‹ La comédie à la courChapitre 57 sur 84 · COMÉDIES INTIMES · texte numérisé non relu

COMÉDIES INTIMES

A plupart des écrivains qui se sont occupés de Marie-Antoinette n'ont pas manqué de parler de sa passion pour les jeux du théâtre et de la troupe dramatique qu'elle avait formée à Trianon avec ses amis pour jouer la comédie ; mais ceux-là mêmes, comme M. de Lescure et les frères de Concourt, que ce sujet piquant aurait pu tenter, n'ont guère fait que l'esquisser d'un trait rapide. Le rédacteur des Mémoires de Flcuix a bien consacré un chapitre aux spectacles de Trianon, mais ce livre, écrit au courant de la plume en un temps où la vogue était aux mémoires apocryphes, est, à l'examiner de près, bourré d'erreurs de dates et de faits, et tient bien moins de l'histoire que du roman. (]e sujet, pour n'être pas inexploré, est donc encore nouveau. Si l'on rencontre en effet nombre de légers aperçus, tous copiés l'un sur l'autre à

la file, il n'existe pas d'annales complètes et précises dn théâtre de la Reine à Trianon. Nous allons en retracer l'histoire avec tous les développements qu'il mérite, de façon à restituer à ces spectacles intimes leur véritable physionomie politique et artistique, comme nous avons déjcà fait pour ceux de M"" du Maine et de M"" de Pompadour. Le théâtre de la Reine, comme celui de la favorite, était organisé à l'exemple des spectacles de la capitale ; et les acteurs eux-mêmes semblaient prendre leurs distractions au sérieux. Il convient donc de les juger sérieusement et de retracer l'histoire de ces troupes d'amateurs, comme on ferait pour de véritables théâtres.

Les documents à consulter sur le théâtre de Marie-Antoinette sont loin d'être aussi nombreux et aussi précis que ceux concernant le théâtre de M""" de Pompadour. Quand il s'agissait de la favorite, nous n'avions pas moins de trois historiens qui, se plaçant à des points de vue opposés, se corroboraient ou se corrigeaient mutuellement : l'un, simple annaliste et fournisseur attitré du théâtre, l'auteur dramatique Laujon ; l'autre, courtisan bien en cour et panégyriste enthousiaste, le duc de Luynes ; le troisième enfin, seigneur disgracié et critique intraitable, le marquis d'Argenson. Pour les divertissements de Marie-Antoinette, qui avaient bien moins d'éclat et devaient être tenus plus secrets, nous devons colliger avec soin les renseignements incomplets qui se trouvent épars dans les mémoires secrets, correspondances littéraires ou lettres privées de l'époque ; mais tous ces documents n'ayant pas été rédigés sur l'heure, il en résulte souvent des contradictions de fait et des impossibilités matérielles qu'une revision scrupuleuse peut seule faire discerner. Nous ne nous sommes renseigné qu'auprès des écrivains contemporains et nous avons contrôlé leurs rapports par un examen réciproque; nous n'avons pas cru pourtant devoir relever en détail les erreurs de nos devanciers, mais en cas de contradiction, on peut se fier sans crainte à notre travail : nous n'v avançons rien que nous n'ayons vérifié.

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