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LA SAI.LE ET LA TROUPE

comique, avaient bravement choisi, pour leur début, deux des pièces les plus réputées de la Comédie-Française et de la Comédie-Italienne. Il y avait témérité de leur part à provoquer le rapprochement qu'on ne pouvait manquer de faire entre eux et les artistes de ces deux théâtres, mais il y avait aussi habileté, car ces pièces ne quittant presque pas l'affiche, ils pouvaient étudier à loisir le jeu des Comédiens français et italiens, se modeler sur eux, et suppléer par le souvenir à l'inexpérience. Le premier spectacle se composa de la jolie comédie de Sedaine, la Gageure itiiprcvuc, jouée au Théâtre-Français le 27 mai 176S, et du gracieux opéra comique de Sedaine et IMonsigny, le Roi et le Ferinier, représenté aux Italiens le 22 novembre 1762 (i). Voici en regard la distribution originale de ces ouvrages à Paris et celle aussi complète que possible de Trianon :

La Gageure imprévue

LamarquiseDE Clainville. M"" Préville. . M"" la c"° Dia.n'e de Polignac.

M'" Adélaïde M"° Doligny . . M""" Elisabeth.

GoTTE M"" Bellecour. La Reine.

La Gouvernante M"" Durand. . .

Le marquis de Clainville. Préville

M. Détieulette Bellecour. . . .

Lafleur, domestique. . . .■ Auge .\L le comte d'Artois.

Dubois, concierge Bourki

de Ligne, est confirmé par une pièce (trouvée aux Tuileries, le 10 août, et conservée, aux Archives nationales, dans l'armoire de fer) qui désigne les principaux familiers de la Reine :

Liste des personnages que la Reine voit dans les cas yarticiiliers.

M"» la duchesse de Polignac.

M"»» DE Ch ALON s.

M. le duc DE Polignac.

M. le baron deBesenval.

.\1. le chevalier de Crlssol.

M. d'.\dhémar.

M. le comte Esterhazy.

M. le duc de Guines.

M. DE Chalons.

M. le duc DE COIGN Y.

.\l. le comte de Coignv.

l^i) Sans relever à la file toutes les erreurs écrites reproduites précédemment sur le théâtre de Marie-Antoinette, nous ferons remarquer que M. G. d'Heylli en commet de nouvelles

Le Roi et h Fermier

Jenny M"" Laruette . La Reine.

Betzi M"° Collet. . . M"" la duchesse de Guiche.

La mère de Richard .... M'"" Deschamps. M"Ma c"'^ Diane de Polignac.

Le Roi Clairval M. le comte d'Adhémar.

Richard Caillot M. le comte de Vaudreuil.

Lurewel Lejeune . . . . .

Un Courtisan S. Albert. . . .

RusTAUT, garde-chasse . . . Laruette. . . . M. le comte d'Artois. Charlot, — ... Desbrosses. . . Miraut, — . . . Dehesse

Le seul compte-rendu tant soit peu détaillé qui nous soit parvenu sur cette soirée d'ouverture est signé de Griinm. C'était encore pour le gentilhomme-écrivain une façon de faire sa cour que de traiter ces amateurs en véritables artistes, et de paraître attacher à leurs débuts autant d'importance qu'à l'inauguration d'un vrai théâtre; mais il lui eiit été bien difficile, en pareille circonstance, de formuler la plus légère critique. Il faut donc, à défaut d'article plus sérieu.x, se contenter de ce panégyrique, sans trop se fier à son enthousiasme inaltérable.

Les spectacles donnés ces jours passés, dans la joli<: salle de Trianon, intéressent trop l'honneur du théâtre et la gloire de M. Sedaine pour ne pas nous permettre d'en conserver le souvenir dans nos fastes littéraires. On n'a jamais vu, on ne verra sans doute jamais le Roi et le Fermier ni la Gageure imprévue joués par de plus augustes acteurs, ni devant un auditoire plus imposant et mieux choisi. La Reine^à qui aucune grâce n'est étrangère, et qui sait les adopter toutes sans perdre jamais celle qui lui est propre, jouait dans la première pièce le rôle de Jenny^ dans la seconde celui de la sou-

quand il dit (Notice sur le Barbier de Séville, dans sa réédition du théâtre de Beaumarchais, 1869) qu'à l'origine de ces divertissements, M""^ Elisabeth et M""" de Provence jouaient en travesti les rôles d'hommes, que leur insuffisance fit décider d'admettre des seigneurs dans la troupe et que ces nouvelles recrues permirent de jouer le Roi et le Fermier. — Les rôles mascuHns furent tenus dès le commencement p.ir des hommes, et le Roi et le Fermier tut précisément la première pièce représentée.

