LA REINE ET M ERCY-ARGENTEAU. " J
personne d'ailleurs n'a joué h ce spectacle. Quant au répertoire des pièces et i\ la désignation des rôles que la Reine v a remplis, pour ne pas m'en fier à ma mémoire, je viens de demander une liste exacte (i), et elle se trouvera jointe ;\ mon très humble rapport ; mais si elle me manquait pour cette fois. Votre Majesté la recevrait le mois prochain. »
Marie-Thérèse répondit sur ce sujet à Mercy : ". Je ne saurais qu'approuver l'empressement de ma fille de vous faire assister, à l'incognito, à une des représentations à Trianon. Si même des inconvénients ne s'y sont pas mêlés jusqu'à présent, je n'en serai pas moins bien aise de les voir finir, et je trouve très fondées les observations que vous avez faites à cet effet à ma fille. Je souhaite que, pendant l'hiver, elle exécute le plan qu'elle se propose, de rendre plus nombreuse la cour, mais j'en doute ; voilà l'eftet des étiquettes levées. » Cette lettre, datée de Vienne le 3 novembre, est la dernière que la grande impératrice ait écrite à son fidèle ministre : le 2g du même mois, elle était subitement em2:)ortée par le retour d'un catarrhe, après quatre jours de souffrances horribles.
Cette mort imprévue, en dégageant Marie-Antoinette de la tutelle occulte de Mercy-Argenteau, lui rendait pleine liberté de satisfaire ses mille caprices de comédienne au jour où elle pourrait reprendre les jeux de théâtre qu'elle avait dû interrompre, bien avant la mort de sa mère, pour raison de santé. D'ailleurs, l'ambition venant avec l'habitude des planches, les nobles acteurs, et la Reine la première, trouvaient déjà indigne de leur talent de jouer devant un auditoire aussi restreint, et désiraient briguer les suffrages de juges plus nombreux et plus illustres. La Reine avait donc manifesté l'intention d'inviter à ce spectacle les auteurs des pièces qui y seraient représentées, bien qu'un pareil usage présentât ce grave danger que ces auditeurs, pris en dehors de la cour,
(i) M. d'Arneth dit que cette liste ne se trouve pas aux Archives de Vienne : peut-être n'a-t-elle jamais été expédiée de Paris. C'est une lacune regrettable qui nous force de reconstituer pièce à pièce ce répertoire, d'après les mémoires du temps.
pussent se prononcer trop librement sur le talent de la souveraine; mais elle espérait, sans doute, amadouer ces juges sé.vères et les séduire par sa grâce naturelle (i). Avant qu'elle eût pu donner suite à cette idée, elle avait dû, sur le conseil des médecins, renoncer pour un temps à ces exercices dramatiques, dont sa santé délicate avait à souffrir (2). Cet arrêt de la Faculté mit en déroute la troupe royale, qui se sépara non sans espoir de retour.
Cette première série de représentations avait duré deux mois, du i" août au 19 septembre 1780, et avait fourni l'occasion à chaque amateur de montrer de quoi il était capable et s'il avait la moindre disposition pour la comédie. Le résultat d'ensemble paraît avoir été assez médiocre, et n'avoir révélé que peu de vocations dramatiques parmi les familiers de la Reine. L'impression générale se résume dans ce double propos, qui transpira de la cour à la ville, et se colporta d'autant plus vite qu'il était plus méchant : le comte d'Artois avait montré dans ces spectacles un talent assez agréable, mais la Reine n'avait aucune disposition pour le théâtre et jouait royaleinciit ma/.
Ces spectacles intimes subirent pendant l'année 1781 un temps d'arrêt assez prolongé, qu'il ne faudrait pas attribuer au caprice de gens déjà las d'un plaisir qui les avait d'abord divertis. Tous les acteurs de la troupe ne demandaient qu'à continuer le cours de leurs exploits dramatiques, mais force fut de s'arrêter : la grossesse de la Reine et le temps de ses relevailles, après la naissance du Dauphin, expliquent suffisamment cette longue interruption. La Reine dut donc se résigner à demeurer spectatrice, et les comédiens amateurs cédèrent la place aux artistes de la Comédie-Française et de l'Opéra-Comique.
Les deux Comédies recevaient chacune 650 livres chaque fois qu'on les faisait venir de Paris à Versailles ou à d'autres résidences rapprochées comme Trianon, la Muette ou Marly, et elles présentaient très réguliè-
(1-2) Mémoires secrets, 20 octobre c-t 3 novembre 17S0.