SCÈNE V
Truffaldin. — Nouvelle, curieuse et authentique relation, qui vous décrit et vous raconte le grand et
LA FEMME SERPENT
sanglant combat survenu le. . . du mois de. . . sous les murs de l'heureuse ville de Tif lis ! Écoutez comment le terrible géant Morgone donna l'assaut avec deux millions de Maures à la ville de Tiflis! Écoutez comment, bravement et valeureusement, la cité et la forteresse, avec quatre cents soldats seulement, se défendit, et le grand carnage qu'on fit de ces chiens de barbares ! Écoutez en quel épouvantable danger se trouvaient la cité et la forteresse ! Écoutez comment, subitement et prodigieusement, par une permission du Ciel, se souleva le fleuve nommé Cur. . . , inondant tout le camp de ces chiens de barbares ! Écoutez le terrible carnage qui les a tous noyés, avec le nombre des personnes qui sont restées mortes ! Qui aimerait lire l'authentique et sensationnelle relation n'a qu'à dépenser un misérable sou... Nouvelle et sensationnelle relation,... etc.
La fée Farzana, protectrice de Farruscad, lui indique une série de nouvelles épreuves qui, s'il les subit victorieusement, amèneront la délivrance de la pauvre Cherestani. Farruscad affronte tour à tour un taureau furieux et un géant monstrueux qu'il terrasse. L'épreuve finale consiste à soulever la pierre d'un tombeau et à baiser sur la bouche l'être qui y est renfermé. Farruscad s'avance et recule d'horreur en voyant un serpent se dresser devant lui, la gueule ouverte, agitant sa langue. Après plusieurs mouvements d'hésitation, se faisant violence à lui-même, il s'approche, et, dans un effort suprême, embrasse le serpent. La scène s'obscurcit, les éclairs brillent, le tonnerre gronde, la terre tremble. Le tombeau se change en un char triomphal, sur lequel apparaît Cherestani splendidement vêtue. Le ciel se rassérène. Les deux époux se retrouvent et tombent dans les bras l'un de l'autre.
TURANDOT
Turandot, fille cTAltoum-Khan, empereur de la Chine et héritière de son trône, a tout le sexe masculin en horreur. Elle a arraché à son père, vieillard bon, mais affaibli par l'âge, un édit cruel obligeant tout prétendant à sa main à deviner trois énigmes. S'il les devine, il deviendra le successeur d'ALTOUM et l'époux de Turandot. S'il échoue, il aura la tête tranchée. Nul n'a jusqu'ici deviné les énigmes proposées. Les têtes des prétendants malheureux se dressent sur des piques aux portes de Pékin. Le prince tartare Calaf, exilé et inconnu voit le portrait de la princesse, et se sent pris pour elle d'un ardent amour. Pour la posséder, il affrontera la redoutable épreuve.
Dans la grande salle du divan, en compagnie de ses ministres Pantalo n etTARTAGLiA, Altoum se lamente sur la cruauté de sa fille, sur le triste sort qui attend le nouveau prétendant, et sur son propre serment dont il n'ose se délier.