DEBUTS DANS LA COMKDIK ET DANS LE CHANT

brette. Tous les autres rôles étaient remplis par des personnes de la société intime de Leurs Majestés et la famille royale. M. le comte d'Artois a joué le rôle d'un j;ardcchasse dans la première pièce et celui du valet dans la seconde. C'est Caillot et Richer (il qui ont eu l'honneur de former cette illustre troupe. M. le comte de Vaudreuil, le meilleur acteur de société qu'il y ait peut-être à Paris, faisait le rôle de Richard ; M"" la duchesse de Guiche (la fille de M"" la comtesse Jules de Poligaac), dont Horace aurait bien pu dire : Matre pulchrà filia pulchrior, celui de la petite Betzi ; M""" la comtesse Diane de Polignac celui de la mère, et le comte d'Adhémar celui du roi (2).

C'est dans son rapport du 16 août que Mercv-Argenteau parle pour la première fois à l'impératrice du projet qu'avait la Reine de jouer la comédie :

Dans celte saison où tout le monde habite la campagne, joint à ce que la guerre tient presque tous les militaires absents, les objets d'amusement deviennent plus rares, et c'est pour y suppléer que la Reine vient de penser à un moyen nouveau, qui est d'exécuter des petits spectacles de société sur le théâtre de Trianon. Ils seront représentés par la Reine, la comtesse Jules de Polignac, la comtesse de Chàlons; si les pièces comportent plus de rôles de femmes, il s'en trouvera parmi les dames de la cour. Les acteurs actuellement désignés sont le comte de Polignac, le comte d'Adhémar, ministre du roi à Bruxelles, et le comte Esterhazy; il en sera encore choisi d'autres au besoin;

(1) Il faut lire sans doute Michu au lieu de Richer, car les Mémoires secrets disent précisément : « C'est le sic-ur Michu, de la Comédie-Italienne, qui a eu l'honneur de donner des leçons à la Reine pour les opéras comiques qu'elle joue spécialement. «'(20 octobre 1780.) — Nous trouvons, d'autre part, dans les Pièces justificatives des Meiuis-Plaisirs, au chapitre des dépenses de la Reine pour le quartier de janvier 1781, la mention suivante : » Au sieur Michu, comédien italien, la somme de 1,200 1. de gratification à lui accordée par ordre de la Reine pour avoir joué devant Sa Majesté a 'Versailles, à la comédie de la ville, pendant le quartier de janvier du la présente année. • (Archives nationales. Ancien régime. Oi. S.oSg.) Le fait d'accorder une forte gratification au seul Michu parmi les Comédiens italiens qui étaient venus jouer à Versailles, au théâtre de la ville, montre bien que cette représentation n'était que le prétexte et qu'on avait saisi cette occasion de le récompenser des leçons données h la Reine et des soins apportes aux spectacles de Trianon.

(2) Métra dit de son côté : « Le spectacle donné la semaine dernière au Petit Trianon, auquel il n'y a eu d'autres spectateurs que le Roi et sa suite. Monsieur, Madame et la comtesse d'Artois, a parfaitement réussi... L'émulation s'est emparée de cette illustre société qui répète présentement le Sorcier et les Fausses Infidélités. » (14 août 1780.)

La Reine est jusqu'à présent fort décidée à n'admettre à ces amusements d'autres spectateurs que le Roi, les princes et princesses royales, sans aucune personne de leur suite. Les dames du palais, pas même les grandes charges chez la Reine, ne seront exceptées de cette exclusion ; il n'y aura dans le parterre du théâtre que les gens de service en sous-ordre, comme femmes de chambre, valets de chambre, huissiers, qui se trouveront alors à Trianon à raison de leur service momentané. Si cette règle est strictement maintenue, elle écartera sans doute la majeure partie des inconvénients. La Reine a daigné m'en parler fort au long, et j'ai tâché de la fortifier contre toutes les demandes et sollicitations contraires à son plan, en lui exposant différentes remarques qui en établissent la nécessité.

J'ai quelque regret au projet dont il s'agit; mais, ne pouvant pas en détourner l'exécution, j'ai dû me borner à tâcher de faire adopter les modifications les moins nuisibles. Je ne prévois pas, d'ailleurs, que ce genre d'amusement puisse être de longue durée ; entre temps, le Roi, qui ssmble y prendre un p;u de goût, aura ce motif de plus pour être avec la Reine. Le temps |nécessaire pour apprendre des rôles, pour les répéter, deviendra une forte diversion contre le jeu, et les représentations mettront obstacle aux promenades du soir.

