‹ La comédie après Molière et le théatre de DancourtChapitre 23 sur 32 · M, IL · texte numérisé non relu

M, IL

(4) De quelques usages.

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la bagatelle. Ils cherchent une consolation tout près d'eux, M. Simon s'éprend deM""^ GrifFard, etM. Griffard, de M'"'" Simon. Les deux femmes s'avertissent et s'entendent pour exploiter le mari Tune de l'autre, et pour tirer des sommes des deux roquentins avec l'aide de Frontin et de Lisette. Car elles ne sont point jalouses : la jalousie est une passion bourgeoise qu'on ne connaît presque plus chez les personnes de qualité (1). — Qui donc a troublé ton repos? — Ne t'alarme point, ce n'est pas ton mari ; je ne l'aime pas, au moins. — Tu as fait une belle conquête et je t'en félicite (2).

A la fin M. Simon découvre que sa femme a mis en gage un diamant qu'elle disait perdu. Mais il n'ose pas trop crier, car elle le tient, et tout s'arrange.

Au milieu de ces fous, Marianne, la lille de M. Simon, devient ce qu'elle peut. La maison paternelle lui est une médiocre école de respect, » Allez, lui dit sa mère, tenir compagnie à Araminte, pendant que je serai obligée d'essuyer la fatigante conversation de votre père (3). » La petite s'amourache d'un chevalier, qui se trouve n'être qu'un chevalier d'industrie, fils de M""^ Amelin, marchande à la toilette. Mais M'"" Amelin achètera à son Jeannot une charge de vingt mille écus ; cela raccommode bien des choses ; Marianne l'épousera donc. Ce sera un joli ménage.

Les Bourgeoises à la mode m'ont fait songer à la famille Benoiton. Sans doute les deux pièces sont extrêmement différentes, et celle de Dancourt inférieure à l'autre, à tous égards ; elle est d'une trame

(1) Les Bourgeoises à la mode, I, 5.

(2) Id., II, 5.

(3) /d.,IV, 3.

fort légère ; la fable est peu de chose ; robservation n'enfonce guère ; les valets sont encore ceux de Tancienne come'die ; la vanité bourgeoise affecte des formes qui ne s'expliquent que dans une société où la division des classes est encore rigoureusement marquée ; la « question d'argent » est indiquée seulement et n'est pas étudiée avec un luxe brutal de détails précis ni dans ses conséquences dramatiques (c'est clans une autre pièce que Dancourt esquissera le tripoteur d'atl'aires ; « la Bourse », d'ailleurs, est encore dans son enfance). Mais entin, chez Dancourt comme chez notre contemporain, malgré la dillérence des milieux et des temps, malgré l'intérêt inégal, l'exactitude plus ou moins grande de l'observation, ce sont bien les mêmes passions, vanité, besoin d'amusement, et, par suite, besoin d'argent, qui rompent les liens de la famille, affolent et dispersent ses membres ; et chez tous les deux, à des degrés divers, un mouvement fébrile, une impression de détraquement contagieux.

Ces airs détachés à l'égard du mariage, cette émancipation des femmes et des maris, c'est chose reçue, mode courante, et dont la mention revient fort souvent. — M'"° Thibaut, « femme d'intrigues », qui connaît le monde, donne à l'un de ses clients cette petite leçon : « Un homme de votre qualité est-il pour passer ses jours comme un bourgeois, cousu aux jupes de sa femme ? On passe six mois à l'armée, de là l'on revient à Paris. Madame y est-elle, on va à la cour ; vient-elle à la cour, on retourne à Paris ; de manière qu'en tout un an un mari n'aura pas donné quarante jours à sa femme (1). » — Dans la

(1) La Femme d'intrigues, II, 5,

même pièce, une famille iiien surprenante traverse le salon de M""' Thibaut. On entend cette conversation bizarre entre deux époux qui se rencontrent : « Votre lils, Monsieur, m\i volé celte nuit pour deux mille écus de vaisselle neuve. — De vaisselle neuve ? Ah ! le fripon, il vous l'a volée et me l'a vendue. — Vous avez ma vaisselle, Monsieur ? — Oui, Madame, j'ai la vôtre, et vous m'avez pris ma vieille ; et mon coquin de fils a mon argent sans doute, car je ne le vois plus (1). » — « Je suis aussi séparé de mon père et de ma mère, explique le fils dans une autre scène ; car il y a terriblement de séparations dans notre famille (2). » — M. Guillauniin est un notaire sans préjugés qui vient à la foire de Bezons avec une fille d'opéra. « Fi, aimer sa femme ! dit le fringant tabellion, cela est-il permis à un galant homme ? et se marie-t-on pour cela dans le monde ? A moins que d'être du dernier bourgeois (3) » Nous retrouverons plus d'un de ces bourgeois allumés qui courent les fêtes de la banlieue et vont souper avec des grisettes dans les restaurants champêtres, et qui, parfois, y rencontrent leurs femmes. L'équipée de M. Jourdain, qui est une exception dans le monde bourgeois de Molière, devient ici la règle. Encore le bonhomme Jourdain n'a-t-il guère la mine de pousser les choses jusqu'au bout. Les bourgeois de Dancourt sont des gaillards beaucoup moins novices, et ses bourgeoises ne leur en doivent guère : la respectable M""" Jourdain a fait son temps.

(1) La Femme d' inlrigu.es, IV, 9.

(2) kl., IV, 4.

(3) La Foire de Bézons, 6.

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