CHAPITRE IV
REPRISE DES SPECTACLES ET REGAIN DE SUCCÈS. LA REINE ACTRICE, DÉCORATRICE ET MACHINISTE EN CHEF.
Les spectacles privés durent recommencer au printemps de 1782, et furent seulement un peu retardés par un malaise momentané de la Reine. Le chevalier de Lille, capitaine au régiment de Champagne, renommé pour son amabilité, son esprit, sa facilité à tourner des chansons agréables et ces noëls satiriques si goûtés à cette époque, lié d'amitié avec MM. de Coigny qui l'avaient présenté dans la société de la duchesse de Polignac, entretenait alors une correspondance légère avec le prince de Ligne, auquel il communiquait les nouvelles de l'armée, les secrets surpris à la diplomatie, les histoires galantes et les anecdotes de cour. Il lui mande en ces termes, le 13 avril, la double nouvelle de l'indisposition de la Reine et de la reprise prochaine des petits spectacles à Trianon :
Je ne veux pas, mon bon prince, que vous appreniez la nouvelle de l'indisposition de la Reine par q[uelques-uns de ces sots bulletins qui s'en vont exagérant tout, et contenant les choses de travers. La reine, en revenant^ mardi dernier, de la Comédie-Française, où l'on a fait l'inauguration de la salle (i), s'est senti k- frisson, du mal de tête,
(i) Il s'agit de la salle de l'Odéon, oaverte le 9 avril 17S2. — « Les Comédiens français, dit Métra, ouvrirent hier leur nouvelle salle royale du faubourg Saint-Germain : quoique peu chargée d'ornements, elle n'en a pas moins offert un magnifique spectacle que notre charmante Reine a honoré de son auguste présence. On s'y portait, on y étouffait, malgré les bancs, et le tumulte y a été continuel pendant la première pièce, l'Inauguration du Théâtre-Français. Ce n'est qu'une suite de scènes épisodiques en vers qu'il a plu à M. Imbert d'appeler un acte... Cette bagatelle, qu'on n'a guère pu juger, a été suivie de VIphigcnie de Racine. »