Mercy complète ces renseignements par la note suivante, insérée dans sa lettre secrctissimc du même jour :

Depuis que mon très-humble rapport ostensible est écrit, il y a eu une première représentation du spectacle de Trianon. M. le comte d'Artois y a exécuté un rôle, et la rè^le de n'admettre aucun spectateur a été strictement suivie. Le Roi s'y est fort amusé, et, dans ces occasions, il prolonge ses soirées, et ne parait nullement pressé de se retirer à son heure ordinaire.

Ce nouveau caprice de sa fille inquiète vivement, sans toutefois la surprendre, Marie-Thérèse, qui paraît surtout redouter les galanteries, les amourettes, que les rapports familiers entre acteurs et actrices peuvent favoriser. Elle répond à ce sujet à Mercy, le 31 aoiit :

Je crois bien que, malgré les soins que vous employez ù faire mettre tout l'ordre et toute la décence possible dans les spectacles de Trianon, vous ne les goûtez pas trop. Je suis de votre avis, sachant, par plus d'un exemple, que, d'ordinaire, ces représentations finissent ou par quelque intrigue d'amour ou par quelque esclandre. Au reste.

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le meilleur est que ma rille s'accoutume à connaître les personnes de la tamille, et ù se comporter en conséquence avec circonspection et modération, sans cesser de les bien traiter, pour ne pas troubler la paix domestique.

Mercy-Argenteau n'avait pas encore expédié son rapport sur cette première représentation, que les comédiens amateurs en avaient déjà donné une deuxième le jeudi 10 août 11). Encouragés par un premier succès, et voyant que cette composition de spectacle leur était favorable, ils avaient mis à l'étude un nouvel opéra comique et une nouvelle comédie, bien plus, une comédie en vers. Le programme de cette seconde soirée comprenait le petit opéra comique de Sedaine et Monsignv : On )ic sdvisc /aniais de tout, ]o\\é originairement le 14 septembre 1761 à la foire Saint-Laïu-ent, et la comédie de Barthe, ks Fausses Infidélités, jouée aux Français le 25 janvier 1768. Il est à remarquer que les nobles comédiens, dès leur début dans la carrière, osaient davantage dans la comédie, qui devait leur procurer leurs meilleurs succès, et qu'ils paraissaient, au contraire, se défier de leur talent lyrique. Audace bien surprenante chez des débutants et qui frisait la présomption, car il suffisait d'un filet de voix et d'un peu d'adresse pour dire agréablement les gentilles ariettes de Monsigny ; il n'v avait pas besoin de posséder grande science du chant pour débiter avec goût l'air de Dorval : ^( jfe vais te vnii\ cJiarmante Lise, » ou la chanson : « Une fille est îin oiseau, )> tandis qu'il fallait quelque talent, ou, tout au moins, une certaine aisance dramatique pour jouer d'une façon présentable des comédies comme la Gageure imprévue ou les Fausses Infidélités.

(t) 11 est utile, pour rétablir la concordance des rapports de .Mcrcy avec le journal du Roi, d'expliquer le système de correspondance adopté par rimpcratricc et son ambassadeur. Toutes lettres ou dépêches, officielles ou intimes, que Mercy expédiait ou recevait, étaient transmises par d^s courriers spéciaux, et non par la poste dont le secret aurait été sûrement violé. Le courrier partait de Vienne au commencement de chaque mois, arrivait à Paris en neuf ou dix jours, après un arrêt à Bruxelles, capitale des PaysrBas autrichiens, pour y déposer les dépêches. Il repartait de Paris au milieu du mois, repassait par Bruxelles et rentrait à Vienne vers le 2 5. Les rapports mensuels de Nfercy s'arrêtent donc vers le 10 ou i z de chaque mois.

28o LE THÉÂTRE DE M ARI E-ANTOI N ETTE A TRIANON.

