et tend à l'éliminer : les drames, par exemple, d'Antonio de Zamora (1660-1740) sont, dans ses œuvres, tantôt intitulés comedia famosa^ tantôt comedia nueva^ sans qu'on voie du tout ce qui, dans l'espèce, a pu déterminer le choix de l'étiquette. Toutefois, lancienne et célèbre épithète était trop ancrée dans le langage théâtral pour se laisser facilement supprimer, elle persiste même après l'introduction en Espagne de la tragédie française, et c'est ainsi que El sacrificio de Ifigenia^ drame de José Caiiizares, composé vers 1716, « pour montrer les comedias selon le style français », comme dit expressément l'auteur, s'intitule encore « comedia famosa en cinq actes. »

13. a De estas impertinencias y otras taies Ofrecio la comedia libre jr suelta » [Pedro de Urdemalasy jornada 3").

14. Depuis Voltaire et à cause de Voltaire, beaucoup de Français, même des écrivains graves, ont pris la fâcheuse habitude de nommer Lope, Lopez. Et les Espagnols de se moquer de nous, qui confondons nombre et apellido, en quoi ils ont parfaitement raison. Au temps où la littérature espagnole était connue et appréciée en France, nous n'aurions jamais commis cette faute ; ainsi, au xvii® siècle, l'on disait bien plus correctement, et à l'italienne Ix Lope de Fègue (P. Bouhours). Mais il n'y a pas que nous de barbares. Ce n'est pas sans

quelque malin plaisir que j'ai retrouvé notre Lopez dans l'écrit d'un Allemand, grand connaisseur de la littérature espagnole, V. A. Huber (v. son discours intitulé Ueber spanische Nationalitàt und Ku/ist im 16 und 17 Jahrhundert, Berlin, 1852, p. 26). Et même il se trouve des Espagnols, odieusement afrancesados ^ qui laissent passer le bout de l'oreille. Je lis, par exemple, dans El pensador matritense^ journal littéraire assez spirituel de la fin du siècle dernier [t. I, p. 191) : « si los Lopez^ los Calderones, los Solises, y otros talentos de nuestro pais corrompieron el arte de la comedia... ». Français, Allemands et Espagnols n'ont donc pas grand'chose à se reprocher.

15. Quoiqu'on ait prétendu le contraire, il me paraît démontré que la seconde partie des Rimas de Lope, à laquelle est agrégé VArte nuevo de hacer comedias en este tiempoj n'a été publiée pour la première fois qu'en 1609, et comme l'errata de cette édition de 1609 porte la date du 29 janvier, il s'ensuit que Lope a composé son discours au plus tard dans l'année 1608. De toutes façons, il est sûr que l'Jrte n'a pas été imprime' en 1602 avec la première partie des Rimas, et qu'il n'a pas été imprimé non plus dans l'intervalle de 1602 à 1609 ; ceci résulte: 1° de cette note delà seconde partie des Rimas (édit. de 1609) : ce Estas Rimas tienen licencia y privilegio, aunque no se imprimieron con las passadas la primera uez, por no hazer tan gran volumen » ; 2** du fait que les pièces préliminaires du volume publié en 1609 sont toutes ou de 1602 ou de 1609, ce qui prouve qu'il n'y a pas eu d'éditions des Rimas (les contrefaçons barcelonaises ne comptent pas) entre ces deux dates. Mais l'Jrte pourrait avoir été compose' ayant 1608. J'en conviens, si cependant un détail de ce discours ne semblait indiquer le contraire. Lope y avoue quatre cent quatre-vingt-trois comedias ; or, ce chiffre, comme l'a remarqué M. von Schack, est plus près du chiffre de cinq cents que Pacheco reconnaît à Lope en 1609 (préliminaires de la Jérusalem conquistada) que de celui de deux cent dix-neuf, accusé par Lope lui-même dans la préface du Peregrino (1603).

