CHAPITRE III
LES MARIONNETTES A SCEAUX. — L'ACADEMIE ET MALEZIEU. LA TRAGÉDIE A CLAGNY-LÈS-VERSAILLES.
Les comédiens de chair se tais:int, regardons sauter et écoutons jacasser les comédiens de bois. C'était alors la fureur d'avoir des marionnettes chez soi : ces petits acteurs de bois, si chéris, si applaudis du peuple, avaient peu à peu pris pied dans les salons des grands, qui trouvaient un plaisir d'enfants à ce spectacle enfantin. Les marionnettes, qui avaient eu l'honneur et le bonheur de rencontrer un grand ministre, Colbert, comme premier protecteur, n'avaient pas tardé à s'introduire à la cour et à y conquérir la faveur royale : elles jouaient à Versailles, à Marly devant le roi ; elles jouaient aussi à Sceau.x, dans la chambre de la duchesse de Bourgogne, ayant encore le roi pour spectateur et tous les courtisans de sa suite. Malezieu, ayant vu quel plaisir M"' du Maine avait pris à ce spectacle, eut idée d'écrire à son intention une parade qu'il voulait simplement rendre amusante, et qui devait lui attirer une grosse affaire. Cette curieuse aventure mérite d'être racontée en détail, d'abord parce qu'elle ne le fut jamais, ensuite parce qu'elle montre comment un homme d'esprit et de valeur peut être entraîné, par le seul désir d'aduler les grands et de flatter leur goût émoussé, à commettre une action et une œuvre absolument indignes de son caractère et de son talent.
C'est au commencement de 1705 que Malezieu composa et fit représenter par des marionnettes, devant la cour de Sceaux, sa Scc/ic de Poli-