‹ La comédie à VeniseChapitre 91 sur 100 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

LES MÊMES, BEDREDINO et REZIA, enfants de Farruscad et de Cherestani, conduits par deux soldats.

Farruscad, avec transport. — Mes enfants ! mes enfants !... Ah! que le reste de la prophétie ne se réalise pas ! Cherestani, mon épouse!... Quel malheur ce serait pour moi !

Cherestani, avec une agitation extrême. — Voici que je me sens... O ciel... barbare! Je sens un froid glacial courir à travers mes os... O Dieu... Je change... Oh! quel effroi ! quelle horreur ! quelle souffrance ! . . . Farruscad, je te laisse. Tu pourrais encore me délivrer aujourd'hui. Je ne l'espère pas, hélas ! Il te faudrait trop de force... Non, n'expose point ta vie pour moi. Elle m'est chère, même loin de moi. Je puis encore faire quel-

ques prodiges. Accepte les derniers gages de mon amour. O Dieu!... mes enfants, cachez-vous ! Ah! ne soyez pas témoins de la misère de votre mère,... fuyez ! J'ai honte que vous la contempliez. (A Farruscad.) Toi seul, cruel, regarde-la ! Tu as voulu faire de ton épouse un serpent, — la voilà serpent, sois satisfait ! {Elle se transforme, des pieds à la tête, en un long et affreux serpent, et tombe étendue à terre.)

Bedredino. — Ma mère! Ma mère!

Rezia. — Où est ma mère ?

Farruscad. — Arrête! Ah! Dieu!... Pardon,... chère épouse ? (27 court, espérant V embrasser.)

Cherestani. — Je ne suis plus à toi. Fuis loin de moi, parjure ! (Elle disparaît dans les profondeurs du théâtre.)

Canziade. — Mon frère !

Bedredino. — Mon père !

Rezia. — Mon cher père !

Farruscad. — Éloignez-vous de moi ! Que personne n'approche d'un désespéré ! Terre, qui caches dans ton sein mon épouse bien-aimée, reçois Farruscad parjure et impie ! (Il sort comme un homme en délire.)

Canzade, prenant les enfants par la main. — Vizir, et vous mes enfants, suivons ce pauvre père! (Ils sortent.)

Tout n'est point fini cependant. Cherestani, pour ses adieux, a ravitaillé Tiflis, qui résiste victorieusement à l'assaut du roi Morgone, et lui inflige une sanglante défaite que Truffaldin, déguisé en crieur des rues, vient débiter en ces ternies au publi :

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