16. On ne sait à quelle académie Lope a voulu faire l'exposé du nouveau système dramatique ; pour ma part, je ne serais pas éloigné de croire que le poète n'a pas entendu s'adresser à aucune compagnie en particulier, mais qu'il parle aux lettrés en général, à ceux qui avaient coutume de se réunir en academias pour se lire leurs vers. Une autre question se pose à propos de ce discours. UArte nuevo de hacer comedias en este tiempo serait-il le seul écrit de Lope sur son art ? Cela n'est pas sûr, et voici pourquoi. Personne, à ma connaissance, n'a pris garde à un passage fort curieux du Para todos de Juan Perez de Montalban (imprimé pour la première fois en 1632) qu'il importe de transcrire textuellement : « No hago aqui memoria de los passados, que las han escrito (les comedias] . . , porque frey Lope de Vega Carpio, con la gran noticia que en esta parte tiene, ha

escrito copiosa y cientificamente un tratado, solo en abono deste il~ lustrissimo arte y exercicio^ a cuya ediclon^ que saldra muy presto ^ me remito » (Memoria de los que escriven comedias en Castilla, à la fin) . Ainsi Montalban, fervent disciple de Lope et son ami intime, annonce, en 1632, comme devant paraître « très prochainement » un traité copieux et scientifique de son maître sur la comedia. Il devait savoir ce qu'il disait, et il est impossible qu'il ait voulu parler de V Arte nuevoy imprimé dès 1609, que le disciple connaissait mieux que personne et qui, de plus, n'est ni copieux ni scientifique. Mais qu' est-il advenu de ce tratado ?

17. C'est aussi, à ce que je vois, l'opinion de Luzan, homme de goût et de bon sens : « Dexando aparté la negllgencia y poca lima con que estd escrito, y la cantidad de malos versos que tiene a [La Poe'tica, t. II, p. 63).

18. L'Aristote de Lope est celui de Francesco Robortello d'Udine, auteur d'un commentaire de la Poétique et d'une Explicatio de comœdia. Notre Corneille aussi se réclame de l'autorité de cet Italien du xvi' siècle.

19. Conformément à ce qui est dit ici de la manière ancienne de Rueda, un poète du xvii" siècle, grand admirateur de Lope, Salas Barbadillo a dénommé comedias antiguas les intermèdes qu'il a composés. Dans ses Coronas del Parnaso y platos de las Musas (Madrid, 1635), la partie des entremeses s'annonce ainsi : « Quatro comedias antiguas, que el vulgo de Ëspaiîa llama entremeses. » Comedia antigua par opposition à la comedia nueva de Lope et son école. C'est donc à tort que M. Menéndez Pelayo [Historia de las ideas esteticas en Espafîa, t. II, p. 442) pense que Salas Barbadillo, lorsqu'il dit quelque part qu'il a voulu « observar del arte antiguo todo aquello que no fuesse aspero ni desapacible para el siglo que corre », fasse allusion à l'art des anciens, à l'art classique : par arte antiguo, comme par comedia antigua, il entend la vieille manière espagnole, celle de Rueda, celle aussi des Cèles tines.

20. En ce qui concerne Juan de la Cueva, on ne voit pas très bien si Lope a évité de le nommer, considérant les tragicomédies de cet auteur comme une faute envers l'art, ou si, au contraire, il n'a pas voulu lui faire, en le citant, l'honneur de cette innovation, payant par cette omission le silence presque injurieux de la Cueva, qui dans son Egemplar poético (achevé de composer en 1606, mais non imprimé) n'avait pas dit un mot de Lope. Il est remarquable aussi que le nom de la Cueva ne figure pas dans le Laurel de Jpolo, où défilent, comme on sait, à peu près tous les ingénies d'Espagne, depuis les vraiment grands jusqu'au plus menu fretin.

21 . Lope ne parle pas du tout de l'unité de lieu, mais, en revanche, il recommande quelque part de laisser le moins possible la scène vide.

22. Et Lope ajoute qu'il lui arriva aussi « à Tâge de onze ou douze ans » de composer des comedias en quatre actes. Cette division, qui succédait à la forme classique des cinq actes conservée par Torres Naharro, est celle de Juan de la Cueva, qui s'en déclare Tinitiateur [el un acto de clnco le he quitado)^ de même qu'il prétend avoir le premier introduit sur la scène comique « des rois et des divinités. »

23. On sait, depuis Moratin, que le premier Espagnol qui ait eu l'idée de la division en trois actes est un nommé Francisco de Avendano, auteur d'une comedla imprimée en 1553. Cervantes, lui, s'est vanté à deux reprises (préface de ses Comedias et ^voXogue àxxRufian dichoso] d'avoir « réduit à trois les cinq actes » de l'ancienne comédie, mais il oublie la première réduction de Juan de la Cueva, et il oublie que lui-même a composé en quatre actes sa ISumancia.

