‹ La comédie à VeniseChapitre 27 sur 100 · SCÈNE XV FLORINDO, OTTAVIO · texte numérisé non relu

SCÈNE XV FLORINDO, OTTAVIO

Florindo, à part. — S'il l'aimait réellement, il ne se comporterait pas avec une pareille indifférence.

Ottavio. — Or ça, seigneur Florindo, rédigeons l'écriture.

Florindo. — Je suis ici pour faire tout ce que vous voulez.

Ottavio, ramassant un morceau de papier qu'il trouve par terre. — Ce morceau de papier sera suffisant. Voyez comme toutes les choses arrivent à point.

Florindo. — Peu de chose pourra tenir sur ce papier.

Ottavio. — J'écrirai serré. Tout y entrera. Mettons là cette table. L'air qui passe par les fentes de la fenêtre fait se consumer la bougie. (77 déplace la table.) Asseyons-nous. {Il écrit.) « Le seigneur Florindo degli

« Ardenti promet d'épouser la signora Rosaura Aretusi « sans dot, sans aucune dot, sans aucune prétention de « dot, renonçant à toute action et revendication qu'il « pourrait avoir pour la dot, déclarant n'avoir pas be- « soin de dot et ne pas vouloir de dot. »

Florindo, à part. — A force^ de dot.il a rempli tout le papier.

Ottavio. — « Item, promet de l'épouser sans vête- « ments, sans linge, sans rien, sans rien, la prenant et « l'acceptant... comme elle est née. Promettant en outre « de lui faire une contre-dot. »

Florindo. — Je n'entends pas bien ce que signifie cette contre-dot.

Ottavio. — Oh! sans cette contre-dot, il n'y a rien de fait.

Florindo. — Voyons, qu'est-ce que vous prétendriez que je lui donnasse !

Ottavio. — Donnez-lui six mille écus.

Florindo. — Seigneur Ottavio, c'est trop.

Ottavio. — A ce que je vois, vous aussi vous êtes avare.

Florindo. — C'est vrai, seigneur, je suis avare.

Ottavio. — Je ne veux pas marier ma fille avec un avare.

Florindo. — Et vous faites bien, car elle est la fille d'un homme généreux.

Ottavio. — Si j'avais de quoi, vous verriez comme je serais généreux. Je suis un misérable. Mais concluons. Combien voulez- vous lui donner de contre- dot ?

Florindo, à part. — Elle doit m'appartenir, peu importe. (A Ottavio.) Soit, je lui donnerai six mille écus.

Ottavio. — « Promettant de lui donneren contre-dot « six mille écus et de les verser immédiatement après la « stipulation du contrat au seigneur Ottavio son père. » 92 ■

LE VÉRITABLE AMI

Florindo. — Pourquoi ai-jeà vous les donner à vous?

Ottavio. — Le père est le légitime administrateur des biens de la fille.

Florindo. — Et le mari est administrateur des biens de la femme, et la contre-dot ne se verse pas, sinon en cas de séparation ou de mort.

Ottavio. — Mais il faut que je vive sur la contre-dot de ma fille.

Florindo. — Pour quelle raison ?

Ottavio. — Parce que je suis misérable.

Florindo. — Les six mille écus ne vont certainement pas dans vos mains.

Ottavio. — Faites une chose. Hébergez-moi, vous !

Florindo. — Si vous voulez venir à Venise avec moi, libre à vous.

Ottavio. — Oui, je viendrai. (A part.) Mais mon coffre ?... Je ne peux l'emporter avec moi... Et mon argent que j'ai prêté à intérêts ?... Non, je n'y vais pas. (A Ottavio,) Faites une chose, donnez-moi cent pistoles et gardez la contre-dot.

Florindo. — Très bien. Tout ce que vous voudrez. (A part.) L'amour m'oblige à tous #les sacrifices.

Ottavio. — Je suis misérable. Je ne sais comment vivre. Envoyez-moi les chemises.

Florindo. — Oui, seigneur, je vous les enverrai.

Ottavio. — Envoyez-moi la toile : je la ferai coudre par Colombina. (A part. ) J'en ferai quatre aussi pour moi.

Florindo. — Très bien, et, si vous me le permettez, j'enverrai quelque chose et nous dînerons de compagnie.

Ottavio. — Non, non! Ce que voulez dépenser, donnez-le-moi : j'y pourvoirai moi-même. Si c'est moi qui fais les emplettes, vous verrez quels beaux œufs, quelles belles salades ! Et quel beau mouton ! Vous allez

faire bombance.

LE CAFÉ

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