Cette deuxième représentation, donnée le lo août, avait eu lieu en très-petit comité ; mais Mercy-Argenteau ne tarda pas à s'apercevoir que le conseil qu'il avait donné à la Reine de restreindre le plus possible le nombre des spectateurs avait tourné contre son désir, en soulevant de vives jalousies et de nombreux mécontentements, qui se traduisaient par de méchants propos et des railleries contre la Reine. Il écrit à ce . propos à Marie-Thérèse le i6 septembre :

La Reine a persisté invariablement dans la résolution de n'admettre d'autres spectateurs que les princes et les princesses de la famille royale sans personne de leur suite. Je sais par les gens de service en sous-ordre, les seuls qui aient entrée au théâtre, que les représentations s'y sont faites avec beaucoup d'agrément, de grâce et de gaieté, et que le Roi en marque une satisfaction qui se manifeste par des applaudissements continuels, particulièrement quand la Reine exécute les morceaux de son rôle. Ces spectacles, qui durent jusqu'à neuf heures, sont suivis d'un souper restreint â la famille royale et aux acteurs et actrices. Au sortir de table, la cour se retire, et il n'y a point de veillée.

Une manière d'amusement qui se borne à un si petit nombre de personnes, devient un indice d'autant plus marqué de faveur pour ceux qui y sont admis, et, par conséquent, un motif de jalousie et de réclamation pour les exclus. La princesse de Lamballe, en raison de sa charge de surintendante, a cru pouvoir prétendre à une exception qu'elle n'a point obtenue. Les grandes charges et les dames du palais de semaine ont représenté que, d'après les usages établis, aucune circonstance ne devait les priver de l'avantage de faire leur service, lequel se trouvait réduit à paraître les jours de dimanche et de fête à la toilette de la Reine, et aux offices de l'église; toutes pareilles instances qui sont restées sans effet ont causé des dégoûts, et ont donné lieu à quelques propos qui, de Versailles, se sont répandus à Paris. Quoique cette légère effervescence ne puisse point avoir de suite, la Reine, pour en diminuer le motif, est restée toute cette semaine établie à Trianon avec la comtesse de Polignac, la duchesse de Guiche et la comtesse de Châlons. Il n'y a point eu de spectacles. Sa Majesté a peimis aux grandes charges et aux dames du palais, qui sont de semaine, d'aller dîner et souper à Trianon. Le roi s'y rendait régulièrement tous les matins et y retournait le soir. Les princes et princesses de la famille royale s'y rendaient à volonté dans les différents temps de la journée. Le mardi, la Reine revint le matin à Versailles, pour que les ambassadeurs et les ministres étrangers fussent à même de lui faire leur cour, après quoi

DEBUTS DANS LA COMEDIE ET DANS LE CHANT

Sa Majesté retourna à Trianon. Cet arrangement a produit en partie l'effet que la Reine en avait attendu. Les gens de la cour sont moins mécontents ; mais les spectacles qui vont recommencer, en occasionnant de nouveau les exclusions, feront renaître les dégoûts et les plaintes. Cela pourra même être de quelque durée, parce qu'il semble qu'il n"y aura point de voyage à Marly, et que le Roi et la Reine, très-satisfaits des petits amusements que leur procurent les séjours à Trianon, s'en tiendront ù cette forme de société, un peu trop restreinte pour une nation aussi active et empressée que l'est celle ci. Le défaut d'occasion à faire sa cour pourrait, à la longue, en diminuer l'habitude et le désir. Il y a eu cette année un indice au jour de la fête du Roi, où il ne s'est pas trouvé à Versailles la moitié du monde que l'on y voyait les années précédentes.

Cependant, l'impératrice chercliait à se rassurer elle-même contre les craintes que pouvaient lui inspirer les rapports de Merc}% et elle lui répondait le 30 septembre :

Je ne regarde que comme passagers les amusements de Trianon, sans m'en inquiéter, tant qu'il ne s'y mêle quelque inconvénient majeur ; seulement, je ne saurais approuver que la Reine y couche sans le Roi. Au reste, je voudrais avoir les pièces qu'on a représentées à Trianon, avec les noms des personnages qui ont joué chaque rôle, en m'indiquant notamment ceux de ma fille (i).

Si Mercy-Argenteau se montrait satisfait, dans son dernier rapport, du temps d'arrêt que la Reine avait mis dans ses divertissements scéniques, afin de calmer les jaloux et les mécontents, il était assez inquiet pour le jour oîi ces spectacles viendraient à recommencer. Cette reprise ne tarda pas beaucoup. La Reine ne joua pas la comédie depuis le 10 août

