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LA REINE ACTRICE, DÉCORATRICE ET MACHINISTE EN CHEF

d'avril 1783. » Le premier numéro de cet état est ainsi conçu : « Avoir peint pour la pièce des Sahots, jouée pur les seigneurs, à Trianon, un grand tertre de gazon orné de fleurs, posé au bas du cerisier, vaut 24 li\Tes. » Suivent diverses mentions pour la même pièce, celle-ci entre autres, qui montre que la Reine surveillait elle-même les moindres apprêts du spectacle : « Peint pour la même pièce un autre arbre ordonné par la Reine, le premier n'étant ni assez gros ni assez grand, vaut 60 livres. » Il y a encore divers travaux et raccords du même genre, exécutés pour Isabelle et Gertrude et pour les CV/asseurs et la Laitière ; le mémoire entier s'élevait à 820 livres, que le sieur Houdon, reviseur attitré des états des fournisseurs, réduisit modérément à la somme de 'jyi livres (i).

Ces deux pièces étaient à peu près du même niveau littéraire et musical que les précédentes. Le vaudeville des Deux Chasseurs, d'Anseaume et Duni, représenté aux Italiens en juillet 1763, était également insignifiant comme pièce et comme musique. Quant à la comédie de Favart, Isabelle et Gertrude, attribuée à tort à Voisenon et imitée du conte de Voltaire , l' Education des filles, le succès qu'elle obtint à la Comédie-Italienne, en août 1765, était dû partie à son ton égrillard, partie au jeu de M""" Laruette, qui rendait le rôle d'Isabelle avec une naïveté charmante. INIais la musique était d'une faiblesse extrême : « Il n'y a rien à en dire, écrit Grimm, ce sont des chansons, de petits airs qui n'en méritent pas le nom ; et dès que M. Biaise veut s'élever au delà du couplet, il devient mauvais (2).

(i) Archives nationales. Ancien régime. Oi. 3,064.

(2) Faut-il comprendre dans les rôles de la Reine, Nicette, de la Chercheuse d'esprit? M. Paul Lacroix, dans la préface de sa réédition du Catalogue de la bibliothèque de Marie- Antoinette à Trianon, dit : « Il y avait seulement quelques volumes brochés, entre autres la Chercheuse d'esprit de Favart. On sait que c'était un des rôles favoris de Marie-Antoinette, et l'on n'est pas surpris de rencontrer cinq exemplaires de cet opéra comique qui fut représenté plusieurs fois, en présence du Roi et de la cour, au Petit Trianon. » 11 est bien vrai que ce rôle de paysanne naïve et rusée, simple et coquette, devait tenter la Reine, qui avait une

3oo LE THÉÂTRE DE MARIE-ANTOINETTE A TRIANON.

Nous venons de voir la Reine présidant elle-jnême à la confection d'un décor, et faisant office de décorateur et de machiniste en chef; il en était de même pour toutes les parties de la représentation. Elle ne laissait à personne autre le soin de veiller aux menus détails de son théâtre ; elle en était la directrice souveraine et s'inquiétait des moindres incidents. Elle se montrait très jalouse de cette autorité, et gardait sur ses plaisirs un gouvernement absolu, qu'elle exerçait d'ailleurs avec une douceur affectueuse. Cette simple phrase, extraite d'une lettre de la collection du comte Esterhazy, fait bien voir quelle susceptibilité elle montrait, dans les affaires théâtrales, envers les puissants, quelle clémence à l'égard des faibles : '< Mes petits spectacles de Trianon me paraissent devoir être exceptés des règles du service ordinaire. Quant à l'homme que vous tenez en prison pour le dégât commis, je vous demande de le faire relâcher... et puisque le Roi a dit que c'est mon coupable, je lui fais grâce (i). )^

prédilection marquée pour ces personnages; il est donc possible que Marie- Antoinette ait voulu se montrer dans le rôle' où Justine Favart avait laissé un souvenir ineffaçable. Toutefois cette affirmation de M. Lacroix n'est confirmée par aucun écrit du temps.

(i) Catalogue des lettres autographes appartenant au comte Georges Esterhazy. Paris, 1857.

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