‹ La comédie au coin du feuChapitre 108 sur 200 · SCENE PREMIERE HÉLÈNE, puis GLOTILDE MARGELLI · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE HÉLÈNE, puis GLOTILDE MARGELLI

HÉLÈNE, se regardant dans une glace. = Ah! que cest en-

nuyeux de mettre une robe neuve... mais c'est si ennuyeux d'en mettre une vieille !... (Se retournant devant la glace.) Suis-je jolie dans le bleu ?

CLOTILDE, qui est entrée et qui a écouté. = Jolie COmme Un

anget ^

HÉLÈNE. = Ah ! Clotilde, tu m'as fait peur!...

CLOTILDE. = Si c'eût été le comte d'Aspremont ! Il t'aurait surprise en flagrant délit de coquetterie. Est-ce que j'ai passé l'heure ?

HÉLÈNE. = Certainement. De cinq minutes t

CLOTILDE. = Ceux qui n'ont rien à faire sont toujours en retard. Songe donc à l'éparpillement de ma vie! En Italie, où j'ai passé ma jeunesse, j'étais comme une sainte dans une niche. A Paris, je me retrouve dans tous les tourbillons.

HÉLÈNE. = Tu veux dire dans tous les cotillons ?

CLOTILDE. = Que veux-tu ? Il faut être de toutes les fêtes pour plaire à tout le monde. C'est un peu la faute de ma mère, qui a toujours vingt ans. Si je ne suis pas prête pour

le Bois, pour Je sermon, pour le lunch, pour les soirées, pour les bals, pour l'Opéra, elle m'appelle paresseuse. Tu vois ? je me suis couchée à trois heures, et me voilà.

HÉLÈNE, riant. = Paresseuse !... Je veux que tu déjeunes avec moi avant celte messe de mariage.

CLOTiLDE. = Déjeuner! Mais le mariage a lieu à onze heures.

HÉLÈNE. = Oh! sois tranquille ; c'est un déjeuner aux fraises... des primeurs...

CLOTILDE. = Tu sais que je ne connais pas du tout cette demoiselle qui se marie ?

HÉLÈNE. = Ni moi non plus... Il parait que nous nous sommes rencontrées, je ne sais où. Mais c'est toujours un spectacle charmant que de voir la victime monter à l'autel.

CLOTILDE. = Avoue que tu ne serais pas fâchée d'être victime à ton tour...

HÉLÈNE. = Et toi donc?

CLOTILDE. = Moi?... Ton frère ne se mariera jamais !...

HÉLÈNE. = Contran?... je voudrais bien voir ça!... Il n'en a pas Tair, mais, au fond, il t'aime beaucoup.

CLOTILDE. = C'est égal, tu seras bien plus vite la comtesse d'Aspremont que je ne serai madame de Staller.

HÉLÈNE. = Chut! M. d'Aspremont ne sait rien..

CLOTILDE. = Ne parlons pas de Contran, parce que je deviendrais triste.

HÉLÈNE. = Pourquoi ?

CLOTILDE. = J'ai vu, hier, au Bois, ton frère dans le coupé d'une femme, et quelle femme !... Je suis rentrée chez moi et.. .j'ai pleuré.

HÉLÈNE, embrassant CloHIdc. = Et moi ? Crois-tu donC que

M. d'Aspremont est un saint?

CLOTILDE. = C'est un sage.

HÉLÈNE. = J'ai toujours entendu dire qu'entre la folie et la sagesse de deux hommes, il n'y avait qu'un pas d'amou-

taO LA COMÉDIE AU COIN DU FEU

reUX. (Elle sonne.) Déjeunons. (Elles disposent sur la table des g&teaus,

des fraises et nn pot de crème.) Tu vois que c*est un déjeuner rustique ?

Page 1