(1) M. d'Heylli dit à juste titre, dans la notice citée plus haut, que Marie-Thércsc jugeait très sévèrement les • écarts dramatiques de sa fille, » mais il a tort de citer à l'appui cette parole de l'impératrice rapportée par Nougaret dans ses Anecdotes du règne de Louis XVI (t. I, p. 255) : « Au lieu du portrait d'une reine de France, j'ai reçu celui d'une actrice!... » Ce dernier mot a induit M. d'Heylli en erreur. Nougaret dit précisément que, lorsque Marie- Thérèse écrivit à sa fille cette phrase sévère, en lui renvoyant son portrait, il s'agissait d'un tableau où Marie-Antoinette était représentée dans le costume qu'elle avait adopté en 1775, c'est-à-dire la tète extrêmement chargée de plumes larges et hautes. Il n'est pas ici question de ses essais dramatiques, par la simple raison que la Reine ne joua la comédie que cinq ans plus tard.

jusqu'à la fin du mois, mais elle ne put se priver plus longtemps de son délassement favori et elle organisa un nouveau spectacle pour le mercredi 6 septembre. Elle aurait aussi désiré, pour mieux s'autoriser à prendre le divertissement dont elle raffolait, que Madame entrât dans la troupe et lui donnât la réplique. Cette princesse même ne demandait pas mieux pour se remettre avec sa belle-sœur, qui la boudait depuis un différend assez grave survenu à l'occasion de M™° de Balbi (i), mais Monsieur s'opposa formellement â ce que sa femme prit part à ces jeux qu'il jugeait indignes d'elle.

Le programme de cette troisième soirée comprenait sûrement l'Anglais à Bordeaux et probablement le Sorcier : toujours comédie et chant mêlés. On lit, â la date du 8, dans une correspondance anonvme dont le manuscrit est conservé à la bibliothèque de Saint-Pétersbourg et que M. de Lescure a publiée (2) : « La faveur de la comtesse Jules de Polignac se soutient toujours, malgré les cabales et les mauvais propos. La duchesse de Guiche, fille de cette favorite, et un très petit nombre de privilégiés, ont été encore dernièrement acteurs et spectateurs dans l'Anglais à Bordeaux. On a refusé cette fois l'entrée à beaucoup de courtisans qui avaient été admis aux autres représentations, entre autres au marquis de Crussol, capitaine des gardes du comte d'Artois, quoiqu'il

■ (i) L'origine de cette nouvelle « piquanterie » mérite d'être dévoilée. La voici, d'après les Mémoires secrets : « M™"' la comtesse de Balbi, jeune et jolie femme d'un seigneur d'origine génoise, colonel à la suite du régiment de Bourbon, est fille de M™° de Caumont, gouvernante des enfants de M""" la comtesse d'Artois et petite-fille du financier par sa mère. Cependant celle-ci l'a fait agréer dame pour accompagner Madame. Il n'y a pas longtemps que j^mc jg Balbi, qui passe pour très galante, a été trouvée, suivant l'anecdote répandue parmi les courtisans, couchée avec un homme de la cour, par son mari, qui a voulu tuer sa femme, un enfant de dix-huit mois et l'adultère. Afin d'éviter les suites d'un pareil éclat, on a pris le parti de supposer que cet époux infortuné était fou, de le saigner en conséquence malgré lui et de le médicamenter comme tel. Cette mystification l'a outré, lui a même frappé l'esprit; il est parti, dans son désespoir, et s'est expatrié. On dit qu'il est errant depuis ce temps dans l'état le plus déplorable et le plus digne de pitié. » (20 juillet 1780.) (2) 2 vol. in-S°. Chez Pion, iS66.

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fût de service ce jour-là. La raison est qu'on s'était permis de critiquer un peu vivement le talent des acteurs, sans épargner les premiers rôles. » La comédie en vers libres de Favart, l'Anglais à Bordeaux, avait été composée à l'occasion de la paix de 1763^ et avait obtenu un vif succès qu'il fallait attribuer, pour part égale, au mérite de l'auteur et à celui des excellents acteurs de la Comédie-Française, au jeu si franc de Préville, au talent si fin de l'inimitable M"" Dangeville qui fit ses adieux au public, à la clôture de cette année, dans cette jolie pièce. On voit par là à quels dangereux parallèles nos comédiens frais émoulus osaient bien s'exposer. Le Sorcier, de Poinsinet et Philidor, qui datait de 1764 et marquait le premier essor de l'opéra-comique proprement dit, était beaucoup moins difficile à jouer, mais encore fallait-il de l'entrain et de la justesse dans la diction pour enlever ce petit ouvrage qui avait obtenu à l'origine un éclatant succès et qui avait valu au musicien, dont c'est resté un des meilleurs ouvrages, le même triomphe que Mërope valut à Voltaire. Ils eurent^ les premiers, l'honneur d'être rappelés par le public et de paraître sur la scène, l'un à la Comédie-Italienne, l'autre au Théâtre-Français.

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