SCENE II Les Mêmes, CONTRAN
CONTRAN, pâle et inquiet, vivement. = Ma mère n*est paS là?
Il saine.
HÉLÈNE. = Ah! tu arrives à propos. Tu vas déjeuner avec nous ?
Elle va au-devant de son frère.
GONTRAN, à ciotade. = Oh! pardon, mademoiselle, je ne vous avais pas aperçue.
HÉLÈNE. =£h bien ! tu ne m'embrasses pas?
CONTRAN, marchant à grands pas. = On m*avait dit que ma
mère était ici...
HÉLÈNE. = Comme tu es pâle !... Tu as peut-être faim... Mets-toi là.
CONTRAN. =3 Merci, je n'ai pas faim.
HÉLÈNE. = Mais qu'as-tu donc?
GONTRAN.= Rien... j*ai mal dormi.
HÉLÈNE, le poussant k table. = AllonS ! assieds-toî, je le
veux... nous le voulons, monsieur.
CONTRAN, à part. = Je vois toujours Cette table de jeu!...
CLOTILDE, s'asseyant. = Eh bien! Hélène, mets-toi à table.
HÉLÈNE. =0h! mon Dieu, n as -tu pas peur qu*il ne te mange ? Reste donc à côté de lui. Vous êtes charmants tous les deux. On dirait un mari et sa femme — le lendemain des noces. — Votre servante, madame Contran. .Voulez-vous de la brioche ?... (A Contran.) Voyons I tu as Tair d'être sorti, toi?
MADEMOISELLE TRENTË-SlX VERTUS t3l
GON TR AN. = Pardonnez-moi, je suis préoccupé... Je suis témoin dans un duel qui doit avoir lieu aujourd'hui.
GLO TILDE, vivement. = Ce n'est pas VOUS qui vous battez?
(iONTRAN. = Moi? non... Quelle idée l
HÉLÈNE. = Ah ! tu m'as fait peur 1
CLOTILDE. =Et pourquoi se bat-on ?
GONTRAN. =Pour rien... pour une femme..»
HÉLÈNE. = De rien ?...
GONTRAN, tressaillant. = Oui... une femme de rien!... (Changeant de ton.) Dis-moi, ma chère Hélène, c'est un piège charmant, que ce déjeuner? Vous n'avez jamais été si belles toutes les deux.
HÉLÈNE. = Vois-tu, c'est que nous allons à la noce. Cela fait toujours plaisir, car ça apprend le chemin !
CLOTILDE. = Est-elle assez enfant, cette Hélène!... Si M. d'Aspremont était là, elle ne parlerait pas si haut !
On entend chanter dans le voisinage.
Près de ton palais de marbre, Un oiseau couleur du temps Me cbaote sur le grand arbre La plus belle chanson qui charme les vingt ans.
HÉLÈNE. = Oh! que c'est joli !
Deux étoiles allumées.
Aussi douces que le miel^ Illuminent les ramées.
Et me parlent de toi pour me parler du ciel !
L'oiseau bleu, ma toute belle, C'est Tamour et sa chanson; Les étoiles que j*appelle, Ce sont tes yeux divins qui donnent le frisson 1
CLOTILDE. = c'est charmant ! Qui donc chante si bien ? HÉLÈNE. = C'est ma voisine, une Américaine qui va débuter à Londres.
G ON IRAN, devenu rêveur, = Glotilde est adorable ! HÉLÈNE. := £h bien I voila tout ce que vous dites ?... Il faut donc que je sois gaie pour trois?... Vous ne mangez
rien?... (Prenant un bouquet de fraises.) Est-Ce que VOUS VOUS
figurez que ces fraises sont en carton ? (Elle se lève et présente
on bouquet de fraises aux lèvres de Clotilde et presque aussitôt aux lèvres de
Contran.) N'est-ce pas qu'elles sont bonnes?
CONTRAN. = Recommence.