‹ La comédie à VeniseChapitre 20 sur 100 · SCÈNE IX OTTAVIO, ROSAURA · texte numérisé non relu

SCÈNE IX OTTAVIO, ROSAURA

Rosaura. — Seigneur mon père, le ciel vous donne le bonjour !

Ottavio. — Oh! ma fille, les bons jours pour moi sont finis.

Rosaura. — Pour quelle raison?

Ottavio. — Parce qu'on ne gagne plus un sou. Chaque jour on dépense et on marche vers la ruine.

Rosaura. — Mais pardonnez-moi. Tout Bologne vous cite comme un homme riche.

Ottavio. — Moi, riche ! moi, riche ! Le ciel te le pardonne ! Le ciel fasse tomber la langue à qui dit du mal de moi !

Rosaura. — Dire que vous êtes riche, ce n'est pas dire du mal de vous .

Ottavio. — On ne peut rien dire de pire. Si on me croit riche, on en voudra à ma vie. Je ne serai plus en sûreté chez moi. La nuit, les voleurs me fractureront les portes. O ciel! Il me faudra doubler les serrures, multiplier les verrous, nous mettre des barreaux.

Rosaura. — Si vous avez peur, prenez plutôt un second serviteur.

Ottavio. — Un second serviteur! Un autre voleur, un autre traître, vous voulez dire ! Nous avons à peine de quoi vivre entre nous.

Rosaura. — Ace que je comprends, vous êtes misérable.

Ottavio. — Ce n'est que trop la vérité.

Rosaura. — Alors, comment ferez- vous pour me marier et pour me donner ma dot ?

Ottavio. — C'est ce qui ne me laisse pas dormir une seule nuit.

Rosaura. — Comment ? vous allez me réduire au désespoir ?

Ottavio. — Non, le cas n'est pas désespéré.

ROSAURA. — Mais ma dot, l'aurai-je ou ne l'aurai-je

pas ?

LE VÉRITABLE AMI

Ottavio, soupirant. — Ah! tu l'auras.

Rosaura. — Elle doit être de vingt mille écus.

Ottavio. — Tais-toi! Ne me le rappelle pas : je me sens mourir.

Rosaura. —Que le ciel vous fasse vivre longtemps! Mais, après votre mort, je serai votre unique héritière.

Ottavio. — Héritière de qui? Quelle chose espèrestu hériter ? Pour réunir vingt mille écus, il me faudra vendre tout ce que j'ai au monde. Je resterai misérable, j'irai demander l'aumône. Hériter! Hériter de moi? Mais, malheureuse, dans l'espoir d'hériter prie le ciel afin que ton père meure prestement! Tue-le toi-même dans l'espérance d'hériter ! Pères malheureux ! S'ils sont pauvres, leurs fils ignorent l'heure où ils crèvent pour s'affranchir de l'obligation de les assister. S'ils sont riches, ils souhaitent leur mort dans l'espoir d'hériter. Je suis pauvre, je n'ai pas d'argent. Ma Rosaura, n'espère rien après ma mort ! Je suis misérable, je te le jure.

Rosaura. — Mais dites-moi, de grâce, ce qu'il y a dans ce coffre enchâssé dans le mur, que vous tenez fermé avec trois clefs et que vous visitez tous les jours ?

Ottavio. — Moi, un coffre! Quel coffre? C'est une vieille caisse de fer de la maison... Trois clefs ? Elle est toujours ouverte... Je la visite deux fois par jour ? O méchanceté humaine ! O femmes qui pensez toujours à mal! J'y mets mes mouchoirs, mes quelques chemises, et autres objets qu'il ne m'est pas permis de nommer, et dont j'ai besoin dans mon grand âge. Moi, un coffre ! Moi, de l'argent ! Pour l'amour du ciel, ne dis cela à personne. Malheureux ! Tout le monde souhaite ma mort. Ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas vrai ! Je n'ai pas de coffre ! Je n'ai pas d'argent ! (A part.) Heureusement qu'elle ne sait rien du coffre plein d'orque je tiens caché sous mon == 81 =

LA COMÊBIE A VENISE

lit. (Haut.) Je n'ai pas de coffre l Je n'ai pas d'argent ! (// sort.)

Après Trap po la, après Rosaura, c'est le tour de ht servante

COLOMBINA..

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