24. « Suspendre l'intérêt » : l'expression revient souvent chez les auteurs espagnols de cette époque. « Ita. suspension hasta el fin.,. Que conocer al principio Los sucesos del fin délia (de la comedia) Ni lïs de mano artificiosa Ni es de obra de ingenio llena » (Romance d un licenciado que deseaba hacer comedias j par Carlos Boil, dans Norte de la poesia espanola^ Valence, 1616) ; et José Pellicer loue Ferez de Montalban d'avoir su « tenir le public indécis, indifférent et neutre jusqu'à la seconde scène du troisième acte, qui est le moment où il commençait à débrouiller le labyrinthe » [Idea de la comedia de Castilla, dans Ldgrimas panegiricas d la temprana muer te del gran poeta... D^^ Juan Perez de Montalban, Madrid, 1639). Ce Montalban lui-même, dans le prologue du tome premier de ses Comedias (Alcalâ, 1638) observe qu'au théâtre « la tournure de la dame, la prestance du premier rôle, la cadence des mots, la musique des rimes et la suspension des sentiments [afectos] trompent les oreilles les plus attentives » et font passer sur bien des défauts de pensée et de style.

25. La lira, strophe de cinq ou six vers, la silva, combinaison libre de vers de onze et de sept syllabes généralement à rimes plates, etc.

26. Douze pliegos, c'est-à-dire quarante-huit feuillets, du format in-quarto moyen, le plie go (nommé aussi duerno] se composant de quatre feuillets. Lope parle ailleurs (Peregrino en su pdtria, éd. de 1618) a de cinquante hojas », ce qui revient à peu près au même. Douze cahiers ou quarante-huit feuillets, c'est en effet depuis Lope la dimension régulière et constante de la comedia. Quevedo dans sa fantaisie satirique intitulée : El entretenido, la duerla y el soplon, fait ôirîidinpoetade lospicaros : « i Esta mejor ocupado un ingenio en gastar doce pliegos de papel de entradas y salidas y maranas para casar un lacayo sin amonestaciones ? » (Ed. Fernandez-Guerra, t. I, p. 372). Lorsque Lope et Montalban, qui collaboraient ensemble à la Tercera orden de San Francisco, durent, pressés par le temps (ils avaient en tout trois jours pour écrire la comedia et la faire répéter), se partager

le troisième acte, « chaeun de nouS; dit Montalban, écrivit ses huit feuillets j> : l'acte enti^ en avait donc seize et les trois quarante-huit. Une comedia, qui dépasse le nombre traditionnel de douze cahiers, est tenue pour longue : « Considero el auditorio que si con estos versos continuaba el referir una larga comedia de quince pliegos^ que séria darles à cada uno un tabardillo. » (Castillo Solorzano, La garduna de Sevilla^ éd. Rivadeneyra, p. 233). Ces douze cahiers s'entendent non du texte imprimé, mais du texte écrit, et en effet tel est généralement le volume des manuscrits de comedias que conservent nos bibliothèques. Traduite en lettres de forme, la comedia ne couvrait plus guère qu'une vingtaine de feuillets: Ferez de Montalbanse plaint des imprimeurs, qui a pour économiser le papier, la mettent en quatre pliegos, quand il lui en faudrait huit » (Prologue de ses Comedias, Alcalâ, 1638).

27. Le cientificoy selon Lope, est l'homme qui a fait ses humanités, qui s'est, pour parler à l'espagnole, baigné dans les eaux du Tormes ou du Hendres, qui a passé par les grands collèges ou l'université. Ainsi Cervantes n'était pas un cientifico, et Lope le lui a fait entendre (Prologue de sa nouvelle Lasfortunas de Diana] , il n'était qu'un simple lego [laîcus). Ces lettrés de culture latine (ou italienne), Ricardo de Turia, dans son Apologie des comedias , les nomme « les mécontents , secte de beaux esprits, qui prouvent la supériorité de leur doctrine et de leur talent en recevant avec des nausées tout qui a le malheur de s'offrira leur censure ». C'est évidemment en réponse aux jugements dédaigneux de ces humanistes que le philistin, quoique docteur, Juan Perez de Montalban (celui que Quevedo nommait plaisamment reta^ cillo de Lope de Fegd) a qualifié quelque part la comedia de a nobilissimo y cientijico arte » [Memoria de los que escriven comedias en Castillaj article de Mira de Amescua) .

28. Dédicace de Firtud, pobreza y mujer [Parte XX y Madrid, 1625).

29. Par exemple dans le prologue de la Parte IX (Madrid, 1618).

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