CHAPITRE V
RETOUR DE LA DUCHESSE A SCEAUX. VOLTAIRE ET SON COMTE DE BOURSOUFLE A ANET.
Il faut bien distinguer les deux périodes successives de cette longue carrière de plaisirs, de cette vie mythologique que Sainte-Beuve appelle ingénieusement une vie entre deux channilles et qu'il divise en deux époques distinctes : la première, celle des espérances, de l'ivresse orgueilleuse et de l'ambition cachée sous les fleurs ; puis la seconde, après le but manqué, après le désappointement et le mécompte, si l'on peut employer ces mots, — car, même après une telle chute, après la dégradation du rang et l'outrage, après la conspiration avortée et la prison, cette incorrigible nature, revenue aux lieux accoutumés, retrouva sans trop d'effort le même orgueil, le même enivrement, le même entêtement de soi, la même faculté d'illusion active et bruyante, de même qu'à soixantedix ans elle se voyait encore jeune et toujours bergère.
Malezieu composa tant et plus de chansons pour célébrer d'abord le retour de la duchesse à Sceaux, ensuite celui du duc, puis sa propre réinstallation au château. De cette série de pièces de vers faites en son nom ou au nom de la duchesse et toutes plus élogieuses les unes que les autres, il n'y a que quatre vers à retenir pour leur franchise et leur bonne humeur. Le poète indisposé les adressa à la duchesse la première fois qu'elle revint lui faire visite à Chàtenay :