‹ La comédie après Molière et le théatre de DancourtChapitre 11 sur 32 · ACANTE · texte numérisé non relu

ACANTE

Vous croyez...

LE MARQUIS

Avec moi, cousin, finesse à part .

Nous savons ce que c'est que la perte d'un père :

Jamais de ce lualheur fils ne se désespère ;

Et l'on trouve toujours, aux douceurs d'iiériter,

Des consolations qu'on ne peut rejeter.

Quelque honnête grimace enfin qu'on puisse faire,

Tout père qui vit trop court danger de déplaire !

Puis, comme le vieux Crémante, son oncle, entre en toussant :

Achevez de tousser, vous parlerez après,

et il lui donne des coups dans le dos pour arrêter la toux. Après quoi, le bonhomme l'invitant à se couvrir :

Non, je jure.

C'est moins respect pour vous que soin pour ma coiffure.

Tout le long de la scène il ne tarit en grossièretés de ce genre, tant que la patience du vieux ne paraît pas trop vraisemblable. Entin, il demande à Crémante de lui prêter de l'argent et raconte de quelle façon, la veille, il a dépensé deux cents louis :

Admirez l'industrie ; L'honneur vient de bravoure et de galanterie, Et j'ai su trouver l'art d'être ensemble estimé Et galant de fortune et brave confirmé : Moyennant cent louis que j'ai donnés d'avance, Un marquis des plus gueux, mais brave à toute outrance, M'a feint une querelle, et d'abord prenant feu M'a donné sur la joue un coup plus fort que jeu.

CRÉMANTE.

Un soufflet ?

LE MARQUIS

Point du tout.

CRÉMANTE.

Mais un coup sur la joue ?

LE MARQVIS.

Ce n'est qu'un coup de poing, et lui-même Tavoue,

J'ai fait rage aussitôt, j'ai ferraillé, paré,

Et me suis fait tenir pour être séparé. Voilà qui m'établit pour brave sans conteste. Je n'ai pas mis plus mal mes cent louis de reste. Avec une comtesse en crédit à la cour, J'ai seul passé le soir et joué jusqu'au jour, J'ai perdu mon argent, mais la perte est légère, Et ce qu'elle me vaut me la doit rendre chère.

CRÉMANTE.

Quoi ! la dame en faveurs vous aurait racquitté !

LE MARQUIS

Non, je la crois fort sage, à dire vérité.

Mais comme je sortais sans suite que mon page

(Car c'est une maison de notre voisinage).

J'ai trouvé deux marquis et des plus médisants,

Qui pour chasser ensemble allaient sans doute aux champs.

Tous deux mont reconnu dès qu'il m'ont vu paraître ;

J'ai feint, me détournant, de ne les pas connaître.

Et d'un grand manteau gris me suis couvert le nez,

Gomme font, en tel cas, les galants fortunés.

Jugez en quel honneur me mettra cette histoire,

Et. pour fort peu d'argent, combien j'aurai de gloire.

CRÉMANTE.

Mais l'honneur, ce me semble, au fond n'est point cela.

LE MARQUIS

Bon ! c'est du vieil honneur dont vous me parlez là.

A moins qu'il n'ait été aussi à la mode dans cet aimable monde (tout est possible) de faire le fanfaron de lâcheté, on trouvera peut-être que le marquis fait ici les honneurs de la sienne avec trop de complaisance. Il est plus naturel au dernier acte quand.

provoqué par Acante, après les excuses et les défaites les plus plaisantes, il laisse eniin, mis au pied du mur, échapper ce cri superbe :

Ah 1 si nous n'étions pas cousins comme nous sommes !

Encore que le rôle semble conçu, dans la première partie, d'une façon trop satirique et caricaturale, il est bien venu dans son ensemble, et d'une touche plus vigoureuse qu'on ne l'attendait de l'auteur d'Acaste

Où, jusqu'à : je vous hais, tout se dit tendrement.

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