‹ La comédie à VeniseChapitre 47 sur 100 · SCÈNE XIII LES MÊMES, ORSETA, puis le COMMANDEUR · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII LES MÊMES, ORSETA, puis le COMMANDEUR

Orseta, bas à Checa. — Tu es restée tout ce temps ? Qu'est-ce qu'il t'a demandé ?

Checa, à Orseta. — Oh ! sœur ! Quel bel interrogatoire j'ai fait! Je te raconterai tout... (Elle part.)

Isidoro. — Venez là! Entendez-vous ?

Orseta. — Oui, sior. (Elle s'assied avec aplomb.)

Isidoro, à part. — Ah! elle est plus franche, celle-là. (Haut.) Quel est votre nom ?

ORSETA. — Orseta Schiantina.

Isidoro. — Dite ?

Orseta. — Comment, dites?...

Isidoro. — Quel surnom avez-vous?

Orseta. — Quel surnom voudriez- vous que j'aie ?

Isidoro. — Ne vous connaissait-on pas sous le nom de Megioto ?

LES DISPUTES DES GENS DE CHIOGGIA

Orseta. Eq vérité, lustrissime, si je n'étais pas où je suis, je voudrais vous démêler la perruque !

IsiDORO. — Ouais ! Parlez avec respect !

Orseta. — Qu'est-ce que ce Megioto ? Les Megioti, à Chioggia, se font avec du son en poudre et de la farine salée. Et moi, je ne suis ni salée, ni couleur de Megioti.

ISIDORO. — Allons ! Ne vous échauffez pas, patronne ! Ce n'est pas ici le lieu de faire des scènes. Répondezmoi ! Savez-vous pour quelle cause vous êtes venue ici vous faire interroger ?

Orseta. — Sior, non.

ISIDORO. — Pouvez-vous l'imaginer ?

Orseta. — Sior, non.

Isidoro. — Ne savez-vous rien d'une certaine rixe ?

Orseta. — Je sais, et je ne sais pas.

Isidoro. — Contez-moi ce que vous savez.

Orseta. — Interrogez-moi, je répondrai.

Isidoro, à part. — En voilà une à rendre fous les pauvres coadjuteurs. (Haut.) Connaissez-vous Tofolo Zavata ?

Orseta. — Sior, non.

Isidoro. — Tofolo Marmotina?

Orseta. — Sior, oui.

Isidoro. — Savez-vous si personne ne voulait le frapper ?

Orseta. — Je ne peux pas savoir quelles sont les intentions des gens.

Isidoro, à part. — Oh ! la fourbe! {Haut.) N'avezvous vu personne avec des armes contre lui ?

Orseta. — Sior, si !

Isidoro. — Qui c'était-il ?

Orseta. — Je ne m'en souviens plus.

Isidoro. — Si je les nommais, vous en souviendriez vous ?

Orseta. — Si vous les nommez, je répondrai.

Isidoro, à part. — Maudite sois-tu ! Elle va me faire rester ici jusqu'à ce soir. (Haut.) Y avait-il Tita Nane Moleto ?

Orseta. — Sior, oui.

Isidoro. — Y avait-il patron Toni Canestro?

Orseta. — Sior, oui.

Isidoro. — Y avait-il Beppe Cospetoni ?

Orseta, — Sior, oui.

Isidoro. — Bravo ! Sior a Megioto.

Orseta. — Dites, vous! Vous n'avez pas de surnom, vous?

Isidoro, écrivant. — Allons ! Allons ! Moins de caquets !

Orseta, à part. — Oh ! je lui en donnerai un, moi : le sior coadjuteur sans le sou.

Isidoro. — Tofolo Marmotina a-t-il jeté des pierres ?

Orseta. — Sior, oui, il en a jeté. (^4. part.) Il aurait dû t'en jeter à toi, la tête du coadjuteur !

Isidoro. — Que dites- vous ?

Orseta. — Rien. Je parle à moi toute seule. Je ne peux même pas parler ?

Isidoro. — Comment est née cette dispute?

Orseta. — Comment voulez- vous que je le sache ?

Isidoro, à part. — Oh! j'ai envie d'éclater! (Haut.) Ne savez- vous pas que Tita Nane aurait eu de la jalousie contre Tofolo Marmotina ?

Orseta. — Sior, si, à cause de Lucieta Panchiana.

Isidoro. — N'avez- vous pas entendu dire que Tita Nane aurait congédié Lucieta Panchiana ?

Orseta. — Sior, si ! J'ai entendu dire qu'il l'a congédiée.

Isidoro, à part. — Checa a dit la vérité. Je verrai = 130 =

LES DISPUTES DES GENS DE CHIOGGIA

à lui rendre ce service. (Haut.) Allez. Bientôt vous serez libre. Quel est votre âge ?

Orseta. — Oh! ca de dia ! L'âge aussi, vous voulez le savoir !

Isidoro. — Oui, siora, aussi l'âge.

Orseta. — Et vous avez à l'écrire?

Isidoro. — J'ai à l'écrire.

Orseta. — Bon. Écrivez... dix-neuf ans.

Isidoro, écrivant. — Jurez d'avoir dit la vérité.

Orseta. — J'ai à jurer ?

Isidoro. — Jurez d'avoir dit la vérité.

Orseta. — Je vais vous dire : comme j'ai à jurer, vraiment, j'en ai vingt-quatre.

Isidoro. — Je ne vous dis pas de jurer sur votre âge. Vous autres femmes, vous n'êtes pas capables de prêter un pareil serment. Je vous dis de jurer que ce que vous avez dit dans l'interrogatoire est la vérité.

Orseta. — Oh ! sior, oui, je le jure. (Isidoro agite la sonnette.)

Le commandeur. — Qui voulez-vous ?

Isidoro. — Donna Libéra.

Le commandeur. — A vos ordres.

Orseta, à part. — Varé ! Même son âge, il faut le dire! (Elle se lève.)

Page 1