‹ La comédie au coin du feuChapitre 115 sur 200 · SCENE VIII GONTRAN, MARX · texte numérisé non relu

SCENE VIII GONTRAN, MARX

MARX, gaiment. = Eh bien, nous nous battons à quatre heures, à Bagatelle. C'est le prince qui s'est fait ouvrir les portes. L'endroit est charmant pour se couper la gorge. Du reste, ce sera un duel sérieux. Je n'admets les duels que quand ils sont sérieux. Tenez... moi... je ne me suis battu qu'une fois et j'ai tué mon adversaire. C'était un homme de première force à l'épée... un maître. Il se jette sur moi... je romps, il m'attaque en tierce... je romps, il m'attaque en quarte... je romps, il se fend brusquement, je veux rompre plus que jamais... Il y avait un mur derrière moi. Je ne m'attendais pas à cela. Au lieu de rencontrer le vide, il rencontre mon épée, il s'embroche, le malheureux, il était mort. Depuis, nous sommes les meilleurs amis du monde. Tenez, je viens tout justement de le rencontrer. Ah ! mon cher, quel sacrifice je vous fais là.

GONTRAN. = Est-ce que vous avez la prétention de vous battre à ma place?

MARX. = Non ! mais à l'heure même du combat, j'avais une affaire à lancer, celle de la Société forestière de Bondy.

MADEMOISELLE TRENTE-SIX VERTUS 24i

Oh! celle-là ne sera pas à la portée de tout le monde. Les actions seront pour les amis, une affaire hors ligne!... Cent mille hectares de forêt. Il n'y manque rien... Ah! si... une seule chose, des arbres...

CONTRAN. = Par malheur, je n'ai pas trouvé tout mon argent.

MARX. = Combien vous faut- il encore?

GONTRAN. = A peu près cinquante-cinq mille francs!

MARX. = Qu'est-ce que cela? Ne suis-je pas là, moi?

GONTRAN. = Il fallait donc me le dire plus tôt... mci qui ai couru tous les banquiers ce matin! Pouvez- vous m'avoir ces cinquante-cinq mille francs dans une heure ?

MARX. := Oui certes, contre votre signature.

GONTRAN prend une plume et se met à écrire. = Voilà.

MARX, l'arpêtant. = Combien écrivez- VOUS?

GONTRAN. = Eh bien! cinquante-cinq mille francs. MARX. = Vous êtes fou! Vous pouvez bien écrire cent

dix! (il prend dans son portefeuille une feuille de papier timbré.) Non,

sur ce papier, il est plus joli, il est illustré.

GONTRAN. = Cent dix!

MARX. = Ni plus ni moins. Ah! si c'était mon argent... c'est de l'argent de la Bourse... A la Bourse, l'argent vaut cent pour cent. Par contre, je vais vous faire faire une excellente affaire. Vous allez souscrire à 500 actions de la Société forestière de Bondy, A moins que vous ne préfériez prendre mille actions des Chemins de l'Afrique centrale,

GONTRAN. = Je signerai tout ce que vous voudrez.

MARX. = Et si plus tard, il vous faut plus d'argent, parlez !

GONTRAN. = Nous uous battrous à l'épée, n'est-ce pas?

MARX. = Oui ! ne sommes-nous pas tous gentilshommes?

(il regarde le bUlet en sortant avec Gontran.) C'est bien rédigé, s'il

n'est pas tué il paiera dans six mois, s'il est tué la mère paiera — demain !

2» LA GOMÉDIB AU COIN DU FBU.

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