‹ La comédie à la courChapitre 74 sur 84 · LE BARBIER DE SK VILLE A TRIANON · texte numérisé non relu

LE BARBIER DE SK VILLE A TRIANON

« Nous tenons ces détails d'un juge sévère et délicat qu'aucune prévention de cour n'aveugla jamais sur rien, » ajoute Grimni. On reconnaît ici l'adroit courtisan qui réunit dans un éloge banal tous les partenaires de la Reine et n'accorde qu'à elle seule une louange particulière, observant ainsi jusque sur la scène les lois de l'étiquette et de la préséance rovale. Il est assez crovable que Marie-Antoinette méritait cet éloge et qu'elle devait faire une charmante Rosine ; mais elle eût été détestable que le critique gentilhomme l'aurait louée avec une égale déférence. Comment, dès lors, accorder le moindre crédit au jugement deGrimm(i)? Métra aurait pu donner son avis en toute franchise, mais il s'occupe peu de cette tentative dramatique et se contente de l'annoncer comme prochaine, à la date du 3 août. La seule observation que lui inspire cette r.ouvelle, rapprochée de la reprise récente à la Comédie du Mariage de /^î^^^/'o, interrompu par les k caravanes » de M"" Sainval cadette, est celleci : K Voici bien des triomphes à la fois pour M. de Beaumarchais ! »

Cette représentation, donnée en très petit comité, causa un étonnement bien naturel à Paris comme à Versailles, et dut être désapprouvée par les amis véritables de la famille royale, qui distinguaient le danger de pareilles distractions, sans peut-être oser le signaler tout haut. C'était vraiment chose curieuse que de voir tous ces grands s'amuser ainsi à leurs propres dépens et se jouer eux-mêmes en riant avec une témérité folle. C'était chose inouïe que d'entendre un prince du sang, le comte d'Artois, lancer avec verve ces ripostes ironiques de Figaro à Ahnaviva, ces répliques, demeurées célèbres, qui préparaient les attaques furieuses du Mariage et qui, sous une forme aigrement joyeuse, traduisaient la jalousie sourde, la révolte intérieure des petits contre les grands, du peuple contre la noblesse : k Oui, je vous reconnais; voilà les bontés fami-

les désapprouver, goûtait fort ces jeux de théâtre et encourageait la Heine par ses bravos. iMercy-Argenteau avait dû, à plusieurs reprises, constater cette fâcheuse condescendance du Roi. (i) Correspondance littéraire, septembre 1783.

3oS LE THEATRE DE MARIE-ANTOINETTE A TRIANON.

Hères dont vous m'avez toujours honoré... Je me crus trop heureux d'être oubhé, persuadé qu'un grand nous fait assez de bien quand il ne nous fait pas de mal... Eh ! mon Dieu, monseigneur, c'est qu'on veut qu'un pauvre soit sans défaut... Aux vertus qu'on e.xige dans un domestique, Votre Excellence connaît-elle beaucoup de maîtres qui fassent dignes d'être valets? C'est faire à la fois le bien public et particulier : chefd'œuvre de morale, en vérité, monseigneur! Peste! comme l'utilité

vous a bientôt rapproché les distances! Parlez-moi des gens passionnés !... Fi donc ! tu as l'ivresse du peuple. — C'est la bonne ; c'est celle du plaisir!» Cette insouciance téméraire ne remet-elle pas en mémoire cette mordante saillie de la Guimard voyant les dames courir en foule à la Comédie pour la représentation des Courtisanes : « Je ne croyais pas qu'il fût si amusant de se voir pendre en effigie ! »

Telle fut la dernière tentative dramatique de la Reine et de ses amis. Aussi bien Marie-Antoinette devait quitter à la fin du mois son cher Trianon, dont elle commençait à se désaffectionner, pour aller se fixer à Saint-Cloud dont elle venait de faire l'acquisition. Elle avait pris un plaisir d'enfant à orner cette nouvelle résidence, comme naguère Trianon, et elle y avait prodigué les décorations les plus charmantes, les arbres les plus rares, les fleurs les plus belles ; elle avait hâte enfin d'entrer dans ce nouvel Eden. Mais il y fallut reprendre les lois de l'étiquette qu'il faisait si bon négliger dans les salons de Trianon, où la Reine de France n'était plus qu'une châtelaine entourée de ses amies ; il fallut renoncer aussi à ces jeux de théâtre incompatibles avec le pompeux appareil et le rigoureux cérémonial de la cour. Il convient d'ajouter d'ailleurs que la belle ardeur des illustres comédiens s'était éteinte peu à peu, et qu'ils auraient sans doute trouvé très ennuveux de recommencer à jouer la comédie, d'apprendre des rôles, de suivre des répétitions, etc.. Le plus surprenant était que leur passion du théâtre eût duré si longtemps.

La Reine ss plaisait beaucoup â Saint-Cloud, précisément pour la faci-

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