‹ La comédie à la courChapitre 69 sur 84 · REPRISE DES SPECTACLES ET REGAIN DE SUCCÈS · texte numérisé non relu

REPRISE DES SPECTACLES ET REGAIN DE SUCCÈS

en un mot, la fièvre, à laquelle s'est jointe, le lendemain, une violente douleur d'oreille, dont la Reine a été véritablement tourmentée pendant vingt-quatre heures; mais il ne subsiste plus aujourd'hui ni fièvre ni douleur; et, si ce n'était un léger mal de gorge, qui sera dissipé très promptement, on pourrait dire que la Reine est en parlaite santé. Le seul inconvénient qui résultera de son indisposition sera le retard du spectacle de Trianon, où la troupe, dans laquelle Sa Majesté est actrice, doit jouer la Veillde villageoise, le Sage étourdi et je ne sais plus quoi. C'est la Reine qui joue Babet ; M""" la comtesse Diane, la mère Thomas; M°"' de Guiche, de Polignac, de Polastron, les jeunes filles ; le comte d'Esterhazy, le bailli; et puis toutes les vieilles sont le baron de Besenval, le comte de Coigny, etc. "Vous voyez que je suis bien sûr de l'entière convalescence de la Reine, puisque je passe si rapidement de sa maladie ù son rôle de Babet, qu'elle joue à ravir. M. le comte *** serait un Colin aussi parfait qu'il est joli, si la voix était toujours l'organe fidèle de l'âme, car vous savez que l'àme du jeune comte *** n'est pas fausse; et si je prétendais lui faire un crime de ce que sa voix l'est, ce ne serait pas à votre tribunal que je porterais cette accusation (i).

Les nobles comédiens continuaient d'entremêler la comédie de caractère avec les pièces à ariettes, dites vaudevilles ou opéras comiques. Le Sage étourdi est, en effet, une des bonnes comédies de Boissv (Barrière et, après lui, M. de Lescure se trompent en l'attribuant à Fagan),et avait été représenté au Théâtre-Français en 1745. Elle avait d'abord paru à la scène sous le titre de l Indipcudant, mais Boissv, n'en étant pas satisfait, l'avait retirée après la première représentation et v avait apporté de grands changements. Elle avait obtenu un beau succès sous cette nouvelle forme et était restée au répertoire. 11 n'y avait pas encore longtemps que les Comédiens français étaient venus jouer cette pièce ;\ la Cour; c'est sans doute le plaisir éprouvé à cette représentation qui décida les nobles amateurs à l'interpréter eux-mêmes.

La Matinée et la Veillée villageoise, ou le Sahot perdu, divertissement en deu.x actes et en vaudevilles, avait été joué, le 27 mars 1781, à la Comédie-Italienne, et avait obtenu un grand succès de gaieté, comme

(ij Tableaux de genre et d'histoire, morceaux inédits recueillis par J. Barrière, i8î8, p. 257.

les productions antérieures des deux auteurs, Piis et Barré : les J^oidangeiirs, Cassaiidre oculiste, Aristote ainoiireitx, Cassandre astrologue, etc. « Il y a un peu de langueur dans l'action, dit Métra ; mais on en est récompensé par d'assez agréables tableaux et quelques jolis couplets. Les sieurs Piis et Barré sont tout fiers d'une gloire aussi solide et se regardent avec respect comme les restaurateurs de l'art dramatique sur son déclin. » Le sujet assez mince de cette pièce était un sabot perdu pendant la nuit et trouvé au matin par le magister du village. Grande rumeur le soir à la veillée. On veut connaître la coupable et l'on essaye le sabot à toutes les jeunes filles : il ne va à aucune d'elles; on prend alors le parti de l'essayer aux mères et l'on découvre, à la stupéfaction générale, que c'est le sabot de la vieille mère Thomas. Babet déclare aussitôt qu'elle avait chaussé le sabot de sa mère pour aller trouver Colin au rendez-vous et qu'elle l'a perdu en rentrant. Malgré cette aventure, le grave magister, qui est amoureux de Babet, persiste à vouloir l'épouser; mais le père Thomas, qui ne se fâche de rien, marie sa fille à Colin, disant que, le sabot une fois perdu,

Colin l'i a fait perdre; il est clair Qu'l'i seul peut le l'i rendre.

Cette joyeuseté obtint bien vite une vogue telle que les Comédiens italiens furent aussitôt mandés à Marly pour la jouer devant le Roi et la Reine, que sa grossesse empêchait de venir à Paris. Cette faveur inattendue doubla l'orgueil naturel des auteurs, qui se présentèrent dès lors partout comme de grands hommes à la mode, k Ils s'étaient fièrement campés tout au beau milieu de la petite salle de spectacle de Marly, dans l'endroit le plus remarquable, et l'un d'eux avait à la main un énorme chapeau à plumes, afin d'attirer plus sûrement l'attention... Ces deux associés sont, dit-on, l'un à l'autre d'une indispensable nécessité. Piis n'a pas deux idées de suite dans la tête, et ne fait que rimailler des couplets;

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