MARIE-ANTOINETTE ET MARIE- TH ÉRÈSE
Louis XV avait organisés naguère avec un luxe éblouissant, partant avec une perte c-nornie pour les finances de l'Etat. Trente ans écoulés avaient suffi pour doubler ces divertissements d'un grave danger : la Reine ne le vit pas.
Les plus chauds partisans de la rovauté sont les premiers à juger très sévèrement la passion de la Reine pour les jeux de la scène. L'avocat Galart de Montjoie, l'un des plus zélés défenseurs de la cause royale pendant la Révolution, apprécie le talent de comédienne de la Reine avec l'e.vtrême rigueur d'un partisan, dont le dévouement jaloux voit dans ces divertissements dramatiques une cause de relâchement dans l'étiquette et dans les mœurs. Il déplore amèrement de voir la Reine fréquenter ainsi des comédiens, recevoir leurs conseils, jouer leurs personnages, et tellement aider par son auguste exemple à répandre cette fureur théâtrale, qu'on vit bientôt le garde des sceaux d'Espréménil, oubliant la dignité de ses fonctions, apprendre par cœur et jouer des rôles bouffons dans des pièces comme les jfanots. k La Reine remplissait assez gauchement les rôles qu'elle adoptait ; elle ne pouvait guère l'ignorer, par le peu de plaisir que faisait sa manière de jouer. Quelqu'un osa même dire assez haut, un jour qu'elle se donnait ainsi en spectacle : Il faut convenir que c'est royalement mal /oiier. Cette leçon fut perdue pour elle, parce que jamais elle ne sacrifiait à l'opinion d'autrui rien de ce qu'elle crovait indifférent en soi-même et devoir lui être permis... Quand des personnes sages lui dirent que, tant par la trop grande modestie de ses vêtements que par le genre de ses divertissements et son aversion pour l'éclat qui doit toujours accompagner une reine, elle se donnait une apparence de légèreté qu'une partie du public interprétait mal, elle répondait, comme M""" de Maintenon : k yc suis sur le théâtre, il Jaiit bien qu'on nie siffle ou qu'on in applaudisse (i). )> Cette réponse, après
(i) Histoire de Maric-Aitloiiwile, in-S", i7'.i7.
tout, que la Reine l'eût empruntée ou non à la veuve de Scarron, était celle d'une femme d'esprit.
Mieux aurait valu que Marie-Antoinette eût la repartie moins vive et plus de maturité d'esprit, plus de clairvoyance et de réflexion. Le ciel lui avait malheureusement refusé ces qualités si précieuses, si nécessaires dans le rang auquel sa naissance la destinait ; et elle eut le tort grave non seulement de ne pas chercher à les acquérir, mais aussi de négliger les conseils de sa mère et de Mercy, qui s'efforçaient de tempérer sa légèreté par leur sagesse, de former sa jeunesse par les leçons de l'âge mûr et de suppléer à son ignorance de la vie et des hommes par leur propre expérience : ils y réussirent médiocrement.
Quel triste pressentiment sur l'avenir de sa fille devait agiter Marie- Thérèse lorsqu'elle écrivait à Mercy, en décembre 1777, ces lignes empreintes d'une douloureuse résignation : « Par l'un et l'autre de vos rapports je suis de plus en plus confirmée dans le sentiment que j'avais toujours du caractère de ma fille. Connue elle n'est guère susceptible de réflexion, la conviction ne saurait non plus opérer sur son esprit, quelque docile qu'elle paraît être à vos remontrances, qui sont d'abord eftacées par son goût démesuré pour les dissipations et frivolités. Il n'y a peut-être que quelque revers sensible qui l'engageât à changer de conduite, mais n'est-il pas à craindre que ce changement n'arrive trop tard pour réparer les torts que ma fille continue à se faire par sa conduite inconséquente ?... »
C'esl qu'aussi le dernier rapport de Mercv était bien fait pour décourager Marie-Thérèse : <( ... Sur le contenu de la très gracieuse lettre de Votre Majesté, j'observerai, lui disait-il, que celle de la Reine écrite de Fontainebleau manque pour cette fois de la bonne foi et franchise que j'ai toujours trouvées dans le caractère de cette auguste princesse, et dans le fait elle n'a rien rempli de ce qu'elle a mandé à l^otrc Majesté.)} La révélation était dure à recevoir pour une mère. Et le jour