LA TRAGEDIE A C LAGN Y-LÈS-V ER SAI LLES
la duchesse de Bourgogne, qui s'y plaisait décidément beaucoup, était revenue exprès pour assister à une représentation de la Tareiitolc, qu'elle
avait prié M"" du Maine de lui faire connaître. « On rit autant à la
Tarentolc qu'on avait pleuré à Joseph, dit le Mercure ; et les vieux courtisans s'écrièrent plus d'une fois qu'on n'avoit rien vu de pareil depuis Molière, et que M"° la duchesse du Maine, sans sortir de sa maison, avoit trouvé le moven de rappeler la mémoire de ces divertissements oîi l'on vovoit toujours régner le bon goût, l'esprit et la magnificence. » Ils savaient fort bien leur métier, ces vieux courtisans (i).
En 1707, toujours à Clagny, la duchesse du Maine joua les Femmes savantes devant Madame (9 janvier) et les Itnportuns de Châtenay devant Monseigneur, M. le duc de Berry, Madame et presque toutes les dames de la cour (22 janvier). Puis, le 21 février, on rejoua cette dernière pièce pour la duchesse de Bourgogne. Dangeau cite bien à la place le Menteur^ mais il se trompe et la vérité est du côté du Mercure, dont le rédacteur, rappelant que Malezieu jouait le principal rôle dans sa propre pièce, ajoute : k M""" la duchesse de Bourgogne lui en fit compliment en sortant, et lui fit connaître que la pièce et les acteurs l'avaient bien divertie. Je ne dis rien du prince et de la princesse, dont le palais est le séjour des Jeux, des Ris et des Muses, et où l'esprit accompagne toujours la grandeur et la magnificence. »
En 1708, dernières représentations à Clagnv toujours fort suivies par la cour : le 7 mars, l Hôte de Lemnos, comédie de Malezieu, tirée par lui de la Mostellairc de Plante; le 23, l'Avare, et le 27, la Mère Coquette de Quinault. Ce fut la fin.
Cette persistance de la part de la duchesse à s'amuser au mépris de la bienséance et de l'étiquette arrachait encore et toujours de doulou-
(1) A cette représentation de la Tarcntole à Clagny, le vieux Baron remplaça M. de Torpanne dans le rôle comique de iM. de Pincemaille. Tous les autres acteurs étaient les mêmes qu'à Châtenay l'année précédente, y compris les danseurs Balon et Dumoulin.
reuses lamentations à Saint-Simon : « M"" la duchesse de Bourgogne, écrivait-il en 1707^ alla à plusieurs [bals] chez M'"' la duchesse, chez la maréchale de Noailles et chez d'autres personnes, la plupart en masques. Elle y fut aussi chez M""" du Maine, qui se mit de plus en plus à jouer des comédies avec ses domestiques et quelques anciens comédiens. Toute la cour y allait ; on ne comprenoit pas la folie de la fatigue de s'habiller en comédienne, d'apprendre et de déclamer les plus grands rôles, et de se donner en spectacle public sur un théâtre. M. du Maine, qui n'osoit la contredire de peur que la tête ne lui tournât tout à fait, comme il s'en expliqua une fois nettement à M°" la princesse en présence de M""" de Saint-Simon, étoit au coin d'une porte, qui en faisoit les honneurs. Outre le ridicule, ces plaisirs n'étoient pas à bon marché. »