SCÈNE VI Les Mêmes, LUCIE, CONTRAN
LUCIE, entrant et jetant son bouquet sur la table de jeu. ^ Cinq
cents francs? Tenu, les cinq cents francs !
MARX. = Avec quoi?
LUCIE. = Mais avec mon bouquet.
MARX. = Votre bouquet? Non, non, je passe la main.
LA décavée, à part. = Il a bien raison. Est-ce qu*il vaut cinq cents francs, son bouquet?
LE prince. =Je prends la main... contre le bouquet.
ABBELLE, regardant Lucie. = Je prendrai bien la main gauche de la dame. Si elle me veut, elle m*aura.
LE PRINCE, retournant les cartes. = Refait! — MeSSÎeurS, il
y a mille francs 1
MARX. = Comment Tentendez-vous?
LE PRINCE. = C'est bien simple, cinq cents francs par ce billet et cinq cents par ce bouquet — qui n'est pas un billet de banque, mais un billet à ordre, (a Lucie.) N'est-ce pas, madame?
LUCIE, souriant. = Je ne paie jamais mes billets.
GONTRAN. Je tiens les mille francs.
LE PRINCE. = Vous, monsieuF.
CONTRAN. = C'est moi qui ai donné le bouquet.
LE PRINCE, se levant. = Monsieur Gontran de Staller?
GONTRAN, saluant. = Oui, monsieur...
LE PRINCE, tournant des cartes. = Lansquenet. Il y a deux mille francs.
GONTRAN. = Je les tiens.
LE PRINCE, môme jeu. = Quatre mille!
LA DÉCAVÉE, au prince. = Je m'associe à votre jcu.
ABBELLE. = Pour ceut SOUS, aiors !
GONTRAN. = Va pour quatre mille francs!
LUCIE. = Les cartes sont ensorcelées!
LA DÉCAVÉE. = Oui, c'cst moi qui ai coupé.
LE PRINCE. = Valet dépique... As de trèfle... valet de carreau... Il y a huit mille francs.
CONTRAN. = Continuez.
LA DÉCAVÉE, à Gontran. = Ne cours donc pas après ton argent!
LUCIE. =. Ce n'est pas après son argent qu'il court, c'est
après mon bouquet. (Elle se lève et prend le bras de d'Asprcmont. —
Le jeu confinuo.) Quel est ce monsieur dont la veine est si insolente?
d'aspremont. = C'est un prince anonyme de mes amis qui garde l'incognito.
LUCIE. = Vous raillez toujours .. Je parle sérieusement, moi... Qui est-ce?
d'aspremont. = C'est un cent millionnaire.
LUCIE. = Mais ce n'est pas sérieux, n'est-ce pas, ce jeulà?
d'aspremont. = Comment, pas sérieux? Si le prince perdait, il paierait.
LE PRINCE. = Il y a soixante-quatre mille francs en
banque... Grand silence.
2n LA GOUÉDIE AU COIN DU FEU
GONTRAN. = Banco!
LE PRINCE. = As de cœur, huit de carreau, as de trèfle. L\ DÉCAVÉE. = Il y a cent vingt-huit mille francs, si je sais compter.
CONTRAN. =r Je tlCUS.
D*ASPREMONT, i Gootran et aa prince. = Yo^'OUS, VOJOnSy
messieurs, c*est de la folie !
LE PRINCE. = Je ne tiens pas à aller plus loin. (Se levant.) GONTRAN. = 11 TOUS restc eucorc sept ou huit cai^tes,
allons jusqu'au hout.
LE PRINCE. = Gomme il vous plaira. (Tournant des cartes.)
Dame de cœur. Gelle-là ne m'a jamais trahi. Voulez-vous ne pas continuer?... Je suis sûr de retourner une dame..»
ALBERTiNE.= Iluc doutc de ncu, ce prince.
CONTRAN, impatienté. = Eh hicn, retoumez une dame.
LE PRINCE. == Roi de pique...
CONTRAN. =Je croyais que les rois ne sortaient plus.
LE PRINCE. = Sept de piqueras de carreau, valet de trèfle, neuf de carreau. — Voici la dernière carte. — Voulez-vous ne pas continuer? (Posant la carte.) Je suis sûr que c'est une dame...
LA DÉCAVÉE. = Je parie pour le roi.
LA TACITURNE. = J'en acccptc l'augure!
MARX. = Je parie pour la dame.
LA R0SEM0ND.= Si ce u'cst pas un roi qui sort, il aura toujours une dame pour se consoler.
LE PRINCE, tournant la carte. = Dame de piqUC.
LA DÉCAVÉE. = Une dame!
GONTRAN. = Deux Cent cinquante- six mille francs! Je vous les apporterai, monsieur, avant midi.
d'aspremont. = Il est bien payé, ce bouquet! Si encore il y avait quelques fleurs d'oranger...
le prince, à Lucie. = Permettcz-moi , madame, de vous le rendre.
Mademoiselle trente-six vertus n^
■ ■ ^ ■ » ^ .MM^^. ■■■■-■■■ I l^^^^^—^^»^ —^M^^^^i^H
LUCIE. = Merci, monsieur...
LA DÉCAVÉE, au prince. = Vous savcz que je siiis moitié dans TOtre jeu.
On entoure le prince qui passe dans le salon du fond. — On entend dans ce salon un piano et quelques violons jouant un quadrille d'Offenbach*