‹ La comédie au coin du feuChapitre 145 sur 200 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les Mêmes, moins D'ASPREMONT

LUCIE, allant vers le prince, qui est resté isolé sur le devant de la scène, pendant que tout le monde se tient au fond. = Eh bien, mon

cher prince, vous m'avez amené là un joli convive... (Le

prince ne répond pas.) Mesdames et messieurs, à table!... (Lucie l'appvoche de la table. Tout le monde ^la suit, sauf le prince, qui reste

debout, regardant Lucie.) Eh bien, prince, VOUS ne venez pas?

(Le prince ne répond pas, s'incline froidement, prend son chapeau et s'en va.)

LA DÉCAVÉE, à part. = Eh bien moi je vais conduire le prince jusqu'à sa voiture. Qui sait! Il me dira peut-être de monter dedans, (mie s'en va.)

LA TACITURNE. = Ni oui ui uon.

LUCIE. = Tant pis pour le prince! Un de perdu, deux de Retrouvés I Si c*est de la vertu qu'il leur faut, qu'ils restent dans leurs familles. A table !

LA TACITURNE. = J'en accepte l'augure*

Ou enlead ua coup de reiolTEr.

LE VALET DE CHAXBRE entre lout effaré. = Ce mODSieUt

Contran vient Je se tirer un coup de revolver dans le salon de madame.

LUCIE, ^ Le jour de ma fête ! Il aurait bien dû attendre à demaiu.

ABBELLE, preiunl le bras do Lucie. ;= Je te reste, moi...

LUCiB. ^ Le châtiment a commencé !

Ln loile tombe.

PERSONNAGES

LÉ A, amoureuse.

AURORE D'ARCY, grande coquette.

JEANNE, ingénue.

La Comtesse BLANCHE DE RIANCOURT.

Le Comte MAX DE RIANCOURT.

Le Duc DE CORDOVA.

Le Comte D* OR M ANC Y, ami des comédiens.

MONSIEUR DE SARMATTES.

JULIA, femme de chambre d* Aurore.

SOPHIE, femme de chambre de Léa.

Comédiens et Comédiennes,

Habitués des coulisses, Habilleuses et

Filles de chambre

La scène est à Paris.

En 1856 quand je quittai le Théàti^-Français — car ainsi que Ta dit Jules Janin, ce n'est pas le Théâtre-Français qui me quitta, — j'avais vu si souvent le jeu des comédiennes ilans la coulisse ou au dehors que je pensais qu'il y avait ]h une comédie à faire.

N'était-il pas curieux de mettre en scène leurs passions que traversaient souvent les passions qu'il leur fallait jouer. ■^ Le rire dans les larmes ou les larmes dans le rire. — Combien de fois n'oublient-elles pas l'heure de paraître devant la rampe parce que leur cœur ne tinte pas à cette horloge-là. Combien de fois torturées par la jalousie ou Tabandon il leur faut rire au parterre parce que c'est leur métier.

On pourrait croire qu'à force de jouer des douleurs factices, elles deviennent insensibles aux vraies douleurs. Le plus souvent c'est tout le contraire, les malheurs imaginaires ne font qu'aviver leurs malheurs à elles, si elles jouent un rôle gai, elles n'en sont que plus tristes.

C'est que le cœur ne se lasse point de souffrir, c'est qu'il ne se cuirasse jamais contre les coups de sa destinée.

Je parlais de cette comédie avant de l'avoir faite et je voulais la présenter au Théâtre-Français, mais mes amis me firent comprendre que là où j'étais la veille encore jouant les pièces des autres, on y trouverait des allusions qui seraient mal comprises. Ce fut alors que le directeur du Vaudeville vint me proposer une fort belle prime pour jouer ma pièce. Il fut d'autant plus éloquent qu'il me la paya séance tenante. Ce n'était pas précisément pour moi une

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question d'argent, mais je ne fis pas de façon pour recevoir cette prime.

On mit pour ainsi dire la pièce à l'étude avant qu'elle ne fût terminée. Lafontaine, Félix, mademoiselle Doche et mademoiselle Fargueil devaient jouer les rôles principaux.

La pièce fit bruit avant la représentation, les actrices du Théâtre-Français s'imaginèrent qu'on allait rire à leurs dépens ou qu'on allait révéler les secrets de la comédie, ce qui était bien loin de ma pensée. Mais M. Fould m'appela comme fit plus tard le comte Walewski, ainsi que je l'ai dit ix propos du Roi Soleil. Achille Fould ne fut pas solennel comme le fils de Napoléon pr, mais il fut tout aussi fâcheux : après une heure de conversation il me déclara que les Comédiennes ne seraient pas jouées. Il jouait sur les mots. La raison, c'est que ma situation dans les Beaux- Arts devait, m'interdire tout propos malséant sur les gens de théâtre, surtout à moi qui, six mois auparavant, était encore directeur du Théâtre-Français.

Pourquoi cette interdiction du ministre qui se constituait censeur ce jour-là?

C'est bien simple. Il était l'ami de ces dames ; bien plus il était leur amant platonique à presque toutes ; elles l'avaient ,, plus ou moins prié de ne rien laisser passer dans les Cornédiennes qui pût attenter à leurs vertus. C'est que les actrices veulent bien jouer tout le monde, mais ne veulent pas être déshabillées devant la rampe.

Les Comédiennes ont été jouées dans le nouveau monde oii elles m'ont rapporté à peu près autant de droits d'auteur que si elles eussent été jouées dans l'autre monde. L'imprésario qui conduisait la troupe anglo-française m'a envoyé un fauteuil d'orchestre qui n'a été pour moi que le 41® fauteuil. J'ai été averti par la légation américaine à Paris de ces représentations extra-muros, mais je n'ai^pas enjambé l'Océan pour pae voir jouer.

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