‹ La comédie à VeniseChapitre 89 sur 100 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

LES MEMES, FARZANA, fée, suivie de demoiselles d'honneur.

Farzana. — Cherestani...

Cherestani. — Oui, mon père est mort. C'est là l'origine de tous mes malheurs. Pauvre père !.. . {Elle pleure .)

Farzana. — Déjà votre nom retentit sur le rivage. Le peuple en foule appelle : « Cherestani ! Cherestani ! » Il vous veut pour sa reine. Le royaume et le trône sont prêts pour vous. Vos sujets attristés réclament Cherestani. Ne tardez plus !

Cherestani. — Farruscad, jetelaisse. Tu as entendu en partie qui je suis, mais tu ne sais pas tout. Ignoré du monde est mon royaume, mais il est plusieurs fois grand comme ton royaume de Tiflis. Va, repose-toi, si tu le peux, jusqu'à demain, et puis aie de la constance et du courage ! Tes angoisses ne sont point plus fortes que les malheurs de ton épouse. {Elle entre dans le palais avec les demoiselles et Farzana.)

Farruscad, la suivant. — Je viens,... je viens,... je veux mourir avec toi !... Ne me fuis pas! {Au moment

LA FEMME SERPENT

où il va pénétrer dans le palais, on entend la foudre, le tonnerre, an tremblement de terre. Le palais et te Jardin disparaissent, faisant place an désert du commencement et à une profonde obscnrMé. Farruscad, désespéré, tend les bras vers elle.) Malheureux! Quel tourment ! Quelle souffrance est la mienne ! Hélas ! 6 ministres !... Mon Dieu! Cherestani est reine, et elle est fille d'un homme mortel ! Écoutez des choses merveilleuses, écoutez ! (Il entre.)

Les épreuves annoncées par Cherestani se réalisent, et les catastrophes se succèdent sous les yeux de Farruscad, qui, fidèle à sa promesse, les suit d'un œil impassible. Mais, quand il a vu ses deux enfants précipités dans une fournaise, ses ministres devenus des traitres, sa capitale Tiflis assiégée, brûlée et affamée par le géant Morgone, alors sa douleur et sa colère font explosion, et l'imprécation redoutée sort de sa bouche.

Farruscad. — Que me reste-t-il à souffrir, femme scélérate ? Maudit soit l'instant où je te vis ! Je te maudis, infernale et infâme magicienne!... je te maudis, oui ! . . . Mais c'est pour ma douleur un déchaînement inutile que de te maudire ! (Acte II, scène xi.)

C'est alors qu'apparaît Cherestani.

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