LA HAUTE COMEDIE ET LE GRAND OPERA A SCEAUX
M. de \'oltaire, faite et jouée précédemment à Cirey. Ce rôle semblait avoir été fait exprès pour elle; sa vivacité, son enjouement, sa gaieté s'y montraient d'après nature. Ses talents dans toutes ces pièces étaient fort bien secondés par ceux de M. le vicomte de Chabot, de MM. le marquis d'Asfeld, le comte de Croix, le marquis de Courtanvaux, etc. D'autres seigneurs tenaient bien leur place dans l'orchestre avec quelques musiciens venus de Paris. Des ballets furent exécutés par les premiers sujets du théâtre de l'Opéra, et M. de Courtanvaux, excellent danseur, se faisait encore remarquer à côté d'eux. On y vit, au nombre des danseuses. M'" Guimard, à peine âgée de treize ans, et qui commençait à faire parler de ses grâces et de ses talents (i).
De ces deux premiers sujets de la danse, l'un, M. de Courtanvaux, faisait briller sa science chorégraphique sur plusieurs scènes princières, et il charmait en même temps par ses gracieux ébats la veuve d'un duc et la maîtresse d'un roi. Précisément à cette époque, il occupait, par droit de conquête et par droit de naissance, la place de premier danseur en tous genres au théâtre royal des Petits Cabinets, que la marquise de Pompadour venait d'organiser moins pour son propre plaisir que pour celui du roi, et dont elle était à la fois la première chanteuse, la première actrice, la première danseuse et la directrice souveraine. Quant à M'" Guimard, il est au moins douteu.x qu'elle ait pu, malgré son extrême précocité en divers genres, danser à Sceaux en l'automne de 1747. Longchamp, qui écrivait sans doute de mémoire et longtemps après les événements, puisque son livre ne parut qu'en 1826, est souvent sujet à caution, et, notamment sur le sujet qui nous occupe, il se trompe du tout au tout. M. Desnoiresterres le fait très bien observer, acte de baptême en main : Marie-Magdeleine Guimard, fille de Fabien Guimard, inspecteur des manufactures de toiles de Voiron, en Dauphiné, naquit le 17 septembre 1745, à Paris, sur la paroisse Bonne-Nouvelle. Elle avait donc deux
(1) Longchamp, Mémoires sur Voltaire, 1821',, art. 6. — Le théâtre de Sceaux se trouvait au premier étage du château, en montant par le grand escalier, dans une galerie pareille au Fcz-de-chaussée, et au miheu de laquelle, plus tard, on disposa l'appartement de la duchesse de Chartres, qui avait un grand et beau balcon donnant sur les parterres.
ans et non treize en 1747, et ce n'est pas à cet âge que l'enfant le plus aimable fait déjà parler de ses grâces et de ses talents.
Reprenons une par une les différentes pièces indiquées plus haut par Longchamp. La prétendue comédie des Originaux est inconnue dans les œuvres de Voltaire ; mais, à en juger par le nom de l'héroïne Fanchon, qui semble être une nouvelle transformation de Thérèse et de Goton, il est plus que probable que ce titre nouveau était simplement une cinquième appellation d'une même comédie, le Comte de Boursoufle. L'opéra de Zélindor, roi des sylphes, est, en effet, de Paradis de Moncrif pour le poème, et la musique en a été composée par Rebel et Francœur. Cet opéra-ballet, en un acte et un prologue, obtint un franc succès lorsqu'il fut joué, d'abord à Versailles le 17 mars 1745, et ensuite à Paris le 10 août de la même année, avec l'acte de la Provençale ; il entra souvent dans la composition des spectacles où ne figuraient que des fragments, et fut repris presque régulièrement chaque année jusqu'en 1754, époque à laquelle la vogue en fut consacrée par une amusante parodie de Panard, Favart et Laujon, Zéphire et Fleiirctte. L'année précédente, au mois de mars 1753, ce petit opéra avait eu l'honneur d'être chanté sur le théâtre des Petits Cabinets par M"'° de Pompadour, M""' de Marchais et le comte de Clermont. Les trois interprètes du rôle de Zirphée à l'Opéra, à Sceaux et à Bellevue furent donc M"° Chevalier, la marquise du Châtelet et M"" de Marchais (i). '
Le grand opéra héroïque en cinq actes de Lamotte et Destouches, Issé, était de beaucoup antérieur, ayant été joué pour la première fois à l'Opéra en 1698. En abordant le magnifique rôle de l'héroïne, illustré par M"" Le Rochois et Desmâtins, et que M"° de Pompadour devait chanter deux ans après sur son propre théâtre, M"" du Châtelet se heurtait au souvenir toujours vivant de deux des plus célèbres actrices de
(i) Pour la double distribution complète de cet opéra à Paris et à Bellevue, on la trouvera plus loin, dans la partie relative au Théâtre de M"» de Pompadour.